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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Essais, critiques

Lundi 22 janvier 2007 1 22 /01 /2007 15:29

Sauf conduit - Boris Pasternak (Imaginaire Gallimard)

Il y a de cela très longtemps - à l'adolescence - j'ai lu, comme beaucoup d'entre nous "Le docteur Jivago" de Boris Pasternak. Je dois reconnaître qu'à cette époque ce livre m'avait laissé une impression .... mitigée. Je me suis alors dit que, jamais, je ne relierai de livre de cet auteur russe. J'avais réussi à tenir ma promesse jusqu'à présent, lorsqu'au détour d'un rayon dans ma librairie préférée, je suis tombée sur "Sauf conduit" dudit auteur. J'ai pensé tout d'abord fuir au souvenir du précédent. De plus, le synopsis soulignait que cet essai autobiographique était un écrit sur sa conception de l'art et de la poésie !!! Tout était prêt pour un refus en bloc, lorsque mon libraire m'a (fortement) conseillée de le prendre. J'ai cédé sous la pression, étant intimement persuadée d'avoir été grugée quelque part. Pour me venger de cet achat scélérat, j'avais laissé "Sauf conduit" dépérir dans un coin sombre de ma bibliothèque. Jusqu'à ces derniers jours où, me laissant déborder par mes sentiments, je l'ai pris au vol. Je l'ai lu, dévoré .... en deux jours !! Et de regretter d'un coup de ne pas l'avoir lu plus tôt !!

Boris Pasternak a grandi dans un monde rempli d'art et de musique. Quoi de plus normal avec un père peintre de renommé et une mère pianiste. Ses premières émotions musicales, il les ressent avec la musique du compositeur Scriabine. A un point tel que Pasternak n'envisageait pas de vie sans musique. "J'aimais la musique plus que tout au monde, et aucune autre musique autant que celle de Scriabine. Mes premiers balbutiements musicaux avaient précédé de peu l'époque où je fis sa connaissance".

Seulement, la peur de ne pas être à la hauteur de ses ambitions musicales, de ne pas posséder l'oreille musicale" comme il le souligne, le poussent à étudier le droit. C'est Scriabine qui, sans le vouloir, lui conseillera la philosophie pour compléter ses études au conservatoire. Un séjour à l'université de Marburg en Allemagne sera décisif pour sa future carrière et dans sa conception de l'art, de la poésie et de la littérature. La transition de la philosophie vers la littérature se fera par la poésie.

Mais surtout, dans "Sauf conduit", Boris pasternak raconte sa rencontre - déterminante - avec le poète russe Maïakovsky, ainsi que son influence et sa fascination sur l'écrivain. "Au lieu de jouer à ceci ou à cela, il jouait à tout à la fois. Au lieu de jouer des rôles, il jouait avec la vie. Ce dernier trait, sans aucun rapport avec sa fin future, se devinait au premier coup d'oeil. Et c'était ce qui vous rivait à lui". Cette fascination qui ira jusqu'à un sentiment de dévalorisation pour ses propres oeuvres et l'envie d'arrêter la littérature à tout jamais.

Avec "Sauf conduit", Pasternak est allé au-delà de la simple autobiographie, parfois un peu difficile à lire et à comprendre. Il a exprimé - et sublimé par les mots - toute sa conception sur l'art présent, dès son plus jeune âge, dans sa construction intellectuelle. C'est écrit de façon poétique, lumineuse, sans fioritures ni lourdeurs. C'est un bonheur à lire par la flamboyance des mots. La vie de Boris Pasternak est une suite ininterrompue de notes de musique et de mots pour former un poème musical, une sonate cristalline et légère.

Par Nanne - Publié dans : Essais, critiques
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Mercredi 22 novembre 2006 3 22 /11 /2006 15:57

Bohèmes - Dan Franck (Livre de Poche n° 30695)

"Quand le siècle commence, Montparnasse et Montmartre se regardent : deux collines où vont naître les beautés du monde d'hier et d'aujourd'hui [...]. A droite, le Bateau-Lavoir. A gauche, les fumées de la Closerie des Lilas. Entre les deux coule la Seine. Et toute l'histoire de l'art moderne".

Ce paragraphe, à lui seul, pourrait résumer l'essence même de "Bohèmes". A cela près que le livre est construit sur le modèle des poupées russes, couvrant quelques trente ans d'une histoire riche, dense, exaltante et épanouissante.

On revit les balbutiements des grands courants artistiques et littéraires. A Montmartre, avec son Bateau-Lavoir, tout d'abord, qui s'érige en Commune libre par goût de la liberté, de la singularité ; Montmartre anarchiste qui abrite la plupart des feuillets de cette obédience politique.

Comme une évidence s'impose d'elle-même, de nombreux artistes débarqueront dans ce lieu décalé pour la morale de l'époque et le feront leur. Après les frasques alcooliques et délirantes d'Utrillo, on voit poindre la période bleue de Picasso. "Le bleu convient à cette vision du monde et aux conditions dans lesquelles il travaille, enfermé la nuit dans son atelier, s'éclairant à la lampe à pétrole. Il se pose alors les trois mêmes questions que tous ses amis : comment vivre, peindre et manger ?".

