Sur la route

Publié le par Nanne

                   Le vagabond américain en voie 
                   de disparition - Jack Kerouac
(Folio 2€)


"Un matin de février, en 1957, nous partîmes. J'avais une grande cabine double pour moi tout seul, et tous mes livres, à moi, la paix, le calme et l'étude. Pour une fois, j'allais être un écrivain qui n'était pas obligé de travailler pour les autres". Dans "Le vagabond américain en voie de disparition", Jack Kerouac - chantre de la Beat Generation - fait l'apologie de la liberté entière et totale. C'est un fabuleux plaidoyer en faveur des vagabonds qui errent sur les routes à la recherche d'un monde enchanté, presque enfantin. Le chemineau est fier de sa situation, car il n'appartient à aucune communauté. Il peut aller et venir à sa guise, où bon lui semble. S'arrêter là quelques heures ou quelques jours, repartir le lendemain ou plusieurs mois après, sans contrainte. C'est un sentiment d'absolue liberté qui est appliquée. "Le chemineau est fils de fierté, il n'appartient à aucune communauté ; il n'y a que lui et d'autres chemineaux et, peut-être, un chien. - Le soir, les vagabons, près du talus du chemin de fer, font chauffer d'énormes casseroles de café. - Fière était la manière dont le chemineau traversait la ville [...]".

Mais être chemineau aux Etats-Unis devient de plus en plus difficile. Pour échapper à la prison et aux problèmes judiciaires, les vagabonds sont obligés de se cacher pour échapper à la vigilance de la police. Alors que la pauvreté est une vertu chez les moines, en Amérique c'est un risque d'incarcération. "La pauvreté est considérée comme une vertu chez les moines des nations civilisées - En Amérique, vous passez une nuit au violon si l'on vous prend à ne pas avoir sur vous une certaine somme (c'était cinquante cents la dernière fois que j'en ai entendu parler, mon Dieu, combien est-ce maintenant ?)". Jack Kerouac se place sous l'égide de certains vagabonds connus, tels Charlie Chaplin, Virgile - le premier de tous - Benjamin Franklin, Walt Whitman, Teddy Roosevelt et de tant d'autres pour glorifier ce mode de vie qu'il a toujours revendiqué et pratiqué.

La seconde nouvelle, "Grand voyage en Europe", Jack Kerouac retourne à ses origines profondes, la France et l'Europe. Il prend prétexte d'aller chercher ses droits d'auteur à Londres pour effectuer une ballade à travers l'Europe. Parti de New York sur un cargo yougoslave qui manque de couler par le fond en raison d'une tempête mémorable en haute mer, Jack Kerouac arrivera enfin dans le port de Tanger, après avoir cru sa dernière heure arrivée. Au long de sa flânerie, il découvrira un vagabond récitant le Koran à des enfants l'écoutant attentivement. "[...] c'est un pélerin chérifien errant qui prêche l'évangile d'Allah aux enfants - c'est un "hombre qui rison", un homme qui prie, il y a en ville des "hombres que rison", ils ont une robe blanche et ils vont pieds nus dans les ruelles [...]". Il sera émerveillé par les paysages de la terre maghrébine qu'il comparera au vieux Mexique pour les couleurs. 


Après le Maghreb, c'est l'arrivée en France, à Marseille. Remonte en mémoire le souvenir de son enfance avec le nom des petites boutiques identiques à sa ville franco-canadienne de Lowell. Et puis, c'est Aix-en-Provence et les couleurs flamboyantes des tableaux de Cézanne. "Une fois arrivé, je m'assis à la terrasse et bus deux verres de vermouths en observant les arbres de Cézanne et la gaieté de ce dimanche matin ; [...] éparpillés à l'entour, les toits rouge terne et les collines lointaines, sous un halo de brume bleue, qui attestaient la parfaite reproduction par Cézanne des couleurs de la Provence, un rouge qu'il utilisait même pour ses pommes, un rouge brun, et des arrière-fonds d'un bleu sombre et vaporeux".

 
Après le sud de la France et ses promesses de couleurs, ses atmosphères douces, ses lieux uniques, ses personnages typiques, c'est la montée à Paris. Sa visite est - pour Jack Kerouac - incontournable. Pigalle, Rochechouart, Montmartre, Magenta et ses boulevards, puis les petites rues, l'envie de voir la sinistre prison de la Bastille. Cela fera bien rire un passant à qui il posera la question. "Mais je perçus une vaste promesse, des rues interminables, des rues, des filles, des lieux, tout cela avait un sens particulier, et je compris pourquoi les Américains séjournaient dans cette ville, certains pour la vie entière". Après l'instant parisien, direction Londres en passant par la Normandie pour rejoindre Dieppe. Jack Kerouac fera l'apprentissage de la pluie normande et des brumes de Londres.

