Présentation

Recommander

Livre lu et à venir

Paperblog

  ________________________________

undefined 
Du sang sur Vienne - Franck Tallis (ABC 2008)

Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net
________________________________

undefined
Les âmes grises - Philippe Claudel

Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net
 ________________________________

FreeCompteur.com Il y a actuellement   18680  personnes connectées à Over-Blog dont  6  sur ce blog
________________________________

________________________________

ClicAnimaux.com - Cliquer pour Donner
ClicEnfance.com - Cliquer pour Donner
________________________________


Marie-Claude Vaillant Couturier

Elsa Triolet

Lee Miller

George Grosz

Pierre Louÿs

Joseph Kessel

Robert Capa

Bertolt Brecht

Max Jacob

Klaus Mann
________________________________


 


Pink Water (Live à Hanoï) - Indochine
________________________________


________________________________


Le bidule

  • Flux RSS des articles

Perdu ?

overblog

Bienvenue dans ma bibliothèque

Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Romans francophones

Mercredi 28 mars 2007 3 28 /03 /2007 16:58

Les filles du Calvaire - Pierre Combescot (Livre de poche)

"Elle ne connaissait rien de cette Kundry, dont elle entendait le nom pour la première fois, ni de Parsifal, ni du Roi pourrissant, dont le nom, chaque fois qu'il le prononçait mettait les larmes aux yeux de Bolko. En revanche, elle connaissait les clameurs de Lilith. Depuis longtemps, certaines nuits, elle percevait au fond d'elle les douloureux ululements de l'imparfaite créature".

Epopée picaresque et pittoresque s'il en est, "Les filles du Calvaire" de Pierre Combescot reprend les mythes de Parsifal et de Lilith. Rassurez-vous, c'est juste une parabole lointaine de ces deux légendes. Prix Goncourt 1991, "Les filles du Calvaire" font revivre un demi-siècle d'un Paris clandestin, hors-la-loi, interlope dans un style littéraire non moins baroque que n'aurait pas renié des auteurs comme Francis Carco, Guillaume Appolinaire ou encore Alphonse Boudard.

Rachel Aboulafia, juive tunisienne, ancienne danseuse nue à Tabarin, donneuse sous le charmant speudo de "la Raie" à la Mondaine, petite-fille d'Emma Boccara, fieffée gourgandine et personnage haut en couleur ayant fait les beaux jours de la Goulette - quartier populaire de Tunis - devenue Maud Boulafière par les hasards de l'histoire, est la tenancière du bistrot  Les Trapézistes aux Filles du Calvaire. Rachel, persuadée d'être l'incarnation vivante de Lilith et - de ce fait - maudite dans sa vie et dans sa chair. Cette rousse flamboyante aux formes généreuses et aux jambes à damner un saint, trône sur ce petit monde fantasque où se retrouvent des artistes du Cirque d'Hiver, des prostituées des deux sexes, des souteneurs, des danseuses nues, des mercières et des bouchers, des rabbins et professeurs de danse russes, ainsi qu'un commissaire de la Mondaine. "Il s'y échangeait, dans un brouhaha continuel, des rogatons d'idées tronquées comme il arrive souvent dans ce genre d'endroit. On y côtoyait l'artiste de cirque qui, la représentation terminée, n'avait qu'à traverser la rue pour s'en jeter un dernier, ainsi que le mauvais garçon à ne confondre en aucun cas avec le vulgaire "Alphonse" qui, lui aussi, de temps à autre, débarquait de la rue de Lappe, le croco clignotant aux pieds et la cravate bariolée, pour s'accouder au zinc [...]. Il y avait également de vieux habitués, pour la plupart des retraités frileux qui, à heure fixe, rappliquaient pour l'apéro".

