De Delphot à Magnum : l'histoire du photoreportage
If your pictures aren't good enough, you aren' close enough (si vos photos ne sont pas bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près).
Hormis la lecture, que j'affectionne particulièrement, parce qu'elle permet un voyage dans le temps et l'espace, j'ai pour 2ème passion la photographie. J'ai longtemps hésité - au
moment de créer mon blog - entre la littérature ou la photo pour sujet principal. J'ai ailleurs du mal à séparer ces deux activités, au point d'émailler mes posts de photos
plus ou moins représentatives des sujets traités. C'est comme cela. Je suis ce que l'on nomme une visuelle.
J'aime mettre des mots sur des photos marquantes. Si je m'en sens l'envie, je mettrai peut-être certaines images que j'ai captées, ici ou là, lors de mes nombreuses pérégrinations.
S'il est un nom connu dans l'histoire du photoreportage, c'est bien celui de Robert Capa. Et pour cause... Il en est l'initiateur. Il arrive parfois que l'histoire avec un grand H
vienne se méler de votre existence pour en modifier le sens. C'est toute la vie de Robert Capa.
Originaire de Hongrie, rien ne prédestinait Endré Erno Friedman à se métamorphoser en Robert Capa. Plutôt les vicissitudes de l'histoire. En 1931, il quitte précipitamment son pays
natal et sa dérive fascisante pour un Berlin pas encore atteint par la peste brune. Bien décidé à devenir journaliste, il entreprend des études de sciences politiques. Pour aider sa famille, il
travaille comme assistant à la Delphot, prestigieuse agence photographique de presse de Simon Gutman. Cette rencontre - providentielle - lui permettra de réaliser son premier photoreportage
sur Léon Trotsky, en exil au Danemark. Son destin est tracé. Il deviendra l'un des plus grands photographes de guerre du 20ème Siècle.
Seulement, des nuages sombres et glauques s'amoncellent sur l'Europe. Dès 1933, avec l'accession au pouvoir d'Hitler, il quitte Berlin pour Paris. C'est ici qu'il rencontrera André
Kertesz, David Seymour et Henri Cartier-Bresson. De cette amitié, naîtra l'une des plus grandes agences photos connues : Magnum.
En attendant, il rencontre l'amour sous les traits de Gerda Pohorylle - alias Gerda Taro - réfugiée juive allemande d'origine polonaise. C'est elle qui façonnera le personnage de
Robert Capa qui, pour quelques temps encore, s'appelle André Friedmann. En effet, bien avant Magnum, il y aura une autre agence : Alliance-Photo avec Maria Eisner. Gerda Taro a
l'idée de créer la légende d'un prestigieux photographe, travaillant aux côtés de l'équipe. Il est riche. Il est américain. Il est mondain. Petit à petit, André Friedmann cède le pas à Robert
Capa.
Mais Capa ne serait pas Capa sans la guerre d'Espagne. Il part en 1936 couvrir la guerre civile aux côtés des Républicains, pour les magazines Vu et Regards.
Gerda Taro le suit. A eux deux, ils seront de tous les fronts. C'est aussi là que se développe son style - bien particulier - au plus près de l'action, lorsque l'homme fait face au danger, à la
vérité, à la mort parfois. C'est pourquoi les photos les plus représentatives sont souvent approximatives, floues et mal cadrées. Il obtiendra la renommée grâce à une photo célèbre, intitulée
"Mort d'un soldat républicain". Elle sera le symbole de la guerre d'Espagne.
En 1938, Robert Capa est envoyé par Life sur le conflit sino-japonais. La même année, il est couronné plus grand reporter de guerre du monde. Entre la guerre d'Espagne et
la 2ème Guerre Mondiale, Robert Capa va se consacrer à des sujets plus légers. Il abordra des thèmes comme le pèlerinage de Lisieux (!!!) ou le Tour de France, pour Match ou Paris
Soir.
En 1940, menacé parce que Juif et communiste hongrois, Robert Capa se réfugie aux Etats-Unis. Il sera chargé, par les magazines Colliers et Life, de couvrir tous
les combats d'Europe des troupes américaines. Le 6 juin 1944, Robert Capa débarquera avec la 1ère vague d'assaut d'Omaha
Beach. Pendant 6 heures, il photographiera sans
relâche la
guerre et les hommes qui la font. Au plus près. Une fois de plus. Pour Life, il prend une centaine de clichés, qu'une erreur fera presque tout détruire. Il ne reste que onze photos qui
serviront l'histoire et l'horreur vécues par ces hommes se battant et se débattant contre les flots et la mort, aux premières heures de la Liberté.
Robert Capa sera toujours à la recherche de la photo différente, qui sorte des sentiers habituels, traditionnels et répétitifs. Il gardera jusqu'au bout une vision humaine
et très humaniste d'événements souvent douloureux, parfois horribles et inhumains. C'est au nom de tout cela qu'il refusera de photographier les camps de concentration.
En 1947, il fonde avec Cartier-Bresson et Seymour l'agence coopérative Magnum. Parallèlement à ses activités, son amitié avec John Steinbeck l'amène à partir en Russie. De ce
voyage commun, naîtra un livre "A Russian Journal", dont les photos sont de Robert Capa. En 1948, c'est le Proche Orient qui l'attire et la création de l'Etat d'Israël. Ses photos feront
l'objet d'un livre "Report on Israël", écrit par Irwin Shaw.
En 1954, c'est au Japon que Capa apprend
que Life cherche un correspondant pour suivre la guerre d'Indochine. Il se porte volontaire. En parcourant le Tonkin, Robert Capa marche sur une mine. C'était le 25 mai 1954.
Il nous reste de Robert Capa ses photos qui, toutes, reflètent son profond humanisme, son amour des êtres et sa compassion pour les grandes douleurs et les petites misères.
Lui qui disait "Like people and let them know it" (aime les hommes et fais leur savoir) nous a légués de véritables chefs d'oeuvre sur pellicule.
Franck et Vautrin se sont largement inspirés de la vie de Robert Capa pour leur série "Les aventures de Boro, reporter photographe". Aussi, pour les inconditionnel(le)s
dont je suis, je vous promets d'en reparler prochainement.
Autre info : il se murmure, depuis quelques temps, qu'un film sur Capa et Gerda Taro serait en cours. Les noms d'Adrian Brody et de Nathalie Portman circulent pour les rôles
principaux. Mais rien n'est sûr...
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