Mercredi 24 septembre 2008
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Par Nanne
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Lundi 22 septembre 2008
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Paris Portraits - Collectif
(Folio Senso n°4503)
"Partout le marbre, le
bronze et la pierre : des tulipes aux carrefours et de l'or sur les dômes, jade et onyx, alpaga et soies aux devantures, les murs n'ont même plus le temps d'être pollués : la Ville Lumière
brille comme un sou neuf - aussi vieux que le pont du même nom".
Ville Lumière, certes. Mais ville en cercles concentriques excentrant petit à petit - excluant même - les populations qui ont
fait toute la patine des Grands Boulevards : les artisans, les commerçants, les ouvriers, le petit peuple de Paris. Que trouve-t-on aujourd'hui, sur les Grands Boulevards ?
Une sociologie quelque peu bouleversée. Des riches - étrangers pour la plupart - qui achètent tout à n'importe
quel prix, pour le plaisir pour vivre dans la ville de Louis XIV, celle du Siècle des Lumières.
Anciens faubourgs aristocratiques tombés entre les mains du peuple de Paris, Poissonnière et Saint-Denis cachent de véritables trésors sociaux inconcevables ailleurs dans la
capitale. "Où peut-on voir un petit Chinois et un petit Noir marcher, bras
dessus bras dessous, au sortir de l'école ? Sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Où un groupe de Juifs
orthodoxes, en chapeau noir et manteau long, peut-il croiser des commerçants indiens et musulmans, sous le regard d'un couple de bistrotiers se reposant d'un demi-siècle de limonade ? Sur le
boulevard Saint-Denis". Véritable Tour de Babel parisienne, les Grands Boulevards sont la reconstitution des cinq continents. Ici, on passe - sans les problèmes de
frontières - du continent africain à la Turquie, de l'Inde au Sri Lanka, de l'Europe Orientale à l'Europe de l'Est. On croise
des sikhs, des kurdes, des touaregs, des femmes en boubou qui parlent lingala. On quitte Little Istanbul pour plonger dans Chinatown s'en réellement s'en rendre compte.
Après les Grands Boulevards vus par Claude Arnaud, on glisse subrepticement vers les Batignolles d'Elisabeth Barillé, "refuge des artistes sur le retour, des maîtresses
grisonnantes, des coeurs à prendre qui ne le seraient jamais [...]". Visions noir & blanc d'un quartier jadis chanté par Barbara et où ont vécu Zola, Man Ray et
Duchamp. Quartier déclaré commune indépendante par Charles X, les Batignolles conservent son aspect surranné en cultivant encore
les artisans d'antan. Les Batignolles, c'est le 22 rue de la Condamine. Première adresse de Man Ray à Paris ; lieu qui a vu naître sous ses toits les photomontages dada. C'est
aussi le 54 rue Nollet et son hôtel particulier qui a su abriter
Nicolas de Staël revenu de Nice en 1943. "Les lieux sont fantomatiques : les meubles, les croquis, le grand piano à
queue, rien n'a bougé. Nicolas installe son atelier au salon du rez-de-chaussée à cause des quatre fenêtres, des larronniers et des frênes ...". L'immeuble a, depuis longtemps, disparu au
profit d'un immeuble de standing et d'une crèche municipale. Tout se transforme, rien ne se perd à Paris.
On quitte à regret Les Batignolles d'Elisabeth Barillé pour suivre Gérard de Cortanze à Montparnasse. Son Parnasse à lui se situe dans la salle du café de La Coupole
avec ses trente-deux piliers décorés par trente-deux peintres. Premier souvenir qui le marquera sa vie durant au point de vouloir y vivre, adulte. Enfant, il avait déjà exploré le quartier
Montparnasse en long, en large et en travers, tentant d'y retrouver les fantômes de Chagall, Marie Wassilieff ou encore Marcel Duchamp, amis de sa marraine.
Enfin, notre flânerie nous conduira le long des voies du Canal Saint-Martin dont " [...] le tracé côtoie les gares des deux points cardinaux qui ne font pas rêver : un "Nord" et un "Est" trop lourds de souvenirs
d'envahisseurs et de déports aux camps, si loin des envies de grand large vers l'océan de l'"Ouest" et du "Sud" des mers chaudes dont les effluves remontaient jadis jusqu'à tes berges via
l'odeur des denrées importées". Le Canal Saint-Martin n'a jamais eu les faveurs des grands romanciers de son siècle
naissant. Ni Flaubert, ni Balzac ne se sont attardés sur son
décor. Seul, Simenon mettait le Canal en scène pour quelques règlements de compte entre proxénètes, prostituées, bandes rivales, apaches, gouapes ou malfrats. Ce canal sublime a quand même su
fédérer des armées de libertaires, anarchistes répugnant à s'agréger à un quelconque mouvement et qui ont écrit leurs gazettes et autres pamphlets à l'ombre de ses berges discrètes.
"Paris Portraits", c'est quatre auteurs de notre paysage littéraire et culturel pour une balade romantique dans une ville mystérieuse. Une ville qui ne se dévoile jamais totalement et
qu'il nous faut parcourir inlassablement pour dénicher les richesses subtiles qu'elle recèle et cache jalousement, amoureusement, au creux de son architecture urbaine flamboyante. C'est aussi
une promenade auditive avec la multitude des accents étrangers venus à la rencontre de la Ville Lumière par les Grands Boulevards. Mais aussi itinéraire olfactif à travers les mille et
une senteurs des marchés de quartier déployant leurs trésors d'épices du bout du monde, les fumets délicats des cuisines venues d'ailleurs. C'est le Paris des artistes d'un autre siècle :
Rimbaud, Tzara, Monet, Mallarmé ... C'est un livre en forme de récit de voyage où chaque écrivain a mis ses désirs parisiens et ses souvenirs émus d'une ville qui fera encore longtemps
rêver.
