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Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Samedi 6 janvier 2007 6 06 /01 /2007 10:30

Madame de Staël - Ghislain de Diesbach (Perrin éditions)

"Je ne connais aucune femme, et même aucun homme, qui soit plus convaincu de son immense supériorité sur tout le monde, et qui fasse moins peser cette conviction sur les autres". C'est Chateaubriand qui parle ainsi de Madame de Staël et de son immense culture. Il faut reconnaître qu'elle a de qui tenir. Fille de Necker, le ministre des Finances de Louis XVI, sa mère tient déjà un salon réputé à son époque. Elle y reçoit tous les intellectuels connus et reconnus.

Parce que Louise Necker est née laide, sa mère décide qu'elle sera cultivée. Elle en fera une réplique améliorée d'elle-même en la transformant en encyclopédie vivante, ce qui ne manquera jamais d'étonner, d'attirer ou de répulser ses contemporains. A la suite de Madame Necker, Madame de Staël tiendra à son tour un salon qui sera un lieu de fermentation politique et d'opposition aux différents pouvoirs en place. Elle ne cachera jamais son ambition de jouer un rôle politique et de servir la France, pays dont elle se revendiquera toujours. "Ce qu'elle veut, ce n'est pas l'émancipation de la classe populaire et l'avènement de la démocratie, mais l'accession au pouvoir d'une élite intellectuelle recrutée, autant que possible, dans une aristocratie de grands noms".

Quand elle ne tiendra pas salon à Paris ou dans son domaine de Coppet, Madame de Staël écrira. L'écriture sera pour elle une seconde nature, un exutoire, un moyen de continuer à communiquer quand elle est seule. Envoyer et recevoir des lettres de personnes qu'elle estime sera pour Madame de Staël d'une grande volupté. Elle écrira jusqu'à la fin de sa vie. Des traités philosophiques, politiques, des romans, des pièces de théâtre, mais aussi et surtout des courriers. Sa correspondance est riche et prolixe. Pour flatter, encenser, honorer, aimer, médire, maudire, détester, pleurer, supplier, implorer.

 Pauvre Madame de Staël qui, toujours, cherchera le bonheur sans jamais vraiment le trouver. Malgré un physique plutôt ingrat, sa vie sentimentale sera très agitée. Elle pourra se targuer d'avoir eu les prétendants les plus prestigieux de son époque. On comptera parmi eux William Pitt et Axel de Fersen, l'amant de Marie-Antoinette. C'est finalement le baron de Staël-Hostein, ambassadeur de Suède, qui l'emportera dans la course finale. "C'est un parfait gentilhomme, sans doute, mais éclipsé par sa femme au point de faire piètre figure, tant il est vrai que le mari d'une femme d'esprit passe souvent pour un sot".

Parallèlement à son mariage officiel, Madame de Staël collectionnera les amants pour qui elle éprouvera des sentiments mouvementés et tourmentés. Parmi ceux-ci, on trouvera le comte de Narbonne, Talleyrand et Clermont-Tonnerre. Mais c'est surtout sa relation avec Benjamin Constant qui sera la plus ombrageuse, la plus orageuse, la plus passionnée. Toute leur vie, ils alterneront la confusion des sentiments, passant de l'amour passionnel à la haine la plus profonde. Relation ambiguë à un point tel que Benjamin Constant se mariera secrètement pour échapper aux foudres de sa Biondetta comme il la surnomme.

Seulement, ses relations fusionnelles ne sont point uniquement l'apanage du coeur. Madame de Staël est une extravertie qui, tout au long de sa vie, entretiendra des rapports ardents et - parfois - virulents avec les personnes de son entourage. Ses amants, certes, mais aussi ses amis et ceux du Cercle de Coppet feront les frais de ce caractère explosif. Elle confondra toujours amour et amitié, mélant les deux et régentant son entourage comme un roi sa cour. "Tout en régentant son monde d'une main ferme, parfois despotique, dictant ses sentiments à l'un, sa conduite à l'autre, obligeant le troisième à écrire [...] elle respecte suffisamment les individualités, sur le plan intellectuel au moins, pour les encourager dans la voie choisie [...]".

Non contente d'être une femme exaltée et libre de sa vie et de ses sentiments, Madame de Staël posera les bases du romantisme littéraire avec "Delphine" ou "Corinne et l'Italie" et du féminisme en défendant la cause des femmes de son siècle et de Marie-Antoinette pendant la Révolution. De même, toute sa vie, elle voyagera pour rencontrer, dire, raconter. Madame de Staël, connue en Europe, sera partout reçue comme une reine.

Sa personnalité et son caractère entier la pousseront à souvent entrer en conflit avec le pouvoir. Cela sera particulièrement vrai avec Napoléon qu'elle veut tellement séduire par son éloquence et son savoir qu'elle en obtient le contraire. Poussé dans ses retranchements, craignant cette femme trop cultivée, trop intelligente, trop envahissante, il aura soin de l'éloigner de Paris, en l'exilant à 40 lieues de la capitale. Cette attitude rétive mortifiera Madame de Staël. Néanmoins, elle ne lui en voudra pas, puisqu'elle le préviendra d'un projet d'attentat à son encontre. Sa mort, en 1817, sera vécue comme celle d'un souverain partout en Europe et jusqu'aux Etats Unis.

"Madame de Staël" de Ghislain de Diesbach est une véritable bible sur l'époque, sur la vie du personnage - haut en couleurs - et sur son entourage. Cela fourmille d'anecdotes, de détails et il arrive parfois que l'on s'y perde un peu. C'est parfois partial et c'est ce par quoi cette agiographie pèche un peu. En lisant "Madame de Staël", on a l'impression d'avoir affaire à une éternelle victime des hommes et du pouvoir. Ce qui n'est que partiellement vrai.

Cela dit, il reste une référence biographique dans son genre. J'ai appris à apprécier Madame de Staël, alors que cette période n'est pas celle que j'affectionne le plus. Cependant, cela a été un peu long pour la lectrice impatiente que je suis. En fait, c'est surtout pour ceux qui aiment cette époque historique.

Par Nanne - Publié dans : Biographies
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