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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Romans francophones

Lundi 7 janvier 2008 1 07 /01 /2008 17:02
                    
                     Le Café de Camille - Daniel Crozes

                                   (Livre de Poche)




Fichier hébergé par Archive-Host.comLorsqu'Adrien Soulages quitte sa région de l'Aubrac en ce printemps 1889 pour monter à Paris et tenter l'aventure, il se dit qu'il a de la chance. Son petit cousin - Casimir, porteur d'eau et garçon de bain - lui a promis de l'aider à trouver une place. Arrivé à Paris, Adrien est loin d'imaginer la capitale bruyante de la circulation des voitures, du flot des passants, bruissante des insultes et autres jurons des cochers.

Le lendemain de son arrivée, Adrien se présente chez Etienne Rigal, propriétaire d'un établissement de bains à domicile. Le travail est rude et difficile. "Adrien exécuta les tâches les plus rebutantes sans se soucier de l'heure, sans renâcler. Au matin du quatrième jour, il se présenta devant le patron [...] mais monsieur Rigal décida de le garder aux écuries, sous prétexte qu'il n'y avait pas suffisamment de voitures [...]". Mais Adrien est un garçon ambitieux. Il ne veut pas être ouvrier toute sa vie. Casimir lui conseille de travailler dans le charbon, chez un Bougnat. De toute façon, avec l'arrivée de l'eau courante dans les immeubles, le métier de porteur d'eau est condamné à brève échéance.

En attendant, pour se distraire etFichier hébergé par Archive-Host.com oublier les douleurs de son travail harassant, Adrien se rend au bal musette tous les samedis soirs, rue de Lappe. C'est là, entre deux bourrées, qu'il rencontre Camille. "Vêtue de couleurs claires [...], un châle bleu jeté sur ses épaules rondes, elle dansait en marchant. Bientôt, Adrien [...] ne vit plus qu'elle, ses cheveux bruns retenus en chignon par des peignes de corne blonde, ses yeux rieurs, son corps agile [...]". Camille est fille de comptoir dans un café-billard et vient du pays - de Montézic. Ils se fréquentent et décident de se marier au village, comme il est de règle. Camille veut aussi devenie indépendante, être sa propre patronne. Ne plus dépendre de personne, ne plus recevoir d'ordre. A défaut de devenir propriétaires, ils trouvent une gérante de Bougnat - Bois-Vin-Charbon - à la Chaussé-d'Antin, à quelques pas du magasin du Printemps. Une aubaine pour une première affaire, et l'assurance de faire de bonnes affaires. La boutique accapare le jeune couple toute la semaine. "La boutique [...] rivait Camille au comptoir, expédiait Adrien dans les étages. Le client se moquait des heures, menaçait de s'adresser ailleurs si on ne le servait pas sur-le-champ [...]. Plus de
bal-musette ni de promenade".

Fichier hébergé par Archive-Host.com Mais qu'importe ces sacrifices, si cela doit
mener à l'objectif fixé : devenir propriétaire de leur Bougnat. Le travail n'est pas tout dans la vie. En lisant Le Petit Parisien, ils apprennnent que le Grand Café a fait la première projection cinématographique des frères Lumière. Et puis, il y a la naissance des trois enfants. Ils seront mis en nourrice dans l'Aveyron. Avant de voir leur vrai rêve devenir une belle réalité, Camille et Adrien achètent un Café-Charbon au pied de Montmartre. Les fêtards, les artistes de la Butte envahissent le lieu pour siroter une verte. La vie se déroule, simple et heureuse, entourée des clients et parsemée de petits instants de bonheur. "Aux yeux d'Adrien, rien ne valait le comptoir. Autour d'un verre, [...] le client se construisait cent fois le monde mais jamais de la même manière. Dans toute sa richesse, tantôt triste, tantôt gaie, la vie de la rue venait y choir".

Le meurtre de Jean Jaurès, la mobilisation générale et le début de la Grande Guerre vont marquer un temps d'arrêt dans les ambitions de Camille et Adrien. La vie se déroule morne, triste, sans teint. Avec la guerre, le café n'est fréquenté que par desFichier hébergé par Archive-Host.com clients ayant dépassé l'âge de la mobilisation, par les planqués ou par les petits vieux venant s'installer au chaud. S'amuser devient indécent alors que les hommes sont au front, se font tuer. Mais voilà bientôt le retour de la vie et de la paix. Les femmes ont pris goût à la liberté et à l'indépendance. "Depuis peu, parce que les chauffeuses d'omnibus s'aventuraient sur les avenues ou les postières distribuaient le courrier, on s'habituait à voir une femme sortir seule dans la rue, boire un thé à la terrasse d'un bar en compagnie d'une amie, l'une et l'autre coiffée d'un chapeau en gage de vertu".

