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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /2008 19:26
       Signor Giovanni - Dominique Fernandez
           (Livre de poche n° 15566)



 



Fichier hébergé par Archive-Host.com"Un érudit qui reçoit sept coups de couteau dans sa chambre d'hôtel, un archéologue qu'on assassine dans des circonstances mystérieuses, un helléniste saigné comme un cochon, n'y a-t-il pas là matière à rêver ?". Cet érudit, cet helléniste et archéologue n'est rien moins que Johann Joachim Winckelmann, fils d'un cordonnier prussien et disciple du néoclassicisme. Jeune homme pauvre, cultivé, instruit et lettré prêt à tout pour réussir dans la vie. Il feint de se convertir au catholicisme pour s'attirer les grâces du cardinal Archinto, proche de l'électeur de Saxe Frédéric-Auguste II.

Arrivé à Trieste le 8 juin 1768, son comportement est jugé peu conforme à celle d'un homme cumulant des titres aussi prestigieux que ceux de "Secrétaire de la bibliothèque Vaticane" ou de "Préfet des Antiquités de Rome". Winckelmann rencontre dans cette ville portuaire
Fichier hébergé par Archive-Host.com Francesco Arcangeli à l'auberge de l'Osteria Grande, cuisinier chez le comte Cattaldi. "Le cuisinier de Pistoria, magnifié par son patronyme flamboyant, se présenta aux yeux du nostalgique de l'Hellade comme la synthèse du paganisme et du christianisme, comme le moyen de concilier le culte des dieux anciens et la dévotion au Dieu moderne". Seulement, Winckelmann vient de se lier d'amitié avec un voleur, un banni de l'Empire, un rescapé de la petite vérole qui s'est marié à Stock Haus, la prison de Vienne. Drôle d'amitié pour un homme jugé aussi brillant et cultivé que l'était Winckelmann !!! Comme s'il cherchait à oublier le personnage qu'il s'était créé par ambition ; comme s'il recherchait l'anonymat, à n'être que M. Personne. Pourquoi ?

Winckelmann aurait été assassiné à Trieste pour des motifs cupides, bassement matérialistes. "[...] je lui fis
voir de grandes médailles d'argent, et deux d'or, parmi lesquelles une que me donna en cadeau l'Impératrice à Schönbrunn, il y avait le portrait du prince du Lichtenstein". Dans les actes du procès d'Arcangeli, c'est Winckelmann lui-même qui donne la version du meurtre par cupidité, alors qu'il est moribond, qu'il est incapable d'articuler un mot pour donner son identité et sa profession. Autre bizarrerie. Pourquoi ?

Fichier hébergé par Archive-Host.com Pour impressionner son nouvel ami, il s'invente un rôle d'ambassadeur occulte auprès de l'Impératrice Marie-Thérèse, sorte de sauveur du trône de l'Empire contre un soi-disant complot politique. "Vraisemblablement, il était allé montrer à Marie-Thérèse quelques ouvrages ou manuscrit grec. Mais, pour impressionner son nouvel ami, il invente une fable politique, des secrets de cour [...]".

Autre étrangeté dans la vie - apparemment bien réglée - de
Winckelmann. A cinquante ans, cet homme de grande culture est toujours célibataire, alors qu'au 18ème Siècle l'âge limite pour se marier et éviter toute suspicion était de vingt-cinq ans, trente ans au plus tard. A cette époque, tout le monde - paysans, bourgeois, aristocrate - obéit à cette loi non écrite. Et si, en plus de son célibat, Winckelmann était aussi hérétique ? Ou bien Juif ? Ou encore un simple imposteur ? Ou pire, un paria de la société ?

