Mardi 2 janvier 2007
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La fermeture - Alphonse Boudard (Robert Laffont éditions)
Je vous ai déjà avoué que j'aimais fureter chez les
bouquinistes, à la recherche de livres que je n'aurais peut-être pas eu l'idée d'acheter pour les lire. Pour "La fermeture" d'Alphonse Boudard, c'est la couverture qui m'a attirée, à
grands coups d'oeillades incitatives. Elles me disaient qu'avec le sujet du livre, j'allais découvrir un monde totalement inconnu jusqu'alors : celui des maisons closes, des lupanars, des salons
mondains, des claques ... La liste est longue en synonyme, parfois imagée !!
Je me suis laissée tenter par cette couverture aguichante portant la signature de Dubout (j'adore ses caricatures d'époque !!!). Le style d'Alphonse Boudard est,
pour moi, synonyme de la truculence des scenarii de Michel Audiard et des films qui vont avec.
Pensant passer un simple bon moment de lecture, sans réflexions ni méditations profondes, j'en ai profité pour apprendre certaines choses sur l'histoire de ces
lieux, parfois très bien fréquentés, mais pas toujours recommandés par les bonnes moeurs et la morale !! Pénétrons (sans aucune allusion !!) dans ses temples de l'amour tarifé, pour savoir ce
qu'il s'y tramait.
L'origine de ces maisons est aussi ancienne que celle de la vie. Ou peut s'en faut. Des distérions de la Grèce antique fondés par Solon au
lupanaria de Rome, du bordeau du Moyen Age au cagnard de la Renaissance, les maisons closes ont toujours existé et,
avec elles, ceux qui les font tourner de main de maître. Ainsi, on apprend que le truand souteneur se nommait à l'origine
maquignon, par analogie à ceux qui vendaient déjà les bestiaux !! Ce terme deviendra maque, et nous arrivera déformer jusqu'à représenter une brochette de poissons diverse et
variée.
Ces temples de l'amour et de Priape ont toujours eu leur utilité dans la société. Ils appartenaient au paysage social, au même titre que l'église ou le
café du commerce. "Temples de la sexualité à une époque où le mariage était sacré, ça permettait aux messieurs d'aller se déborder l'inconscient, de réaliser leurs petits ou gros fantasmes
... aux jeunes gens de s'éduquer ... aux militaires dans les villes de garnison de se changer de l'atmosphère fétide de la chambrée. Ils participaient de l'ordre social apparemment très solide
avec l'église catholique et le privilège des bouilleurs de crus."
Bien sûr, il ne faut surtout pas être dupe. Ces endroits ont toujours été des lieux où les filles - souvent issues de milieux très défavorisés - étaient exploitées
par tous. Le système était impitoyable et on ne leur faisait grâce de rien. En fait, elles devenaient taillables et corvéables à merci. Tout était comptabilisé dans cette économie de
l'amour.
De même, l'ordre règne en maître. Malgré l'utilisation - galvaudée - du bordel pour désigner le désordre ou une joyeuse pagaille, cela ne
correspondait en rien à l'organisation des maisons de tolérance. Pourquoi ? O plutôt, grâce à qui ? La sous-maque. Tel l'adjudant de compagnie, elle supervise tout. "Rien ne devait lui
échapper ... elle chronométrait les étreintes. Elle fouinait partout, fouillait les piaules ... les moindres recoins où les filles pouvaient se mettre à gauche quelques picaillons ...
quelques piecettes. Il fallait immédiatement qu'on la redoute ... qu'on la haïsse ! [...] Elle
supportait tout, l'envie, un certain mépris de la part des clients ... la sévérité du taulier."
Evidemment, il en est de cet univers comme dans d'autres, on constate qu'il y a des classes, des standings différents. A côté des maisons d'abattage où les filles
pouvaient faire plus de soixante-dix passes par jour, on trouvait des maisons de luxe, dont les noms sont arrivés jusqu'à nous : le Chabanais, le One two two, le
Sphinx. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce sont ces maisons fréquentées par toute l'aristocratie européenne, par tous les hommes politiques et par ceux qui étaient en vu
dans la société de l'époque, qui ont précipité la fermeture de ces endroits. Souvent pour une seule et unique raison : elles ont participé - de près ou de loin - à la collaboration durant
les heures noires de la 2ème Guerre Mondiale. A tel point que certaines maisons, renommées, vont devenir les cantines des membres de la Carlingue, la gestapo française.
Alphone Boudard profite de "La fermeture" pour faire un rappel sur le passé de Marthe Richard, celle qui sonnera le glas de toute une époque. Personnage
trouble qui voulait se faire passer pour un 1er Prix de bonnes moeurs, elle réussira à faire oublier son passé de petite prostituée et de grande mythomane en demandant au Conseil municipal de
paris la condamnation des maisons et la destruction des fichiers sanitaires et des archives de la prostitution.
"La fermeture" est un document instructif, en dépit du sujet qu'il aborde. Il permet au lecteur curieux de pousser les portes de lieux définitivement
fermés, disparus, abrogés. On découvre aussi bien les splendides salons raffinés du Chabanais que les lugubres intérieurs du Panier fleuri, assomoir du sexe et qui n'avait de
fleuri que le nom.
On s'étonne des pratiques étranges de certains clients, parfois pervers sexuels, qui venaient assouvir leurs vices. Rien, ou presque rien, n'est épargné au lecteur.
Et puis, il y a le langage imagé et fleuri d'Alphone Boudard qui donne un côté canaille rétro et tout son vrai charme à ce petit livre sur une histoire pas comme les autres .... mais qui a
souvent cotoyé la grande histoire.
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