Enfin, Camille et Adrien découvrent leur grand bonheur. Situé boulevard Saint-Germain, ils dénichent un café au décor de rêve avec des banquettes de cuir, un comptoir en tétain, un poêle en faïence. Adrien le baptisera Le Café de Camille. C'est Aurélien - leur fils - qui reprendra les rênes du Café de Camille. Sa réputation deviendra telle que les députés en feront leur cantine. Paul Ramadier - député de l'Aveyron - sera le premier d'entre eux. Et la vie du Café de Camille continuera son existence, au gré des vicissitudes de l'Histoire.

Fichier hébergé par Archive-Host.com"Le Café de Camille" de Daniel Crozes retrace l'existence des aveyronnais, auvergnats montés à Paris pour y survivre. Si certains d'entre eux ne resteront que de simples cafetiers, d'autres créeront des lieux uniques, aux noms magiques et symboliques tels que Le Flore, La Brasserie Lipp, La Coupole, ou encore La Closerie des Lilas. C'est un bel hommage à tous des hommes et femmes montés à la capitale et qui ont su créer une communauté forte, sorte de "Bistrocratie" et qui ont essaimé partout dans Paris.
Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Romans francophones
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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /2007 18:15

      Zéro ou les cinq vies d'Aémer - Denis Guedj 
        (Pocket n° 13124)






"[...] elle ne se souvenait ni d'où elle venait ni ou elle allait. Elle tourna la tête, aperçut le petit cône d'argile au creux de sa main. En se baissant pour le saisir dans le cratère, elle avait échappé aux bombardements américains. Son sourire brutalement interrompu explosa. Un calculus sumérien de plus de cinquante siècles venait de lui sauver la vie". A la question "Avez-vous de bons souvenirs concernant les mathématiques ?", il y a de fortes probabilités pour que votre réponse soit aucun !! Et pour vous réconcilier avec les chiffres, je vous conseille fortement ce livre aux senteurs orientales ... et à la logique cartésienne.

L'histoire commence cinquante siècles plus tôt, à Uruk en basse Mésopotamie. Tanmuzzi, grand propriétaire terrien, attend le retour de ses deux scribes - Askum et Huwa - partis rendre visite à Aémer, prêtresse du temple d'Inanna - déesse de l'Amour. Ils lui apportent un vase d'albâtre au nom de leur maître, en offrande à la déesse. Mais le vase sera brisé par un jeton d'argile, un calculus. Aémer comprend que c'est à la fois un avertissement et une injonction. Elle serait amante et aimée, fille et soeur, mais jamais mère ni épouse. Elle convie Tanmuzzi à lui rendre visite à Uruk. Celui-ci y découvre une ville grouillante, vivante et surpeuplée, bien loin de sa vie dans les steppes. "Les maisons se touchaient ! Et il y en avait des deux côtés de la rue. Collées les murs aux autres dans une incroyable diversité, certaines de plain-pied, d'autres munies d'escalier, de masures étriquées, côtoyant des résidences luxueuses ceinturées de murets. C'était donc cela, la ville".

Tanmuzzi et Aémer deviennent vite inséparables. Mais le pasteur se languit de ses steppes. Trop de monde, trop de maisons, trop de rues, trop de bruits. Il retournera dans ses pâtures pour y mourir. Après son décès, Askum découvre des tablettes d'argile, remplaçant les boules d'argile contenant les calculi. En tentant de déchiffrer les signes, il comprend le sens même de l'écriture. "C'était la preuve que l'écriture ne servait pas seulement à établir des contrats, qu'elle n'était pas uniquement liée à la comptabilité, aux nombres et à la gestion du monde. Elle permettait d'exprimer les sentiments et les pensées les plus profondes des êtres humains".