 

Picasso drainera derrière lui et agrégera à son courant pictural Max Jacob, esprit de la Butte, avant sa rencontre avec la religion ; Apollinaire, érotomane, dreyfusard et libertaire ; Braque qui deviendra son rival à la période cubiste. Et tous les autres. Mais bientôt apparaît le Fauvisme, avec Derain, Vlaminck et Matisse. Ces artistes s'inspirant directement de Gauguin et de Van Gogh feront jaillir la couleur et de celle-ci naîtra la lumière.

 

Comme une révolution chasse l'autre, voici que se prépare l'ère cubiste avec "Les Demoiselles d'Avignon", de Picasso. Ce cubisme révélé par le Primitivisme ou Art Nègre. Mais tout passe, tout lasse, tout casse. Le Bateau-Lavoir cède le pas à la Ruche qui "dressait sa rotonde impasse de Dantzig. Elle était un des lieux les plus importants de Montparnasse. Tous les artistes y firent au moins un tour ; beaucoup y restèrent."

Cette deuxième période voit surtout l'émergence des artistes des pays de l'Est : Soutine, Chagall, Zadkine, Kikoïne remplissent le paysage. Ils se mèlent aux précédents pour mieux affirmer leur particularisme. Parmi eux, on rencontre des révolutionnaires russes, en transit avant le grand chambardement. Montparnasse devient leur terre d'asile.

Surréaliste avant l'heure, Alfred Jarry le père d'Ubu fascine son entourage avec son hibou et sa passion des armes à feu. Mais voilà que, déjà, la Paix est menacée. Et avec elle, l'équilibre fragile qu'est cette tour de Babel sise à Montparnasse. Après, plus rien ne sera comme avant. Tous - ou presque - partiront pour quelques semaines ou de nombreux mois. Les étrangers ne sont pas les moins enthousiastes. Blaise Cendrars, Suisse, lancera un appel vibrant à la mobilisation. "Des étrangers, amis de la France, qui pendant leur séjour en France, ont appris à l'aimer et à la chérir comme une 2ème patrie, sentent le besoin impérieux de lui offrir leurs bras [...] nous qui avons trouvé en France la nourriture matérielle, groupns-nous en un faisceau solide de volontés mises au service de la plus grande France."

Dans cette envie de vivre tourbillonnante et enivrante - alors qu'à l'Est et au Nord la terre se gorge du sang des soldats - les événements artistiques se succèdent. Déjà, Cocteau montre son nez à Montparnasse. Le "fils spirituel de Picasso et de Max Jacob" n'est pas encore la coqueluche de ces lieux. C'est Kiki. Kiki de Montparnasse, égérie et modèle d'artistes, maîtresse de Man Ray et pilier des nuits chaudes de Montparnasse. "Elle deviendra la protégée de tous les peintres du Vavin, la première figure de Montparnasse d'après la guerre et contribuera, par ses frasques et ses fougues, à répandre le soufre jusqu'en Amérique." On assiste à la percée du Dadaïsme, vite suppplanté par le Surréalisme d'André Breton, d'Aragon et de Desnos.

Mais déjà nombreux sont ceux qui migrent. Comme ils avaient délaissé Montmartre et sa misère joyeuse pour Montparnasse et la célébrité, les voilà lorgnant vers Saint-Germain-des-Prés. La 2ème Guerre Mondiale achèvera ce que la 1ère Guerre Mondiale avait commencé.

Avec "Bohèmes", on revit presque chaque instant de ces riches heures qui ont fait la renommée de ces lieux mythiques. On marche sur les traces de ces artistes, souvent maudits, mais qui portent en eux la force et la beauté de leurs oeuvres. Chaque endroit renaît sous la plume de Dan Franck, s'anime comme par magie. On partage la misère de chacun. Les espoirs aussi. On vit la tourmente de la drogue et de l'alcool qui en emportera plus d'un. On assiste, impuissant, à la lente agonie de Modigliani. Modigliani qui a vécu comme un gueux et qui sera inhumé comme un prince par ses pairs.

C'est un livre époustouflant. C'est une ode, un hommage rendu à chacun d'eux. C'est très riche, trop riche, peut-être. C'est tellement dense que l'on s'y perd. Les situations s'enchaînent les unes aux autres, presque jusqu'à saturation. On sort de sa lecture ivre d'une histoire luxuriante. J'ai eu du mal à entrer dans le livre, à cause de cette luxuriance. J'ai eu l'impression de lire un catalogue, de voir une sorte de grande vitrine parfois un peu indigeste.

J'ai "Libertad !" qui m'attend et me tend les bras. Néanmoins, j'attendrai un peu avant de me replonger dans ce bain opulent.

Par Nanne - Publié dans : Essais, critiques
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