Le monde halluciné de Scott Fitzgerald

Publié le par Nanne

    Les enfants du jazz - Francis Scott Fitzgerald 
    (Folio 1052)


En treize nouvelles, "Les enfants du jazz" nous entraîne dans le monde délirant et insouciant des Années Folles. Ces années - coincées entre deux catastrophes mondiales - voulaient oublier la première Guerre Mondiale dans un fracas de musique, au son du jazz tonitruant et vociférant du Jazz Age. Les jeunes gens de cette époque n'avait qu'une envie : noublier l'inoubliable, retourner à la frivolité, la légèreté des années volées par l'horreur des tranchées, rattraper un temps perdu qui ne se rattrape - de toute façon - jamais. Francis Scott Fitzgerald nous offre, avec ces nouvelles, ce qu'il a écrit de meilleur en la matière. 

 Enfant gâté de ce temps merveilleux et éphémère, il nous raconte des histoire de ces années mugissantes. Certaines dramatiques, comme "La coupe de cristal taillée" ou "Jemina, la fille des montagnes", d'autres à la limite de la névrose ou de l'hystérie, telles "Rags
Fichier hébergé par Archive-Host.com Martin-Jones et le Prince de Galles" ou encore "La sorcière rousse", toutes ont en commun de mettre en scène des personnages qui sont les propres victimes de ces Années Folles.


Folles dans tous les sens du terme. Ainsi, dans "Le dos du dromadaire", Perry Parkhust est un juriste
diplômé de Harvard, avec de belles dents et la raie au milieu. "Le tailleur de la maison Baker Brothers de New York, lors de son passage bisannuel dans l'Ouest, s'arrête au passage afin de l'habiller, tous les trois mois, ou dépêche un jeune homme de chez Montgomery & Cie pour vérifier si ses souliers portent un nombre correct de perforations". Perry Parkhust, comme tous les jeunes gens en vogue, et amoureux de Betty Medill, dont le père et le Roi de l'Aluminium. 

Inutile de vous préciser qu'elle a un physique de star du cinéma et l'intelligence qui va avec. Indécise sur la question de son mariage, Perry est bien décidé - cette fois - à la faire céder coûte que coûte, armé d'une dispense de bans pour gagner du temps. Dépité de voir, une nouvelle fois, que son armour et son ardeur sont refoulés pour cause de conversation téléphonique avec une vieille tante bavarde; Perry quitte les Medill, persuadé de ne plus jamais les revoir. Au cours de cette même journée, il rencontre un certain Baily qui l'invite à boire du champagne de contrebande. Où est le dromadaire, dans cette histoire, allez-vous penser ? J'y arrive. Patience. Largement éméché et cherchant à oublier sa déconvenue amoureuse, Perry Parkhust se décide à accepter l'invitation des Townsend qui donnent un bal costumé, dont le thème est .... le cirque et ses personnages.

A la boutique des Nolak, spécialistes des déguisements en tous genres - mauvaise surprise - plus de costumes de cirque. Pas même une bâche pour se déguiser en chapiteau. Non, ce que désire Perry est du spontané, de l'original. Seul, reste un dromadaire. "A première vue, il paraissaît consister simplement en une tête décharnée, cadavérique et une bosse volumineuse, mais une fois étalé il révéla un corps brun foncé, d'aspect malsain, taillé dans une étoffe épaisse et pelucheuse". Va pour le dromadaire. Seulement pour faire avancer l'animal, il faut être deux : un devant, pour la tête et les pattes, l'autre pour la bosse et l'arrière-train. Plusieurs personnes lui viennent à l'esprit, dont le couple Nolak, qui refuse obstinément de dervir d'arrière-train à un dromadaire famélique ; son ex-fiancée, Betty, pourrait aussi bien faire l'affaire. Finalement, le dos du dromadaire apparaît à Perry Parkhust, tel la Vierge à Bernadette. "Au moment où tout semblait perdu, le dos du dromadaire s'aventura dans la boutique. C'était un individu délabré, enrhumé, de surcroît, et affligé d'une tendance générale aux lignes descendantes. Sa casquette lui tombait sur le nez, son menton lui tombait sur la poitrine, son manteau lui tombait sur les talons ; en un mot, que l'Armée du Salut nous pardonne, il avait l'air d'une épave. Il était, expliqua-t-il, le chauffeur de taxi que le monsieur avait pris [...]". 