Parmi les habitués formant cette grande famille spirituelle où chacun connaît la part immorale et absconse de l'autre, on rencontre le Monsieur Loyal du Cirque d'Hiver - Elzéar Keu - surnommé "Le croque-mort". Ce vieil hidalgo mélancolique, passionné de cheval et ancien de Saumur devra la vie à Maud / Rachel une nuit d'occupation où il ne faisait bon jouer les apprentis héros. On y trouve son vieil et inséparable ami, Eduardo Scannabelli - dit "le beau Dino" - bourreau des coeurs. "Avec ses guêtres, sa canne en bois d'amourette, ses cheveux finement argentés qu'il gominait avac soin, sa taille encore bien prise, un séducteur des années trente. Pas étonnant donc qu'il  fût devenu, de la Bastille à la République, le tombeur des rombières. On le connaissait aussi dans le quartier sous le nom de Chipolata. C'était son nom d'artiste. En effet, il était l'un des derniers clowns tristes, la race était en voie de disparition". Le beau Dino qui sera - un bref instant - l'amant de Maud / Rachel, lui laissant au passage une marque impérissable dans sa vie.

Il y a aussi Fernand Crevel, alias Antenor d'Acapulco, lanceur de poignards ou encore Raymond Chouin, filleul de guerre d'Emma et tenancier de la pension Emma, nom donné en souvenir de sa généreuse marraine de guerre. La pension Emma qui ne sera autre qu'une tôle à garçons, replique masculine des lupanars. Et puis, André Florelle - dit Petit Dédé - ancien de la pension Emma, transfuge de la Milice et déserteur de la Légion. "Le Chinois rappelait, à ce moment, une histoire vieille d'au moins cinq ans, quand un beau matin André Florelle, dit Petit Dédé, un ancien de la Milice, engagé à la Légion en compagnie de son ami de coeur, le comte Bolko von Salza, ancien lieutenant de la Propagandastaffel, s'était retrouvé sur le trottoir devant le café des Trapézistes [...]. S'étant souvenu qu'il était, de tous les michetonneurs ayant défilé à la pension Emma, le préféré du père Chouin, Maud l'avait accueilli à bras ouverts et en avait fait son commis".

On croise, dans la vie de cette cour des Miracles, Maurice Changarnier - le Chinois - commissaire à la Mondaine, dont "Tante Esther" lui apprendra les tenants et les aboutissants du monde parisien, avec ses scandales étouffés, ses crimes inavoués, ses petites manies sexuelles trivilaes et dépravées, ses crétins et ses tares. De quoi vous préparer un avenir solide dans la fonction de maître-chanteur professionnel !! Le Chinois sera l'exécuteur des basses oeuvres de l'ensemble de cette joyeuse tribu d'apaches, rendant services aux uns, se servant des faiblesses des autres pour servir sa cause personnelle.

"Les filles du Calvaire" est un livre féerique et virtuose. On assiste à la peinture réaliste d'un monde aujourd'hui disparu, celui de personnalités riches de caractère, à la générosité débordante. On ne peut raconter l'histoire, qui n'est pas linéaire mais une suite d'aventures personnelles et collectives qui se mêlent, se démêlent, s'enchevêtrent pour le plus grand bonheur du lecteur qui prend plaisir à plonger dans ce monde méconnu.

Par Nanne - Publié dans : Romans francophones
Voir les 1 commentaires
Vendredi 12 janvier 2007 5 12 /01 /2007 11:53

L'honorable partie de campagne - Thomas Raucat (Imginaire Gallimard)

Chacun sait que les us et coutumes entre l'Asie et l'Occident n'ont rien en commun. Ce qui nous paraît une preuve d'éducation et de correction envers autrui est souvent considéré comme un acte d'impolitesse caractérisée pour un Asiatique. Généralement, plus les personnes sont polies en Asie, plus leur colère est grande. Alors même que l'occidental montrera verbalement - et parfois physiquement - son irritation. Ces situations sont fréquemment source de quiproquos, d'erreurs d'interprétation dans les codes de communication entre les individus. C'est ce que tente de montrer "L'honorable partie de campagne".

Un Européen, fonctionnaire à la Société des Nations, visite l'Exposition Universelle de Tokyo en 1922. En fait, plus que l'aéroplane, invention de l'époque et curiosité du moment, celui-ci est à la recherche de jeunes fillettes japonaises, plus faciles à collectionner que ses coléoptères. "parmi les Japonaises, j'ai déterminé deux catégories. Celles qui m'interesse comprend peut-être 10 % de jeunes filles de seize à dix-huit ans. La catégorie qui m'indiffère comprend toutes les autres".

