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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Policiers, thrillers, aventure

Lundi 26 novembre 2007 1 26 /11 /2007 18:52

           Tête de nègre - Daniel Picouly (Librio 2€)




"Une tête de nègre avec des yeux bleus grands ouverts [...]. "Ma mère, mon père, punissez Delorme ! ...". Edmond se récita les derniers mots du jeune homme pour les graver dans sa mémoire. Un filet de sang mauve lumineux s'insinua par la jointure des planches. Il le recueillit dans la petite fiole pendue à son cou par un lacet de cuir. Remplie, elle ressemblait à une améthyste oblongue".

Dans le Paris de 1792, la Veuve Noire tourne à plein régime. Il faut reconnaître que ce n'est pas les aristocrates qui manquent dans la capitale. Le bourreau n'a pas le temps de s'ennuyer. Il travaille à temps plein ces temps-ci. Edmond a promis de ramener la fiole de sang au père du guillotiné, qui n'est autre que le marquis d'Anderçon. Il lui doit bien cela, puisque le marquis l'a sauvé in extremis de la pendaison pour une vague histoire de pillage. 

Le marquis en profite pour demander à Edmond de retrouver la tête tranchée de Germain - son fils - afin de lui donner une sépulture chrétienne. "Il y a tout un trafic macabre autour des têtes de guillotinés. Je vous passe les détails. Nous avions des assurances. Mais nous avons été trahis. C'est insensé, mais ... on a volé la tête de notre fils. Edmond n'était même pas surpris. Tout le monde savait que ce genre de trophées était très recherché par des apothicaires, des chirurgiens, des étudiants en médecine, des montreurs de baraque foraine ou simplement des collectionneurs".

Pour cette mission de haute voltige dans un monde pour le moins violent et sans concession, le marquis d'Anderçon lui adjoint Jonas - alias Fossoyeur Jones - surnom venant de sa profession. Voilà  Ed Cercueil - Edmond, macabre menuisier de son état - et Fossoyeur Jones en partance pour Haarlem à la recherche d'une tête d'aristocrate métisse pour le moins convoitée ... et pas que par la famille du mort.

Leur enquête les mène dans une gargote minable, "La gamelle de la Révolution". La tenancière avec "son tonneau d'eau de vie en sautoir sur la hanche la faisait ressembler à un gros saint-bernard éméché", leur conseille de renoncer à cette expédition, sous peine d'être transformés en petits pains à viande. C'est une sale affaire et la tête se trouve entre de trop mauvaises mains. De gargotes en bagarres, de maquereaux boulangers en courses-poursuites, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones arriveront - enfin - à approcher Delorme, "Noir venu de Saint-Domingue [...] qui règne sur cette Cour des miracles. La police laisse faire. [...] D'ailleurs, Delorme est un indicateur appointé".

Ce que ces deux loufiats vont découvrir dépassent la réalité et l'entendement. Entre rites vaudoux et croyances africaines, rien ne leur sera épargnés. Quant à la tête aux yeux bleus, allez donc savoir pourquoi elle est l'objet d'une telle course à l'échalotte !!!

"Tête de nègre" est un policier atypique par son thème - l'aristocratie métisse - chose assez rare pour être mentionnée. C'est tout à la fois drôle, saignant, morbide, macabre, à l'humour noir et tranchant comme la guillotine. On se retrouve dans une atmosphère entre Eugène Sue et les romans noirs américains des années 50, où la violence côtoie le cynisme désabusé. Je connaissais Daniel Picouly pour avoir lu - il y a longtemps - "Le Champ de personne". Je ne le connaissais pas dans le registre du polar noir. Et cela vaut le détour de la lecture.

Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Policiers, thrillers, aventure
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Mercredi 24 octobre 2007 3 24 /10 /2007 09:27

    Le chien des Baskerville - Arthur Conan Doyle
      (Press Pocket)

Lorsque le docteur Mortimer rend visite à Sherlock Holmes - 221b Baker Street - ce dernier est bien loin de se douter de l'objet de sa venue. En effet, tous deux sont des personnes pour le moins rationnels et cartésiens, les empêchant de croire à l'irrationnel, à l'ésotérique, au surnaturel. Et pourtant. L'histoire du docteur Mortimer est plus proche du mythe du loup-garou que d'un meurtre banal. Son meilleur ami, Sir Charles Baskerville est subitement et tragiquement décédé suite à une affaire extraordinaire. Si le corps découvert par le docteur ne portait aucune trace de coups, son visage avait été terriblement déformé par la frayeur. Comme si Sir Charles avait vu un monstre terrifiant.

