SOS d'un Algérien en colère

Publié le par Nanne

Poste restante : Alger - Boualem Sansal
(Folio n° 4702)




Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netIl arrive parfois que les intellectuels - politiquement engagés ou pas - soient exaspérés envers leurs compatriotes. Généralement, ils le font savoir d'une manière où d'une autre. Cela prend alors la forme d'un article plus ou moins virulent, d'un pamphlet à l'humour acéré ou d'un livre, voire d'un exil dans les cas extrêmes. Boualem Sansal, quant à lui, a décidé d'écrire une longue lettre à ses semblables, citoyens algériens, à ses frères et soeurs de coeur, à ses amis et aux autres, sur ce qui les lie, les divise, les différencie, les rassemble, sur leur histoire, leur religion, en un mot sur leur pays : l'Algérie.

Mais que reste-t-il aujourd'hui de l'Algérie, de son passé fastueux, riche de tous ses métissages, de ses confluences culturelles ? Evoquer ce pays aujourd'hui, c'est rappeler la peur, la terreur, la fuite en avant. "[...] elle est là, au coeur du monde, c'est un grand et beau pay, riche de tout et de trop, et son histoire à de quoi donner à réfléchir : mille peuples l'ont habitée et autant de langues et de coutumes, elle a bu aux trois religions et fréquenté de grandes civilisations, la numide, la judaïque, la carthaginoise, la romaine, la byzantine, l'arabe, l'ottomane, la française [...]".

Pourtant, au départ, tout allait dans le bon sens, celui de la bonne marche vers la démocratie et le droit, vers l'ouverture. Le rêve devenait - presque -, une belle et solide réalité et non plus 
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net seulement un voeu pieux. Renverser la dictature du FLN, oublier le parti unique et potentat. Entrer de plein pied dans le giron des états de droit garant des libertés publiques et privées. Au lieu de cela, tout le monde a confondu vitesse et précipitation. L'auteur qui croyait bien connaître ses concitoyens, sur le bout des doigts, dans les moindres détails, leurs qualités et leurs défauts, ne les pensait pas versatiles. Il ne pouvait les concevoir contradictoires. Lors du référendum du 29 mai 2005, 98 % des Algériens ont voté pour l'amnistie des terroristes. Et adieu les rêves de République !!

Aux mille raisons du malaise qui ravagent l'Algérie, Boualem Sansal - un brin poil à gratter -, répond constantes nationales, dont l'amnistie des terroristes et de leur scommanditaires fait partie intégrante. Et que trouve-t'on dans le panier de crabe des constantes nationales ? Tout d'abord la notion d'identité. Une vérité imparable : le peuple algérien serait arabe. "Cela est vrai, mes frères, à condition de retirer du compte les Berbères (Kabyles, Chaoui, Mozabites, Touaregs, etc ..., soit 80 % de la population) et les naturalisés de l'Histoire (mozarabes, juiffs, pieds-noirs, Turcs, coulouglis, Africains ... soit 2 à 4 %). Les 16 à 18 % restants sont des arabes, personne ne le conteste". Sauf que les algériens ne sont pas que cela. Ils rassemblent toutes les langues des peuples colonisés et celles des colonisés, et leurs racines culturelles proviennent du monde entier.

Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netA ce phénomène identitaire, se surajoute la question - délicate -, de la religion et de son emprise dans la société. En instituant l'islam religion d'Etat, l'Algérie impose une façon de croire et réduit le spectre des autres confessions présentes dans le pays. Tout ce qui n'est pas musulman ne peut pas être. Aussi, pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être, une seule solution viable : la laïcité. Gage d'impartialité dans le droit de croire ou non, de pratiquer le culte de son choix, parce que la laïcité est mère de démocratie. Ne parlons même pas de la langue. Sans doute devrait-on parler des langues officielles dans un pays en pleine balkanisation.

Et Boualem Sansal de prévenir le lecteur sur la place de l'Algérie dans le concert mondial. Malgré les discours lénifiants des hommes politiques sur le poids du pays dans l'économie internationale, il n'y a pas d'illusions à avoir. Le pays se meurt à petit feu. "Il ne faut pas se leurrer, notre cher pays n'est plus ce qu'il était, ni ce que l'on nous en dit, il est classé parmi les derniers : les Etats non libres, corrompus, bureaucratiques, désorganisés, instables, dangereux, infréquentables".

"Poste restante : Alger" est une longue missive d'un auteur amoureux passionné de son Algérie. Il essaie d'ouvrir les yeux de ses compatriotes, de leur déciller l'esprit sur la situation de l'Algérie. C'est un pamphlet politique et social qui mêle
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netsubtilement ironie mordante et rappel de l'histoire de l'Algérie. Telle une Cassandre du 21ème Siècle, Boualem Sansal n'a de cesse de prévenir sur un avenir qu'il pressent pessimiste, coincé que se situe le pays entre intégrisme religieux, chômage endémique, bureaucratie omnipotente et société de passe-droit. Même si l'on sourit devant les travers vus par le petit bout de la lorgnette, on ne peut s'empêcher d'avoir peur pour les intellectuels algériens souvent mis à mal par les réactionnaires de tous bords, pour la majorité des habitants obligés de se plier aux lois d'une minorité qui terrorise et impose leur vision de la société. C'est engagé, c'est réaliste et c'est à lire pour mieux comprendre ce qui se passe pas si loin de chez nous, juste de l'autre côté de la Méditerrannée.

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ed hardy jeans 05/07/2010 03:59



M'étant un peu éloigné des blogs (sauf du mien ;-), j'apprends aujourd'hui la nouvelle. Je file sur l'autre ;-)



links of london 02/07/2010 11:07



Photo noir et blanc





Emmanuelle Caminade 15/01/2009 11:06

Je n'ai rien lu de Boualem Sansal,mais m'intéresse beaucoup à l'Algérie. Merci, donc, de cette piste de lecture.Pour tous ceux qui se préoccupent de la situation actuelle de ce pays, je conseille le livre de Mohamed Benchicou, Journal d'un homme libre, interdit en Algérie, mais qui vient de sortir officiellement en France.Je lui ai consacré une critique sur mon blog.

antigone 04/10/2008 11:53

Je n'ai pas trop aimé son titre lu pour ELLE, donc je passe Nanne... Bon week-end !

Nanne 04/10/2008 20:07


Je me souviens de ton article plutôt sceptique, Antigone, concernant son dernier roman. C'est dommage d'être passée à côté, mais il y a tant d'autres livres à lire et d'auteurs à découvrir que cela
n'est pas très grave :-) Bon week end à toi ...


Anne-Sophie 04/10/2008 11:53

Je dois reconnaître que je n'ai, à ma grande honte, mais j'avoue, ne jamais avoir ouvert un livre de Sansal... Il faut que je tente... Ta longue analyse me permet d'en savoir un peu plus. D'autant qu'ilo y a eu en cette rentrée pas mal de romans sur l'Algérie. Ce serait l'occasion.

Nanne 04/10/2008 20:06


J'ai découvert récemment les auteurs algériens et leur talent, et je dois reconnaître qu'il y a le choix et la qualité, Anne-Sophie ;-)) Et Boualem Sansal est un écrivain plutôt engagé, dans la
veine de Yasmina Khadra. A découvrir absolument.