Et voici Ur, cité des souverains de Sumer. Aémer la brune, et Bilili la blonde, travaillent toutes les deux dans le plus célèbre cabaret de la ville, Au long chalumeau. Même âge, même goût de la vie et de ses plaisirs, elles sont respectées parce que prostituées, contrairement aux esclaves, maltraitées et marquées comme du bétail. Cependant, un détail les sépare : l'atmosphère de la ville. "Autant Bilili exécrait la ville, autant Aémer en raffolait. Elle n'aurait pas pu s'en passer : la multitude des rues bondées, la vie trépidante. Sauf au plus dur de l'été, les affreux après-midi de mort où toute vie cessait. Ces jours-là, et chaque fois qu'elle avait besoin de se retrouver seule, Aémer se rendait dans son lieu secret. [...] Ce lien était à présent inséparable d'Adappa". Adappa est un jeune garçon, fasciné par la beauté d'Aémer. Il veut devenir Dubsar - scribe libre - pour pouvoir écrire ce qu'il veut, sans dépendre de personne. Aémer lui demande d'être comme son Grand Frère, et de lui apprendre à écrire. ""U, a, i". De l'écriture de mots à l'écriture des sons. Adappa enseigna à Aémer les trois voyelles, l'utilisation des consonnes et la formation des syllabes".

Après Ur, l'histoire de l'écriture et du calcul se déplace à Babylone, alors centre de l'univers, capitale du plus puissant empire de la région, rendez-vous de tous les dieux. Aémer vient de quitter Uruk pour Babylone. A trente ans, elle décide de commencer une nouvelle existence. Elle est la première oniromancienne de Babylone et possède une grande renommée dans la connaissance des songes. Au milieu de la foule et de la circulation de la capitale, Aémer reconnaît son frère, disparu après le massacre de ses parents. Hattâru est responsable de l'Observatoire central de Babylone. "L'astronomie babylonienne était la plus avancée, surpassant celles des Grecs et des Egyptiens. Elle devait son avance aux dizaines de milliers d'observations accumulées durant des siècles [...]. D'autant qu'ils étaient en possession d'écrire les nombre d'une efficacité à nulle autre pareille".

 


L'ultime voyage à travers les origines de l'écriture et des mathématiques nous transporte dans le pays d'Irak al-Arabi et sa ville, Bagdad. Depuis quelques années déjà, les Arabes possèdent le secret de la fabrication du papier, ce qui est une véritable révolution dans le domaine de l'édition, permettant d'augmenter le nombres d'ouvrages et de répandre la culture. Aémer visite régulièrement le marché aux livres. Bien qu'elle sache lire, alors qu'elle est femme et esclave, ce n'est pas la passion de la lecture qui motive ses visites, mais plutôt le vol de livres rares. C'est sur ce marché qu'Aémer rencontre Mohand, étudiant passionné de mathématiques et d'astronomie. Son rêve est de devenir membre de la célèbre Maison de la Sagesse regroupant les savants de toutes disciplines comparant, traduisant et étudiant les versions des grandes oeuvres de l'Antiquité. Par ses études, Mohand comprend que l'écriture des nombres possède des défaillances. Rien ne peut repésenter l'absence. C'est un hindi qui lui apprendra comment combler l'espace. "Les Indiens ont inventé une langue spécifique pour les nombres, ils ont créé un véritable alphabet, un alphabet de dix "lettres". Dans cette langue, chaque nombre a un nom, et un seul. [...] Plus d'ambiguïté ! Dix figures seulement, autant que de doigts de la main, [...] suffisent à représenter TOUS LES NOMBRES DU MONDE ! Voilà ce que nous avons inventé". 

"Zéro ou les cinq vies d'Aémer" est une heureuse surprise, comme on aime en découvrir aux hasards de nos recherches chez les libraires, les bouquinistes ou dans les bibliothèques. Je ne pensais pas trouver un livre aussi palpitant, intéressant et riche de savoirs. On revisite l'origine de l'écriture et celle des mathématiques, des chiffres et l'invention du zéro, représentant l'absence, le rien, le vide.

"Les Arabes traduisirent le mot indien sunya en as-sifi, qui devient ziffer, puis zéphiro. Ziffer donna chiffre, Zéphiro donna Zéro. Ainsi le dernier venu donna son nom à tous les ... chiffres. Le zéro était devenu ce rien ... qui peut tout".

Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Romans francophones
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Dimanche 28 octobre 2007 7 28 /10 /2007 12:15

        Et mon mal est délicieux - Michel Quint 
             (Folio)




"Pourtant, je vous jure, monsieur, chaque soir, Max Klein, le fils du Président de la cour d'assises, et Luz, la gamine de chiffonniers, se faisaient face à deux pas d'ici, au milieu des décombres du monastère, grimpés sur les gravats de l'ancien réfectoire pontifical d'Innocent VI, effondré à ciel ouvert ...". 