Car dans la famille des Baskerville - comme dans toutes grandes familles britanniques qui se respectent - court une légende, horrible et affreuse. Sir Charles était convaincu qu'une malédiction tragique s'attachait à sa famille. " [...] certes, les détails qu'il ma fournis sur ses ancêtres n'avaient rien d'encourageant. L'idée d'une présence fantomatique le hantait". Le soir de sa mort, le docteur Mortimer a trouvé les empreintes d'un animal gigantesque - qui n'avait rien de commun avec une espèce connue - autour du corps de Sir Charles. Et puis, il y a toutes ces personnes vivant autour des marais de la lande de Grimpen, dans le Devonshire, qui ont signalé la présence d'une bête qui pourrait s'apparenter au démon de Baskerville. Tous le décrivent comme énorme, phosphorescent, fantomatique, horrible. "J'ai soumis ces témoins à une sorte d'interrogatoire contradictoire : l'un est un paysan têtu, l'autre un maréchal-ferrant, le troisième un fermier ; tous trois ont été formels : ils m'ont raconté la même histoire d'apparition, et le signalement de cet animal monstrueux correspond point par point à celui du chien diabolique". Cela intrigue au plus haut point Sherlock Holmes, pour qui aucun meurtre ne trouve de solution.

Le neveu de Sir Charles - héritier du sinistre manoir de Baskerville - Sir Henry débarque donc de son Canada pour prendre possession de son bien. A peine arrivé à Londres, il reçoit une lettre anonyme, contenant une phrase on ne peut plus sibylline, "Si vous tenez à votre vie et à votre raison, éloignez-vous de la lande". Holmes, occupé sur d'autres affaires à Londres, demande à Sir Henry Baskerville de se rendre au manoir. Son ami, le docteur Watson, l'accopagnera pour le protéger.

Au cours d'une promenade dans la lande désolée, le docteur Watson fait la connaissance d'un étrange personnage excentrique, Stapleton, naturaliste de son état. Il vit sur le domaine de Merripit, à l'écart du monde, avec sa superbe soeur, Beryl Stapleton. Notre naturaliste se balade au milieu des marais de la lande, à la recherche de curiosités et autres raretés zoologiques. Lors de leur conversation, le docteur Watson a l'occasion d'entendre des hurlements et gémissements effroyables. "Un long gémissement bas, indiciblement triste, s'éleva de la lande. Il emplit tout l'air. Et pourtant il me fut impossible de préciser d'où il venait. D'abord murmure lugubre, il s'enfla en un profond meuglement puis retomba en plainte mélancolique, à vibrations sinistres". Selon Stapleton, les paysans du coin racontent que ces cris sont ceux du chien de Baskerville qui réclame sa proie.
 
Il rencontrera l'autre voisin du manoir, M. Frankland, de Lafter Hall. Celui-ci n'a qu'une passion : la loi. Sous toutes ses formes. Il dépense sa fortune en procès de toutes sortes, par simple plaisir de la chicane. Sa connaissance approfondie du droit ancien seigneurial et communal lui permet de l'appliquer soit en faveur des villageois, soit en leur défaveur. Cela ne lui vaut pas que des amis !! Mais surtout, M. Frankland est curieux de nature. Avec sa longue-vue, il scrute la lande à la tombée de la nuit et a remarqué qu'un inconnu vivait caché dans les cabanes préhistoriques de la lande. Un vrai repère pour bandit en cavale, ce lieu. Le docteur Watson est fermement décidé à savoir qui peut être cet homme. Est-il un ami ? Un ennemi ? Quelle sera sa surprise de découvrir ... Sherlock Holmes dans la peau de cet inconnu. 


Au cours de leur discussion, Holmes avoue à son ami que "C'est une affaire de meurtre : de meurtre raffiné, exécuté de sang-froid, délibéré". Qui peut bien en vouloir aux héritiers des Baskerville, vieille famille d'Angleterre, et pour quelles raisons ? Pour le savoir, il vous faudra lire la suite du "Chien des Baskerville".

