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J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Romans francophones

Vendredi 3 novembre 2006 5 03 /11 /2006 12:42

Suite française - Irène Némirovski (Denoël)

Cela aurait pu être le titre d'une sonate de Franz Schubert. Comme une sorte de "Symphonie inachevée", écrite au cours d'une période de profonde mélancolie de son auteur. C'est en tout cas la sensation ressentie au long de la lecture de "Suite française". Cette forme d'oppression, de peur du danger qui rôde. A tel point que l'on ne sait plus, au fil des pages, si l'on craint pour la vie des personnages du livre, ou pour la fin brutale et violente de son auteur, que l'on sait inexorable.

Je savais que "Suite française" était un chef d'oeuvre de la littérature. Malheureusement pour nous - pauvres lecteurs - c'est un roman inachevé, comme la vie d'Irène Némirovski. C'est sans doute ce qui rend cet ouvrage encore plus précieux, encore plus riche. C'est aussi pourquoi j'ai mis tant de temps à en commencer la lecture.

Le sujet lui-même, dans la façon dont il est dépeint - comme un instantané, un direct pris sur le vif - à quelque chose de pathétique, d'éloquent. Scindé en deux parties, "Tempête de juin" évoque l'exode et cette foule bigarrée qui se masse sur les routes pour fuir une improbable épouvante ; "Dolce" qui raconte l'occupation du village de Bussy par les Allemands.

Irène Némirovski a tracé dans "Suite française" un portrait au vitriol de cette France veule, lâche, vaincue et occupée. Les personnes s'y dévoilent telles qu'en elles-mêmes. "Les portes closes où l'on frappait en vain pour obtenir un verre d'eau, et ces réfugiés qui pillaient les maisons, partout de haut en bas, le désordre, la lâcheté, la vanité, l'ignorance."

Plusieurs personnages, venant d'horizons différents, vont se croiser sur ces routes de tous les dangers. On y trouvera les Péricand, grands bourgeois et bien-pensants, traînant leur armée de domestiques, comme un roi déchu sa suite. La mère cherchera à sauver les apparences par une charité de façade qui fondra comme neige au soleil dès les premiers manques. "La charité chrétienne, la mansuétude des siècles de civilisation tombaient d'elle comme de vains ornements révèlant son âme aride et nue. Ils étaient seuls dans un monde hostile, ses enfants et elle. Il lui fallait nourrir et abriter ses petits. Le reste ne comptait plus." Cet égocentrisme qui ira jusqu'à l'oubli du grand-père au cours d'un bombardement, mais jamais de sa fortune. Il y a Hubert, le fils, qui ne supporte ni la réddition, ni l'occupation et qui rêve d'en découdre. Cette résistance se terminera par une grostesque pantalonnade. Mais aussi Philippe, l'aîné et curé de son état, qui n'aime pas les orphelins qu'il conduit sur ces chemins. "Il ne désirait qu'une chose : être débarassé d'eux au plus vite, déchargé de la responsabilité et du malaise qu'ils faisaient peser sur lui." Ces enfants, abandonnés de Dieu et des Hommes, laisseront parler leurs violences et ainsi, désinhibés, lyncheront le prêtre à la première occasion.

On rencontrera Gabriel Corte, écrivain mondain, hautain et condescendant, persuadé d'appartenir à un monde à part, situé au-dessus de la plèbe. Il découvrira sur les routes de l'exode la faim, la peur, la mort et la pauvreté. Cette réalité qui l'effraiera et cette populace qui l'écoeurera. Il s'arrangera pour retrouver ses avantages de happy few après avoir cru au cataclysme social. "Ils se prouvaient l'un à l'autre que rien ne changeait, que tout demeurait pareil, que l'on n'assistait pas à quelque cataclysme extraordinaire, à la fin du monde comme on l'avait cru, mais à une série de relations humaines, [...] et qui ne touchaient fortement que des inconnus."