Drôle de petit livre que ce "Signor Giovanni" de Dominique Fernandez qui nous invite -une fois n'est pas coutume - à une
Fichier hébergé par Archive-Host.com promenade culturelle à travers le temps et l'histoire. En effet, Dominique Fernandez revient sur le meurtre de Winckelmann, apôtre du néoclassicisme, poignardé à Trieste alors qu'il se rendait à Vienne. Dans son livre, l'auteur refait l'enquête de cet homicide pour le moins étrange, dont le mobile était - à l'origine - la cupidité du coupable. Tout au long de ces pages, tel un détective digne de Sherlock Holmes ou d'un Rouletabille, on défait la pelote du procès et on découvre des détails pour le moins surprenants. 90 pages qui nous tiennent en haleine et nous donnent envie de connaître - peut-être - le véritable mobile du crime, très éloigné du verdict. On a envie de savoir, d'apprendre. "Signor Giovanni" se lit d'une traite jusqu'au bout. Dès qu'on le commence, on ne peut plus le lâcher. Petit livre haletant, il donne une certaine vision de ce 18ème Siècle, tout à la fois flamboyant et austère.
Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Documents
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Jeudi 17 janvier 2008 4 17 /01 /2008 23:02
                      Céline scandale - Henri Godard
                                     (Folio n° 3066)



Fichier hébergé par Archive-Host.com"Céline n'est pas dans Destouches. Il est dans ces quelques trois ou quatre mille pages de prose, dont la plupart saisissent les amateurs de littérature par leur puissance, par leur drôlerie, par leur raffinement d'écriture, et quelques centainesles frappent d'abord par un antisémitisme humainement et moralement insupportable. Tels sont les termes dont la réunion fait scandale, et qu'il faut considérer à égalité de sérieux, là où ils se trouvent, c'est-à-dire dans les textes".

Alors, Céline, "génie littéraire" ou "antisémite forcené" ? A moins qu'il ne soit les deux à la fois, personnage complexe et insaisissable. Dans tous les cas, Céline n'a jamais - et ne laisse encore maintenant - indifférent. Pour la majorité de ses admirateurs, il y a un ambivalence de sentiments, pris qu'ils sont par la beauté des textes et l'indignation, l'écoeurement devant certaines pages, inqualifiables pour un auteur de cette envergure. Plus de quarante ans après sa mort, Céline est toujours synonyme de littérature originale, mais aussi - tragiquement - d'antisémitisme. Déjà en 1932, dès la publication de son "Voyage au bout de la nuit", Georges Bernanos écrivait que le scandale est consubstanciel
Fichier hébergé par Archive-Host.com à Céline. "[...] ceux qui ont d'abord rencontré l'oeuvre et qui l'ont admirée, il en est parmi eux certains qui, eux-mêmes indemnes de racisme [...], se refusent, par un mouvement non moins compréhensible, à croire qu'un écrivain qui donne tant de plaisir puisse avoir écrit rien de réellement condamnable".

Qu'est-ce qui fait que Céline attire autant le lecteur ? Plusieurs éléments, de taille. Son style  d'écriture tout d'abord. En se servant du français populaire, il y trouve un gisement neuf permettant à Céline de jouer sur le registre de l'émotion, de la drôlerie, de l'invention des mots. Il recourt aux images, aux répétitions et redites, et prend des libertés avec la construction des phrases. Ensuite, on retrouve dans toute l'ouevre de Céline la dimension historique et sociale de l'existence. "De tout temps il a existé une violence ordinaire, fondée sur un rapport de forces inégal entre les groupes sociaux, qui contraignait les uns à vivre et à travailler dans certaines conditions au profit des autres. De ce côté, le 20ème siècle n'a rien inventé, mais ce que Céline saisit d'emblée, et qui fait de lui le romancier capable de dire toutes les violences de ce siècle, c'est que la guerre de 14 a achevé de dissiper les idéologies qui avant elles servaient d'écran".