Max Klein, adolescent romantique comme Rodrigue, épris de beauté et de splendeur, rêvant d'un amour pur et éternel, donne chaque soir la réplique à une Chimène pleurant son amour impossible. Chimène fantasque, originale, bouillonnante, incarnée par Luz - gitane d'origine espagnole - réfugiée de la guerre d'Espagne ayant fui Barcelone. Elle ne connaissait que cette pièce de Pierre Corneille et ne voulait jouer que Le Cid, à sa façon. "Faut dire, c'était pas le style Comédie-Française, croyez-moi, le texte au rasoir et la belle diction ... ! Elle s'inventait des représentations au décrochez-moi-ça. A son image de mal nippée. Deux-trois vers de Corneille, le reste rapiécé, retaillé à ses mesures, à rimes décousues, une langue de colère massacrée de chagrin, de révoltée".

Malgré le feu et la violence verbale de leurs échanges théâtraux, Max était intimement persuadé que Chimène l'aimait. Il le sentait. Il le savait. Le baiser fatidique était là, présent aux bords des lèvres, prêt à changer leur vie, à la métamorphoser. Ce baiser tant attendu, tant espéré par les deux amants improbables, jeunes, fougueux, intrépides et si sages.


Mais l'histoire de France va se mélanger à la romance du Cid. En 1940, en pleine débâcle, voilà que débarque un réfugié - Gérard - qui donne la réplique à Luz. Chimène et Rodrigue se sont reconnus. Dès lors, la vie de chacun va s'en trouver bouleverser à jamais. "Et Luz se métamorphosait, mille ans d'Espagne corsetée dans sa voix, plein d'honneur offensé à fleur de peau, et du frisson, et des envies du nudité et les reins déjà cambrés ... Ensemble, ils ont raconté la vieille Espagne. [...] ... Et de ce jour, jamais plus Luz n'a repris avec moi ses représentations bricolées ... Relâche, monsieur, relâche, en l'absence du jeune premier ... ! J'étais devenu indigne de seulement donner la réplique !". Avant de quitter la ville, Gérard lui offre ce baiser et lui fait la promesse de revenir jouer Le Cid en ce lieu même, dès qu'il serait devenu comédien.

Max, blessé dans son amour propre, refusera de revoir Luz, l'évitera, de peur de se faire humilier, d'être rejeté, renvoyé. Et puis, d'autres soucis le taraudent. L'indicible et irrépressible peur des gens traqués par l'occupant. On tente de se rassurer comme on le peut. Mais la fin des illusions arrivent avec la dure réalité d'un quotidien couleur vert-de-gris. Le père de Max est Juif. Cela est suffisant pour l'envoyer au pays des horreurs avec un aller-simple sans espoir de retour.

Dès lors, Max vivra entre Luz et Amparo - la tante - superbe femme en noir au viage de flamenca tourmentée, douloureuse et sensuelle. "Elles m'ont accueilli comme un cousin des Amériques, jamais oublié, comme si j'étais sorti l'instant d'avant et que je revienne avec le pain du matin ou de l'eau tirée au puits". Vivant de bric et de broc, Max, Amparo et Luz voient la Libération arriver comme le retour des beaux jours après un hiver particulièrement long et difficile. Si les parents de Max ne reviendront jamais, Luz - quant à elle - est persuadée que son Gérard reviendra à Villeneuve-lès-Avignon jouer Le Cid, rien que pour elle. A cause de la promesse faite. Elle en est sûre et certaine. Elle espère et cela lui permettra de tenir jusqu'à ce qu'il revienne.

Max, fou d'amour, fera tout ce qui est possible de faire pour que cette promesse aléatoire devienne une réalité vraie. Le miracle se produira. Gérard viendra en représentation à Avignon, et jouera Le Cid, rien que pour elle. Luz venait de recevoir son lot de bonheur tant espéré, pour aller au bout de son calvaire, dans le calme et la sérénité. Mais qui est ce Gérard, entr'aperçu une nuit de juin 1940 dans les ruines mal famée de la Chartreuse, à Villeneuve-lès-Avignon ?

Livre original par son approche en biais de situations douloureuses - au propre comme au figuré - "Et mon mal est délicieux", emprunté à un poème de Guillaume Apollinaire, Marie, Michel Quint nous fait vivre un pur instant de félicité. Il nous entraîne dans le monde onirique de théâtre, où tout est possible, tout peut se réaliser - même les rêves les plus fous - où le malheur et la souffrance s'estompent, se dissolvent, pour laisser place à l'enchantement et à l'envoûtement du jeu. C'est un ouvrage magique, magnifique et tout à la fois terrible.

