Mardi 12 juin 2007
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18:02
La Dormeuse de Naples - Adrien Goetz (Points)
La lecture de ce
roman a une histoire. L'été dernier, je me suis arrêtée à Montauban, ville du peintre Jean-Auguste Dominique Ingres. Se tenait une exposition que je ne voulais rater sous aucun pretexte :
"Ingres et l'Antique". Connaissant déjà le Musée Ingres de Montauban pour sa réputation, je savais que cette exposition provisoire me donnerait de belles joies, des émotions, de la
beauté, du bonheur. Ce fut le cas. Je suis restée en extase un temps infini devant l'un des tableaux que j'aime le plus : Le bain turc. De le voir si proche de ma vue, à presque pouvoir
le toucher, cela me donne encore des frissons dans le dos. Au cours de ma visite, un guide a commenté l'exposition avec brio, revenant sur ce qui avait inspiré ce peintre. Outre son violon -
resté célèbre au point d'en faire une expression toute faite désignant une passion - Ingres aimait par-dessus tout ... les femmes. C'était un homme à femmes !! J'ai eu beaucoup de mal à
l'imaginer coureur de jupons !!! Et de revenir sur "La Dormeuse de Naples", dont on ne sait rien ou presque. Quelques temps après, je suis tombée - presque par hasard - sur l'excellent
roman d'Adrien Goetz et son imagination débordante.
Prés d'un an a passé entre la visite de ce musée, l'achat du roman et sa lecture. Le temps est court et fuit à une vitesse incroyable ...
En trois carnets imaginaires - tenus par Ingres, Camille Corot, un élève de Géricault et 112 pages - Adrien Goetz nous invite à une enquête sur un des mystères que l'histoire de l'Art n'a jamais
réussi à démêler. Mais qui est cette "Dormeuse de Naples", peinte par Ingres, lors de son séjour à Rome ? Nul ne le sait.
Ingres, amoureux de la Femme et de la beauté parfaite, inlassablement à la recherche du modèle idéal, voue une passion dévorante pour Raphaël et ses oeuvres, qu'il
compare au Créateur. "J'allais chaque jour voir les Raphaël au Vatican. [...] Jamais rien ne m'avait paru plus beau, et je me disais que cet homme divin l'emportait sur tous les autres. Je
suis convaincu qu'il travaillait de génie et qu'il portait toute la nature dans sa tête [...]. Lorsqu'on en est là, on est comme un second Créateur". En passant par Naples, Murat demandera à
Ingres d'exécuter un grand portrait, celle de la reine - Catherine Murat née Bonaparte - et de deux femmes endormies, dont l'une est "L'Odalisque" et l'autre "La Dormeuse de
Naples". C'est en parcourant les rues populeuses de la ville qu'Ingres aperçoit son modèle absolu. "La promeneuse napolitaine m'avait paru sortir
toute nue de mon cerveau. J'avais devant moi la seule femme qu'il me plaisait de peindre. Ma belle idéale. Tous les points de son corps appelaient ma ferveur. Si je l'avais peinte à loisir, on
aurait vu en elle la femme parfaite, celle qu'on veut posséder tout entière".

Ce tableau, destiné au roi de Naples, disparaîtra pour ne jamais réapparaître. A-t-il été brûlé au cours de la révolution ? A-t-il été caché dans quelques greniers de demeures vénitiennes ou
d'ailleurs ? Personne ne peut répondre. Personne ? Pas si sûr. Le peintre paysagiste Camille Corot découvrira "La Dormeuse de Naples" au cours de son séjour à Rome où il sera initié par
une société secrète - la Société antonine - dans le grenier de celle-ci. "Une femme, au corps souple et sec, à la lèvre fraîche, une peau que l'on sentait douce, un parfum qui,
croyait-on, remplissait l'air autour d'elle. Pas d'idéalisation, pas d'invention : une femme réelle, avec une petite tache brune sur le mollet. Les détails les plus intimes s'y voyaient. Jamais
un peintre n'avait aussi franchement osé cela. Le nu le plus nu qui se puisse". Lors d'un second séjour en Italie, Corot se rendra à Naples pour tenter de retrouver les traces de
"La Dormeuse", à jamais perdue. Corot visitera les hospices, les bordels pour marins, restera des heures à surveiller les pénitentes en prière à la cathédrale.
Mais où est cette
"Dormeuse de Naples" ? A-t-elle seulement existé, cette belle dont on disait qu'elle était "déjà peinte", tant sa beauté était parfaite ? Un élève de Géricault la trouvera dans
l'atelier du peintre. "M. Théodore Géricault possédait un tableau d'Ingres, qui n'était pas une copie. C'était cette "Dormeuse de Naples" que l'on a si longtemps cherchée [...]. On l'a crue
détruite dans les bouleversements de la chute de Murat, c'est une erreur, c'est une autre odalisque, achetée par Murat à Ingres quelques années plus tôt, qui a péri. "La Dormeuse" a survécu à
Naples, elle est venue à Paris. Je l'y ai vue". Mais allez donc savoir tout ce qui se trame autour d'un tableau disparu : les trésors d'imagination, d'hallucination, de délire, de
phantasme, de rêve autour du modèle, de l'histoire de l'oeuvre.
"La Dormeuse de Naples" d'Adrien Goetz est un livre-bonheur, un libre-beauté, d'une grande richesse artistique et littéraire. Il se lit d'une traite, tant la passion pour cette oeuvre
enigmatique vous prend au corps et ne vous lâche plus jusqu'au bout. On regrette que ce soit un aussi petit livre, un vrai condensé d'histoire de l'Art, de la beauté. Dès que l'on quitte - à
regret - ce magnifique roman, on n'a qu'une envie, en savoir plus, partir à sa recherche, improbable. Avec cette question, lanscinante, qui taraude le lecteur pendant et après la lecture : où est
passée "La Dormeuse de Naples" d'Ingres ? Où se cache-t-elle ? Réapparaîtra-t-elle un jour, par hasard ou par miracle ?
Le site d'Adrien Goetz pour ne rien perdre de ses oeuvres.
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