Céline a publié huit romans, dont quatre post-1945. Dès cette époque, il est vu comme un agresseur en raison de ces romans et des pamphlets. A force d'être objet de violence,
Fichier hébergé par Archive-Host.comCéline va retourner celle-ci contre les autres, les lecteurs, les Français, mais aussi par des cibles particulières. "Les Français, en masse ou par classes et catégories, les Russes, les "Aryen" même en général, en prennent pour leur compte. Mais, dans ces tirs tous azimuts, les cibles ne se valent pas toutes". Lorsqu'on lit Céline, on a beaucoup de mal à imaginer qu'un même homme puisse incarner un génie littéraire et nier - dans le même temps - l'antisémite qu'il est. Ses écrits polémiques sont, eux aussi, très ambigus. Ils laissent une large place à l'interprêtation la plus large concernant l'antisémitisme célinien : antisémitisme populaire ou symbolique, racisme plutôt qu'antisémitisme, auto-dénonciation. Il a longtemps motivé ses écrits pamphlétaires par son parcifisme forcené. "Mais imputer la responsabilité d'un conflit possible aux Juifs plutôt qu'à leurs persécuteurs se suffit à soi seul comme preuve d'hostilité et, en effet, toutes les qualifications injurieuses d'une nature juive excèdent dramatiquement la dénonciation d'un supposé lobby belliciste".

Céline sera toujours la victime, la cible privilégiée des Juifs qui sont dansFichier hébergé par Archive-Host.com la production artistique et littéraire. Il fait partie de ces personnes qui se cherchent des boucs-émissaires à leurs errements moraux. D'ailleurs Céline se défend et contre-attaque dans ses romans d'après 1945. De coupable il devient victime des autres à qui il a affaire à l'époque, et des lecteurs qui le condamnent.

Ce qui frappe dans les écrits de Céline, c'est de constater l'absence d'antisémitisme dans ses romans. "Nulle part dans un roman de Céline n'a incarné en un personnage de Juif ce condensé de toutes les tares possibles que ses pamphlets décrivent dans la généralité et l'abstraction. Il met au contraire en scène, pour le tourner en dérision, un personnage qui, sitôt qu'il a un ennui, s'en prend aux Juifs et aux francs-maçons".

"Céline scandale" d'Henri Godard nous fait revivre un des auteurs français contemporains les plus ambigus et des plus complexes de sa période. Céline a suscité la haine, l'horreur, l'épouvante par certains de ses écrits. C'est aussi celui qui
Fichier hébergé par Archive-Host.comnous a fait rire aux larmes, en raison de son style unique fait de vocabulaire inventé, de phrases incongrues, d'exagération ou de détail infime qui font la chute inattendue d'une séquence. Je dois avouer une passion pour les romans de Céline et pour la personnalité de cet auteur. Je l'assume, même si cela n'est pas évident de le lire sereinement au regard de son antisémitisme larvé. Même si "Céline scandale" n'est pas un livre facile à lire, il n'en reste pas moins intéressant par le parallèle qu'il fait entre le génie des romans céliniens et les propos insoutenables et inqualifiables de cet auteur. "Le seul vrai scandale auquel nous confronte Céline est celui du plaisir que nous prenons aux oeuvres d'un auteur qui a exprimé des idées que nous condamnons".
Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Documents
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Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /2007 19:28

                 Le jazz - Philippe Hucher (Librio 2€)



"S'il est un mot dont l'étymologie reste des plus floues, c'est bien le mot "jazz". Il pourrait dériver de gism / jasm, mot américain synonyme de "force", "exaltation", "sperme". Ce terme pourrait être également une déformation créole du verbe français jaser. Dizzy Gillepsie, lui, affirme que jass, dans un dialecte africain signifie "vivre à un rythme accéléré". En argot cajun, les prostituées de la Nouvelle Orléans sont nommées "jazz belles". Dans tous les cas, les relations à la danse, au langage et au corps paraît évidente".

Outre la lecture et la photographie, j'avoue un faible pour la musique en général. Et chez moi, la gamme est plutôt du genre large. Puisqu'elle s'étend de la musique classique à la pop anglaise, en passant par la chanson française. J'y trouve du bon et du moins bon. Cependant, avec le jazz, je suis toujours sûre de trouver mon bonheur auditif. Avec "Le
 jazz" de Philippe Hucher, on apprend toute l'histoire de cette musique atypique, qui a traversé le 20ème Siècle, a    connu bien des vicissitudes historiques et sociales, mais qui est toujours restée ce qu'elle est : un univers unique et libre.

