Dimanche 3 août 2008
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Lou - Histoire d'une femme libre
Françoise Giroud - (Livre de poche n°30072)
Il arrive souvent que l'on soit
inspirée dans nos lectures par des articles sur des blogs. Ceux qui nous parlent d'auteurs - hommes et femmes - à l'écriture exceptionnelle et qui nous ont donnés des pages merveilleuses à lire,
des poèmes sublimes. C'est en visitant régulièrement le blog d'Antigone
et de sa récente rencontre avec Rilke et Lou Andréas-Salomé, que l'idée m'est venue d'en savoir plus sur cette
personnalité singulière tout à la fois muse et femme cultivée, intelligente, charmeuse et complexe.
Lou Andréas-Salomé est née à Saint-Petersbourg, dernière enfant après cinq garçons. Inutile de dire que son arrivée est vue comme un vrai cadeau du ciel pour le père - Gustave von Salomé
- officier du tsar. Les relations de la petite Lou - qui n'est encore que Louise von Salomé - avec ses frères sont excellentes. "Les cinq frères l'adorent ; joyeux et affectueux, ce sont
ses
compagnons de jeux, ses compagnons tout court. Toute la vie elle gardera la vision des hommes qu'ils lui ont laissée : des
frères".
Adolescente, on la dit très belle jeune fille, grande, mince, longiligne, avec une morphologie presque androgyne qui pourrait laisser suspecter une anoréxie. Lou à dix-sept ans quand elle
rencontre son premier amour platonique, le pasteur néerlandais Heinrich Gillot, tuteur des enfants du tsar. Il a quarante et un ans et il est marié. Sa culture ouvrira à Lou les
portes de la connaissance philosophique, de la religion. Elle lit Voltaire, Rousseau, Kant, Pascal et d'autres. "Cet entraînement forcené, le fait qu'elle ait assimilé ces connaissances la
feront paraître plus tard comme un cas rarissime parmi les femmes de sa génération : une "interlocutrice valable", une vraie partenaire dans les jeux du savoir". Néanmoins, le comportement
de Lou vis-à-vis des hommes sera toujours ambivalent. Elle les aime, mais comme autant de pairs intellectuels. Pour autant, Lou refusera longtemps tout contact physique avec eux.
Mais Lou est une amoureuse de la vie et des hommes, malgré son ambiguité. Après le pasteur Gillot, Lou - C'est ce dernier qui la surnommera ainsi - fera la connaissance de Paul Rée, philosophe et
ami de Friedrich Nietzsche. Dès cette rencontre, Nietzsche perd définitivement
tout contact avec la réalité. Il veut
l'épouser. Elle refuse. C'est la rupture. A la fin de la vie du philosophe, Lou se servira de sa relation passé,
de ses écrits et lettres personnelles pour écrire un ouvrage sur Nietzsche. Ce livre sera une référence du genre qui lancera sa carrière littéraire. "Toute sa vie, elle a porté la tache
d'avoir "rejeté" Nietzsche. Pas un commentateur ne lui a épargné ce grief récurrent. En fait, ce qu'on ne lui a pas pardonné, c'est d'avoir été une femme capable de comprendre la pensée de
Nietzsche et de l'éclairer".
C'est à Berlin que Lou croisera celui qui sera son seul et unique époux, Andréas, dont elle associera le nom au sien, symbole fort de son attirance pour ce personnage atypique. Mais l'amour a ses
raisons que la raison ignore et Lou tombera sous le charme de Rainer Maria Rilke en 1897. Quand ils se rencontrent à Munich, elle a trente-six ans. Il en a vingt et un. Le coup de foudre est
réciproque. Cette relation leur sera bénéfique par-delà leur rupture, puisqu'ils auront une influence
positive réciproque sur leur travail. Lou acceptera de toujours revoir Rilke, longtemps après leur séparation. Ils s'écriront jusqu'à la mort prématurée du poète.
Dans les années 1912-1913, elle devient l'élève de Freud. "[...] bien que Freud n'ait jamais désiré Lou, selon ce qu'il en dit lui-même, et qu'il n'y ait jamais eu entre eux que des relations
les plus chastes, on peut dire qu'il l'a tendrement aimée, et aussi qu'il a fait grand cas de son intelligence". Elle suivra les séances de travail du mercredi, réunissant les
disciples du maître. Après des débuts comme romancière, Lou poursuivra une carrière de psychanalyste à Göttingen. Elle rendra hommage à Freud à travers un livre hommage qui lui tenait
particulièrement à coeur "Ma reconnaissance envers Freud".
"Lou - Histoire d'une femme libre" de Françoise Giroud n'est pas vraiment une biographie au sens académique du terme. L'auteure s'en défend, car elle n'a pas recherché des détails
inédits sur la vie de cette femme libre et fantasque. C'est plutôt un document sur sa vision de la vie et ses
relations avec les hommes qui ont jalonné son parcours. On y découvre une femme indépendante socialement, puisque vivant de son travail d'écrivain et
d'analyste, mais aussi libre morale et intellectuellement, puisque Lou Andréas-Salomé a toujours vécu comme elle l'entendait et non pas
selon les diktats - nombreux - de son époque et de son milieu. C'est un petit livre qui synthétise l'essentiel de la vie de cette femme et muse célèbre et on peut regretter que certains
sujets ne soient abordés que trop superficiellement. Il donne toutefois envie d'en apprendre plus sur ce personnage flamboyant.