Il aborde deux jeunes Japonaises avec l'intention de les inviter à visiter l'île d'Enoshima avec lui. Seulement, un Japonais de ses connaissances s'interpose entre l'honorable-étranger et ces gens du peuple. Lui seul aura le privilège de l'accompagner visiter la célèbre île japonaise et de l'honorer avec quelques amis trié sur le volet. S'ensuit un subtil jeu de cache-cache entre l'occiental, bien dédicé à semer son encombrant ami Japonais, et la jeune fille invitée, qui viendra accompagnée à son rendez-vous. Elle s'y rendra sans arrières-pensées, mais sans ingénuité non plus, se doutant bien de quelque chose parce que d'un rang très humble. "Un Seigneur comme il est ne peut pas me juger digne de lui".

Le bourgeois japonais, tient, quant à lui, à inviter l'étranger pour d'importantes raisons, dont la principale est de toujours devoir traîter noblement les invités. "En plus, il est toujours agréable d'inviter un éminent étranger, cela permet de lui montrer que l'on est aussi européanisé que lui, que l'on connaît aussi bien que lui les coutumes et les manières polies de son continent. Le plaisir est augmenté quand d'autres amis sont témoins de cette scène. Recevoir un étranger cela se remarque et c'est une bonne note d'élégance". Notre complexe et charmante équipée prendra le train pour se rendre jusqu'à l'île. L'Européen, bien décidé à perdre son ami Japonais, ratera son train. Mais il aura beau faire. La complexité de la vie et des traditions japonaises lui barreront la route qui mènent à ses projets galants.

"L'honorable partie de campagne" est construit comme un puzzle ou un diorama. Au lieu d'une histoire linéaire, racontée par le personnage principal, ce sont huit personnes mélées - de près ou de loin - à cette aventure, qui racontent chacun un bout d'histoire. On croise ainsi une jeune fille du peuple, un bourgeois japonais, une geisha, une gérante d'hôtel, un chef de gare ... Les récits s'enchevêtrent et se succèdent pour former un tableau réaliste et subtile de la société et des moeurs japonaises.

L'auteur, Français, en profite pour aborder des thèmes importants dans la société japonaise. On y trouve la force des conventions sociales, le rôle et la place de la femme, les relations entre les personnes, ainsi que la pudeur des sentiments. La lecture - au début superficielle - laisse vite la place à une étude approfondie de la vie japonaise. Même si la caricature n'est jamais loin, c'est une estampe délicate et très fine, non dénuée d'humour, qui pointe au fur et à mesure que l'histoire se déroule.

C'est un très bon moment qui aide à mieux comprendre tout ce qui sépare les Européens des Asiatiques.

Par Nanne - Publié dans : Romans francophones
Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 27 décembre 2006 3 27 /12 /2006 19:44

Bélibaste - Henri Gougaud (Point n° 306)

En lisant "Bélibaste", j'avais envie de changer de siècle, de mentalité, d'état d'esprit. Je sais - par expérience - que chaque millénaire engendre son lot de malheurs, d'horreurs ayant pour seule et unique origine la bêtise des hommes et leur incapacité à accepter ceux qui pensent ou vivent autrement.

Avec "Bélibaste", je pensais revivre la passion des Cathares, leur vie, leur pureté d'esprit, leur rigueur religieuse, leur organisation sociétale. En bref, vivre une vie aride de prêcheur. En fait, j'ai vécu au rythme trépidant d'un homme incroyable, rempli de doutes sur tout et de questionnements sur Dieu et la religion et parjure par dessus tout.