A l'origine, musique africaine apportée par les esclaves en Amérique, on distingue très vite une différence entre le nord et le sud des Etats-Unis. Si dans le nord, on autorise les réunions de Noirs pour faire de la musique, dans le sud on interdit l'utilisation des instruments traditionnels par crainte d'une communication clandestine entre eux. Va aussi se développer la musique populaire négro-américaine, groupant chants religieux, de travail, de prisonniers. Tout est prétexte pour mettre de la musique dans la vie de ces personnes considérées comme sous-individus. Aux côtés du Blues et du Spirituals, va apparaître le Ragtime qui s'étendra de la guerre de Sécession jusqu'en 1920. C'est la première forme de jazz interprétée par des Blancs et exportée en Europe avant 1914.

Le jazz naîtra à la fin du 19ème Siècle, à la Nouvelle Orléans. Il deviendra un vrai carrefour culturel et métissé, reprenant le Blues, le Gospels, mais aussi la musique antillaise, les chansons espagnoles. "Tout dans cette ville est alors prétexte à la musique, des orchestres défilent dans les vieux quartiers à l'occasion des mariages, des enterrements et des carnavals. Dans les tavernes et les bordels des milices de musiciens inventent le jazz qui n'est encore qu'un magma bouillonnant aux multiples influences et origines". La Nouvelle Orléans ne sera pas la seule ville où le jazz se développera. New York et Chicago contribueront à son essor et sa reconnaissance.

Dans les années 20, à New York, se créent de grands orchestres qui deviendront l'objet de luttes entre les Blancs et les Noirs. Par opposition aux pianistes Noirs jouant le Boogie Woogie, le jazz Blanc sera surnommé Style de Chicago. Le jazz, réclamé à corps et à cris en Europe, traverse l'atlantique et atteint Londres et Paris. Louis Armstrong, Duke Ellington et Coleman Hawkins en sont les dignes ambassadeurs. En 1934, Django Reinhardt et Stéphane Grappelli enregistrent leur premier disque. "Leur musique qui résulte de la rencontre des musiques tsiganes et du jazz devient un style résistant à toutes les modes, à toutes les contraintes".

Dans les années 40, vont apparaître les voix du jazz, avec Billie Holiday. C'est une période où la musique se fait bouleversante, expressionniste et réaliste, et tranche - d'un coup - avec le Swing de Californie, créé pour divertir, faire danser et oublier la guerre. "Son chant est celui de ceux qui connaissent la misère, la violence des maquereaux de Harlem, l'alcool et la drogue, l'humiliation. Son chant, en dépit de toutes les douleurs, est celui de la liberté". 

Mais la situation des Noirs américains s'est modifiée  pendant cette même période. Beaucoup ont participé et donné de leur personne dans le conflit mondial. Un changement de mentalité s'opère. Ils veulent être reconnus comme des citoyens à part entière. Les jazzmen new yorkais seront les piliers de ce courant de revendications, avec la création du Be Bop, empreinte de délire et d'angoisse, mais aussi symbole de liberté pour cette population noire. Les années 60, marquées par un chômage de masse chez les populations des déclassés, dont les Noirs, les protestations, les revendications, les émeutes violentes, les meurtres - celui de Malcom X - vont avoir des répercussions sur le jazz. Naissance du Free jazz, qui est une remise en question et non un style nouveau. C'est l'art du rejet de la société de l'époque.

L'image du jazzman évoluera en fonction de l'histoire de cette musique. D'abord associé à la mafia de l'alcool au moment de la prohibition - dans les années 20 - il est souvent vu comme un alccolique, un drogué, un musicien maudit, un peu voyou et maquereau à ses heures, fréquentant les bas-fonds et jouant sa musique pour les indigents. "[...] le jazz est découvert par l'Europe dans les années 1920. Musiciens (Poulenc, Stravinsky, Milhaud), écrivains (Cendrars, Soupault, Prévert), ce sont des intellectuels qui, les premiers, vont s'enflammet pour ce mode d'expression qui n'est déjà plus seulement primitif". Aujourd'hui, les jazzmen sont des intellectuels et des musiciens complets, ouverts sur un monde en perpétuel mouvement.