Roman angoissant, inquiétant, terrifiant par bien des aspects, mais au combien captivant que l'on ne lâche plus une fois commencé. "Le chien des Baskerville" de Conan Doyle vous entraîne dans un tourbillon de peurs ancestrales et d'histoires anciennes racontées au coin du feu par nos aïeuls. Il entremêle la peur enfantine des loups garous, des monstres et sorcières peuplant nos histoires et notre imaginaire, et notre envie d'adulte de savoir qui est à l'origine de cette affaire machiavélique et infernale. C'est un livre qui se lit d'une traite et se déguste comme on boit un excellent thé. Avec bonheur et délectation !!

 

Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Policiers, thrillers, aventure
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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /2007 17:08

                            Morituri - Yasmina Khadra 
                                               (Folio Policier)




"De ma fenêtre, je peux voir la misère urticante de la casbah, sa noirceur de rinçure et au bout la Méditerranée. Il fut un temps où, de mon mirador de patriote zélé, il me semblait que la noblesse naissait de ces gourbis meurtris par la guerre et les déconvenues, que mes ruelles aux configurations de parchemin détenaient l'essence de la vaillance. C'était le temps où Alger avait la blancheur des colombes et des ingénuités, ou, dans les prunelles de nos mioches, les horizons de la terre venaient se refaire une virginité".

Bienvenue dans le monde glauque, noir, sombre, sinistre, pessimiste, inquiétant et désespéré du commissaire Llob. Car chaque matin, c'est avec la peur au ventre et dans ses petits souliers que le commissaire Llob se rend à son bureau. On ne peut pas vraiment dire que se soit luxe, calme et volupté dans son monde. Pas vriament le genre de l'entourage. Il suspecte tout et tout le monde, le moindre passant dans la rue, le voisin, jusqu'au concierge de son immeuble. Il ne fait pourtant pas de délire de persécution, le commissaire Llob. Cepedant, pour éviter le pire, il change régulièrement ses habitudes et arrive - rituellement - avec une bonne heure de retard au travail. Mesures de sécurité. Même son plus fidèle adjoint, le lieutenant Lino, a changé ses petites manies. C'est tout dire. "Mon lieutenant Lino est là. Avant c'était le champion des absentéistes. Obstinément derrière ses petites magouilles, ses trafics d'influence et ses putains. Il avait compris qu'au sultanat des truands et du népotisme, un miracle ça se négocie [...]. Aussi se débrouillait-il, Lino, dans le brouillon qu'était notre société [...]. Mais Lino s'est assagi d'un coup. Il est au bureau avant le planton. Normal, puisqu'il y passe la nuit. Il ne rentre plus chez lui, à Bab el Oued, depuis qu'un brelan de barbus est venu prendre les mesures de sa carotide pour lui choisir un couteau approprié".

En bref, une société de rêve transformée en cauchema vivant et perpétuel. Mais lorsque son chef lui demande de le représenter à une soirée donnée par Ghoul Malek, homme politique pas (très) intègre, le commissaire Llob a soudain envie de vomir. Son monde à lui est à des années lumières de cet individu. Lui vit dans le quotidien, la violence intégriste, la misère sociale ; l'autre, c'est strass et paillettes, demi-mondaines et monde enchanté et féerique. De quoi donner le vertige, même à un funambule !!! C'est surtout que Ghoul Malek a besoin du commissaire Llob pour retrouver sa fille - Sabrine - disparue depuis quelques semaines. Volatilisée, envolée sans donner de nouvelles. Pas très causant, le paternel, puisque le seul indice qu'il donne à Llob est la photo de la fugueuse. "C'est suffisant quand on est un fin limier. Bonsoir". C'est juste pour démarrer une enquête qui ne doit - surtout pas - s'ébruiter.