On verra aussi Charles Langelet, collectionneur d'ouvres d'art, égoïste, avare, méprisant, veule, lâche, menteur et esthète, qui tremblera pour les chefs d'oeuvre et les châteaux de France, sans se soucier de la souffrance de la population. Charles Langelet dont la fin sera aussi piteuse que sa Vénus en porcelaine de Sèvres.

Heureusement, dans cette cour des miracles du 20ème Siècle, il y aura un couple de modestes employés de banque, les Michaud. Ils trembleront pour leur fils - Jean-Marie - blessé, sans jamais perdre leur sens de l'humain. Cette France des pauvres, des malchanceux, des faibles, des laisser pour compte de la Société trouvera encore à se soutenir dans l'adversité, à se soutenir pour ne pas plier, pour rester digne. "Il y avait entre eux de la pitié, de la charité, cette sympathie active et vigilante que les gens du peuple ne témoignent qu'aux leurs, en des périodes exceptionnelles de peur et de misère."

Il y a autant d'histoires de l'exode qu'il y a de personnages et de visions de la guerre dans ce roman abondant. Les périodes de paix et de sérénité alternent durant lesquelles la vie reprend le dessus. Mais le malaise est là, tapi dans un coin. Ce malaise qui vient de la suite, de ce qui va arriver après, de l'angoisse de la mort, de la violence, car la guerre est partout, prégnante dans la nature et chez les gens.

Avec "Dolce", on vit l'occupation du village de Bussy et ses habitants, contraints de recevoir les soldats allemands sous leurs toits. L'incapacité qu'ils ont à se faire accepter spontanément, les poussent à imposer des interdits à tout : "Verboten". Même de vivre. Même d'espérer. Cela n'empêchera ni la ruse, ni la roublardise des paysans. "Aux habitants des pays occupés, les Allemands inspiraient de la peur, du respect, de l'aversion et le désir taquin de les rouler, de profiter d'eux, de s'emparer de leur argent."

Certains trouveront un intérêt à la présence de l'occupant ; intérêt personnel, financier, matériel. Avec l'occupation, les passions s'exacerbent, les tensions sociales, les frustrations de classes, les rancoeurs personnelles se réveillent. On assistera à la naissance d'amours interdits entre Françaises et Allemands, assombris par la crainte des convenances et l'ombre portée de deux millions de prisonniers qui attendent leur retour.

Avec "Suite française", on oscille entre des instants de purs bonheurs, de joie, de plénitude et le chagrin, la peur, le doute, le renoncement. L'atmosphère est tellement lourde et pesante que l'on ressent l'émotion de l'auteur, sa crainte de ne pouvoir achever son livre, comme si elle-même pressentait cette fin proche et définitive, sans retour.

Au terme de ce livre, on ne sait plus ce qui le plus douloureux : le roman en lui-même ou bien les notes écrites par Irène Némirovski en 1942, juste avant sa déportation. "Suite française" est un condensé sur le comportement honteux d'une certaine France au cours de la 2ème Guerre Mondiale, avec ses relents de nationalisme, de corporatisme, son individualisme.

C'est un livre magnifique, écrit dans un langage poétique et limpide. Un livre dont on regrettera toujours de ne jamais pouvoir lire la suite.

Par Nanne - Publié dans : Romans francophones
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Lundi 23 octobre 2006 1 23 /10 /2006 19:58

Les violons du roi - Jean Diwo (Folio n° 2374)

L'auteur de ce roman nous invite ici à pénétrer un monde très fermé, très secret : celui de la lutherie. "Les violons du roi" raconte l'histoire d'une poignée d'artisans de talent installés à Crémone et qui vont transformer le violon des ménétriers en instrument royal. Ils vont faire passer le violon des obscures cours de fermes aux cours flamboyantes de l'aristocratie européenne, du commun au précieux.

C'est à Crémone, patrie originelle du violon, que nous entraîne "Les violons du roi" et partir à la découverte de la bottega de Niccolo Amati, petit-fils d'Andrea Amati et inventeur de l'instrument. Niccolo Amati, dont les apprentis - prestigieux - se nomment Jacob Stainer, Andrea Guarneri et Antonio Stradivari qui bouleversera l'histoire de la musique et du violon.