Rien ne prédestinait Guillaume Bélibaste à devenir un Parfait Cathare, si ce n'est qu'un meurtre de berger, qui menaçait de le dénoncer comme hérétique, le pousse vers son destin. Philippe d'Alayrac, Parfait Cathare dans la plus pure tradition, qui décide de le convertir à sa future charge, malgré les défauts de Bélibaste. "Mais il faut que je vous dise : n'espérez jamais faire de moi un pur esprit, comme vous l'êtes. Je n'ai, quand je le peux, de vraies bontés que pour mon corps. En vérité, je ne désire pas être pur, j'ai grande honte d'avouer cela. J'aime que m'échauffent des envies confuses, des songes secrets, des rognes, des joies que je sais passagères, mais qu'importe !".

Il aura du mal, Bélibaste, à croire en Dieu et, malgré sa consécration comme Parfait au sein de la communauté et sa nouvelle vie à la discipline rigoureuse et spartiate, il sera souvent tenté par le mensonge, le péché véniel et la bonne chère. Dénoncés comme hérétiques par un mendiant et enfermés dans la prison de Carcassonne, Philippe d'Alayrac et Guillaume Bélibaste seront sauvés de justesse du Tribunal de l'Inquisition par un croyant Cathare.

Exilés en Catalogne parmi une communauté en survivance, ils erreront comme des âmes en ruine. Sur son chemin parsemé de doutes et de souffrances, Bélibaste rencontrere l'amour et se fera parjure, sans toutefois renoncer à sa promesse. "Il n'accomplirait pas la gloire de Dieu mais connaîtrait la tendresse et le corps d'une femme, ce paradis des pauvres en espoir. Décidément, il était vain de s'inventer des puretés quand on était un homme abandonné. Toutes les grâces lui avaient été refusées. Il ne pouvait plus rester en pareille sécheresse [...]. Elle le sauverait peut-être, par des voies impénétrables".

Bélibaste qui, malgré toutes ses faiblesses, est vu comme un héros insaisissable pour le peuple de son pays, avancera vers la destiné que Dieu lui a choisi. Il rencontrera en route celui par qui le malheur arrivera. On est toujours trahi par les siens, surtout lorsque le clergé promet aux hérétiques convertis de retrouver leurs terres, de devenir riche et de vivre en paix. La cupidité est partout, même chez les plus purs.

C'est dans un ultime face-à-face avec lui-même, sa vie, son passé, ses actes, que Bélibaste prendra conscience qu'il n'a plus peur de rien lui qui a passé sa vie dans le tourment ; qu'il vit enfin apaisé avec la religion, lui qui a vécu comme un diable. A l'instant de son ultime souffle, Dieu l'aura retrouvé alors que Bélibaste l'avait perdu cent fois.

Avec "Bélibaste", on vit les dernières bribes de la cause des hérétiques Cathares en cette fin de Moyen-Age. C'est écrit dans une langue poétique  et chantante de trouvadour, comme l'est l'accent de cette région. On prend plaisir à plonger dans les mystères et le merveilleux de cette poignée de fous de Dieu, persuadés de détenir La vérité.

Par Nanne - Publié dans : Romans francophones
Voir les commentaires
Samedi 16 décembre 2006 6 16 /12 /2006 18:03

La chambre des officiers - Marc Dugain (Pocket 10679)

Lorsque Adrien croise le regard de Clémence sur ce quai de gare bondé de soldats en partance pour le front, il est très loin de s'imaginer qu'il vit ses ultimes instants d'homme jeune, attirant et bien fait de sa personne. Adrien n'a pas fait la guerre. C'est pourtant à cause d'elle que sa vie va être bouleversée.

Jeune ingénieur officier du Génie, tout juste sorti des Arts et Métiers, Adrien est mobilisé dès 1914. Il est chargé de détecter des sites pour mettre en place des ponts mobiles sur la Meuse. Ce sera sa seule expérience du front. Un éclat d'obus lui arrachera la partie inférieure du visage, le dévisageant définitivement. "Une détonation part tout près. Un sifflement d'un quart de seconde [...]. Je sens comme une hache qui vient s'enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière".

