Dimanche 14 septembre 2008
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Par Nanne
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La dame de Berlin -
Franck & Vautrin
(Pocket n°3385)
"En progressant de la sorte,
quasi à l'aveuglette, ses vêtements plaqués au corps par le mauvais biais de la pluie, notre héros ignorait qu'il allait faire coup sur coup plusieurs rencontres dont il se souviendrait tout au
long de sa vie. Le hasard allait brusquement ouvrir le livre de sa destinée, lui permettant d'en lire furtivement quelques pages".
Ainsi débute les aventures de Blémia Borowitz, alias Boro, photographe hongrois, parti à la conquête du monde par amour pour Maryika, sa cousine. Lui qui se considère comme un
bâtard, mélange de sang juif et français, portant un nom de famille magyar, a choisi Paris pour tente la chance et
l'attraper au vol si elle venait à se présenter. Pour le
moment, le succès et la reconnaissance ne sont
pas encore au rendez-vous de l'histoire. Non. Ce serait plutôt trois bohémiennes qui vont changer le cour du destin de Boro, alors qu'il traîne sa jambe invalide sur les Grands Boulevards. "Plus tard, tu seras l'oeil qui surveille le monde. Tu iras regarder les
hommes jusqu'au fond de leur nuit".
Fort de cette prédiction, Boro se lancera dans la grande aventure, l'histoire avec un grand H. Et pour Boro, l'aventure commencera par un aller-retour Paris-Munich en
Bugatti Royale pour retrouver sa douce et chère cousine Maryika dont il est amoureux depuis sa plus tendre enfance. Munich parce que c'est la ville choisie par Wilhem Speer, -
réalisateur de "L'aube des jours" dans lequel Maryika tient le premier rôle - pour la sortie du film. ""L'Aube des jours" était une composition totalement originale tournée pour
partie en Hongrie, financée par des capitaux allemands et américains. Le scénario
retraçait la vie de Cosima von Bülow, fille de Franz Lizt et de Marie d'Agoult, devenue Cosima Wagner. Maryika
interprétait le rôle de Cosima".
Après quatre ans de séparation, les retrouvailles de Maryika et de Boro se scelleront par un présent très personnel. En offrant un Leica à son cousin, Maryika ne sait pas encore
qu'elle va au-devant de graves problèmes pour tous les deux. Boro en profite pour photographier tout ce qui passe à sa portée. Mal lui en prendra. "Et il se mit à mitrailler :
Maryika, Hoffmann, la vendeuse, le nouveau venu offrant ses fleurs, un homme qui regardait de l'autre côté de la porte, Hoffmann, crispé, contemplant la scène, Maryika, radieuse, l'inconnu
assenant une tape amicale sur les fesses de la blonde, la blonde roucoulant sous la caresse, Maryika,
heureuse, Hoffmann levant la main, l'inconnu se rendant compte qu'on l'avait photograhié et approchant, la blonde le considérant, perplexe, Maryika se dirigeant vers la
porte, l'inconnu lâchant une phrase d'un ton
sec, en allemand, Hoffmann interpellant Maryika et celle-ci, après avoir écouté, se tournant
vers son cousin".
Car l'inconnu sur tous ces clichés ne restera pas dans l'ombre bien longtemps. Et les photos de Boro n'y seront pour rien dans sa réputation future. Les temps sont de plus en plus
difficiles pour l'Allemagne qui se prépare à sombrer corps et biens dans la marée brune du fascisme. Berlin est en campagne électorale. Les chemises brunes paradent, se montrent et terrifient les
populations. Et pour retrouver ces clichés apparemment anodins, tout le monde part à la recherche de ces négatifs compromettants pour l'avenir politique du grand manitou du Reich allemand. A
force d'être harcelé par les sbires du dictateur en culottes tyroliennes, Maryika se demandera si ces photos sont bien les seules raisons de cet entêtement. Et s'il y avait autre chose derrière ?
S'ensuit une cavalcade à travers le continent européen pour récupérer les épreuves de Boro. Mais pour le photographe kirghiz, une chose est sûre et certaine : son destin vient de se
sceller. Avec la renommée apportée par ses clichés qui feront le tour du monde, Boro a choisi sa vie : ce sera l'aventure, les femmes et l'alcool, en compagnie de son Leica.
"La dame de Berlin", premier tome des aventures de Boro reporter photographe, nous promène
dans l'Europe des années 1930. Roman d'aventure riche et foisonnant, on y croise des
pesonnages connus et reconnus : Bertolt Brecht, Fritz Lang, Emil Jannigs, Josef von
Sternberg, Leni Riefenstahl, Michel Simon et Jean Renoir, Colette et Roger Martin du Gard, Gide et les Surréalistes,
Trotski et un petit jeune surnommé Robert Capa. On traverse des lieux et des villes au passé glorieux, Berlin, Paris, Budapest, le Tiergaten, l'Alexanderplatz, La Ruche
à Montparnasse. Franck & Vautrin y ont mis tous les ingrédients pour un roman que l'on dévore d'un bout à l'autre des six cents pages et qui nous fait réviser l'histoire de l'Europe dans cet
entre-deux terrifiant. Bientôt la suite ...