"Le jazz" de Philippe Hucher nous entraîne dans un monde fait de musique métissée, improvisée, transformée, multiforme et protéiforme, intemporelle et universelle. C'est un très bon ouvrage de vulgarisation sur l'histoire d'une musique restée longtemps confidentielle. Cet ouvrage nous apprend l'essentiel, sans jamais tomber dans le vocabulaire technique et rédhibitoire pour les néophytes. On y découvre les grands noms du jazz de ses origines à nos jours, avec une discographie et une bibliographie non exhaustives sur le jazz.

Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Documents
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Lundi 22 octobre 2007 1 22 /10 /2007 14:08
     Paris insolite - Jean-Paul Clébert (Folio)



"La découverte de Paris.
Cet extraordinaire voyage d'exploration ! Et je m'étonne toujours que le Musée de l'Homme ou une bonne revue de vulgarisation ne fasse pas état du peuple citadin, ne révèle pas au grand plublic l'ethnologie des bas quartiers, [...] comme je m'étonne qu'après l'énorme quantité de livres, et bons livres, consacrés à Paris, ancien et moderne, par les descripteurs du fantastique social, l'habitant ignore sa ville, la dédaigne ou limite ses réflexions et commentaires toujours identiques à la poésie des quais de la Seine comme à la visite des musées nationaux [...]".

Livre original s'il en est, "Paris insolite" raconte l'envers du décor de la Ville Lumière. Si tous les touristes du monde entier se précipitent sur les quartiers au cachet pittoresque, visitent nos musées d'Art, nos lieux chargés d'histoire, on évite soigneusement de leur montrer ce que cache ces façades bourgeoises et imposantes, au luxe parfois insolent. Jean-Paul Clébert a décidé de nous faire partir à la découverte de ce Paris hors des circuits touristiques, ignoré, méprisé, à la vie grouillante et foisonnante. Cette découverte s'est faite grâce à un métier - aujourd'hui disparu - beugleur de journaux pour L'Intransigeant. Ce n'est pas tout jeune, ni de la première fraîcheur !!

Son parcours de beugleur lui fera rencontrer toute une population de marginaux, dont personne n'oserait même imaginer l'existence. Souvent, la réalité dépasse - et de loin - l'imagination, la fiction, le rêve. Ainsi, il tombera sur une champignonnière dans un trois-pièces-cuisine, imposant à l'heureux cultivateur citadin de vivre dans le vestibule. L'auteur rencontrera toutes sortes de personnages se livrant à leurs passions, leurs manies, sans compter les métiers bizarres, les bricoleurs de génie, les inventeurs et autres farfouilleurs du dimanche, professeur Nimbus de la débrouille.

Mais son monde à lui, c'est celui de la rue, des clochards, vagabonds et autres chemineaux. Selon lui, la vie d'une cité ne peut être réservée qu'aux seuls initiés, poètes ou vagabonds. "La révélation de la vie d'une cité est interdite au public, réservée aux initiés, aux très rares poètes, aux très nombreux vagabonds, et chacun en prend selon son humeur, sa capacité émotionnelle, selon le regard éteint ou révulsé ou en vrille. La ville est inépuisable. Et pour la conquérir il n'est que d'être justement vagabond-poète ou poète-vagabond". Et de commencer son parcours initiatique par l'incontournable rue des Rosiers - le quartier Juif. Les affiches des théâtres, les inscriptions et enseignes des boutiques, et jusqu'aux revendications, tout est en Yiddish. On n'est plus à Paris, mais en Israël, quartier Méa Shéarim à Jérusalem. Chaque vitrine arbore fièrement l'étoile de David, comme une décoration officielle au revers de son veston. On y croise des hommes barbus et portant melons noirs se livrant à toutes sortes de discussions passionnées. On ne rencontre personne venue acheter dans une boutique quelconque, seulement palabrer des heures durant. 