Et que peut-elle de son temps, cette jeune fille riche, enfant gâtée d'Alger la corrompue, jugée instable, voyeuse par sa copine, Anissa, pute de luxe. "C'est une fille gâtée. Elle adore emmerder son monde. Je suis sûre qu'elle est juste dans les parages pour voir les gens se défoncer. C'est quelqu'un d'instable, Sabrine". L'enquête ne sera pas de tout repos pour le commissaire Llob. Ses visites dans plusieurs lieux de rencontres à la mode, boîtes de nuit et autres maisons de passe luxueuses ne lui apporteront qu'une remontée de bretelles monumentale de la part de Ghoul Malek. Il veut bien que Llob retrouve sa fille, mais sans trop fouiller, déranger, fouiner, mettre le doigt là où ça fait mal. Il parviendra quand même à arrêter le petit ami de Sabrine - Mourad Atti - proxénète de son état. Mais la méthode employée et l'attitude de la population du quartier l'inciteront à ne plus fréquenter le coin s'il ne veut pas repartir la tête sous le bras.

Le commissaire comprendra que la corruption est partout, qu'elle pourrit la société algérienne de bas en haut. Il sera menacé de mort par un inconnu au cours de l'enquête, avec un contrat sur sa tête et certificat de décès sous le coude. Il perdra un de ses hommes, dans une énième embuscade des intégristes. Un ancien commissaire, passé pour fou pour avoir fouillé dans le milieu politique, échappera miraculeusement à une tentative de meurtre. Llob découvrira petit à petit que politique et intégrisme religieux se côtoient régulièrement dans des intérêts communs. Son âvre de paix, c'est Da Achour, toujours plein de sérénité. "C'est un visionnaire, Da Achour, un prophète peut-être. Il regarde le monde comme on regarde dans les yeux de quelqu'un qu'on connaît bien. Il sait toujours d'où vient le vent, où va l'orage, et il sait surtout qu'on n'y peut rien". Cela change de son panier de crabes dans lequel le commissaire Llob évolue.

"Morituri" de Yasmina Khadra est le premier roman de cet auteur dramatique, d'origine algérienne. Le commissaire Llob est l'incarnation de la droiture, du respect du droit et des personnes, des valeurs morales, de l'intégrité dans tous les domaines. Il ne cède à rien, surtout pas à la facilité. C'est la société algérienne telle que la rêve, l'imagine beaucoup d'algériens, intellectuels ou non. Cette liberté de ton, d'exercer son travail, le droit de vivre sans la peur au ventre, avec l'espoir en bannière. Le droit d'être, d'exister, de vivre, de dire, sans crainte d'une justice divine cruelle. Par-delà le roman policier, c'est la société d'Alger qui est passée au crible avec ses travers, ses défaillances, ses échecs. C'est un excellent roman, sec, aride, lapidaire, écrit dans un style cru, violent et cruel.

"Je regarde Alger et Alger regarde la mer. Cette ville n'a plus d'émotions. Elle est le désenchantement à perte de vue. Ses symboles sont mis au rebut. Soumise à une obligation de réserve, son histoire courbe l'échine et ses monuments se font tout petits. Alger vit à l'heure des idées fixes. Ses troubadours ne chantent plus. Partout où porte leur muse, ils la voient muselée".

Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Policiers, thrillers, aventure
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Lundi 20 août 2007 1 20 /08 /2007 17:01

L'homme de Saint-Petersbourg - Ken Follett (Livre de poche)


"Si l'Angleterre et la France ensemble ne parviennent pas à vaincre l'Allemagne, alors il nous faudra un autre allié, un troisième pays de notre côté : la Russie. Si l'Allemagne doit diviser ses forces pour lutter sur deux fronts, nous pouvons les battre. L'armée russe est inefficace et corrompue, bien sûr - comme tout ce qu'il y a dans le pays - mais cela n'a pas d'importance dans la mesure où elle détournera de nous une partie des troupe allemandes". Ainsi parle Churchill de la Russie. On sait qu'il était un fin stratège politique et militaire, mais si une qualité lui manquait bien, c'était celui de la diplomatie. Pourtant, en ces jours d'avant 1914, Winston Churchill vient - par ces paroles - demander à Sir Walden de l'aider à plaider sa causer auprès du jeune prince amiral Alexéï Andriévitch Orlov, neveu du tsar. Et Churchill sait ce qu'il fait en proposant cette mission confidentielle à Walden, membre de l'opposition politique du Premier Lord de l'Amirauté. Sa femme, Lady Lydia, est la tante du jeune Orlov. Autant dire que le jeu diplomatique tournera aux retrouvailles familiales et aux bons souvenirs d'antan.

