Les deux vies de Max
"On parle de Max Jacob. Je vois un ver luisant contre un mur : c'est Max qui écoute". (Raymond Queneau)
Quand, au hasard de mes lectures, j'aperçois le nom de Max Jacob, une image me vient de suite à l'esprit : celle d'un feu follet ou d'un ludion, espiègle et toujours prêt pour quelques fantaisies avec ses amis. Mais aussi celle d'un homme à l'esprit d'enfant, généreux, libre, débordant de joie et plein d'esprit. Un inventeur des mots et des situations. L'art moderne lui doit beaucoup.
Drôle de personnage que Max jacob !! Né à Quimper, d'un père tailleur d'origine allemande et d'une mère bretonne, il passera de l'athéisme juif à la ferveur catholique après deux apparitions du Christ et de la Vierge.
En fait, Max Jacob est deux personnes. Non pas double ou dual. Un peu comme les schrizophrènes. Peut-être l'était-il un peu ? Des quartiers de Paris à l'abbaye de Saint-Benoît sur Loire, du dandysme mondain à la retraite spirituelle et religieuse, Max Jacob sera toujours deux.
Son histoire commence avec le 20ème Siècle, sur les hauteurs de la Butte Montmartre. Après des études de droit, Max Jacob devient critique d'art pour le "Moniteur". C'est la Belle Epoque. C'est l'époque de la Bohème. Au détour d'une exposition, il rencontre Picasso, en 1901. Il lui vouera une amitié indéfectible. Viendront ensuite Appolinaire, Van Dongen, Eluard, Braque, Salmon, Juan Gris. Et d'autres.
Avec la création du "Bateau-Lavoir" - le mot aurait été inventé par Max Jacob lui-même - il est alors le témoin privilégié de la naissance d'un courant inspiré par l'art Nègre : le Cubisme. Il assistera à la genèse des "Demoiselles d'Avignon", première oeuvre cubiste de son ami Picasso.
Max Jacob fréquentera la bohème montmartoise. Il sera de toutes les parties artistiques
et de tous les paris littéraires. C'est aussi l'époque où il entreprend de réinventer la poésie en prose. Parallèlement à l'écriture, Max Jacob s'essaiera à la peinture. Il exposera régulièrement ses gouaches inspirées des paysages de Bretagne, de Paris ou du Val de Loire, ou par des scènes de cirque qu'il affectionne particulièrement.
Seulement, Max Jacob s'enivre de vapeurs d'opium et d'éther, entre 1904 et 1910. Il reniflait l'éther sur un mouchoir. A tel point que les effluves de sa personne l'annoncaient en société. Il en est pénétré. Est-ce au lendemain d'une inhalation d'alcool que Max Jacob croise le Christ en visite chez lui, rue Ravignan ? Nul ne le sait. En 1909, il lui apparaît une première fois. Comme si cela ne suffisait pas, c'est au tour de la Vierge Marie de le visiter en 1914. Ces deux apparitions le convainquent définitivement de changer de vie.
Il devient profondément croyant, mystique même. Il avait 33 ans lors de sa première vision. L'âge du Christ mis en croix. Tout un symbole !! Tout le monde rigole, ricane, se moque. Picasso le prend pour un illuminé. Appolinaire pense qu'il est sous l'effet d'une drogue. Aragon, bientôt surréaliste, rigole déjà de la religion. Il n'empêche. Max est baptisé chrétien au petit matin. Son parrain est Picasso. Son nouveau nom de baptême et de rédemption est Cyprien Max Jacob.

Dès cet instant, il ne sera plus jamais le même. Concernant sa conversion, il écrira : "Rien ne me préparait au coup de foudre qui brûla d'un coup mon passé en septembre 1909 et fit naître en moi un homme nouveau."
A partir de 1921 et jusqu'en 1928, Max Jacob s'installe à l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire en tant qu'oblat. Il reprend le dessin et la peinture, laissés un temps au profit de l'écriture et de ses vieux démons. A cette époque, son mysticisme s'accroît et il pressent les événements tragiques futurs.
Entre 1928 et 1935, il retourne à Paris et à ses folies. Il s'abandonne à nouveau au dandysme et aux mondanités. Il vit entouré d'une nouvelle génération de poètes qui voient en lui l'inventeur de la poésie moderne. En 1936, il rentre définitivement dans sa coquille protectrice en l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire. Ses dernières années seront consacrées à prophétiser la catastrophe qui s'annonce. Il comprend, très vite, le martyre qui l'attend pour lui et pour sa famille.
Quand la guerre éclate, bien que chrétien, il porte l'étoile juive et la croix sur le coeur. Il est arrêté par la Gestapo le 24 février 1944 bien que malade et affaibli, et envoyé à Drancy, avant-poste d'un chemin de croix sans croix.
Il s'éteint le 5 mars 1944 à Drancy, alors que Jean Cocteau - autre grand ami de Max Jacob - avait fait le nécessaire auprès des autorités allemandes pour le faire libérer. Trop tard pour celui qui a tant aidé et soutenu.
Durant toute sa vie, Max Jacob sera non seulement un "inventeur d'art" de génie, mais aussi un "découvreur de talents". Il a sans cesse encouragé peintres, écrivians, poètes, mucisiens dans leurs recherches, rédigeant des préfaces aux oeuvres, servant d'intermédiaires avec ses amis et relations. Beaucoup lui sont redevables de ce qu'ils devenus plus tard. Il se dit même qu'on lui aurait volé le surréalisme.
Voilà qui était Max Jacob. Deux et un à la fois : le Juif et le Chrétien ; le précieux et le converti ; l'excessif et le sage ; le scandaleux et le meurtri ; le public et le reclu ; le coupable et le martyr.
Ses principales oeuvres :
Saint Matorel - 1911
Oeuvres burlesques et mystiques de Frère Matorel - 1912
Le cornet à dés - 1917
La défense de Tartufe - 1919
La laboratoire central - 1921
Le cabinet noir - 1922
Filibuth et la montre en or - 1923
Bourgeois de France et d'ailleurs - 1932
Ballades - 1938
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