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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Romans francophones

Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /2008 20:16
Horowitz et mon père - Alain Salatko
(Livre de poche n°30718)




Livre_Horowitzetmonpere.jpgDimitri Radzanov aurait pu devenir un grand pianiste concertiste, si l'histoire ne s'était pas mêlée de son exitence. Fils d'Anastasie Moulinier - préceptrice dans un institut de jeune filles noble - il étudie le piano au Conservatoire de Kiev. Il a pour condisciple un certain Vladimir Gorovitz - futur Horowitz - "[...] petit, gringalet, avec ses oreilles d'éléphanteau qui lui avait valu le surnom de Face de Chou [...]". Les deux garçons se faisaient concurrence par leur talent et leur ambition. Cela donnait lieu à des duels dont la seule et unique arme autorisée était le piano. Cela dit, tous les coups étaient quand même permis.

Mais la Révolution d'Octobre va venir bouleverser le sort des deux protagonistes en mettant un point final à cette période heureuse et douce. Dimitri, par haine du communisme, s'engagera comme volontaire dans la Garde Blanche. "Personne ne lui avait demandé quoi que ce soit, surtout pas ma grand-mère, qui des années plus tard me raconterait l'histoire à sa façon [...]". Après la déconfiture de l'Armée Blanche, Anastasie et Dimitri se réfugient en France - patrie maternelle - et se retrouvent ... à Montrouge, banlieue
rouge de la région parisienne.

Malgré l'exil, Anastasie - intraitable - reste persuadée du destin extraordinaire de Dimitri. Aussi est-il sommé de continuer à travailler son piano coûte que coûte, vaille que vaille. "Dimitri travaillait son piano dans la journée. On lui avait aménagé un "salon de musique" dans un cabanon au fond du potager et il devait couvrir de ses octaves les bruits de la basse-cour, car de vrais animaux complétaient cette pétaudière". Mais la musique ne nourrit pas son homme, et Dimitri trouvera un travail de chimiste pour les usines Pathé-Marconi de Chatoux.

Alors que Vladimir Horowitz commence à faire parler de lui, Anastasie Radzanov qui l'avait toujours détesté, se prend d'admiration pour lui. Stratégie qui devait servir à pousser Dimitri à reprendre ses gammes et à l'éloigner de sa femme, jugée inculte et ignare par une belle-mère acariâtre. "Elle se mit à collectionner tous les articles de presse relatant les exploits du jeune prodige ukrainien. Nous étions en 1926 et Horowitz, récemment évadé de la "maison rouge", se lançait à la conquête de Paris. - Ecoute ça, Mitia, il a donné un concert privé dans le salon de Jeanne Dubost ... Il a joué "Oiseaux tristes" et "Jeux d'eau" de Ravel en présence du compositeur lui-même qui l'a chaudement félicité ... [...]. - Vous
connaissez Horowitz ? s'étonna ma mère. - Non, mademoiselle, Horowitz NOUS connaît !".

Et le duel entre les deux adversaires du Conservatoire de Kiev reprendra par-delà l'Atlantique. Alors qu'Horowitz transpirait sur les plus grandes scènes du monde, Dimitri rivalisera dans l'ombre de son pavillon de banlieue. Bien entendu, cette lutte sera d'un intérêt bien supérieur aux affres de l'Histoire pour le fils de Dimitri, qui se réjouira de cette nouvelle joute musicale. C'est en invitant son père à un concert au Carnegie Hall de New York, que le fils comprendra pour quelles raisons son père s'est laissé entraîner dans cette aventure.

"Horowitz et mon père" d'Alexis Salatko est un livre-plaisir. Plaisir de vivre une période révolue, celle de la bohème montmartroise. Au détour de certaines pages, on croise Marcel Aymé à l'humour féroce, le docteur Destouche - alias Céline - cynique et désabusé et Gen Paul. C'est aussi un livre-souvenir sur les exilé russes déracinés, perdus dans une société qui les comprenait si mal. C'est l'histoire de personnes qui se rattachent à ce qui leur reste : la musique classique et l'espoir de jours meilleurs, ou plus gais, pour refaire surface, pour recommencer une autre vie, ailleurs. Cest drôle, c'est léger avec des personnages pittoresques, tendres et fantasques, des situations désopilantes et cocasses qui font oublier la dureté d'autres situations. C'est un petit livre délicieux comme une sonate de Chopin.
Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Romans francophones
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Dimanche 20 juillet 2008 7 20 /07 /2008 20:35
                 La femme gelée - Annie Ernaux
                     (Folio n° 1818)



