La gitane et son don Juan

Publié le par Nanne

              La petite gitane - Miguel de Cervantès 
                       (Folio 2€)





"Il semble que gitans et gitanes ne soient venus au monde que pour être voleurs : nés de parents voleurs, élevés parmi les voleurs, il mettent leur étude à devenir voleur et, en définitive, finissent par être voleurs tout le temps, comme on respire [...]". Tout le monde le sait - ou presque - les gitans sont un peuple de brigands, roublards, menteurs, rusés, perfides. En bref, ils cumulent à eux seuls tous les défauts dont l'humanité est accablée. De même que les Juifs sont le Peuple Elu, les gitans sont le Peuple d'égrefins. La petite Preciosa, aussi belle que sage, appartient à la catégorie des gitans. Comme elle chante avec une grâce particulière romances, sarabandes, séguédilles, sa grand-mère comprend très vite tout le profit qu'elle peut tirer - en espèces sonnantes et trébuchantes - grâce à des poètes donnant leurs oeuvres à chanter, charmés qu'ils sont par la beauté de Preciosa.

Preciosa, si pure et virginale, se refuse à chanter des chansons graveleuses. "Preciosa n'acceptait pas que l'on chantât en sa compagnie des chansons graveleuses, pas plus qu'elle n'en chanta elle-même jamais, ce pourquoi beaucoup, le remarquant, l'en estimèrent fort". Partout où passe Preciosa, elle ensorcelle par sa grande beauté, la pureté de son esprit. Les plus grandes familles madrilènes l'invitent chez elles pour qu'elle danse, chante ses romances et enchante leurs invités par sa luminosité intérieure, sa fraîcheur.

Un jour qu'elle se rend avec sa grand-mère à Madrid pour y danser et y dérober quelques biens, Preciosa est arrêtée en chemin par un jeune et beau chevalier. Celui-ci l'ayant aperçu en ville, en est tombé si amoureux qu'il souhaite en faire sa femme. Pour cela, il est prêt à tout. Ne possédant qu'un seul et unique joyau : son intégrité et sa virginité, Preciosa ne veut les vendre ni pour des promesses, ni pour des présents. Cependant, elle accepte l'offre, à une seule et unique condition : qu'il devienne gitan. "Si vous voulez être mon époux, je serai vôtre, mais il y faut auparavant maintes conditions. [...] vous devrez quitter la maison de vos parents, et la troquer contre nos campements où, habillé en gitan, vous suivrez pendant deux ans les cours de nos écoles, temps qui me permettra d'avoir satisfaction sur votre caractère, et vous, sur le mien. Ensuite de quoi, [...] j'accepterai d'être votre épouse [...]". C'est ainsi que Don Juan de Carcamo devient Andrès Caballero, gitan de son nouvel état.

Après avoir initié Andrès à sa nouvelle situation sociale, et lui avoir expliqué quelques règles de savoir-vivre spécifique au monde des gitans, voilà toute la troupe en partance pour la région de Tolède. Ayant été élevé dans la probité et l'honnêteté, Andrès comprend très vite qu'il n'est pas doué pour le vol. Pire. Emu par la détresse des victimes flouées, il décide de leur payer leurs biens soit-disant volés. "[...] Andrès tint à voler tout seul, sans compagnie, avec l'intuition de se tenir à l'écart de la bande et d'acheter de ses deniers quelque objet dont il pourrait dire qu'il l'avait volé, sans avoir de la sorte un trop grand poids sur la conscience". Mais l'histoire prendra un tour inattendu et se précipitera lorsque Andrès connaîtra des problèmes avec la justice suite à un vol falsifié. Comme toutes les belles histoires d'amour pur et dénué d'intérêt, les bons seront récompensés, les amoureux unis et les méchants punis, comme il se doit.

Je suis obligée de reconnaître mon agréable surprise et me repentir de mes a priori idiots et sans fondement face à ce classique de la littérature espagnole. Pour moi, cela se résumait - certes - à Miguel de Cervantès, mais uniquement à "Don Quichotte" qui, je l'avoue ne m'a jamais emballée ... Acheté par hasard, sur un coup de tête et un pari stupide pour savoir si j'étais capable de dépasser le préjugé que je possédais en matière de littérature espagnole. Je dois faire mon mea culpa et reconnaître que je ne regrette nullement cette lecture. Ecrit dans un style tout à fait moderne, sans lourdeur, ce qui rend "La petite gitane" facile à lire. L'histoire permet de découvrir une petite face du monde des gitans, souvent méconnus, leurs vies d'errance, leurs rites, leurs croyances, mais aussi le fonctionnement de la société espagnole au 16ème Siècle. Une belle façon d'aborder tout cela et l'envie d'en apprendre plus.

Publié dans Classiques étrangers

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Benjamin 26/10/2008 09:31

Bonjour Nanne, contrairement à toi je suis rentré à 200% dans le monde de Don Quichotte et j'ai été terriblement séduit par cette oeuvre incontournable. Mais jusqu'ici je n'ai jamais été plus loin dans l'univers de Cervantes... ton article me donne envie de faire le pas, merci pour cela et bonne journée.

Florinette 19/11/2007 20:46

Coucou Nanne !
Tu donnes vraiment envie de plonger dans cette littérature espagnole qui m'est encore inconnue !
J'ai été ravie de faire ta connaissance et j'espère que très vite on pourra se revoir ! Bisous et bonne soirée !

Nanne 20/11/2007 21:29

Avec "La petite gitane" de Cervantès, la littérature espagnole devient un vrai feu d'artifice et donne envie d'en lire encore plus, avec d'autres auteurs. Pour ce qui concerne notre rencontre, j'ai été heureuse de faire ta connaissance (physique !!) ainsi que celle de Gachucha. Cela m'a fait réellement plaisir de discuter avec des personnes passionnées de lecture et ouvertes sur des univers différents. Je pense que l'on se reverra très vite, surtout que l'on habite pas très loin l'une de l'autre ... A très bientôt ...