Jeudi 14 août 2008
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Par Nanne
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Lundi 11 août 2008
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Horowitz et mon père - Alain Salatko
(Livre de poche n°30718)
Dimitri Radzanov aurait pu devenir un grand pianiste
concertiste, si l'histoire ne s'était pas mêlée de son exitence. Fils d'Anastasie Moulinier - préceptrice dans un institut de jeune filles noble - il étudie le piano au Conservatoire de Kiev. Il
a pour condisciple un certain Vladimir Gorovitz - futur Horowitz - "[...] petit, gringalet, avec ses oreilles d'éléphanteau qui lui avait valu le surnom de Face de Chou [...]".
Les deux garçons se faisaient concurrence par leur talent et leur ambition. Cela donnait lieu à des duels dont la seule et unique arme autorisée était le piano. Cela dit, tous les coups étaient
quand même permis.
Mais la Révolution d'Octobre va venir bouleverser le sort des deux protagonistes en mettant un point final à cette période heureuse et douce. Dimitri, par haine du communisme, s'engagera comme
volontaire dans la Garde Blanche. "Personne ne lui avait demandé quoi que ce soit, surtout pas ma grand-mère, qui des années plus tard me raconterait l'histoire à sa façon [...]". Après
la déconfiture de l'Armée Blanche, Anastasie et Dimitri se réfugient en France - patrie maternelle - et se retrouvent ... à Montrouge, banlieue
rouge de la région parisienne.
Malgré l'exil, Anastasie - intraitable - reste persuadée du destin extraordinaire de Dimitri. Aussi est-il sommé de continuer à travailler son piano coûte que coûte, vaille que vaille.
"Dimitri travaillait son piano dans la journée. On lui avait aménagé un "salon de musique" dans un cabanon au fond du potager et il devait couvrir de ses octaves les bruits de la basse-cour,
car de vrais animaux complétaient cette pétaudière". Mais la musique ne nourrit pas son homme, et Dimitri trouvera un travail de chimiste pour les usines Pathé-Marconi de Chatoux.
Alors que Vladimir Horowitz commence à faire parler de lui, Anastasie Radzanov qui l'avait toujours détesté, se prend d'admiration pour lui. Stratégie qui devait servir à pousser Dimitri à
reprendre ses gammes et à l'éloigner de sa femme, jugée inculte et ignare par une belle-mère acariâtre. "Elle se mit à collectionner tous les articles de presse relatant les exploits du jeune
prodige ukrainien. Nous étions en 1926 et Horowitz, récemment évadé de la "maison rouge", se lançait à la conquête de Paris. - Ecoute ça, Mitia, il a donné un concert privé dans le salon de
Jeanne Dubost ... Il a joué "Oiseaux tristes" et "Jeux d'eau" de Ravel en présence du compositeur lui-même qui l'a chaudement félicité ... [...]. - Vous
connaissez Horowitz ? s'étonna ma mère. - Non, mademoiselle, Horowitz NOUS connaît !".
Et le duel entre les deux adversaires du Conservatoire de Kiev reprendra par-delà l'Atlantique. Alors qu'Horowitz transpirait sur les plus grandes scènes du monde, Dimitri rivalisera dans l'ombre
de son pavillon de banlieue. Bien entendu, cette lutte sera d'un intérêt bien supérieur aux affres de l'Histoire pour le fils de Dimitri, qui se réjouira de cette nouvelle joute musicale. C'est
en invitant son père à un concert au Carnegie Hall de New York, que le fils comprendra pour quelles raisons son père s'est laissé entraîner dans cette aventure.
"Horowitz et mon père" d'Alexis Salatko est un livre-plaisir. Plaisir de vivre une période révolue,
celle de la bohème montmartroise. Au détour de certaines pages, on croise
Marcel Aymé à l'humour féroce, le docteur Destouche -
alias Céline - cynique et désabusé et Gen Paul. C'est aussi un livre-souvenir sur les exilé russes déracinés, perdus dans une société qui les comprenait si mal. C'est l'histoire de personnes qui se rattachent à ce qui leur reste : la musique classique et l'espoir de jours
meilleurs, ou plus gais, pour refaire surface, pour recommencer une autre vie, ailleurs. Cest drôle, c'est léger avec des personnages pittoresques, tendres et fantasques, des situations
désopilantes et cocasses qui font oublier la dureté d'autres situations. C'est un petit livre délicieux comme une sonate de Chopin.
Par Nanne
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Samedi 9 août 2008
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Par Nanne
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Jeudi 7 août 2008
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Les Disparus - Daniel
Mendelsohn
(Flammarion éditions)
"De ce Shmiel, bien entendu, je savais quelque chose : le frère aîné de mon grand-père qui, avec sa femme et ses quatre filles superbes,
avait été tué par les nazis pendant la guerre [...]. C'était là, nous le comprenions tous, la légende non écrite des quelques photos que nous avions de lui et de sa famille, qui étaient désormais
rangées soigneusement dans un sac en plastique, à l'intérieur d'une boîte qui se trouvait elle-même à l'intérieur d'un carton dans la cave de ma mère".
