Mercredi 11 octobre 2006
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Filibuth ou la montre en or - Max Jacob (Imaginaire Gallimard)
Voilà une montre trépidante. Cette
montre ne tient pas en place. Elle glisse de main en main, passe d'un propriétaire à un autre, traverse un continent pour aller vers un autre, sans jamais s'arrêter pour souffler un peu, remontée
qu'elle est comme un coucou suisse.
"Filibuth ou la montre en or" raconte l'histoire d'une superbe montre en or achetée chez Breguet en 1804 par Bastien Lafleur. On la retrouve dans les
années 1920 chez une concierge au 105 rue Gabrielle à Montmartre, Rose Lafleur. "La rue Gabrielle n'est pas un quartier moderne. Ses villas à terrasses lézardées semblent construites pour le
repos : des travailleurs bien pauvres les habitent".
Rose Lafleur n'est pas vraiment un personnage fréquentable. "Mme Lafleur ne vaut pas cher, d'abord elle boit, c'est une ivrognesse, ensuite c'est une personne
relativement sale et désordonnée, on peut le dire sans exagération, en 3ème lieu, elle ne connaît pas la valeur des objets ni la mesure, il en résulte qu'elle en perd un grand nombre. Elle n'a
pas honte de sortir le soir pour courir les rues". Il faut dire que Rose Lafleur a hérité de cette montre impatiente à la mort de "Père", petit-fils de Bastien et - accessoirement - employé
du gaz.
On peut dire qu'elle est désirée cette montre. Par la famille Lafleur d'abord. Alfred Lafleur, fils aîné de Rose
Lafleur, la volera à sa mère. Il la mettra au Mont de Piété pour survivre. Par
l'oncle Georges, ensuite. Frère du défunt propriétaire de la montre et tuteur des enfants Lafleur. Il se considère comme l'héritier légitime de cette extravagante montre. "Il était poli,
prudent, réservé. Son esprit était correct, grave, petit, mince, propre, clair, habile comme sa personne". Par des pendards, enfin. A la suite de multiples péripéties, la montre cavaleuse
est convoitée par une bande de malandrins parisiens en mal de bonnes fortunes. Elle attérri chez Léonce Sancoin, cafetier de son état."Les bras agiles de Léonce qui frottaient le comptoir
étaient plus expressifs que son regard qui accueillait le client".
Elle échoue sur le bureau d'un juge d'instruction où elle servira d'appât à un réseau d'espionnage austro-français. De Montmarte à la Chine, de Marseille au Japon,
la montre vivra mille vies aux rythmes remuants de chaque propriétaire éphémère.
Elle servira à des séances d'hypnotisme à Venise, jouera sur les planches du théâtre San Théodoro "Madame Sans Gêne", sera avalée par un cochon et
remarquée par Aristide Briand. Elle reviendra à Montmartre chez Rose Lafleur pour être offerte en cadeau de mariage à son fils aîné.
Après
autant de rebondissements, on pourrait penser que la montre en or souhaite se calmer un peu. Pas du tout. A force d'être désirée par tous ceux qui l'approchent, la montre écartelée entre tant de
convoitises de la part des uns et des autres, finira tristement.
Max jacob prend prétexte de la course à la montre pour décrire des personnages cocasses et truculents vivant des situations insolites. On y retrouve toute la
gouaille, la chaleur, le pittoresque d'un Paris populaire de l'entre deux guerre. C'est un roman sans dessus, ni dessous, où tout se mélange agréablement ; un roman hors du commun qui allie
conte moral et poésie fantasque pour le bonheur du lecteur. Un lecteur qui retrouve avec "Filibuth ou la montre en or" toute la verve, la sagacité des oeuvres de Max jacob.
Site de Max Jacob
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