Il n'y a pas que la rue des Rosiers dans Paris. Entre Porte des Lilas et Porte de Bagnolet, surnage une agglomération pour le moins anachronique. "[...] communauté de chiffonniers, de ferrailleurs, de rempailleurs, de mendigots, d'éleveurs de poules et de souris blanches, quadrilatère de jardins incultes et de cabanes, isolés par des haies de lits-cages [...], de villas dans la construction desquelles entrent plus souvent le bois que le ciment, les planches et les tôles que la brique [...]. Au milieu des choux et des soleils, les baignoires font office de châteaux d'eau comme en grande banlieue, mais on est dans le 20ème arrondissement". On poursuit cette balade pittoresque, pleine de tendresse et de nostalgie, au travers des dédales de petites rue latérales aux grands boulevards parisiens, pour arriver en marge de Saint-Germain des Près. Loin des brasseries et cafés littéraires où il fait bon se montrer, coexistent des bistrots centenaires, ignorés du large public et souvent tenus par des bougnats résistants. Ils sont fréquentés par de petits commerçants, rentiers, ouvriers et de petits vieux habitués, venant y passer un moment et se tirer de leur solitude. Les conversations ne sont pas celles des salons littéraires, mais se limitent à la météo du jour, aux derniers ragots et à la politique de comptoir. Il se raconte que dans le quartier Saint-Paul - rue de Fourcy plus exactement - existait même un bordel pour clochard !! Avec ses deux pièces, dont le Sénat à 10 francs et la Chambre des Députés, à partir de 15 francs. Toute une époque disparue !!

 
Mais qui dit Paris, dit la Seine qui coule sous ses ponts et dans ses canaux magnifiques. Et sous les ponts, toute la population de clochards, vagabonds, traînes-misère et autres chiffonniers de la capitale. Aux beaux jours, les quais, les berges et les canaux sont pris d'assaut pour faire la grande lessive. C'est le grand nettoyage de printemps ; le grand dépoussiérage de la misère hivernale. "Au confluent du grand canal, comme de parfaites lavandières, les hommes frottent, tortillent, étalent, essorent, rincent des pièces de toile et les refrottent la plupart du temps sans savon, à l'eau claire qui refuse de décoller la crasse".

Et puis, dans ce Paris à la Victor Hugo, à la Eugène Sue ou à la Emile Zola, il y a des personnages qui vous marquent par leur invraisemblance. Ainsi, Clément. Violoniste à l'origine, il étonnait ses compagnons de misère par ses connaissances musicologiques, historiques et biographiques des grands musiciens. Il avait particulièrement étudié les compositeurs allemands. Où, quand et comment ? Nul ne l'a jamais su. Il jouait du violon dans les bals de villages pour survivre. Ou bien encore Mademoiselle Léontine, petite vieille qui vendait un bric-à-brac d'objets hétéroclites et sans intérêt, trouvés au fond des poubelles. Elle installait ses trouvailles chaque jour, rue Mouffetard ... et lisait. "Et Melle Léontine est une des plus ferventes lectrices des quais. Je ne l'ai jamais vue qu'avec un livre à la main, dévorant avec un pareil ravissement un roman feuilleton ou des classiques illustés".

Avec "Paris insolite", c'est à une promenade, une flânerie, une errance poétique à laquelle nous convie son auteur. On vit au milieu des chemineaux, vagabonds, gagne-petits et autres ouvriers dans le Paris d'avant. Avant les grands ensembles, même si les faubourgs, la banlieue existaient déjà. Avant que la capitale ne devienne la proie fructueuse et juteuses des promoteurs et constructeurs immobiliers, plus occupés à faire de la place pour leurs horreurs en bêton armé barrant et bouchant le paysage, qu'à conserver le cachet de ce Paris surréaliste et merveilleux, si riche de son histoire et de son architecture. Et puis surtout, n'oublions pas les bobos qui ont envahis les quartiers populaires, pittoresques et villageois, certes, mais sans sa population locale. On vit dans la même ville, mais pas dans le même monde. 

Au final, C'est un Paris à la Doisneau, à la Willy Ronis, avec ses rues populeuses, ces habitants qui en faisaient autant de villages animés, leur donnaient une âme, une particularité à jamais perdus.