Dans cette bottega crémonaise le Maître et les élèves ne vivent que par la musique et pour la musique. Y viennent les plus célèbres et les plus célébrés des violonistes italiens de l'époque, à commencer par Benvenuti. "Avec une aisance prodigieuse, il improvisait, ornementait des thèmes baroques [...]. Comme des perles de couleurs différentes, il enfilait arpèges, gammes et doubles cordes."

Mais cela n'est qu'une introduction à la musique baroque. "Les violons du roi" nous raconte la longue, riche et prolifique vie d'Antonion Stradivari, le plus grand de tous les luthiers. Stradivari qui observe son monde avec les yeux d'un enfant surdoué qu'il a été. Il est avide de comprendre, d'étudier, d'analyser, pour faire mieux, plus beau, plus puissant, plus fin que les violons de son Maître. Il est impatient de créer ses propres instruments, de leur apposer son étiquette personnelle, symbole de son indépendance.

Sa rencontre avec Arcangelo Corelli, autre surdoué de la musique baroque italienne, sera déterminante dans la célébrité des stradivarius. Corelli qui réussira à faire pleurer la reine Catherine de Suède de bonheur en jouant de son stradivarius au cours d'un concert à Rome. "Le concert s'acheva sous les ovations, et la reine, heureuse come un enfant dont on avait satisfait les caprices, couvrit Corelli d'éloges [...]."

Antonio Stradivari qui recevra des commandes pour ses violons, et autres instruments à cordes, de tous les grands des cours d'Europe. Le grand-duc de Toscane, Cosimo III de Médicis, lui commandera un intero concerto, un ensemble de concert complet. Ses violons étaient réclamés par les cours d'Autriche, d'Allemagne, de France et d'Espagne. "Le luthier de Crémone était déjà connu des princes allemands, grands amateurs de musique, il devint célèbre chez les compositeurs qui, parallèlement aux Italiens, développaient l'art subtil du contrepoint et préparaient dans les châteaux des princes l'avènement d'une autre musique."

Avec la consécration des stradivarius et autres violons de renom, c'est toute la musique baroque qui éclôt dans les provinces italiennes. A Rome, "la ville la plus mondaine et la plus mucisienne du monde", les oeuvres de Corelli étaient jouées dans les salons des aristocrates. Les princes et les mécènes entretenaient les vistuoses-compositeurs qui vivaient de leurs largesses pour composer des symphonies qui allaient faire la renommée de la musique baroque italienne. L'Eglise trouvait là un nouveau moyen de glorifier Dieu.

Simultanément à la vie prospère et ardente d'Antonio Stradivari, on assiste à la montée d'un autre virtuose de l'archet, Antonio Vivaldi. "Quand ce n'était pas le père qui répétait, c'était le fils, Antonio Lucio, qui jouait avec une ardeur rythmique surprenante, sans la regarder, la musique d'un concerto dont il venait en quelques instants de lire les notes sur le papier." Jamais, les deux maîtres de la musique baroque ne se rencontreront. Vivaldi ne jouera jamais sa musique enchantée et sacrée accompagnée d'un stradivarius.

Avec "Les violons du roi", la musique baroque retentie dans les salons mondains, dans les chapelles, dans les salles de concert, petites ou grandes et fait corps et âmes avec la vie des luthiers. Le roman défile comme une sarabande ininterrompue et sépanouie à travers toute l'Italie resplendissante de la Renaissance. On suit, en filigranne, les événements de cette époque : les guerres que se font les grandes puissances sur la terre italienne écartelée, objet de convoitise, mais aussi celles des princes et des ducs locaux. On découvre les arcanes d'un pouvoir encore et toujours corrompu, les moeurs libertines d'une certaine bonne société, l'émancipation et la liberté de vie des femmes érudites.

Si le roman est, en lui-même, classique dans le fond et dans la forme, c'est mine de connaissance sur l'histoire de Stradivari et de ses violons. Les stradivarius qui ensorcèlent encore aujourd'hui ceux qui les jouent pour le plus grand plaisir de ceux qui les écoutent.

Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Romans francophones
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