Ayant enfin trouvé son arrière-train, voila notre dromadaire en partance pour le bal costumé. La difficulté réside à se souvenir des personnes qui ont eu l'idée de ce bal absurde. Vu l'état d'ébriété de Perry, il lui est bien difficile de se le rappeler. Il résoud le problème en décidant de se faire arrêter devant la première maison abritant une fête. Pas d'erreur possible. Son chauffeur l'arrête devant les Tate. Va pour Howard Tate. A ceci près que le bal est organisé pour leur fille - Millicent - adolescente. L'arrivée incongrue du dromadaire paraît une insulte à l'intelligence de ces jeunes personnes. "[...] tous les âges étaient plus ou moins représentés, mais la plupart des danseurs étaient au stade du collège ou de l'université ; leurs aînés les jeunes mariés se trouvaient au bal costumé des Townsend, au Tallyho Club".

Après de multiples péripéties, Perry Parkhust arrive au bal des Townsend. Et qui retrouve-t-il au bal costumé, qui avait refusé de faire l'arrière-train de son dromadaire, la Charmeuse de serpents, alias Betty Medill. Fort courtisée, notamment par le hot dog en carton ou la femme à barbe. La soirée, forte en émotion, se terminera par le Prix du meilleur costume, reçu par notre Charmeuse de serpents avec un Prix spécial pour le plus amusant et le plus original, adressé au dromadaire. S'en suivra un mariage de la Joie et de la Folie avec un grand défilé nuptial. Sauf que.... La suite est digne des romans de P.G. Wodehouse. A la fois délirant, loufoque et incroyable.

Vous l'aurez compris, je vous ai parlé de la nouvelle qui m'a fait rire aux larmes. Elle n'est pas la seule dans le genre décalé. "Les enfants du jazz" nous montre au moins une chose sur la période. C'était bien celle d'une Génération perdue. Celle qui se noyait dans de l'alcool de contrebande, se droguait pour l'inspiration et se suicidait par désillusion. En cela, Francis Scott Fitzgerald aura bien été un enfant de son époque.

Publié dans Nouvelles étrangères

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Commenter cet article

Lou 29/07/2007 14:49

J'avais lu "la sorcière rousse", je note précieusement le titre du recueil !

Nanne 29/07/2007 21:25

"La sorcière rousse" fait partie de ce recueil de nouvelles de Scott Fitzgerald. Mais comme il y en a d'autres du même cru, aussi bien écrites et aussi belle à lire, je crois que tu ne regretteras pas de te lancer dans l'aventure de cette lecture....

lamousme 26/07/2007 16:32

j'avais lu "la sorcière rousse" (on se demande bien pk!!!?!!!) :o)mais "les enfants du jazz "m'etais inconnu...chic  chic chic ;o)

Nanne 26/07/2007 21:34

"La sorcière rousse", à cause de ses cheveux flamboyants et de son côté volcanique. Voilà encore un personnage de Scott Fitzgerald qui enflamme l'atmosphère et bouleverse la vie des personnes qu'elle rencontre. Les sorcière, Lamousme, sont toujours rousses, puisque se sont les suppôts de satan .... Pour "Les enfants du jazz", tu ne regretteras pas la lecture si tu as aimé "La sorcière rousse". Par contre, elle fait partie de l'ensemble des nouvelles de ce livre, mais il y en a d'autres aussi extraordinaires, belles, impressionnantes, originales, drôles ...

Allie 26/07/2007 14:42

Merci Nanne! :)

Nanne 26/07/2007 21:29

Mais de rien, Allie, c'est toujours un plaisir que de partager un instant de lecture et de bonheur ...

Allie 25/07/2007 22:33

J'avais beaucoup aimé Gatsby le magnifique. J'ai très envie de lire ces nouvelles et j'ai noté le recueil. Comme il me semble pas mal bon en entier, je tenterai de trouver celui-ci plutôt que le folio2€...Et comme j'aime beaucoup les nouvelles en général... :)

Nanne 26/07/2007 08:41

Tu ne regretteras pas ton investissement en achetant "Les enfants du jazz". Scott Fitzgerald est un auteur américain qui mérite d'être redécouvert. L'ensemble des nouvelle est très belle et toutes diverses et différentes. On y trouve même deux petites pièces de théâtres très drôles. C'est un livre très complet qui met en lumière tout le talent de cet écrivain américain un peu eclipsé.

yueyin 24/07/2007 19:17

ça ne me serait pas venu à l'idée d'emprunter ce livre mais là tu me mets l'eau à la bouche, je vais voir si je peux le trouver :-)

Nanne 24/07/2007 20:59

Yueyin, tu devrais pouvoir trouver Scott Fitzgerald à la bibliothèque. Mais si tu veux tenter l'aventure, je vais te donner le même conseil qu'à Loulou et de voir dans la collection "Folio 2€" les deux nouvelles de Scott Fitzgerald. On y trouve "La sorcière rousse" avec "La coupe de cristal taillée" qui sont dans "Les enfants du jazz", et "Une vie parfaite" avec "L'accordeur". Je crois que l'ensemble est très bon, pour ne pas dire excellent. Et puis, c'est l'occasion de (re)découvrir un auteur un peu délaissé depuis longtemps.