 

Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Documents
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Lundi 12 février 2007 1 12 /02 /2007 15:33

Lettres à sa mère - Antoine de Saint Exupéry (Folio)

Il est des moments en littérature comme dans la vie, que l'on désire à tout prix partager. Je veux parler de ces instants de bonheur pur, réel et étincelant qui vous font aimer la vie et les livres. "Lettres à sa mère" d'Antoine de Saint Exupéry en font désormais parti. L'instant de sa lecture a été un délice. Celui de sa séparation, un moment de tristesse. Il me fallait le laisser rejoindre sa place dans la bibliothèque, à l'ombre d'autres livres appréciés. Cette appréhension était apaisée par le fait d'en parler et de prolonger cette relation.

Comme beaucoup, je vous un culte secret au "Petit prince", depuis mon enfance. Culte qui ne s'est jamais démenti depuis. Et qui restera en l'état jusqu'au bout. J'ai lu, à l'adolescence, la plupart des livres de Saint Exupéry. Tous m'ont fait rêver, voyager, aimer l'inconnu et ses trésors. J'ai aimé son écriture, empreinte d'humanisme et d'humanité. J'ai apprécié sa tolérance envers les autres et le regard qu'il posait sur toutes choses et sur chaque être.

En lisant "Lettres à sa mère" qui est un recueil de la correspondance de Saint Exupéry avec sa mère couvrant la période 1910 - 1944, j'ai appris beaucoup, énormément sur l'homme, sur l'auteur, sur l'humaniste qu'il était. Antoine de Saint Exupéry était lié à sa mère, Marie, par une affection et une tendresse de chaque instant. "Je suis ravi, enchanté, aux anges et si je vous avais près de moi je serai au troisième ciel. Ecrivez-moi bien souvent, vos lettres sont un peu de vous".

En enfant, puis en adulte prévenant, il s'inquiétera toujours de la santé de sa mère adorée. Au travers de ses écrits, on le ressent comme un jeune homme doux, quelque peu mélancolique et angoissé par les choses de la vie. Son enfance, heureuse et douce, est récurante au long de ses lettres, comme un îlot protégé par les ravages qu'ils ont traversés en commun. "Et je rêve aussi beaucoup à vous et me souviens d'un tas de choses de vous quand j'étais gosse. Et cela me navre le coeur de vous avoir si souvent fait de la peine. Je vous trouve si exquise, si vous saviez, maman, et la plus subtile des "mamans" que je connaisse. Et vous méritez tant d'être heureuse [...]".

On apprend qu'Antoine de Saint Exupéry joue et compose des morceaux pour le violon, qu'il écrit des vers, se met au dessin. Tout ce qu'il créé, invente, écrit et décide est partagé avec sa mère. Une mère intelligente, cultivée et artiste, hors du commun et qui a surmonté tant de chagrins, de souffrances et de difficultés. Ces drames de l'existence, vécus ensemble, leur ont donné une intimité proche de la relation fusionnelle, qui unit au-delà de la mort même.

Sa position de chef de famille a contribué à faire de Saint Exupéry un homme responsable, dès son plus jeune âge. Cette sur-protection qu'il prodigue à sa mère et à ses soeurs, sera la même pour ses équipes de pilotes, plus tard. "Et quand mes avions partent, c'est comme mes poussins. Et je suis inquiet jusqu'à ce que la TSF m'ait annoncé leur passage à l'escale suivante - à 1 000 kilomètres de là. Et je suis prêt à partir à la recherche des égarés".

 

Au final, on (re)découvre un auteur d'une grande profondeur, inquiet et presque torturé par l'avenir du monde et le devenir des siens. Lui qui savait si bien qu'il ne pouvait rien contre la marche inéxorable de l'histoire, aurait tant voulu rendre la vie belle et lumineuse à ceux qu'il aimait. "Pourquoi faut-il que tout ce que j'aime sur terre soit menacé ? Ce qui m'effraie bien plus que la guerre, c'est le monde de demain [...]. La mort, ça m'est égal, mais je n'aime pas que l'on touche à la communauté spirituelle. Je nous voudrais tous réunis autour d'une table blanche". 

Par Nanne - Publié dans : Documents
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