C'est aller un peu vite en besogne, et oublier que certains ne sont pas tout à fait d'accord pour que ce pacte secret soit signé entre les deux puissances. C'est notamment le cas de Félix Kschessinsky qui débarque au même moment que le prince Orlov à Londres. Inutile de vous apprendre que leurs intérêts sont diamétralement opposés. Anarchiste et terroriste, échappé des mines d'or de Sibérie où l'Okhrana - la police secrète russe - l'avait expédié méditer sur les théories du socialisme révolutionnaire loin des fastes de Saint-Petersbourg et de la famille impériale, Félix a un compte à rendre au tsar Nicolas II. Depuis sa fuite, Félix ne rêve que de révolution pour transformer son pays et aider ses habitants. "Pendant ce temps, la Russie était en effervescence. Les ouvriers du pétrole étaient en guerre contre les Cosaques, le Parlement était impuissant, et un million de travailleurs faisaient grève. Le tsar Nicolas II était le dirigeant le plus nocif qu'une aristocratie dégénérée pût produire. Le pays était un baril de poudre attendant une étincelle et Félix voulait être cette étincelle".

Si pour Félix sa mission se révèlera difficile - approcher l'homme de confiance et neveu préféré du tsar pour l'abattre et donner un coup d'arrêt aux manigances de Churchill - Lord Walden à, quant à lui, une mission tout aussi délicate. Pour prix de leur alliance avec la Grande-Bretagne, la Russie demande au gouvernement la cession des Balkans à l'issue du conflit qui se prépare. Chacun sait, de son côté, que les négociations seront âpres et dures car il en va du futur paysage européen dans les années à venir.

En plus du prince Orlov, émissaire non-officiel du tsar, Lord Walden doit veiller sur sa fille, la belle Charlotte Walden, qui doit faire son entrée dans le monde pour ses 18 ans. Cette charmante jeune fille de la gentry va découvrir la réalité de la société anglaise le soir même du bal des Débutantes, grâce à une suffragette plaidant leur cause auprès du roi d'Angleterre. "Tôt ou tard, Charlotte devait entendre parler des suffragettes, de leurs grèves de la faim et de la nourriture qu'on leur faisait alors ingurgiter de force ; mais le sujet frisait l'indécence et plus longtemps elle resterait dans la bienheureuse ignorance, mieux cela vaudrait, estima-t-il. A son âge, la vie devait consister en réceptions et pique-niques, toilettes et chapeaux, bavardages et amourettes". En bref, la vie de la future Lady Charlotte Walden ne devait être que légèreté et frivolité, jusqu'à ce que ses parents lui contractent un mariage digne de son rang social. Mais la découverte de la misère dans les quartiers pauvres de Londres, bien loin du Mall de son enfance dorée lui font prendre conscience de la sinistre réalité des choses. Idéaliste et volontaire, elle décide de soutenir les suffragettes et de refuser la vie merveilleuse et insouciante que lui préparent ses parents. "Eh bien, non, ils ne gagneront pas. Je n'acceptrai pas la vie qu'ils envisagent pour moi [...]. Ils ne pourront pas me tenir enfermée indéfiniment. Dès que j'aurai vingt et un ans, j'irai trouver Mme Pankhurst, je travaillerai pour elle, je lirai des livres sur le mouvement anarchiste, j'ouvrirai une maison de repos pour les mères non mariées et si un jour j'ai des enfants, jamais, au grand jamais, je leur dirai de mensonges". En attendant, Félix part à la recherche du prince Orlov pour mener à bien son action et suivre le destin que la vie lui a tracé. 

Les négociations aboutiront malgré tout entre la Grande-Bretagne et la Russie. Ces derniers obtiendront le contrôle de Constantinople et du Bosphore, accès vital entre la Mer Noire et la Méditerranée. Mais l'attentat de Sarajevo contre l'empereur François-Ferdinand précipitera la course aux événements de la petite et de la grande histoire.

"L'homme de Saint-Petersbourg"est tout à la fois un roman policier, d'espionnage, politique et historique. C'est un cocktail de passions romanesques, d'amours contrariés, de causes justes et injustes. C'est un livre qu'on lit d'une traite, tant le suspense est intense et palpitant. On ne peut regretter qu'une toute petite chose : c'est qu'il n'y ait pas plus de pages pour en continuer la lecture.