Adrien est envoyé à l'hôpital militaire du Val de Grâce où il va devoir livrer une autre bataille, tout aussi éprouvante bien que différente de l'autre, celle de s'accepter comme une Gueule Cassée. Il inaugure une pièce spéciale, consacrée aux officiers mutilés de la face : La chambre des officiers. Cette salle commune, qui sera son univers pour cinq ans, se remplit petit à petit, au fil des combats et de leurs violences, de blessés estropiés à jamais.

Chacun deviendra le miroir de l'autre, renvoyant l'horreur d'un visage diminué, alors même que la salle ne comporte pas de miroirs pour éviter de restituer le pire. C'est au hasard d'une promenade dans les couloirs de l'hôpital qu'Adrien captera sa nouvelle image dans les reflets d'une vitre. Mais l'envie de vivre coûte que coûte, sera toujours la plus forte chez lui. "Ce n'est ni l'image de ma mère, ni celle de ma soeur ou de mon grand-père qui m'empêchent d'appuyer sur la détente ; c'est simplement l'idée que je suis en train de terminer un travail commencé par les Allemands".

Ses épreuves et ses souffrances, tant morales que physiques, sont l'occasion de tisser des amitiés uniques qui iront au-delà de la guerre. Ces amitiés permettront à tous de supporter le regard des autres, de leurs familles, de leurs proches, des gens de la rue. Ce sont des liens intenses et profonds qui se tissent entre les blessés de cette chambre. Une sorte de cohésion du malheur pour tordre le cou à la fatalité.

Adrien croisera la vie d'Henri de Penanster, capitaine de Cavalerie, aristocrate terrien et bigot, et de Pierre Weil, pilote d'aéroplane. Ils ne se quitteront plus. Au fil des greffes successives, Adrien et ses compagnons d'infortune reprendront l'usage de la parole perdue suite à leurs blessures. Puis, petit à petit, la souffrance s'effacera et cédera la place au bonheur de vivre. "Notre petite communauté dégageait une joie de vivre qui surprenait ceux qui avaient toute leur bouche pour rire [...]. Nous éprouvions ce sentiment d'extrême liberté qui est l'apanage de ceux qui sont débarrassés de leur image et ont retirés, du voisinage de la mort et de la cohabitation quotidienne avec la souffrance, cette distance avec ce qui rend l'homme si petit et si étriqué".

"La chambre des officier" est un livre sobre, intense et profond. Elle raconte l'histoire vraie de ces hommes et de ces femmes qui, plus que la vie, ont perdu leur identité en étant amoindris. Ecrit à la première personne, le blessé témoigne de ce qui a été pour lui à la fois une douloureuse expérience de la vie et la naissance d'amitiés profondes. Le livre souligne surtout la force de vie qui émane de ces Gueules Cassées pendant leur reconstruction.

Même si certains passages décrivent des scènes difficilement soutenables, l'ensemble est d'une grande beauté et d'une extrême retenue. C'est un livre qui émeut et qui touche par sa justesse et sa sensibilité. C'est un très bel hommage à toutes les Gueules Cassées. A (re)lire pour la force que procure ce livre. On peut aussi (re)voir le film éponyme, sublime, avec Denis Poladylès.

Par Nanne - Publié dans : Romans francophones
Voir les 6 commentaires - Ecrire un commentaire
Samedi 9 décembre 2006 6 09 /12 /2006 19:40

La Cliente - Pierre Assouline (Folio n° 3347)

Me remettant d'une plongée littéraire dans le monde des Halles - version naturaliste - et d'une avalanche ininterrompue de nourriture, j'avais envie de changer d'époque et de style. Je recherchais, parmi les livres qui me tendaient les bras et me fredonnaient leur doux refrain enjôleur telles les sirènes d'Ulysse, celui qui aurait mes faveurs. J'avais le choix, mais je tombais sur "La Cliente" de Pierre Assouline. Je me décidais pour une immersion dans le monde glauque et gris de l'Occupation.

En le prenant, je savais que je n'allais pas rire. Pas même sourire. Dénoncer quelqu'un n'est jamais anondin. C'est une sentence. En temps d'occupation, c'est une condamnation à mort. Je ne pensais quand même pas pleurer. Quand même pas. Quand même.