Livre_Lafemmegelee.jpg"Mes femmes à moi, elles avaient toutes le verbe haut, des corps mal surveillés, trop lourds ou trop plats, des doigts râpeux, des figures pas fardées du tout ou alors le paquet, du voyant, en grosses taches aux joues et aux lèvres. [...] elles ne soupçonnaient pas que la poussière doit s'enlever tous les jours, elles avaient travaillé ou travaillaient aux champs, à l'usine, dans des petits commerces ouverts du matin au soir".

Ainsi sont les femmes qui ont peuplé l'enfance d'Annie Ernaux. De la grand-mère qui, à défaut d'être devenue institutrice, a été mère de six enfants accrochés à ses jupes après avoir élevé ses cinq frères et soeurs, à la tante Elise, "[...] tanguante de graisse mais vive, un peu cracra [...]", en passant par la tante Caroline, jamais chez elle, toujours à cultiver son potager ou à discuter avec les voisines. Et sa mère, "Elle est la force et la tempête, mais aussi la beauté, la curiosité des choses, figure de proue qui m'ouvre l'avenir et m'affirme qu'il ne faut jamais avoir peur de rien ni de personne". Une lutteuse, cette mère. Une battante, volontaire, entraînant dans son sillage un homme
Annie_Ernaux.jpg tendre, doux, tranquille.

Couple moderne bien avant l'heure, ils se partagent l'ensemble des taches ménagères aussi bien que celles du café-épicerie. D'un côté, l'impatience des clientes, de l'autre la bonhommie des consommateurs qui n'avaient cure du temps qui passe. L'enfance d'Annie Ernaux entre un père aimant, adoré, adulé, toujours présent dans les petits et les grands moments de sa vie, et une mère si différente des autres, qui l'incite à avoir de l'imagination grâce à la lecture, les jeux, l'écriture, l'histoire. "Et je me souviens de ces lectures qu'elle a favorisées comme d'une ouverture sur le monde".

Pas que du bonheur dans
son éducation, mais une belle découverte : celle d'apprendre que les filles ne sont ni inférieures, ni supérieures aux garçons. "Ni virilité, ni féminité, j'en connaîtrai les mots plus tard, que les mots, je ne sais pas encore bien ce qu'ils représentent [...]". Elle l'apprendra plus tard. A l'âge adulte. Pour le moment, c'est l'époque de l'innocence, de l'insouciance, des jeux. Pas ceux des petites filles Femmes_usine.jpgmodèles, plutôt ceux des garçons.

Mais déjà pointent les affres de l'adolescence et son cortège de doutes, de remises en cause, de questionnement. Le corps change au moment où s'envole la futilité. Envie de plaire aux garçons et peur de ne pas être comme les autres. "[...] je vais valoriser tout ce qui me paraissait alors si moche, indicible, mon corps réel, le plaisir, ma conscience fugitive de ne pas être une vraie fille bien féminine [...]". Eveil à la sexualité, avec sa copine Brigitte. Entre envie et répulsion, cette attirance pour les garçons. Volonté d'apprendre à les connaître, en restant soi, malgré tout ; malgré la peur de la solitude imposée, du cliché de vieille fille qui effraie.

Le bas, enfin. Ouf. La délivrance de cette incertitude sur l'avenir. La réussite d'une première étape franchie. Besoin d'avoir de l'ambition, de s'assumer, d'être indépendante, d'exister par soi et pour soi. Devenir prof, après quelques hésitations sur d'autres voies. "Prof, le mot qui ploufe comme un caillou dans une flaque, femmes victorieuses, reines des classes, adorées ou haïes, jamais insignifiantes, je ne me pose pas la question de savoir à laquelle je ressemblerai". Rencontre, au cours de sa vie d'étudiante douce et calme, de son double intellectuel, au masculin. Et les parents qui veulent savoir l'avenir
Egalitedessexes.jpg personnel de leur fille unique. Le mariage, comme une raison d'être, d'exister, un accomplissement, un adoubement pour entrer dans la vraie vie, la vie d'adulte.

Et le mariage, logique, après incertitude, selon les codes, les
usages, les bonnes moeurs. Accepter de renoncer à sa liberté chérie, absolue, totale. Le premier enfant - le Bicou - nouveau signe d'enferment dans sa nouvelle vie de femme au foyer, de renoncement à ses rêves d'enfant et ses vélléités d'indépendance. Pourquoi donc vouloir un diplôme, alors que l'on peut s'épanouir dans la maternité, dans son ménage ? Entêtée, malgré reproches et arguments pour la faire renoncer à son projet. Son CAPES, elle le veut, l'exige. C'est sa bouée de sauvetage.  L'honneur des femmes qu'elle porte en elle.

Horreur de sa nouvelle vie. Impression d'enlisement, de noyade, d'inutilité. "J'ai vécu jour après jour la différence entre lui et moi, coulé dans un univers rétréci, bourrée jusqu'à la gueule de minuscules soucis. De solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l'entretien des choses". Depuis son mariage, une quête effrénée de l'égalité entre son mari et elle. A force d'acharnement, de ténacité, le diplôme tant attendu, obtenu. Réussite sans joie. Mais aussi plaisir, jouissance, de la toute-puissance. Une autre vie. Enfin.

"La femme gelée" d'Annie Ernaux parle d'elle et de toutes les femmes qui ont toujours combattu
Egalitehomme_femme.jpgpour mener de front vie professionnelle et personnelle. La recherche de la parité entre elle et lui, sexuelle, sociale, familiale dans le partage des taches ménagères, dans l'éducation des enfants. C'est un livre à la fois doux et tendre sur son enfance et ses désirs d'adulte accomplie ; mais aussi dur et amer, cynique, sur la réalité du couple moderne, sur l'inégalité malgré les diplômes, les études. C'est une histoire de lutte ; une histoire de femme dans une société complexe. Pas de militantisme, mais un récit sobre et dépouillé sur le quotidien de la plupart d'entre nous.
Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Romans francophones
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Mercredi 11 juin 2008 3 11 /06 /2008 21:54
28, boulevard Aristide-Briand - Patrick Besson
(Christian de Bartillat)


"J'aime ma cité. Je la trouve vaste, claire, élégante. Parfois, j'imagine que, menacés par une guerre ou une révolution - celle qui commence, par exemple ? - nous sommes obligés de fermer la porte du boulevard Aristide-Briand et le porche de la rue de l'Ermitage. Les adultes fondent une milice. On transforme les pelouses en potagers. Les enfants, moi à leur tête, sont chargés de missions extérieures de reconnaissance ou de pillage. Le soir, on organise des fêtes. Des mariages sont célébrés. Des bébés naissent."

Celui qui écrit ces quelques phrases n'est autre que l'auteur lui-même, Patrick Besson. La révolution de 1968 sera une véritable aubaine pour lui, puisque c'est elle qui décidera de son avenir d'écrivain grâce au départ de son frère aîné - Noël - au service militaire et à la place qu'il laisse dans leur chambre commune.

Sa passion des livres, c'est à Gabriel - son père - qu'il la devra. Son père est un insatisfait permanent. Tout lui demande un effort continuel. "En société, dans notre société - familles d'anciens ouvriers étant montés plus ou moins haut grâce à l'ascenseur social encore en usage à cette époque, c'est une pointure, il la ramène."  Bien que directeur d'une petite imprimerie aux Buttes-Chaumont, son père ne possède pas de livres. Un comble pour un imprimeur, penserez-vous. Sa théorie à lui est qu'il ne voit aucun intérêt à conserver un ouvrage déjà lu. Non, sur truc à lui, c'est la bibliothèque municipale. La bibli de la mairie stalinienne de Montreuil. Cette découverte de rayonnages remplis de livres du monde entier, situés à quelques minutes de chez lui, sera une pure révélation. "Il a peur que la lecture ne nuise à mes études et il a raison : je ne fiche plus rien en classe. Pas le temps. J'ai moi-même honte de mon obsession mais je comprends qu'il n'y a qu'un moyen de m'en libérer : tout lire. Il me faut tout savoir ce qu'on écrit les autres et comment ils l'ont écrit".

Il n'y a pas que son père soucieux de cette monomanie de la lecture, de cette avidité d'écrire. Sa mère, aussi, s'inquiète. Comment son jeune fils peut-il passer autant de temps à lire et à écrire, au lieu d'aller jouer dehors comme les autres enfants de son âge. Elle le soupçonne d'être anormal. "Ma mère ne fait pas de différence entre lire et écrire : ce sont pour elle les deux mêmes activités solitaires, asociales, ne produisant aucun résultat tangible contrairement à la menuiserie, la pâtisserie, la peinture ou encore la couture".

Sa mère, justement, l'auteur la vénère comme une déesse, une reine, une icône. Elle est couturière au noir. Il est persuadé que c'est ce travail clandestin qui lui a donné le goût de l'interdit à l'âge adulte. Les jeudis n'appartiennent qu'à eux deux. Une fois, c'est une visite au musée du Louvre ; une autre fois, c'est une matinée à la Comédie française, car l'enfant qu'est Patrick Besson hésite encore sur son avenir professionnel entre devenir peintre, auteur ou encore acteur. Elle avait une chance incroyable, cette maman habillée comme un top modèle en tailleur cintré, de pouvoir se promener aux bras d'un jeune garçon en costume cravate et la tête pleine de rêves et d'imagination.

"28 boulevard Aristide-Briand" de Patrick Besson est un petit roman autobiographique et nostalgique où l'auteur se révèle tel qu'en lui-même. Dans cet ouvrage, on est loin du personnage People, chroniqueur impertinent, auteur pamphlétaire, mordant et cynique. Au contraire. Dans ce livre, vous ne lirez que des souvenirs heureux, drôles et cocasses d'enfance, des hommages à sa famille, ses parents, son
frère adulé - Noël - ses espoirs d'enfant,  son désir d'écrire encore et toujours, de lire, tout, tout le temps et partout. C'est un livre sur des années heureuses, gaies, magiques, imaginatives, des années-bonheur avec - en toile de fond - mai 68 à laquelle l'auteur ne participera pas directement compte tenu de son jeune âge, mais qu'il suivra avidement grâce au transistor de son frère. Ce livre est un instant de tendresse, de douceur, dans un monde actuel qui en est (trop) souvent dépourvu.
Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Romans francophones
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Lundi 5 mai 2008 1 05 /05 /2008 21:04
                Le soleil des Scorta - Laurent Gaudé
                    (J'ai Lu n° 8254)




Livre_LesoleildesScorta.jpg"Il m'a fallu du temps mais je reviens. Je suis là. Vous ne le savez pas encore puisque vous dormez. Je longe la façade de vos maisons. Je passe sous vos fenêtres. Vous ne vous doutez de rien. Je suis là et je viens chercher mon dû". Celui qui profère ces paroles menaçantes c'est Luciano Mascalzone de Montepuccio, petit village miséreux et misérable des Pouilles, dans le sud de l'Italie.

C'est un bandit qui revient au village, un vaurien vivant de rapines, de vols et autres détroussages. Mais aussi de viols sur les femmes de la région. C'est son pire crime. Celui qui ne lui sera jamais pardonné. Le viol d'Immacolata Biscotti sera son ultime forfait. Ainsi naîtra la lignée des Mascalzone, de Rocco Scorta Mascalzone, son fils. "C'est ainsi que naquit la lignée des Mascalzone. D'une erreur. D'un malentendu. D'un père vaurien, assassiné deux heures après son étreinte, et d'une vieille fille qui s'ouvrait à un homme pour la première fois. C'est ainsi que naquit la famille des Mascalzone".

Rocco Scorta est une mauvaise graine d'enfant qui ne reviendra à  Montepuccio que pour y semer la terreur, comme son père auparavant. C'est une vraie plaie qui s'abat sur ce village des Pouilles. Comme s'il avait besoin de
cela sur uneBari.jpg terre où presque rien ne pousse. "Je suis une épidémie, mon père. Rien de plus. Un nuage de sauterelles. Un tremblement de terre, une maladie infectieuse [...]. Je suis fou. Enragé". Il se sait respecté par les villageois uniquement parce qu'il est riche. Au soir de sa vie, Rocco Scorta ira se confesser  de tous ses crimes, forfaits, pillages auprès du vieux curé de Montepuccio. Pendant des heures. En échange de cette lithanie de la forfaiture, Rocco fera don de toute sa fortune à l'église. Consciemment,  il sait qu'il engendre une lignée de crève-la-faim. "Par le don de sa fortune, Rocco Scorta avait voulu modifier cette malédiction : les siens, désormais, ne seraient plus fous, mais pauvres [...]. Le prix à payer était élevé mais juste. Il offrait désormais à ses enfants la possibilité d'être de bons chrétiens".

Les trois enfants nés de Rocco et de La Muette - Carmela, Giuseppe et Domenico - ont de l'ambition et un peu d'argent ramené d'un séjour aussi bref que surréaliste de New York. C'est
Carmela qui incite ses frères à ouvrir un bureau de tabac à Montepuccio. Elle qui savait observer la vie des hommes, en avait tiré la conclusion que le seul point commun entre les riches et les pauvres, était la cigarette. "Ils n'avaient fait jusque-là Laurent_gaude.jpgque subir. Les choix leur avaient été imposés. Pour la première fois, ils allaient se battre pour eux-mêmes et cette perspective les faisait sourire de bonheur". Mais Carmela a un don, celui du commerce. C'est grâce à ce don que les Scorta ne mourront pas dans la misère noire et crasseuse du Sud de l'Italie. Car ce qui soude les Scorta, c'est la fierté. Celle de porter un nom difficile à assumer, et de le porter la tête haute. Mais le passé n'aura de cesse de toujours rattraper les Scorta et leurs descendants, même dans le bonheur du quotidien. Ce qui cimentera cette famille hors du commun, c'est la transmission d'un savoir, d'un secret pour connaître autre chose que le silence pesant et la chaleur accablante du soleil des Pouilles.

"Le soleil des Scorta" de Laurent Gaudé est un livre au caractère bien trempé comme les personnages qui peuplent son ouvrage. On transpire avec eux sous cette chaleur étouffante du Sud de l'Italie. On sue de ne rien tirer de bon - sauf la culture de l'olivier - de cette terre aride et sèche comme le coeur des hommes. Ce livre, beau comme une peinture flamboyante de Cezanne, renvoie au lecteur l'image d'une société sans pitié, qui ne laisse aucune place pour l'erreur ou la malchance. Elle qui honore les riches parce qu'elle les craint, maltraîte les pauvres parce qu'elle les méprise. Avec les Scorta, la fierté est le fondement de la famille.

Oliveraies.jpg
Dans "Le soleil des Scorta", on retrouve un peu du "Guépard" de Lampedusa, mais aussi de "La Loi" de Roger Vailland. Dans chacun des ouvrages, la même grandeur, la même dignité, le même cynisme désabusé qui empêche de sombrer. Et le récit de Carmela, la doyenne, qui - comme un écho polyphonique - relaie ce chant de la fierté de porter un nom maudit. "Vous lui direz que nous avons décidé d'être les Scorta et de nous serrer les uns contre les autres autour de ce nom pour nous tenir chaud".
Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Romans francophones
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /2008 21:06
                Paulette et Roger - Daniel Picouly
                          (Livre de Poche n° 15416)





Fichier hébergé par Archive-Host.com"Je serre contre mon ventre ce qui me fait office de parachute de secours : une valise en bois. Celle du grenier des parents. A l'intérieur, il y a un trésor. Les archives de la familles, mieux rangées qu'un casier d'imprimeur. Photos, lettres, médailles, porte-bonheur, cartes routières, un boussole. Tout ce qui peut m'aider dans ma mission".

5 novembre 1943. St Stephen House, Londres. Bureau du général De Gaulle. Une demande incongrues vient de lui être faite de la part d'un jeune garçon qui paraît avoir entre douze et treize ans. Il souhaite être parachuté dans le Morvan, à Vauzelles .... sur l'histoire de ses parents. On est en pleine Occupation allemande et cet enfant ne naîtra qu'en 1948, soit cinq ans plus tard. La raison de sa requête ? Son père - le p'pa - vient d'être arrêté par les Allemands pour sabotage. Il veut retrouver ce p'pa - martiniquais originaire de Tarbes - et la m'am. "Regarde le tableau : déjà neuf enfants,
veuve, sept ans de plus que lui, pas la plus belle du canton, ni la plus riche, qui fait tout brûler [...]". Le voilà donc parti à la recherche de ses parents, de leur histoire personnelle et commune. Il suit la trace de la m'am grâce à l'odeur de brûlé. CeFichier hébergé par Archive-Host.com parfum, c'est sa signature à elle. Typique de la m'am. Plus qu'une odeur, plus qu'une senteur, c'est son épice personnelle, son orient, sa marque de fabrique. Elle en met partout, dans la maison, dans la cuisine.

Il cherche la maison familiale, à Vauzelles. Manque de chance, il a perdu l'adresse. C'est normal qu'il n'en ait pas de souvenir. Il n'y a jamais eu de photos de cette satanée maisonnée. "Ne me soufflez pas. Je le sais. Rue ... non ! avenue ... Je ne la retrouve pas ! [...] Une sale manie, dans cette famille, de ne pas vouloir photographier les maisons où on habite. C'est pourtant simple de se faire des souvenirs". La cité-Jardin de Vauzelles. C'est là qu'habite la m'am avec ses neuf enfants. Une cité de cheminots où tout le monde se connaît, s'entraide, parce que tout le monde travaille aux Ateliers. C'est un vrai village, cette cité-Jardin, peuplé d'irréductibles français. Les premiers résistants de la régions, c'est la cité-Jardin qui les a vus naître. Les Allemands n'ont jamais rien pris, parce que personne n'a jamais trahi. De
Fichier hébergé par Archive-Host.comtoute manière, il y avait peur de soldats à Vauzelles. Ce n'était pas vraiment la guerre. "Pas de soldats, de patrouille, de bottes qui sonnent sur le pavé, de talons qui claquent [...], de panneaux en allemand, "Feldgendarmerie", "Propaganda Staffel", "Feldpost", de chants en colonne. "Ca, on dira ce qu'on veut, mais ils chantaient drôlement bien, les boches"".

D'ailleurs, il n'y a pas que le p'pa qui fait de la résistance. La m'am aussi, à son niveau, selon ses possibilités, avec le linge de maison. A la fenêtre, entre voisines, un drap bleu, une couverture blanche, un tapis rouge. Et voilà un drapeau français !! Ni vu, ni connu. Aux yeux et à la barbe de l'occupant, qui ni voit que du feu, même en passant dans la rue. Et le p'pa qui fera trembler de peur son futur rejeton pas encore né et qui tient mordicus à vivre !!! Quelle idée il a eu, ce p'pa, de s'être porté volontaire pour désarmorcer une bombe anglaise quand il était prisonnier desFichier hébergé par Archive-Host.com Allemands. Une bombe anglaise, ça ne tombe jamais où elle doit exploser. C'est normal, comme tout ce qui est anglais. On en parlera encore longtemps après la fin de la guerre de cette bombe aussi bruyante que les ronflements du p'pa. Elle alimentera bien des converstations au cours des repas familiaux. "On en avait assez parlé de cette bombe à la maison. Pendant des années. Surtout de son sifflement. "Un peu comme ton père quand il souffle". On parlait tellement d'elle, certains soirs, que j'avais l'impression qu'elle prenait la place du pot-au-feu sur la table".

Point d'orgue de cette mission pas comme les autres pour un enfant en devenir, le mariage des parents - le 25 octobre 1941 - jour de l'anniversaire du p'pa. La cérémonie, prévue à quinze heures à la Mairie de Vauzelles, prendra du retard. Le p'pa n'est jamais à l'heure. Pour rien, même pour "marier la m'am". Mais le 25 octobre 1941 est un anniversaire particulier : le p'pa vient d'avoir vingt et un ans, sa majorité. Il dira oui à la m'am pour la vie sous le portrait de Marianne, vite réapparue le temps de la cérémonie civile, aussi vite disparue pour laisser place à un maréchal Pétain disposé de travers.

Fichier hébergé par Archive-Host.com "Paulette et Roger" de Daniel Picouly est un livre tendre, émouvant, drôle et léger comme le sont les histoires d'enfant. On vit avec lui les aventures du p'pa dans la résistance. Chez lui, rien ni personne n'est mauvais. C'est une vision du monde des adultes, de leurs misères, de leurs souffrances, de leurs espérances et leurs joies à travers les yeux d'un enfant. Ce grand enfant qu'est Daniel Picouly a le soleil à l'âme et dans le coeur. Il nous le fait partager dans ses écrits et c'est un vrai moment de plaisir et d'émotion.
Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Romans francophones
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