Je n'ai eu aucun mérite à lire "L'homme de Saint-Petersbourg". J'adore Ken Follett et son univers !!

Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Policiers, thrillers, aventure
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Mardi 27 février 2007 2 27 /02 /2007 11:12

Babel-ville - Joseph Bialot (Folio Policier)

"Belleville !

Belleville-taudis, Belleville-temps-des-cerises, Belleville-ghetto, Babel-ville, Belleville qui s'écroule, s'émiette, s'accroche". Drôle d'endroit pour une ballade littéraire, me suis-je dis en tombant (presque !) par hasard sur "Babel-ville" de Joseph Bialot.

Cet auteur, je l'ai découvert sur Arte, en 2005. Il racontait son histoire. L'histoire de ces milliers d'inconnus qui portent en eux la mémoire de six millions d'âmes en errance. Je l'avais remisé dans un coin de mon cerveau. Il est ressorti alors que je rodais dans les rayons de ma librairie préférée, à la recherche d'un livre hors du commun. Car "Babel-ville" peut être classé dans cette catégorie, à mi-chemin entre le roman policier et la flânerie d'un promeneur solitaire à travers le quartier de Belleville, à travers son histoire, à travers son passé populaire et populeux.

"Trois cadavres identifiés sans problème. Certitudes : primo, le vol n'est pas le mobile du crime. Les sacs des victimes ne sont pas pillés et restent sur place. Secundo : les victimes sont toutes des femmes. Des femmes qui travaillent et qui habitent le quartier. La dernière, Annick Martial, a 28 ans, et demeure rue de Belleville. Elle exerce comme psychologue dans un CMPP, une sorte de dispensaire d'hygiène mentale de la banlieue Nord. Tertio : les trois femmes ont été tuées par une arme semblable [...]. Il semble donc qu'un lien, que nous ne connaissons pas, existe entre ces femmes. Impression confortée, s'il en était besoin, par cet insigne qu'elles possédaient toutes les trois".

Ca, c'est le résumé de l'enquête policière que l'officier Chaligny est chargé de démêler. Et on peut dire qu'elle est emmêlée l'affaire. A commencer par la signification de l'insigne que les victimes portaient sur elles. Cela ressemble à s'y méprendre à une croix fléchée, symbole des extrémistes hongrois. Et notre enquêteur de plonger dans l'univers glauque et nauséabond des milieux politiques extrêmes. Sans grand résultat. La descente dans le monde de l'ésoterisme ne donnera pas plus de résultat. "Ils plongèrent dans le symbolisme, la magie noire, le fétichisme, connurent un monde où le réel rejoint la fiction. Ils apprirent à distinguer les prophètes analphabètes, des meneurs de gogos, de faux bienfaiteurs, de vrais sadiques. Ils intérrogèrent des tireuses de cartes, des mages, des lecteurs de marc de café, ils trouvèrent des faiseurs d'horoscopes, des astrologues, des sexologues, des conseilleurs-pas-payeurs. Un monde déchaîné, dingue, dingue, dingue. Mais pas le moindre indice concernant les meurtres de Belleville".

Alors ? Alors ? Parallèlement à cette enquête policière plutôt prenante et haletante, on se promène au gré des avancées de celle-ci et de la rencontre de témoins. Et de replonger dans ce Belleville, quartier populaire, de la gouaille et de la goualante parisiennes. Cet arrondissement de Paris qui a su - en son temps - accueillir en son sein les émigrants d'Europe et d'ailleurs, venus s'installer au pays des libertés, eux qui n'avaient connu que la haine ou le mépris.

Et l'enquête de l'officier de police Chaligny se mélangera, se fondra et ne fera plus qu'un avec cette histoire brutalement interrompue.

Avec "Babel-ville", Joseph Bialot revient sur le quartier de son enfance, de son insouciance, avant le grand basculement. C'est un monde coloré, bigarré et interlope que l'on découvre en suivant les recherches de ce policier. Un bon moment à passer en compagnie de Joseph Bialot, qui nous fait revivre cette population heureuse d'être, exubérante et extravertie, surprise d'être libre et d'exister et de vivre encore.

Par Nanne - Publié dans : Policiers, thrillers, aventure
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