"Aucun regret, sauf un : Luz ne m'a jamais embrassé [...]. Gérard, en juin 40, est le seul à les avoir mordues".

Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Romans francophones
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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /2007 16:23

       Le café de l'Excelsior - Philippe Claudel 
            (Livre de poche)




"Mon grand-père tenait "Le Café de l'Excelsior", un bistro étriqué dont les mauvaises chaises et les quatre tables de pin rongées par les coups d'éponge composaient un décor en deux-teintes violines. L'endroit formait une enclave oubliée contre laquelle les rumeurs du monde, et ses agitations, paraissaient se rompre à la façon des hautes vagues sue l'étrave d'un navire". 

C'est avec les yeux d'un enfant que ce café et ses habitués sont croqués dans ce petit livre plein de charme et émouvant. Récit sobre et poétique, net, sans superflus, à l'écriture simple et douce comme un comptoir poli par les ans, Philippe Claudel nous raconte l'histoire de ce grand-père extraordinaire, élevant seul son petit-fils, sémaphore toujours en éveil pour guider les pas hésitants d'un être en devenir, tentant de le protéger du monde extérieur. Car il est bien seul, ce grand-père, depuis la mort de Léocadie, à vingt-deux ans, en couches. Les soirs de nostalgie, lorsque son coeur débordait d'un trop-plein de poésie et de spiritueux ingurgités avec les clients, le grand-père murmurait son prénom comme une caresse infinie.

Pour chasser sa solitude, Le Café de l'Excelsior était ouvert toute la semaine, jusqu'au dimande midi. "Ce jour-là, il attirait les mécréants qui préféraient le bouquet des Alsaces champagnisés à celui de l'eau bénite". Mais il ne faut pas se leurrer, le client du dimanche était identique à celui du reste de la semaine. Ce café était le repère des rois de la mobylette. Rien n'aurait pu les empêcher de se rendre à L'Excelsior pour y boire un canon de blanc. Ils se retrouvaient tous - veufs ou maris égarés - autour des blancs gominés ou des rosés picons. A force de hanter ce lieu de rencontres, ce café était devenu une deuxième maison.

Et puis, le grand-père était un original. En effet, tous les jours il faisait sa sieste, été comme hiver, vers trois heures de l'après-midi. "[...] Grand-père fermait d'un tour de clef la porte de "L'Excelsior" pour aller faire un somme ;
s'il y avait des clients attablés, tant pis pour eux, ils restaient dans l'établissement, devant leurs verres, en le faisant durer le plus possible, sans oser déranger le patron, ni même se resservir suels ; et si d'autres clients arrivaient, tant pis pour eux aussi, il leur fallait patienter sur le banc [...]". Au "Café de l'Excelsior" existait une loi non-écrite et coutumière, qui interdisait l'accès de l'estaminet aux femmes. Toutes celles de la petite ville le savaient, et jamais aucune n'aurait oser braver l'interdit oral. 

Cette vie faite de petits et de grands bonheurs d'enfant au milieu d'une population rurale et truculente, madrée, pratiquant le braconnage officiel et les petits arrangements avec l'existence, va s'effondrer le jour où l'enfant est sommé de quitter L'Excelsior. Son enfance et ses rêves se sont arrêtés nets au lendemain de ses onze ans.

"Le Café de l'Excelsior" de Philippe Claudel nous invite à vivre le quotidien des bistrots, estaminets et autres cafés de banlieues, des petites villes ou de nos villages. Aussi important que l'épicerie, la boulangerie, l'église ou la poste, ces lieux créent une ambiance, une seconde vie, une atmosphère unique. Ils permettent de conserver un lien ténu entre les habitués, les clients de passage. Ils forment une sorte de paradis perdu, entre passé et présent.

"Je ne fus pas malheureux, je ne fus pas heureux. Toujours dans mes rêves, revenaient les rues, la rivière, les odeurs de terre et d'herbes mâchées des champs de la petite ville, la pénombre du bistrot, son épaisseur confortable".

Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Romans francophones
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Lundi 17 septembre 2007 1 17 /09 /2007 16:26

La secte des Egoïstes - Eric-Emmanuel Schmitt (Livre de poche)



"Pour la première fois, je pris mon travail en haine. Je regardais mes piles de dossiers comme des choses lointaines, étrangères, ces dossiers sur lesquels me pliait depuis des années mon labeur d'érudit, d'obscures recherches sur la linguistique médiévale qui n'intéressaient personne, pas même moi". 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que notre chercheur s'ennuie ferme, perdu au milieu de ses grimoires poussiéreux, fermés depuis des temps immémoriaux. Pour égayer sa vie terne, triste et grise de chercheur cherchant - sans nécessairement trouver - il décide de prendre un de ces ouvrages momifiés par les ans sur les étagères de la bibliothèque et de laisser faire le hasard. Advienne que pourra. On verra bien ce que ce hasard réserve. Et celui-ci le mène vers un excentrique, un original du 18ème Siècle - comme seuls ces siècles peuvent en faire apparaître de temps à autre - Gaspard Languenhaert.

Ce philosophe, ou illuminé, a soutenu la thèse de l'égoïsme dans les salons littéraires qui fleurissaient à cette époque. D'abord coqueluche de ces milieux qui s'en amusaient, en riaient, en ricanaient, il finira par lasser son public et sera - finalement - éviter de tous. Traîté de fou, parfois soupçonné de sincérité, Gaspard Languenhaert sera rejeté de la société qui l'avait auparavant adoré.

Qu'à cela ne tienne, il décide de créer un groupe de pensée, la "Secte des Egoïstes". "Exclu du monde, il alla fonder une "Secte des Egoïstes" pour pouvoir répéter ses délires. Chaque semaine, pendant quelques années, se réunit, au village de Montmartre, un groupe d'individus qui, chacun, se croyait seul et à lui seul, tout l'univers [...]. Gaspard Languenhaert publia un "Essai d'une métaphysique nouvelle", sans lecteurs, sans audiences, et se trouva de nouveau seul. Mais pour lui, sans doute, quelle importance ?". Voilà notre chercheur passionné par cet original qui soutenait comme théorie alambiquée "que la nature n'existait que dans la tête, que sons, parfums, matières, couleurs et goûts n'étaient qu'en son esprit, que nous mêmes n'existions que sous ce même crâne". Il lâchera ses recherches et sa thèse pour partir à sa découverte et en savoir encore plus. 

Il apprend que la "Secte des Egoïstes" - qui se réunissait dans un théâtre de spectacles érotiques - réunissait une vingtaine de convaincus. Gaspard Languenhaert se possédant pas de préjugés sur son rang social, recrutait dans tous les milieux. On y trouvait un grand seigneur hautain aux côtés d'un boulanger cocu, un marquis sénile en compagnie d'un horloger, un professeur de grec et quelques autres originaux. Au fur et à mesure où notre chercheur part à la découverte de ce penseur atypique, les pistes tournent court. A croire qu'il pèse comme une malédiction ou un mystère insondable autour de lui. La découverte d'un volume de 1786, "La galérie des grands hommes", le remet sur sa piste. Il espère y trouver son portrait. Mais au moment d'arriver à la page, celle-ci a disparu. Arrachée ou bien le portrait a-t'il jamais existé ? "Comment celui qui est à lui seul le monde, celui qui est tout, pourrait-il, sans contradiction, laisser une image mondaine ? Gaspard Languenhaert n'a pas de visage [...]". 

Notre chercheur suivra son philosophe d'Amsterdam au Havre. Sa théorie du "Moi, je" fera sombrer Gaspard Languenhaert dans les limbes de la folie, jusqu'à se prendre pour l'incarnation de Dieu lui-même. "La situation devenait claire : malgré les premières sanctions, la Création se révoltait contre son Créateur. La tête retournée, le coeur lourd, il remonta lentement dans sa chambre et s'y enferma. Il fallait mettre un terme à cette émeute [...]. Plonger l'univers dans la nuit n'avait pas suffi. Il allait le supprimait totalement. Gaspard était décidé : ce soir, il sacrifierait le monde". Mais ne croyait surtout pas que, seul, Gaspard Languenhaert sera touché par la puissance de cette théorie. Notre chercheur prendra petit à petit conscience que - tous les 50 ans - un inconnu écrit un morceau inédit de la vie de Gaspard, élargissant ainsi le champ de sa pensée.

"La secte des Egoïstes" d'Eric-Emmanuel Schmitt nous invite à une balade dans notre conscience et notre personnalité profonde. Avec une plume alerte, vive, joyeuse et érudite, nous parcourons notre âme avec le sentiment d'égoïsme dont nous faisons tous preuves, à certains moments. Peut-être qu'après tout chaque lecteur est un peu Gaspard Languenhaert ?

Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Romans francophones
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