Par Nanne
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Publié dans : Biographies
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Vendredi 1 août 2008
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17:51
Par Nanne
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Mercredi 30 juillet 2008
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Le crime de Paragon Walk - Anne Perry
(10/18 n°2877)
"Paragon Walk était une promenade dans le style Regence,
suprêmement élégante, donnant sur un parc ouvert avec parterres de fleurs et arbres ornementaux. Elle ondulait en douceur sur un kilomètre environ. Ce matin-là, tout était blanc et silencieux
[...]".
C'est dans ce quartier huppé et résidentiel, abritant la bonne société britannique que l'inspecteur Pitt est envoyé pour enquêter sur le meurtre sordide d'une jeune de bonne famille - Fanny Nash.
Soeur cadette de Diggory Nash, elle vivait à Londres depuis la mort de ses parents. C'est sa belle-soeur - Jessamyn Nash - qui lui servait de chaperon pour l'introduire dans le grand monde.
"Elle n'était pas encore formée aux mondanités. parfois, j'avais l'impression qu'elle était bien trop jeune pour la saison ! J'ai essayé de l'éduquer, mais elle était d'une telle candeur ! Il
lui manquait la plus élémentaire faculté d'invention. Le moindre faux-fuyant lui était un
supplice". C'est dans les bras de sa belle-soeur que la pauvre Fanny Nash succombera.
Dès le début de l'enquête, Thomas Pitt est persuadé que le criminel appartient au monde feutré de Paragon Walk.
Pourtant, personne n'a rien remarqué d'anormal ou de suspect ce jour-là, ni les domestiques, ni l'agent en faction dans le quartier. En rendant une visite purement formelle aux voisins des Nash,
pour découvrir la moindre bribe d'information ou un indice, l'inspecteur Pitt comprend très vite que tous - ou presque - essaient de dégager leur responsabilité dans ce meurtre, que le silence
est de rigueur pour tenter de cacher les travers des uns, les manies des autres, les haines de tous. A commencer par la famille Nash elle-même, qui ne plaint pas le sort subi par cette
malheureuse Fanny Nash. "Pitt aurait dû s'habituer à ce réflexe de groupe défensif, aux protestations d'innocence, voire au déni de toute implication. Il s'y heurtait chaque fois, d'une
manière où d'une autre. Et cependant, il trouvait cela particulièrement répugnant".
Charlotte décidera d'aider son inspecteur de mari dans cette troublante affaire de moeurs, en rendant visite
à sa soeur Emily Ashworth, vivant à Paragon Walk. En observant leur façon de vivre pour
essayer de
trouver des éléments passés inaperçus par Pitt, elle n'aura de cesse de se demander qui a bien pu perpétrer un crime aussi monstrueux dans un quartier aussi élégant. Même si elle avait conscience
de leurs excentricités et de leurs déviances, Charlotte savait aussi qu'ils avaient les moyens de les assouvir, grâce à l'argent. "Aussi excentriques que fussent leurs goûts, voire même
pervers - elle avait entendu parler de ces choses-là -, les résidents de Paragon Walk avaient certainement les moyens de les satisfaire. Et il n'avaient que l'embarras du choix, entre les
quartiers pauvres surpeuplés et les maisons de luxe, sans parler d'enfants et même de jeunes garçons". Dans la Gentry, certains membres ne sont pas plus propres ni plus
fréquentables que dans les classes populaires et chez les déclassés.
En côtoyant ces péronnelles mondaines qui passent leur temps à se critiquer et à se disputer les faveurs des dandies, Charlotte se convaincra que le criminel n'a pas choisi Fanny Nash par hasard,
mais pour sa pureté virginal et son âme innocente.
De soirées mondaines en garden parties, Charlotte
et Emily percevront beaucoup - trop sans doute - sur leurs voisins au-dessus de tout soupçon. Non seulement Fanny Nash disparaîtra, mais d'autres paieront de leur vie leur curiosité, leurs
allusions, leurs connaissances de certaines pratiques.
"Le crime de Paragon Walk" d'Anne Perry est le premier livre que je lis de cette auteure prolixe. Je la connaissais de réputation pour la qualité de son écriture, le foisonnement de
détails sur la société anglaise en général et de ère victorienne en particulier, que j'affectionne particulièrement. Je dois reconnaître que cet ouvrage a été une belle surprise de mon swap Eternel féminin. La description de la grande bourgeoisie anglaise, avec ses codes, ses habitudes, ses us et coutumes est subtile, sans suffisance, avec juste ce qu'il faut pour apprendre l'essentiel au
lecteur sans le noyer dans la masse.