Par Nanne
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Mercredi 10 septembre 2008
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"J'ai fait un grand geste de la main. Je ne juge pas ! Je ne juge personne, ai-je dit. Et c'était vrai. Parce qu'il est
impossible de savoir certaines choses, parce que je ne ferai jamais l'expérience des pressions que certaines personnes ont subies pendant les années de guerre, des choses inimaginables qu'il a
fallu faire, en raison de tout cela, je refuse de juger. [...]. J'ai dit, je veux souligner que mon propos n'est pas de juger. Je ne juge personne. Je ne peux pas être en 1942, je ne sais pas ce
que c'était, les gens on fait ce qu'ils ont fait, ils étaient soumis à des pressions et à un stress inimaginables".
Par Nanne
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Lundi 8 septembre 2008
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Requiem pour un paysan espagnol
Ramon Sender - (Babel n°25)
"Il s'attendait à voir arriver
la famille. Il était sûr qu'ils viendraient - ils ne pouvaient pas moins faire - puisqu'il s'agissait d'une messe de requiem ; il la dirait pourtant sans qu'on la lui eût demandée. Mosén Millan
pensait aussi que les amis du défunt viendrait. C'était bien ce qui faisait hésiter le curé. Presque tout le village avait été l'ami de Paco [...]".
Alors que Mosén Millan s'apprête à dire la messe de requiem pour Paco du moulin, le curé se souvient du jeune homme, et de son baptême. Parmi les centaines célébrés, c'est son baptême qui lui
revenait en mémoire. Et particulièrement la richesse des vêtements de l'enfant, - luxe des gens de la terre - ainsi que les personnes nombreuses portant le deuil.
De même que le prêtre attend vainement la venue de la famille pour la messe, il se rappelle que
la famille de Paco n'était pas des plus bigotes du village. "[...] ils avaient gardé l'habitude de faire leurs
pâques, et deux offrandes à l'église par an, l'une en laine et l'autre en blé, au mois d'août. Ils le faisaient plus par tradition que par dévotion, pensait Mosén Millan, mais ils le
faisaient". Aussi, pour tenter d'attirer la famille vers la religion, Mosén Millan se rapprochera du petit Paco en le prenant comme enfant de choeur. Jusqu'au bout, le prêtre aura beaucoup
d'affection pour l'enfant et l'adulte.
La prise de conscience de la
pauvreté parviendra au jeune Paco le jour où il accompagnera l'ecclésiastique pour donner l'extrême-onction à un paysan pauvre vivant en marge du village, dans des grottes insalubres. Mosén
Millan, démuni par le questionnement de cet enfant sensible à la souffrance humaine, lui avoue que - riche ou pauvre - la mort laisse tout un chacun seul et dépourvu. Cela est accru
dans la grande misère. Paco tentera bien de s'insurger contre cette idée préconçue, mais en vain. "Paco dit qu'il allait
prévenir les gens, pour qu'ils aillent voir le malade et aider sa femme. Il viendrait de la part de Mosén Millan et, ainsi,
personne ne refuserait. Le curé lui dit
que ce qu'il avait de mieux à faire était de rentrer chez lui. Quand Dieu permet la pauvreté et la douleur, dit-il, il a ses raisons".
En grandissant, Paco s'éloigenra un peu plus de Mosén Millan, tout en continuant à aller à la messe et en se confessant. Comme le prêtre s'était souvenu du baptême de Paco, il se remémorera avec
la même acuité son mariage. Mais en Espagne comme ailleurs en Europe les temps changent et, - avec elle - la société civile. La république se mettra en place tant bien que mal après le départ du
roi. La république porteuse d'espoirs pour des millions d'Espagnols vivant dans le dénuement et sous le joug d'une aristocratie encore toute puissante.
Les élections du village amèneront l'avénement de Paco et de quelques autres réformateurs au Conseil municipal. Ils seront tous résolus à faire avancer la société dans le bon sens et à supprimer
les avantages terriens passés. Des meurtriers envahiront le village et feront régner la terreur sur les paysans de la Province. Par l'épouvante, les phalangistes espagnols annihileront toutes les
aspirations sociales qu'avait fait naître la Frente Popular. Paco du Moulin n'y survivra pas. Mosén Millan ne l'oubliera jamais, en attendant - inutilement - la famille pour la messe de requiem.
"Requiem pour un paysan espagnol" de Ramon Sender fait
revivre l'impact tragique et
destabilisateur de la guerre d'Espagne au sein de la société paysanne. Sans jamais vraiment la nommer, tout juste en la sous-entendant avec quelques scènes, l'auteur réussit l'exploit de nous raconter l'essentiel : la peur, la crainte,
la souffrance, la délation, la collaboration, la contrainte. Ce livre - un classique de la littérature espagnole - nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine et des meurtrissures de la
société.
Par Nanne
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Publié dans : Classiques étrangers
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Dimanche 7 septembre 2008
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2008
09:30
Par Nanne
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