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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Jeudi 7 août 2008 4 07 /08 /2008 20:16
          Les Disparus - Daniel Mendelsohn
            (Flammarion éditions)



"De ce Shmiel, bien entendu, je savais quelque chose : le frère aîné de mon grand-père qui, avec sa femme et ses quatre filles superbes, avait été tué par les nazis pendant la guerre [...]. C'était là, nous le comprenions tous, la légende non écrite des quelques photos que nous avions de lui et de sa famille, qui étaient désormais rangées soigneusement dans un sac en plastique, à l'intérieur d'une boîte qui se trouvait elle-même à l'intérieur d'un carton dans la cave de ma mère".

L'auteur - enfant - avait souvent entendu parler de cet oncle, de sa famille. Rien de plus. Il savait vaguement comment il avait été assassiné, mais sans pouvoir imaginer ce que cela signifiait réellement. L'entourage racontait - par bribes - des souvenirs épars, son bref séjour à New York en 1913, son retour en Pologne, sa réussite là-bas, au fin fond de l'Europe Centrale. Certaines personnes
comparaient alors l'auteur et cet oncle imaginaire. Parfois, elles pleuraient en le voyant. Et puis, il y a ce grand-père, si loquace, si peu avare des histoires de famille, de tantes et d'oncles venus de la lointaine Europe, d'aïeux perdus dans le Nouveau Monde, et qui restait étrangement silencieux, muet, au sujet de Shmiel et des siens. "[...] et son silence, inhabituel et intense, irradiait le sujet de Shmiel et de sa famille, en les rendant impossibles à mentionner et, par conséquent, inconnaissables".

Enfant curieux, il guettera les moindres murmures, les moindres lambeaux de conversations lâchés sur ce grand-oncle, totalement inconnu. Tantôt caché avec les siens ; tantôt premier sur une mystérieuse liste. "Avec le temps, ces fragments de conversations, que je savais être censé ne pas entendre, ont fini par s'agglutiner pour former des vagues contours de l'histoire que, pendant longtemps, nous avions pensé connaître". C'est à l'adolescence que l'auteur commencera la recherche généalogique des siens. Un trou, une béance, dans cette organisation : oncle Shmiel. Rien le concernant, sur sa femme - Ester -, sur ses quatre filles - Lorka, Ruchele, Frydka et Bronia -. Pas d'anecdotes, pas
d'informations valables. Le vide. Le silence insupportable parce qu'assourdissant et pesant.

Commencera, pour l'auteur, une longue et lente enquête qui, tel un chercheur, un passeur de mémoire d'une histoire à jamais anéantie, vont l'amener à combler ce vide sidéral créé par la fin dramatique de Shmiel et de sa famille. C'est par l'existence de lettres de l'oncle Shmiel que Daniel Mendelsohn va débuter ses recherches. Il sait qu'Oncle Shmiel a envoyé plusieurs courriers au grand-père maternel pour essayer de sortir d'affaire sa famille. "Car, lorsque Shmiel s'est assis pour écrire cette lettre, ce lundi de janvier 1939, il avait besoin d'argent pour sauver son camion ; à la fin de l'année, ce serait pour sauver sa vie qu'il supplierait qu'on lui envoie de l'argent. [...] un argent destiné non plus à ses camions ou à des réparations, mais à l'achat de papiers, de déclarations sous serment [...]".

La question - toujours la même - qui reviendra comme une infernale ritournelle, lancinante, angoissante, sera de savoir si la famille a répondu à cet oncle pris dans la nasse de la 2ème Guerre Mondiale ; si chacun a bien tout tenté pour les sauver, les sortir de ce bourbier. Rien ne reste de ces lettres envoyées par ses frères, ses soeurs, ses cousins ou son beau-frère. Jamais l'auteur ne trouvera de justification à ce questionnement terrible. Cette part de culpabilité, son grand-père la portera sa vie durant comme une plaie purulente, impossible à refermer.

Daniel Mendelsohn entreprendra un véritable périple pour retrouver les quelques survivants de ce
schtetl de Bolechow, en Ukraine. Il partira pour l'Australie, l'Europe Central et Iraël. Il ira à Vilnius et à Tel Aviv ou Beer Sheva, à Riga et à Haïfa, à Prague et à Jérusalem, à Vienne, à Stockholm et à Coppenhague pour connaître ce grand-oncle Shmiel et savoir. Toujours, il évitera de porter un jugement sur ce qu'il apprendra des rescapés, des témoins, qu'ils soient Juifs, Polonais ou Ukrainiens. Parce que le jugement, quand on ne connaît pas parfaitement les faits, que l'on n'a pas vécu des situations insupportables où chaque choix entraîne des conséquences pour soi et les autres, est un sentiment trop facile à utiliser.

Les langues se délieront au fur et à mesure des retrouvailles, des rencontres, des amitiés naissantes. Petit à petit, tel un artiste construisant son oeuvre, Daniel Mendelsohn apposera des faits sur chaque prénom, sur chaque visage. Tel un puzzle, les pièces de cette quête se rangeront à leur place pour redonner vie et corps à six destins  tragiquement interrompus.