"Le vagabond américain en voie de disparition" comprend deux nouvelles, autobiographiques. On partage avec l'auteur le plaisir de flâner dans les rues des différentes villes qu'il traverse. Je n'avais rien lu des ouvrages de Jack Kerouec, je regrette de ne pas l'avoir découvert plus tôt. Son écriture est poétique, charmeuse, légère, aérienne, fluide comme si rien ne le retenait quelque part. En lisant Kerouak on a l'impression de s'envoler au-dessus du monde et de visiter des contrées inconnues, comme un oiseau. Libre comme l'air.

 

Publié dans Nouvelles étrangères

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célinevixen 24/07/2007 13:32

Article très très intéressant Nanne! Je ne connaissais pas du tout Kerouac (enfin si de nom, mais ça ne compte pas), et je crois bien que je vais me laisser tenter (avec Richard Bratigan)...

Nanne 24/07/2007 14:00

Je crois qu'il faut se laisser porter par l'écriture de Kérouac qui donne envie de prendre la route et de déployer ses ailes pour s'envoler vers d'autres contrées. Richard Bratigan est dans la même mouvance littéraire (Beat Generation) que Kerouac. On sort des sentiers battus avec ces auteurs, souvent peu présentés sur les blogs, ce qui est dommage.

Allie 22/07/2007 18:22

Je note ce petit livre. J'aime beaucoup Kerouac, ses récits ont bercés mon adolescence... Un beau billet, qui donne définitivement envie d'en savoir plus!

Nanne 23/07/2007 08:26

Je ne connaissais pas les livres de Kerouac. C'est ce petit livre qui m'a donnée envie de partir à sa rencontre. J'avoue ne pas avoir été déçue. Je continuerai mon incursion dans son monde par d'autres d'ouvrages, je crois. Sa manière de voir la vie est très poétique et libre. C'est ce qui me plaît beaucoup.

olivier 15/07/2007 19:11

Bonsoir, égaré dans le coin en suivant l'article sur le surréalisme je découvre un blog fort intéressant. Si vous vous intéressez à la beat génération je ne peux que vous conseiller également la lecture de Richard Bratigan. Bonne continuation.

Nanne 16/07/2007 09:22

Merci beaucoup Olivier d'être passé, même par hasard, sur mon blog de littérature et d'écrits personnels et pour ce compliment qui me touche toujours autant. J'aime beaucoup toutes les formes d'art, mais je ne connais pas Richard Bratigan. Je vais combler cette lacune en me renseignant sur ses oeuvres, en le découvrant et en le faisant découvrir à mes bloggeurs.J'espère vous revoir bientôt sur mon blog qui est ouvert à toutes les formes d'expression.

Florinette 14/07/2007 19:39

Je suis désolée de poster là, mais la fenêtre de commentaire sur ton article "Mon Légionnaire", affiche : L'auteur du blog a désactivé les commentaires (ou trackback). Vous ne pouvez donc pas réagir sur cet article.J'aime beaucoup cette chanson et je ne vois pas vraiment ce qui se cache derrière ces ovations je dirai, en ce qui concerne les pompiers, parce que c'est un régiment qui représente le secours aux victimes et pour la Légion Etrangère peut-être parce que ce sont les premiers à partir au front ?!

Nanne 15/07/2007 08:20

Non Florinette, mais les Pompiers de Paris et la Légion attirent beaucoup les jeunes filles ... L'attrait de l'uniforme, les corps sculptés et musclés, les visages bronzés, tout cela donne des envies de voyages (!!!) à certaines d'entre elles ... Il faut reconnaître que j'ai vu certains légionnaires et même des pompiers de Paris qui donnent envie de petites galipettes ...

kalistina 12/07/2007 12:42

Je n'ai jamais lu Kerouac, je note ce titre qui me semble être un bon moyen de le découvrir :-)

Nanne 12/07/2007 20:56

Personnellement, je n'avais rien lu de Kérouac et j'étais un peu réticente à son égard, compte tenu de son passé sulfureux (alcool, drogues dures, homosexualité, bisexualité,...). Finalement, j'ai découvert un auteur à l'écriture épurée et libérée de tous ses démons, merveilleuse et poétique, qui donne envie de partir au hasard pour y découvrir la vraie vie. Ce petit livre est un bon début pour l'appréhender, mais je pense continuer dans quelque temps avec d'autres ouvrages, dont "Sur la route" ...