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Mardi 5 décembre 2006 2 05 /12 /2006 19:02

Bordel d'Avignon ou bordel philosophique ?

Lorsque Picasso entreprend de peindre "Les Demoiselles d'Avignon", il a conscience de la portée de ses découvertes, sans toutefois prévoir que son travail allait constituer l'un des tableaux fondamentaux de l'art du 20ème Siècle.

C'est au printemprs 1907 que Picasso commence à peindre "Les Demoiselles d'Avignon". Ce tableau fait suite à de multiples études et près de 700 croquis qui remontent à l'hiver 1906 - 1907. Cette oeuvre sera le point de départ du cubisme. La composition, empruntée au "Jugement de Pâris" de Raphaël vu en miroir, est une interprétation libre de Picasso. Observés de profil, de trois quart, de face, de dos, les corps des femmes sont déformés ; de même que les draperies qui entourent les modèles sont de formes géométriques.

Ceux qui ont vu cette toile de grand format, rompant avec tout ce qui avait été fait auparavant, ont été frappés de stuppeur. Matisse, Derain, Appolinaire la perçoivent comme un terrorisme. Beaucoup ont exprimé leur réprobation. Pour Braque, "peindre de cette façon lui faisait l'effet de boire du pétrole". D'autres vont s'interroger. Roger Salmon, poète et ami de Picasso, qualifiera l'oeuvre de "bordel philosophique". Selon lui, les Demoiselles sont "des problèmes nus, des chiffres blancs au tableau noir. C'est le principe posé de la peinture-équation." Daniel-Henry Kahnweiler, quant à lui, constate que Picasso s'en prend "à tous les problèmes à la fois qui sont les problèmes fondamentaux de la peinture", qu'il situe pour partie à l'origine du cubisme.

Au départ baptisé "Le bordel d'Avignon", en souvenir d'une rue chaude de Barcelone - La carrer d'Avinyo - le tableau prend le nom des "Demoiselles d'Avignon" en 1916, avant son exposition publique. A ce moment, il ne reste plus que cinq femmes sur la toile qui comprenait sept figures à l'origine, dont deux hommes à qui on offrait ces femmes.

Picasso va délaisser le récit originel pour se concentrer sur les innovations qu'il comptait apporter aux figures et à l'espace. Les formes schématisées témoignent du désir de saisir l'essence des figures. Elles sont remaniées en 1907, suite à la visite de Picasso au musée du Trocadéro qui expose des objets tribaux. Elles reprennent un principe de l'art africain qui consiste à montrer ce que l'on connaît et non plus ce que l'on voit.

"Les Demoiselles d'Avignon" marque l'ultime étape du mode de travail perspectif à un mode conceptuel chez Picasso. Les espaces, sans profondeur, rompent radicalement avec les règles de perspectives et le principe d'unité du style classique. Dans cette oeuvre, Picasso y a vu un acte d'exorcisme. Il a traduit ses peurs du vice et de la maladie par les visages dont les déformations évoquent les lésions de la syphilis.

"Les Demoiselles d'Avignon" représentent une rupture par rapport au modernisme de la fin du 19ème Siècle et à la peinture occidentale en général.

Par Nanne - Publié dans : Zoom sur / Extrait
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