Par Nanne
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Dimanche 21 septembre 2008
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Par Nanne
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La Pleurante des rues de Prague - Sylvie
Germain
(Folio n°2590)
"Elle est entrée dans le livre. Elle est entrée dans les pages du livre comme un vagabond pénètre dans une
maison vide, dans un jardin à l'abandon. Elle est entrée, soudain. Mais cela faisait des années déjà qu'elle rodait autour du livre. Elle frôlait le livre qui cependant n'existait pas encore,
elle en feuilletait les pages non écrites et certains jours, même, elle a fait bruire imperceptiblement ces pages blanches en attente de mots".
Ainsi débute les premières apparitions de la Pleurante. On ne sait rien ou bien peu de choses sur elle. Elle erre dans les livres, au gré des rues et des vieux quartiers empreints
d'histoires grandes ou petites. Elle est aussi bien mot que bruit ou encore murmure. La Pleurante recueille les âmes des morts qui se sont perdues et vont ça et là, à travers les rues de
la ville et à travers le temps infini.
Bien que la Pleurante se fasse rare dans ses démonstrations, dès qu'elle surgit furtivement, ou
pour plus longtemps, les lieux gardent sa présence indélébile. "Elle ne s'est montrée que peu
de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois sa présence fut extrême. Une vision liée à un
lieu, émanée des pierres d'une ville. Sa ville, - Prague. Jamais elle n'a paru ailleurs [...]". A peine apparue, la Pleurante s'évanouit des lieux qu'elle investit. Pour ceux qui la
croisent, elle marque leur mémoire à jamais.
La Pleurante n'a pas de visage, pas d'apparence propre, même si elle prend la forme d'une femme sans âge pour ceux qui l'aperçoivent. Elle ne possède pas de visage, parce qu'elle est
pluriel. Ses traits renferment les portraits des habitants de Prague et il est à la confluence de toutes les larmes, de tous les chuchotements de la ville, de toutes les douleurs de l'histoire de
cette cité. "Ce sont ces larmes d'inconsolés qui bruissent dans le grand corps immatériel de la Pleurante des rues de Prague, et ces inconsolés sont aussi bien des vivants que des
morts".
Car la Pleurante de Prague sait ranimer les voix du passé, de l'histoire, des mots. Dans un tourbillon de
vent, elle peut d'un coup faire remonter en surface des voix que l'on croyait définitivement tues, des voix avec des mots détruits, oubliés, endormis, cachés dans les maisons
désertées.
"Elle recèle tant de noms dans les replis de sa robe effilochée qu'ils pourraient, tous ces noms, former un peuple. Comme les noms
gravés sur les murs des mémoriaux".
A Prague, où elle vague parmi les ombres du passé, la Pleurante peut se manifester dans n'importe quel lieu, à n'importe quel instant du jour ou de la nuit. Il n'est pas de saison, pas
d'endroits, de places, de carrefours, qui lui soit interdit.
"La Pleurante des rues de Prague" de Sylvie Germain nous invite à revivre l'histoire de Prague, ville magique s'il en est. La Pleurante est l'âme de cette capitale, l'icône de
sa vie intellectuelle et l'incarnation de toutes les souffrances - grandes et petites - passées. On suit cette évanescence le long des rues, au hasard des faubourgs, dans les immeubles délaissés,
dans les friches, le long du fleuve. On ne saura jamais si cette Pleurante - frêle apparition - est un songe issu de l'imaginaire de cette auteure douée ou une réalité vécue. A-t-elle
été vue par ceux et celles qui prennent réellement le temps d'apprendre à connaître Prague ? Nul ne le saura jamais. Et c'est très bien, puisque l'on peut laisser son imagination errer le long
des pages et se laisser entraîner dans cette quête effrénée à la recherche de la Pleurante de Prague. Ce dont on est
sûr, par contre, c'est que ce livre ne laisse pas
indifférent. A mi-chemin entre le roman d'amour pour une ville et de l'essai en prose, "La Pleurante des rues de Prague" est la synthèse des douleurs engendrées par la fin d'un amour,
par la disparition d'êtres chers et proches. L'écriture est rare et superbe, comme un poème en prose, aérien. Elle aide à surmonter la tristesse qui se fait jour derrière les
mots.
Par Nanne
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Publié dans : Essais, critiques
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Mardi 16 septembre 2008
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"Ces belles histoires ne valent pas les souvenirs de vacances que nous portons dans notre coeur, le grand oiseau si simple
et si léger - une ossature de jonc habillée d'une étoffe bariolée - qui se débat dans le vent, son essor brutal et surtout la courbe majectueuse de la corde qui s'affine jusqu'à devenir
invisible à mesure qu'elle s'éloigne de nous pour se rapprocher du monstre frêle. Le long de cette corde, nous faisions monter des messages, papillotes enroulées que le vent fait grimper
jusqu'à perte de vue. Très haut dans le ciel, le cerf-volant réagit à tous les courants aériens, fait des voltes, plonge et remonte en fusée. L'enfant au cerf-volalnt comprend pleinement que le
vent, c'est la vie même du ciel, c'est la respiration de la mer, la course majestueuse des nuages [...]".
Par Nanne
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Publié dans : Zoom sur / Extrait
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