Difficile de résumer "Les Disparus" de Daniel Mendelsohn et d'en parler, tant l'auteur a mis d'affect dans son récit. On se rend vite compte que cette recherche n'est pas uniquement une volonté de combler un vide dans ses origines, mais de mieux comprendre l'Homme, au sens humaniste du terme. C'est un livre surprenant, construit comme un roman policier, entrecoupé - volontairement - d'extraits de la Torah. Le lecteur peut avoir du mal à admettre ce mode de construction.  Mais Daniel Mendelsohn fait en permanence le parallèle entre la réalité historique et l'histoire de la  Création du Monde ; deux formes d'anéantissement et - en fond - la part de Dieu dans l'oeuvre de la vie et des hommes. Bien plus qu'un énième document sur la Shoah, "Les Disparus" est un ouvrage sur l'humain, ses forces, ses faiblesses, sur ce que nous sommes. Tout Simplement.
Par Nanne - Communauté : SOIF DE LIRE... - Publié dans : Documents
Voir les 9 commentaires - Ecrire un commentaire
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Commentaires

je ne l'ai pas encore lu, mais il me tente beaucoup. Ton billet est superbe, merci!
Commentaire n°1 posté par sylvie le 19/09/2008 à 16h08
Je n'ai qu'un seul et unique conseil à te donner, Sylvie : lis-le car c'est un livre admirable et rare.
Réponse de Nanne le 21/09/2008 à 19h43

Comment ne pas ajouter un tel roman à sa LAL après avoir lu ton magnifique article!

Commentaire n°2 posté par sybilline le 22/08/2008 à 16h45
C'est un livre qui mérite d'être lu pour son quête de l'humain. Un très beau livre et marquant ...
Réponse de Nanne le 25/08/2008 à 19h49

Je pense lire ce livre un jour ou l'autre... Je pense qu'il me plaira.

Commentaire n°3 posté par sylire le 11/08/2008 à 18h07
Il est très particulier, Sylire, mais c'est un livre qui ne traite pas que de la Shoah. C'est ce qui fait tout son intérêt. Il parle de l'individu, du passé, du présent, des liens qui unissent passé et présent. C'est un livre qui m'a particulièrement touchée parce que l'auteur a réussi à mettre une histoire sur des noms et des visages presque inconnus de lui.
Réponse de Nanne le 11/08/2008 à 21h22
Je l'ai noté il y a un bon moment... mais je n'arrive pas à me décider à l'acheter.  Par contre, tu m'en donnes drôlement le goût!
Commentaire n°4 posté par Karine le 09/08/2008 à 18h17
Moi aussi depuis sa sortie, je pensais l'acheter et puis c'est un peu sorti de ma mémoire mais ton billet le rappelle à mon bon souvenir :-)
Commentaire n°5 posté par Manu le 08/08/2008 à 20h24
C'est tout l'avantage des blogs, Manu, que de rappeler à ses lecteurs les livres notés et oubiés quelques temps après ... Mais je ne saurais trop te conseiller ce livre qui est aux antipodes des "Bienveillantes".
Réponse de Nanne le 09/08/2008 à 17h01
Noté depuis sa sortie.. mais toujours pas acheté. Ton billet enthousiaste me dit que je fais bien de le conserver sur ma liste de courses ! ;o)
Commentaire n°6 posté par In Cold Blog le 08/08/2008 à 14h40
Obligé de l'avoir sur ta liste de courses, désormais, InCOldBlog :o))) C'est un moment de lecture absolu, parfois déconcertant avec des épisodes d'explication de la Torah. Ces passages donnent un côté spirituel à ce ched d'oeuvre.
Réponse de Nanne le 09/08/2008 à 16h59

Je l'avais pris pour les vacances mais n'ai pas eu le temps de l'ouvrir... Je le garde précieusement pour le lire, ton article me le confirme !

Commentaire n°7 posté par cathe le 08/08/2008 à 10h49
Preuve s'il en est, Cathe, que les vacances ont été bien remplies :o))) Il est vraiment à lire pour comprendre à quel point les secrets de familles, tout ce que l'on cache ou l'on ne sait pas peut nous perturber et nous pousser à entreprendre ces recherches. C'est un livre très fort et très riche qui se lit comme un roman palpitant.
Réponse de Nanne le 09/08/2008 à 16h56
Sortie alors que je sortais des ienveillantes, j'ai zappé cet enième roman sur la shoa, mais dans 1 an ou 2...
Commentaire n°8 posté par Michel le 07/08/2008 à 22h21
Je te comprends, Michel. Quand on sort des "Bienveillantes", on n'a pas envie de replonger dans des sujets aussi difficiles à lire. J'avais le même a priori que toi, bien que je n'aie pas encore entrepris les "Bienveillantes". Mais "Les Disparus", c'est autre chose. C'est l'anti-Bienveillantes. Ce n'est pas seulement un livre sur la Shoah ; c'est un livre sur l'humain. L'auteur a voulu savoir qui était ce grand-oncle et sa famille, des détails sur leurs caractères, leurs vies, leurs ami(e)s ...
Réponse de Nanne le 09/08/2008 à 16h51
Je suis contente que tu aies aimé ce livre qui se lit comme un roman, j'en garde un souvenir ému.
Et je te souhaite bcp de plaisir avec "un petit homme de dos", j'avais adoré ce bouquin et ce personnage haut en couleurs.
Commentaire n°9 posté par Moustafette le 07/08/2008 à 21h30
J'ai été heureuse d'avoir pu lire ce livre qui est absolument magnifique et très surprenant par sa construction, comme un vrai roman policier. J'avais un peu peur, mais je reconnais l'avoir dévoré pendant la première partie de mes vacances ...
Pour "Un petit homme de dos", je suis sous le charme de cet ouvrage ;o)))
Réponse de Nanne le 09/08/2008 à 16h47
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