L'auteur - enfant - avait souvent entendu parler de cet oncle, de sa famille. Rien de plus. Il savait vaguement comment il avait été assassiné, mais sans pouvoir imaginer ce que cela signifiait
réellement. L'entourage racontait - par bribes - des souvenirs épars, son bref séjour à New York en 1913, son retour en Pologne, sa réussite là-bas, au fin fond de l'Europe Centrale. Certaines
personnes
comparaient alors l'auteur et cet oncle imaginaire. Parfois, elles pleuraient en le voyant. Et puis, il y a ce
grand-père, si loquace, si peu avare des histoires de famille, de tantes et d'oncles venus de la lointaine Europe,
d'aïeux perdus dans le Nouveau Monde, et qui restait étrangement silencieux, muet, au sujet de Shmiel et des siens. "[...] et son silence, inhabituel et intense, irradiait le sujet de Shmiel
et de sa famille, en les rendant impossibles à mentionner et, par conséquent, inconnaissables".
Enfant curieux, il guettera les moindres murmures, les moindres lambeaux de conversations lâchés sur ce grand-oncle, totalement inconnu. Tantôt caché avec les siens ; tantôt premier sur une
mystérieuse liste. "Avec le temps, ces fragments de conversations, que je savais être censé ne pas entendre, ont fini par s'agglutiner pour former des vagues contours de l'histoire que,
pendant longtemps, nous avions pensé connaître". C'est à l'adolescence que l'auteur commencera la recherche généalogique des siens. Un trou, une béance, dans cette organisation : oncle
Shmiel. Rien le concernant, sur sa femme - Ester -, sur ses quatre filles - Lorka, Ruchele, Frydka et Bronia -. Pas d'anecdotes, pas d'informations valables. Le vide. Le silence insupportable parce qu'assourdissant et pesant.
Commencera, pour l'auteur, une longue et lente enquête qui, tel un chercheur, un passeur de mémoire d'une histoire à
jamais anéantie, vont l'amener à combler ce vide sidéral créé par la fin dramatique de Shmiel et de sa famille. C'est par l'existence de lettres de l'oncle Shmiel que Daniel
Mendelsohn va débuter ses recherches. Il sait qu'Oncle Shmiel a envoyé plusieurs courriers au grand-père maternel pour essayer
de sortir d'affaire sa famille. "Car, lorsque Shmiel s'est assis pour écrire cette lettre, ce lundi de janvier 1939, il avait besoin d'argent pour sauver son camion ; à la fin de l'année, ce
serait pour sauver sa vie qu'il supplierait qu'on lui envoie de l'argent. [...] un argent destiné non plus à ses camions ou à des réparations, mais à l'achat de papiers, de déclarations sous
serment [...]".
La question - toujours la même - qui reviendra comme une infernale ritournelle, lancinante, angoissante, sera de savoir si la famille a répondu à cet oncle pris dans la nasse de la
2ème Guerre Mondiale ; si chacun a bien tout tenté pour les sauver, les sortir de ce bourbier. Rien ne reste de ces lettres envoyées par ses frères, ses soeurs, ses cousins ou son
beau-frère. Jamais l'auteur ne trouvera de justification à ce questionnement terrible. Cette part de culpabilité, son grand-père la portera sa vie durant comme une plaie purulente, impossible à
refermer.
Daniel Mendelsohn entreprendra un véritable périple pour retrouver les quelques survivants de ce
schtetl de Bolechow, en
Ukraine. Il partira pour l'Australie, l'Europe Central et Iraël. Il ira à Vilnius et à Tel Aviv ou Beer Sheva, à Riga et à Haïfa, à Prague et à Jérusalem, à Vienne, à Stockholm et à Coppenhague
pour connaître ce grand-oncle Shmiel et savoir. Toujours, il évitera de porter un jugement sur ce qu'il apprendra des rescapés, des témoins, qu'ils soient Juifs, Polonais ou Ukrainiens. Parce que
le jugement, quand on ne connaît pas parfaitement les faits, que l'on n'a pas vécu des situations insupportables où chaque choix entraîne des conséquences pour soi et les autres, est un sentiment
trop facile à utiliser.
Les langues se délieront au fur et à mesure des retrouvailles, des rencontres, des amitiés naissantes. Petit à petit, tel un artiste construisant son oeuvre, Daniel Mendelsohn apposera des faits
sur chaque prénom, sur chaque visage. Tel un puzzle, les pièces de cette quête se rangeront à leur place pour redonner vie et corps à six destins tragiquement interrompus.
Difficile de résumer "Les Disparus" de Daniel Mendelsohn et d'en parler, tant l'auteur a mis d'affect dans son
récit. On se rend vite compte que cette recherche n'est pas uniquement une volonté de combler un vide dans ses origines, mais de mieux comprendre l'Homme, au sens humaniste du terme. C'est un
livre surprenant, construit comme un roman policier, entrecoupé - volontairement - d'extraits de la Torah. Le lecteur peut avoir du mal à admettre ce mode de construction. Mais Daniel
Mendelsohn fait en permanence le parallèle entre la réalité historique et l'histoire de la Création du Monde ; deux formes d'anéantissement et - en fond - la part de Dieu dans l'oeuvre de
la vie et des hommes. Bien plus qu'un énième document sur la Shoah, "Les Disparus" est un ouvrage sur l'humain, ses forces, ses faiblesses, sur ce que nous sommes. Tout
Simplement.
Par Nanne
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Mardi 5 août 2008
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2008
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Par Nanne
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