Pierre Louÿs : poète de l'érotisme élégant

Publié le par Nanne

             Entre littérature et esthétisme païen

Je me dois de vous faire un aveu : j'apprécie la littérature érotique. J'en vois que cela risque de heurter, de choquer, de gêner, de déranger. Il n'empêche, je l'assume. Mais rassurez-vous, je ne vais pas transformer mon blog sur les livres en blog pour adultes avertis. Encore que cela aurait le mérite de doper le BR de celui-ci. Non, cela ne m'intéresse pas. Ce qui m'attire le plus dans cette littérature particulière est ... le charme et la sensualité qui se dégagent de certaines oeuvres érotiques. Le style d'écriture, les mots utilisés, les métaphores employées pour décrire des situations amoureuses peuvent être très poétiques, et ouvrir aux lecteurs des horizons oniriques infinis.

Beaucoup de grands auteurs - passés à la postérité - ont écrit des textes ou des poèmes érotiques. Parmi eux, on compte Apollinaire avec ses célèbres "Onze mille verges" ou encore son "Journal d'un Don Juan" ; mais aussi Guy de Maupassant avec ses "Récits grivois et autres contes" ou "La maison Tellier" sur l'atmosphère des maisons closes en province. La liste est encore longue et non exhaustive. Celui dont je voudrais vous parler est Pierre Louÿs, passé maître dans l'art de la littérature et de la poésie érotiques.

Né à Gand en Belgique, Pierre Louÿs étudie à l'Ecole alsacienne de Paris. Il y rencontre André Gide, qui deviendra l'un de ses amis. Très tôt attiré par le monde des lettres, il commence à rédiger ses premiers textes érotiques à 18 ans. Dans le même temps, il se lie au mouvement littéraire du Parnasse, dont il fréquente les poètes emblématiques : Leconte de Lisle et José-Maria de Hérédia, dont il épousera la cadette - Louise - à 19 ans. Par la suite, il évoluera vers l'école symobliste. Ces deux mouvements lui donneront le goût de la sensualité païenne et celui de la beauté.

En 1892, il compose un sonnet à Mallarmé pour ses 50 ans. Un an auparavant, Pierre Louÿs avait fondé la revue La Conque, où seront publiées les oeuvres des auteurs parnassiens et symbolistes : Mallarmé, Leconte de Lisle, Verlaine, Gide, Paul Valéry. Il y éditera ses premiers vers érotiques, avant de la réunir dans le recueil "Astarté" en 1893, sous la forme de poèmes lyriques grecs et de courtes pièces d'un érotisme léger.

En 1894, il publie un deuxième recueil resté célèbre en raison de sa supercherie littéraire : "Les Chansons de Bilitis". En effet, Pierre Louÿs fait passer ses poèmes pour une traduction grecque d'une poétesse de l'âge lyrique, contemporaine de Sappho. Ce recueil de poèmes en proses est marqué par les influences du Parnasse hellénisant et du symbolisme, avec un goût prononcé pour la sensualité, le bucolique et l'érotisme élégant. Ces poèmes vont inspirer certains musiciens, dont Claude Debussy, qui composera un accompagnement pour trois des chansons de cette anthologie : "La flûte de Pan", "La chevelure", "Le tombeau des Naïades". 

Son premier roman "Aphrodite", de moeurs antiques est édité en 1896. Il est l'expression de la beauté formelle. Ce roman séduit par son aspect licencieux, sa description de la volupté et son esthétisme rappelant les auteurs parnassiens. Il a reçu un succès d'estime dans le milieu littéraire ainsi qu'auprès du grand public, grâce à un article louangeur de François Coppée. "Aphrodite" sera adaptée pour la scène lyrique en 1906.

En 1898, il rédige "La femme et le pantin" qui se situe à l'époque contemporaine. C'est sans doute le chef d'oeuvre et le roman le plus connu de Pierre Louÿs. Il a pour cadre l'Espagne et le thème en est l'amour sensuel. Roman à très forte intensité dramatique, il y met en scène une femme fatale et décrit les ravages de la passion sur un homme. L'écriture en est dépouillée, avec une atmosphère complexe et tortueuse. En voulant libérer le corps par une sensualité détachée de sentimentalisme, Pierre Louÿs adopte une attitude de moraliste. Ce roman inspirera deux réalisateurs, et non des moindres : Joseph Von Sternberg qui tournera en 1935 "The Devil is a woman" avec Marlene Dietrich, ainsi que Luis Bunuel avec "Cet obscur objet du désir" en 1977, joué par Carole Bouquet.

En 1901, "Les aventures du roi Pausole" voit le jour. Conte satirique libertin, c'est un livre de libertinage inspiré des conteurs galants du 18ème Siècle. Mais dès le début du 20ème Siècle, Pierre Louÿs rencontre des difficultés financières. Il éprouve beaucoup de mal à publier et à écrire. De ce fait, il donne des recueils d'articles et des nouvelles, préalablement publiées dans les journaux. C'est vers 1917 qu'il compose ses plus beaux textes, "Isthi" - publié sans nom d'auteur - "Poétique" et surtout son chef d'oeuvre lyrique le "Peviligium mortes" en 1916, resté longtemps inédit. Tout au long de sa vie, Pierre Louÿs a écrit un très grand nombre de Curiosa, doublant systématiquement ses oeuvres publiées d'une version érotique. Ses textes, souvent ironiques, reprennent sous une forme coquine, des oeuvres sérieuses. 

Mais Pierre Louÿs était aussi un bibliophile qui possédait plus de 20 000 volumes. Il avait une connaissance approfondie de la littérature ancienne. Il a d'ailleurs publié plusieurs articles sur ces questions et a réalisé des milliers de fiches sur ces thèmes.

Ami des lettres, écrivain, poète, musicien, critique, linguiste, esthète, érotomane, dandy, photographe, il a été l'ami de Debussy, Gide, Apollinaire, Sarah Bernhardt, Paul Valéry, François Coppée, Mallarmé ... Jusque dans sa correspondance avec Paul Valéry, Pierre Louÿs restera toujours l'esthète païen de sa jeunesse, cultivant beauté et amour.

Quelques ouvrages :

Astarté - 1891

La Chanson de Bilitis - 1894

Aphrodite - 1896

La femme et le pantin - 1898

Les avantures du roi Pausole - 1901

Isthi - 1917

Trois filles de leur mère - 1926

Publié dans Petites notes sur ...

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Commenter cet article

lamousme 21/05/2007 18:53

Comme je te comprends...pour Louys ET pour l'érotisme ;o)

Nanne 21/05/2007 19:33

N'est-ce pas ? L'écriture de Pierre Louÿs est un vrai bonheur, parce que rien n'est jamais vulgaire ... Chose assez rare de nos jours dès que l'on parle d'érotisme. De même, la littérature érotique peut être un véritable instant de bonheur ... à lire et à partager. J'ai vu ton blog, qui est vraiment très beau et onirique. Bravo !!