L'intrigue est bien orchestrée et on reste en haleine jusqu'au bout, se demandant qui a bien pu
commettre toutes ses horreurs. Avec Anne Perry, on est à la confluence de Sir Arthur Conan Doyle et de son Sherlock Holmes, et d'Agatha Christie et de sa Miss Marple. Un vrai régal estival qui
m'a confrimé l'envie de continuer à lire cette écrivain. Un grand merci à Katell pour ce joli cadeau ...
Par Nanne
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Publié dans : Policiers, thrillers, aventure
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Mardi 29 juillet 2008
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Par Nanne
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Publié dans : Photos
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Lundi 28 juillet 2008
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Lieux-dits - Michel
Tournier
(Folio 2€ n°3699)
Si l'envie vous prend de faire une balade dans le temps, de voyager dans des villes romanesques pour partir à la rencontre d'auteurs et de
musiciens connus et reconnus. Si vous avez envie de visiter des jardins de curé dans la vallée de la Chevreuse ou des châteaux flamboyants, alors je vous invite à partager l'univers de Michel
Tournier.
Notre première flânerie nous entraînera à Prague, où Lorenzo Da Ponte attend deux amis - non des moindres - au célèbre Café Alcron, en dégustant un chocolat chaud, du vin de Tokay et des
pâtisseries viennoises. Da Ponte attend rien moins que Mozart et Casanova pour discuter de son futur livret d'opéra Don Juan, pièce angoissante d'une Espagne inquisitrice. "Mais nous
sommes ici au coeur de la vieille bohême, magique et tendre, le pays des vins dorés et des verres multicolore. Vous Mozart, vous venez de Salzbourg, et nous de Venises. Pourquoi ne ferions-nous
pas un Don Juan à l'italienne, mieux à la vénitienne ?".
Après Prague et la Bohême romantique, on prend la direction de Weimar que rien ne prédestinait
à un tel rayonnement intellectuel, avant
que deux créateurs de génie ne transformebt cette modeste bourgade en un lieu d'exception. Goethe pour l'écriture et la pensée, Jean-Sébastien Bach pour la musique sacrée et profane. C'est Bach
le premier qui a fait de Weimar une ville importante dans l'évolution de sa musique. "Ces années weimariennes furent décisives dans l'évolution de son art : vingt-trois ans - trente-deux ans.
C'est la conclusion d'une jeunesse studieuse et l'épanouissement de l'âge adulte".
Goethe, quant à lui, fera venir à Weimar d'autres personnalités éminentes, dont Schiller ou encore Herder. Son amitié avec le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar sera une réussite exemplaire.
Goethe aura un rôle d'animateur des festivités, entre autre. "Ce rôle d'ordonnateur des pompes joyeuses ne lui paraissait nullement indigne de lui, et il se trouvait des prédécesseurs jusque
chez Albert Dürer et Léonard de Vinci". Que reste-t'il de Weimar après Bach et Goethe ? Elle aurait pu rester cette petite ville idyllique si l'histoire du 20ème Siècle ne s'en
était pas - ombrageusement - mêlée.
Après l'Europe Centrale poétique et l'Allemagne romantique, voici une autre promenade - originale celle-là : celle de son jardin
de curé où niche le presbytère dans lequel l'auteur a élu domicile
depuis de
nombreuses années. Outre les vénérables séculaires qui trônent majectueusement dans son jardin - dont un
marronnier géant - se trouve un petit buis malingre. Arbuste indispensable à la vie du presbytère puisqu'il lui fournit les branches pour le dimanche des Rameaux. "L'arbre possède une
longévité exceptionnelle, et c'est peut-être ce qui explique son emplacement malencontreux dans mon jardin".
Enfin, c'est la découverte de ses deux châteaux préférés, Breteuil et Mauvières. Le château de Breteuil avec sa grille, son jardin à la française et son parc immense. L'ensemble majestueusement
couronné de deux étangs abritant des canards de collection et des cygnes solennels. Et puis, celui de Mauvières. "Il faut avoir l'oeil exercé pour découvrir ses toitures d'ardoises et ses
façades roses au milieu des frondaisons. Car le château de Mauvières se cache dans les bois et se laisse volontiers occulter par ses voisins plus imposants, Breteuil
d'un
côté, Dampierre de l'autre".
Dans "Lieux dits" de Michel Tournier, on part en excurtion à travers le temps, les époques et les continents, mêlant allégrement l'histoire, la nature, la beauté d'un paysage, le
souvenir personnel d'un quartier ou d'un lieu particulier. On voyage ainsi, au gré des humeurs de l'auteur, de Prague à Bombay, de Dieppe à Weimar, de la Forêt de la Chevreuse au Japon, de l'Ile
Saint-Louis à la Californie. Petites madeleines de Michel Tournier qui se dégustent lentement, savoureusement, comme pour mieux ressentir toute la délicatesse, la beauté et la simplicité des
endroits.
Par Nanne
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Publié dans : Nouvelles francophones
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