"On peut tout dire, mais peut-on tout entendre ? Pour le savoir, j'avais décidé d'aller trop loin mais pas au-delà." Cette phrase résume bien la quête du narrateur. Biographe et chercheur, c'est en voulant écrire sur un auteur de la période de l'occupation, qui se disait lui-même menacé, qu'il tombe le nez dans des archives classées sensibles. Au détour d'un banal carton il croise des milliers de lettres de dénonciation, anonymes, laissées à l'abandon, en vrac, attendant patiemment d'éclater à la vue de leur futur lecteur. Tous ces bons Français qui avaient donné voisins, amis, collègues de travail, membres de la famille, Juifs.

C'est par hasard qu'il découvre que des amis à lui ont fait les frais de la Révolution Nationale. Les Fechner, fourreurs dans le 15ème Arrondissement de Paris, estampillés Juifs. La conséquence ne s'est pas faite attendre : arrestation, déportation. Qui a bien pu perpétrer un acte aussi lourd de conséquences à une telle époque ? Quels mobiles ont pu animer cette personne ? Si mobiles il y a eu, s'entend.

Cette enquête mênera notre biographe très loin dans l'introspection, jusqu'au délire de persécution, à la paranoïa, à l'obsession. Presque au point de non-retour. "De toutes parts, j'étais cerné par des BOF, des profiteurs, des douteux, des lâches. Enrichis du marché noir, parvenus de tous les trafics, rescapés de la guerre de 39 francs 40. De toute façon, un monde de suspects. C'était le mien désormais. J'avais glissé le doigt dans l'engrenage, la main, le bras, le tronc et puis l'âme."

En partant à la recherche du coupable, il va devenir traqueur, chasseur, inquisiteur. Un peu à l'image des inspecteurs de police de l'époque. Jusqu'à perturber non seulement la vie du dénonciateur, mais celle de la victime elle-même qui cherche à oublier. Ce coupable va devenir sa cliente. Il apprendra que la trahison peut venir de personnes très proches, que l'on côtoie quotidiennement et que l'on estime.

Pire, il se rendra compte que ce n'est ni la haine, ni le racisme ordinaire ou l'antisémitisme qui ont animé cette attitude lâche. Il arrive parfois que pour faire vivre un être cher, on soit prêt à tout. Même à dénoncer. Quelles conséquences pour la suite ? A la Libération, cette personne paiera très cher pour son crime. Elle sera non pas condamnée à mort, mais à vivre avec sa morale pour miroir. Moindre mal quand on a envoyé une famille ad patres.

Personne ne sortira indemne de cette recherche effrénée de la vérité à tout prix. Ni la victime, ni le bourreaux, ni le lecteur. Pour rajouter du drame au drame, la coupable est aussi une victime, d'elle-même, de son secret trop lourd à porter, de l'ampleur de son geste. Le camp des bourreaux est parfois pavé de gens de bonne volonté qui croyaient rendre service à la Nation en se comportant comme des citoyens honnêtes et obéissants.

Avec "La Cliente", on revit l'une des périodes de notre Histoire les moins glorieuses. Celle aussi qui nous touche le plus, nous égratigne, nous rend mal à l'aise. Ce roman - sublime et très bien écrit - nous renvoie à nous et à nos engagements, à nos forces et à nos propres faiblesses. C'est une terrible expérience que l'on fait avec sa lecture : celle de l'introspection existentielle. Qu'aurions-nous fait dans de telles circonstances ? Pour ceux nés après-guerre - dont je suis - c'est une question effroyable, tout simplement parce qu'elle restera à jamais sans réponse. C'est sans doute pour cela que cette époque historique nous intrigue et nous passionne. C'est un miroir grossissant de notre conscience individuelle et collective. C'est à lire, à relire, pour méditer sur un passé commun et névrotique.

Quelques avis, glanés ici ou là sur des blogs. Celui de Pitou, Laurence, Cuné, et d'autres certainement que j'ai oublié de citer ...

Par Nanne - Publié dans : Romans francophones
Voir les 2 commentaires

Ephéméride

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Images Aléatoires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés