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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Petites notes sur ...

Vendredi 16 février 2007 5 16 /02 /2007 16:54

Un témoin parmi les hommes

L'adolescence est souvent le temps des découvertes inoubliables. Découverte de la vie, de ses bonheurs, de ses malheurs. Découverte d'une certaine littérature, aussi. Une littérature qui invite au rêve, au voyage, à l'ouverture sur le monde et sur l'inconnu. Joseph Kessel a fait partie de ses auteurs qui ont bercé mon imaginaire.

Toute sa vie est placée sous le signe de ses origines cosmopolites. Juif, russe puis français. Bien que né en Argentine, Joseph Kessel passe son enfance en Oural et dans le Lot et Garonne, avant que ses parents ne se posent définitivement à Nice, puis à Paris. Infirmier brancardier quelques mois en 1914, il rentre en 1915 au Journal des débats comme chroniqueur en politique étrangère.

Le suicide de son jeune frère, Lazare, est l'événement qui bouleversera la vie de Joseph Kessel. Il décrira cette profonde déchirure dans son roman "La tour du malheur". Il ne remettra jamais de cette brutale disparition. Toute sa vie, il cherchera à compenser cette perte irrémédiable dans ses amitiés et ses comportements excessifs.

Fin 1916, il s'engage dans l'artillerie, puis dans l'aviation. Il servira au sein de l'escadrille S. 39. Joseph Kessel reprendra son expéreince dans son premier roman à sucès "L'équipage". A la fin de la guerre, il prend la nationalité française. Joseph Kessel reprend alors sa collaboration au Journal des débats et travaille pour d'autres journaux, notamment Liberté, Le Figaro et Le Mercure de France. Il entame une double carrière de reporter et d'écrivain qui le suivra toute sa vie.

Joseph Kessel sera partout et de tous les combats pour la liberté. Il couvre la révolution irlandaise, dont il tirera une nouvelle : "Marie de Cork". Il explore les bas-fonds de Paris à Berlin et s'en fait le chroniqueur réaliste dans "Nuits à Montmartre" et "Les bas-fonds de Berlin". Dans le Sahara, il suit les avancées de l'aéropostale et vole sur les premières lignes de cette compagnie mythique. Il devient l'ami de Mermoz - dont il écrira une biographie éponyme - et de Saint Exupéry. Comme si cela ne suffisait pas à son palmarès, il traquera les derniers négriers sur la mer rouge en compagnie d'Henri de Monfried, et acquiert la renommée grâce à une série d'articles sur le trafic d'esclaves en 1930.

De toutes ses expériences, Joseph Kessel tirera la matière de ses livres. De "La steppe rouge" en 1922, au "Rois aveugles" en 1925 - prix de l'Académie française en 1927 - en passant par "L'équipage" ou "Les mémoires d'un commissaire du peuple", toutes ces aventures auront été vécues par lui. Il couvrira pendant près de 50 ans tous les grands événements du monde.

En juillet 1936, alors que la guerre civile éclate en Espagne, Pierre Lazareff, patron de Paris Soir, propose à Joseph Kessel de couvrir le conflit républicain. Il devient correspondant de guerre. Il le sera encore lors de la guerre de 1939 - 1940. Il refusera la défaite et rentrera dans la résistance en zone occupée dès 1940. En 1942, il rejoint Londres avec son neveu, Maurice Druon, et s'engage dans les Forces Françaises Libres. Il est nommé capitaine d'aviation et sert dans une escadrille de nuit, chargée de donner des consignes à la résistance. C'est en hommage à ces hommes et à ces femmes - anonymes et courageux - que Joseph Kessel écrit son superbe roman "L'armée des ombres" en 1943. La même année, avec Maurice Druon pour les paroles et Anna Marly pour la musique, il écrit "Le chant des partisans" qui sera fredonné par tous les résistants, partisans et maquisards. Ce chant deviendra l'hymne de la résistance et l'ode à la liberté.

A la libération, Joseph Kessel reprend ses activités de journaliste et d'écrivain. En 1948, il est le premier étranger à obtenir le visa d'entrée pour Israël, devenu indépendant.

EN 1960, après la publication de son étrange roman "Les mains du miracle", Joseph Kessel - éternel voyageur - repart en Afrique, en Birmanie et en Afghanistan. C'est ce dernier pays qui lui inspire un de ses plus grands chefs d'oeuvre "Les Cavaliers". Le roman est entièrement consacré aux cavaliers des steppes d'Asie Centrale exaltés par une liberté totale pour un jeu : le Bouzkachi.

Le 22 novembre 1962, Joseph Kessel est officiellement reconnu par ses pairs et consacré. Il rentre à l'Académie française au fauteuil du duc de la Force. Lui, le fils d'émigrés juifs, romancier et aventurier, coupable de tous les excès, buveur, ripailleur, joueur, opiomane, coureur de jupons, est reçu sous la coupole avec les honneurs dus à son rang.

Joseph Kessel fait partie de cette génération d'écrivains en prise avec la réalité, tout à la fois aventuriers, journalistes ou globe-trotteurs, au même titre que Blaise Cendrards, Pierre Mac Orlan, Antoine de Saint Exupéry, André Malraux ou Ernest Heminway et bien d'autres.

Il a su créer un genre nouveau dans le roman, celui du roman-reportage, variante moderne du roman d'aventures classique dans lequel le vécu de l'auteur inspire largement la fiction. Il nous laisse une oeuvre riche de plus de 80 livres, qui permettent de se faire une idée des qualités humaines de ce conteur de talent.

Quelques-unes de ses oeuvres :

L'Equipage - 1925

Les Rois aveugles - 1925

Mary de Cork - 1925

Mémoires d'un commissaire du peuple - 1925

Belle de jour - 1928

Fortune carrée - 1932

Bas-fonds - 1932

Nuits de Montmartre - 1932

La passante du sans-souci - 1936

Mermoz - 1939

L'Armée des ombres - 1943

Le lion - 1958

Pour l'honneur - 1964

Les Cavaliers - 1967

Par Nanne - Publié dans : Petites notes sur ...
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Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /2007 10:57

De Delphot à Magnum : l'histoire du photoreportage

If your pictures aren't good enough, you aren' close enough (si vos photos ne sont pas bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près).

Hormis la lecture, que j'affectionne particulièrement, parce qu'elle permet un voyage dans le temps et l'espace, j'ai pour 2ème passion la photographie. J'ai longtemps hésité - au moment de créer mon blog - entre la littérature ou la photo pour sujet principal. J'ai ailleurs du mal à séparer ces deux activités, au point d'émailler mes posts de photos plus ou moins représentatives des sujets traités. C'est comme cela. Je suis ce que l'on nomme une visuelle. J'aime mettre des mots sur des photos marquantes. Si je m'en sens l'envie, je mettrai peut-être certaines images que j'ai captées, ici ou là, lors de mes nombreuses pérégrinations.

S'il est un nom connu dans l'histoire du photoreportage, c'est bien celui de Robert Capa. Et pour cause... Il en est l'initiateur. Il arrive parfois que l'histoire avec un grand H vienne se méler de votre existence pour en modifier le sens. C'est toute la vie de Robert Capa.

Originaire de Hongrie, rien ne prédestinait Endré Erno Friedman à se métamorphoser en Robert Capa. Plutôt les vicissitudes de l'histoire. En 1931, il quitte précipitamment son pays natal et sa dérive fascisante pour un Berlin pas encore atteint par la peste brune. Bien décidé à devenir journaliste, il entreprend des études de sciences politiques. Pour aider sa famille, il travaille comme assistant à la Delphot, prestigieuse agence photographique de presse de Simon Gutman. Cette rencontre - providentielle - lui permettra de réaliser son premier photoreportage sur Léon Trotsky, en exil au Danemark. Son destin est tracé. Il deviendra l'un des plus grands photographes de guerre du 20ème Siècle.

Seulement, des nuages sombres et glauques s'amoncellent sur l'Europe. Dès 1933, avec l'accession au pouvoir d'Hitler, il quitte Berlin pour Paris. C'est ici qu'il rencontrera André Kertesz, David Seymour et Henri Cartier-Bresson. De cette amitié, naîtra l'une des plus grandes agences photos connues : Magnum.

En attendant, il rencontre l'amour sous les traits de Gerda Pohorylle - alias Gerda Taro - réfugiée juive allemande d'origine polonaise. C'est elle qui façonnera le personnage de Robert Capa qui, pour quelques temps encore, s'appelle André Friedmann. En effet, bien avant Magnum, il y aura une autre agence : Alliance-Photo avec Maria Eisner. Gerda Taro a l'idée de créer la légende d'un prestigieux photographe, travaillant aux côtés de l'équipe. Il est riche. Il est américain. Il est mondain. Petit à petit, André Friedmann cède le pas à Robert Capa.

Mais Capa ne serait pas Capa sans la guerre d'Espagne. Il part en 1936 couvrir la guerre civile aux côtés des Républicains, pour les magazines Vu et Regards. Gerda Taro le suit. A eux deux, ils seront de tous les fronts. C'est aussi là que se développe son style - bien particulier - au plus près de l'action, lorsque l'homme fait face au danger, à la vérité, à la mort parfois. C'est pourquoi les photos les plus représentatives sont souvent approximatives, floues et mal cadrées. Il obtiendra la renommée grâce à une photo célèbre, intitulée "Mort d'un soldat républicain". Elle sera le symbole de la guerre d'Espagne.

En 1938, Robert Capa est envoyé par Life sur le conflit sino-japonais. La même année, il est couronné plus grand reporter de guerre du monde. Entre la guerre d'Espagne et la 2ème Guerre Mondiale, Robert Capa va se consacrer à des sujets plus légers. Il abordra des thèmes comme le pèlerinage de Lisieux (!!!) ou le Tour de France, pour Match ou Paris Soir.

En 1940, menacé parce que Juif et communiste hongrois, Robert Capa se réfugie aux Etats-Unis. Il sera chargé, par les magazines Colliers et Life, de couvrir tous les combats d'Europe des troupes américaines. Le 6 juin 1944, Robert Capa débarquera avec la 1ère vague d'assaut d'Omaha Beach. Pendant 6 heures, il photographiera sans relâche la guerre et les hommes qui la font. Au plus près. Une fois de plus. Pour Life, il prend une centaine de clichés, qu'une erreur fera presque tout détruire. Il ne reste que onze photos qui serviront l'histoire et l'horreur vécues par ces hommes se battant et se débattant contre les flots et la mort, aux premières heures de la Liberté.

Robert Capa sera toujours à la recherche de la photo différente, qui sorte des sentiers habituels, traditionnels et répétitifs. Il gardera jusqu'au bout une vision humaine et très humaniste d'événements souvent douloureux, parfois horribles et inhumains. C'est au nom de tout cela qu'il refusera de photographier les camps de concentration.

En 1947, il fonde avec Cartier-Bresson et Seymour l'agence coopérative Magnum. Parallèlement à ses activités, son amitié avec John Steinbeck l'amène à partir en Russie. De ce voyage commun, naîtra un livre "A Russian Journal", dont les photos sont de Robert Capa. En 1948, c'est le Proche Orient qui l'attire et la création de l'Etat d'Israël. Ses photos feront l'objet d'un livre "Report on Israël", écrit par Irwin Shaw.

En 1954, c'est au Japon que Capa apprend que Life cherche un correspondant pour suivre la guerre d'Indochine. Il se porte volontaire. En parcourant le Tonkin, Robert Capa marche sur une mine. C'était le 25 mai 1954.

Il nous reste de Robert Capa ses photos qui, toutes, reflètent son profond humanisme, son amour des êtres et sa compassion pour les grandes douleurs et les petites misères.  Lui qui disait "Like people and let them know it" (aime les hommes et fais leur savoir) nous a légués de véritables chefs d'oeuvre sur pellicule.

Franck et Vautrin se sont largement inspirés de la vie de Robert Capa pour leur série "Les aventures de Boro, reporter photographe". Aussi, pour les inconditionnel(le)s dont je suis, je vous promets d'en reparler prochainement.

Autre info : il se murmure, depuis quelques temps, qu'un film sur Capa et Gerda Taro serait en cours. Les noms d'Adrian Brody et de Nathalie Portman circulent pour les rôles principaux. Mais rien n'est sûr...

Par Nanne - Publié dans : Petites notes sur ...
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 11:42

Poète, anarchiste et asocial

L'autre soir, en farfouillant dans ma CDthèque, je suis tombée sur "L'opéra de quat'sous", de Brecht et Kurt Weill. Cela faisait longtemps que je ne l'avais écouté. Ma conscience, ne me laissant jamais en paix, en a profité pour me remettre en mémoire la petite chanson si étrangemenet belle de la complainte de Mackie. J'ai continué à fouiller et à chercher sans relache dans ma bibliothèque pour retrouver des pièces de Bertolt Brecht. J'aime son théâtre que je trouve à la fois réaliste et poétique.

S'il est une figure emblématique du théâtre moderne qui a marqué son époque comme auteur dramatique, metteur en scène, poète et militant politique, c'est bien Bertolt Brecht. Et pourtant, rien ne le prédestinait à une telle carrière !!

Fils d'un fabricant de papier, issu de la bourgeoisie bavaroise, Brecht entame des études de philosophie et de médecine à l'université de Munich en 1917. Mobilisé en 1918 comme infirmier, la guerre est vécue comme un traumatisme et lui inspire sa célèbre "Légende du soldat mort". Après la première Guerre Mondiale, il écrit "Baal", sa première pièce, dont le héros est un jeune poète anarchiste et asocial qui piétine les valeurs bourgeoises. Le personnage n'est pas sans rappeler Bertolt Brecht lui-même.

Au moment de la révolution Spartakiste en Allemagne, il devient membre d'un conseil d'ouvriers et de soldats et assiste à l'écrasement de la République des Conseils de Bavière. Révolté par l'attitude de la bourgeoisie, il délaisse un temps la politique et fréquente la bohème munichoise. En 1919, tout en reprenant ses études, il commence à écrire des chansons et ballades, inspirées par Rimbaud.

Dès 1924, il rejoint Berlin et travaille pour le Deutsches Theater de Max Reinhardt. Si l'ensemble de ses oeuvres soulève de nombreuses polémiques, il n'atteint la célébrité qu'en 1928 avec la création de "L'opéra de quat'sous", un des plus grands succès théâtraux de la République de Weimar. Cette réussite repose autant sur un malentendu que sur la beauté de la musique de Kurt Weill, empruntée au jazz et aux mélodies d'avant-garde. En quelques mois, la chanson de Mackie fait le tour du monde, apportant reconnaissance matérielle et intellectuelle à son auteur.

Mais la République de Weimar s'enfonce de plus en plus dans la crise sociale. Bertolt Brecht radicalise ses idées esthétiques et politiques en s'initiant au marxisme. A cette époque, il conçoit le théâtre non seulement comme un moyen de représenter le monde, mais de le transformer. Refusant de séparer l'art et la politique, ce qui permet à Brecht de se faire le chantre des pratiques politiques délictueuses de l'époque, ses pièces vont rencontrer de plus en plus d'obstacles pour être montées.

Ainsi, "Sainte Jeanne des abattoirs", pamphlet sur les injustes sociales, ne connaîtra qu'une version radiophonique partielle en 1932. La même année, inquiêt de la montée du nazisme, il lance un appel à la création d'un front d'action antifasciste. Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Brecht - haï par les nazis - doit s'exiler. Son oeuvre sera interdite et brûlée. 

Comme beaucoup d'intellectuels dans son cas, Brecht parcourt l'Europe en quête d'un abri provisoire. Passant par Prague, Vienne, Zurich, Paris, il s'installe au Danemark qu'il quitte pour la Suède et la Finlande, cherchant à fuir devant la poussée des armées hitlériennes. En 1941, Brecht rejoint les Etats-Unis où il se sentira étranger à la société et complètement perdu dans un univers qui n'est pas le sien.

Toutefois, ces années d'exil sont fertiles, même si ses oeuvres ne sont ni publiées ni jouées. C'est en Finlande que Brecht produit les pièces les plus importantes de sa carrière :"La vie de Galilée", "la résistible ascension d'Arturo Ui", "Maître Puntila et son valet Matti", ... Sa comparution devant la commission des activités anti-américaines en 1947 pour ses idées marxistes, le force à rentrer en Europe.

En 1949, il s'intalle à Berlin-Est parce qu'il veut contribuer à la création d'une culture socialiste et participer à la naissance d'une nouvelle Allemagne. Avec la création de sa troupe Berliner Ensemble, Brecht exprimera ses prises de position politiques. Il soutiendra la dictature communiste qui écrase violemment le soulèvement ouvrier de Berlin-Est le 17 janvier 1953. Brecht manifestera sa solidarité avec le régime en déclarant que "si le peuple pense mal, changeons le peuple". En 1955, il reçoit le Prix Staline pour la paix. Il meurt en 1956 d'un infarctus.

Bertolt Brecht voulait rompre avec l'illusion théâtrale et pousser le spectateur à la réflexion. Il met en oeuvre l'effet de distanciation, qui rapproche le public du sujet représenté en transposant des scènes historiques dans le quotidien. Il use de tous les artifices permettant de saisir une représentation comme une scène de rue. Brecht force le public à avoir un regard critique en utilisant des panneaux avec maximes, des apartés en direction des spectateurs pour commenter la pièces, des intermèdes chantés.

Au fur et à mesure des événements politiques, Brecht accentuera la fonction didactique du théâtre. Ses pièces antifascistes, écrites en exil, s'efforcent d'agir sur la conscience politique du public en inscrivant dans une perspective historique chaque geste de barbarie.

Au final, Brecht est un véritable poète, fasciné dès le début par la saveur des mots. Au travers de ses écrits, transparaît son immense besoin de solidarité avec les hommes et le monde. 

Par Nanne - Publié dans : Petites notes sur ...
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Dimanche 19 novembre 2006 7 19 /11 /2006 20:03

Les deux vies de Max

"On parle de Max Jacob. Je vois un ver luisant contre un mur : c'est Max qui écoute". (Raymond Queneau)

Quand, au hasard de mes lectures, j'aperçois le nom de Max Jacob, une image me vient de suite à l'esprit : celle d'un feu follet ou d'un ludion, espiègle et toujours prêt pour quelques fantaisies avec ses amis. Mais aussi celle d'un homme à l'esprit d'enfant, généreux, libre, débordant de joie et plein d'esprit. Un inventeur des mots et des situations. L'art moderne lui doit beaucoup.

Drôle de personnage que Max jacob !! Né à Quimper, d'un père tailleur d'origine allemande et d'une mère bretonne, il passera de l'athéisme juif à la ferveur catholique après deux apparitions du Christ et de la Vierge.

 En fait, Max Jacob est deux personnes. Non pas double ou dual. Un peu comme les schrizophrènes. Peut-être l'était-il un peu ? Des quartiers de Paris à l'abbaye de Saint-Benoît sur Loire, du dandysme mondain à la retraite spirituelle et religieuse, Max Jacob sera toujours deux.

Son histoire commence avec le 20ème Siècle, sur les hauteurs de la Butte Montmartre. Après des études de droit, Max Jacob devient critique d'art pour le "Moniteur". C'est la Belle Epoque. C'est l'époque de la Bohème. Au détour d'une exposition, il rencontre Picasso, en 1901. Il lui vouera une amitié indéfectible. Viendront ensuite Appolinaire, Van Dongen, Eluard, Braque, Salmon, Juan Gris. Et d'autres.

Avec la création du "Bateau-Lavoir" - le mot aurait été inventé par Max Jacob lui-même - il est alors le témoin privilégié de la naissance d'un courant inspiré par l'art Nègre : le Cubisme. Il assistera à la genèse des "Demoiselles d'Avignon", première oeuvre cubiste de son ami Picasso.

Max Jacob fréquentera la bohème montmartoise. Il sera de toutes les parties artistiques et de tous les paris littéraires. C'est aussi l'époque où il entreprend de réinventer la poésie en prose. Parallèlement à l'écriture, Max Jacob s'essaiera à la peinture. Il exposera régulièrement ses gouaches inspirées des paysages de Bretagne, de Paris ou du Val de Loire, ou par des scènes de cirque qu'il affectionne particulièrement.

Seulement, Max Jacob s'enivre de vapeurs d'opium et d'éther, entre 1904 et 1910. Il reniflait l'éther sur un mouchoir. A tel point que les effluves de sa personne l'annoncaient en société. Il en est pénétré. Est-ce au lendemain d'une inhalation d'alcool que Max Jacob croise le Christ en visite chez lui, rue Ravignan ? Nul ne le sait. En 1909, il lui apparaît une première fois. Comme si cela ne suffisait pas, c'est au tour de la Vierge Marie de le visiter en 1914. Ces deux apparitions le convainquent définitivement de changer de vie.

Il devient profondément croyant, mystique même. Il avait 33 ans lors de sa première vision. L'âge du Christ mis en croix. Tout un symbole !! Tout le monde rigole, ricane, se moque. Picasso le prend pour un illuminé. Appolinaire pense qu'il est sous l'effet d'une drogue. Aragon, bientôt surréaliste, rigole déjà de la religion. Il n'empêche. Max est baptisé chrétien au petit matin. Son parrain est Picasso. Son nouveau nom de baptême et de rédemption est Cyprien Max Jacob.

Dès cet instant, il ne sera plus jamais le même. Concernant sa conversion, il écrira : "Rien ne me préparait au coup de foudre qui brûla d'un coup mon passé en septembre 1909 et fit naître en moi un homme nouveau."

A partir de 1921 et jusqu'en 1928, Max Jacob s'installe à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire en tant qu'oblat. Il reprend le dessin et la peinture, laissés un temps au profit de l'écriture et de ses vieux démons. A cette époque, son mysticisme s'accroît et il pressent les événements tragiques futurs.

Entre 1928 et 1935, il retourne à Paris et à ses folies. Il s'abandonne à nouveau au dandysme et aux mondanités. Il vit entouré d'une nouvelle génération de poètes qui voient en lui l'inventeur de la poésie moderne. En 1936, il rentre définitivement dans sa coquille protectrice en l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Ses dernières années seront consacrées à prophétiser la catastrophe qui s'annonce. Il comprend, très vite, le martyre qui l'attend pour lui et pour sa famille.

Quand la guerre éclate, bien que chrétien, il porte l'étoile juive et la croix sur le coeur. Il est arrêté par la Gestapo le 24 février 1944 bien que malade et affaibli, et envoyé à Drancy, avant-poste d'un chemin de croix sans croix.

Il s'éteint le 5 mars 1944 à Drancy, alors que Jean Cocteau - autre grand ami de Max Jacob - avait fait le nécessaire auprès des autorités allemandes pour le faire libérer. Trop tard pour celui qui a tant aidé et soutenu.

Durant toute sa vie, Max Jacob sera non seulement un "inventeur d'art" de génie, mais aussi un "découvreur de talents". Il a sans cesse encouragé peintres, écrivians, poètes, mucisiens dans leurs recherches, rédigeant des préfaces aux oeuvres, servant d'intermédiaires avec ses amis et relations. Beaucoup lui sont redevables de ce qu'ils devenus plus tard. Il se dit même qu'on lui aurait volé le surréalisme.

Voilà qui était Max Jacob. Deux et un à la fois : le Juif et le Chrétien ; le précieux et le converti ; l'excessif et le sage ; le scandaleux et le meurtri ; le public et le reclu ; le coupable et le martyr.

Ses principales oeuvres :

Saint Matorel - 1911

Oeuvres burlesques et mystiques de Frère Matorel - 1912

Le cornet à dés - 1917

La défense de Tartufe - 1919

La laboratoire central - 1921

Le cabinet noir - 1922

Filibuth et la montre en or - 1923

Bourgeois de France et d'ailleurs - 1932

Ballades - 1938

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