Une vie d'art et de poésie

Publié le par Nanne

Sauf conduit - Boris Pasternak (Imaginaire Gallimard)

Il y a de cela très longtemps - à l'adolescence - j'ai lu, comme beaucoup d'entre nous "Le docteur Jivago" de Boris Pasternak. Je dois reconnaître qu'à cette époque ce livre m'avait laissé une impression .... mitigée. Je me suis alors dit que, jamais, je ne relierai de livre de cet auteur russe. J'avais réussi à tenir ma promesse jusqu'à présent, lorsqu'au détour d'un rayon dans ma librairie préférée, je suis tombée sur "Sauf conduit" dudit auteur. J'ai pensé tout d'abord fuir au souvenir du précédent. De plus, le synopsis soulignait que cet essai autobiographique était un écrit sur sa conception de l'art et de la poésie !!! Tout était prêt pour un refus en bloc, lorsque mon libraire m'a (fortement) conseillée de le prendre. J'ai cédé sous la pression, étant intimement persuadée d'avoir été grugée quelque part. Pour me venger de cet achat scélérat, j'avais laissé "Sauf conduit" dépérir dans un coin sombre de ma bibliothèque. Jusqu'à ces derniers jours où, me laissant déborder par mes sentiments, je l'ai pris au vol. Je l'ai lu, dévoré .... en deux jours !! Et de regretter d'un coup de ne pas l'avoir lu plus tôt !!

Boris Pasternak a grandi dans un monde rempli d'art et de musique. Quoi de plus normal avec un père peintre de renommé et une mère pianiste. Ses premières émotions musicales, il les ressent avec la musique du compositeur Scriabine. A un point tel que Pasternak n'envisageait pas de vie sans musique. "J'aimais la musique plus que tout au monde, et aucune autre musique autant que celle de Scriabine. Mes premiers balbutiements musicaux avaient précédé de peu l'époque où je fis sa connaissance".

Seulement, la peur de ne pas être à la hauteur de ses ambitions musicales, de ne pas posséder l'oreille musicale" comme il le souligne, le poussent à étudier le droit. C'est Scriabine qui, sans le vouloir, lui conseillera la philosophie pour compléter ses études au conservatoire. Un séjour à l'université de Marburg en Allemagne sera décisif pour sa future carrière et dans sa conception de l'art, de la poésie et de la littérature. La transition de la philosophie vers la littérature se fera par la poésie.

Mais surtout, dans "Sauf conduit", Boris pasternak raconte sa rencontre - déterminante - avec le poète russe Maïakovsky, ainsi que son influence et sa fascination sur l'écrivain. "Au lieu de jouer à ceci ou à cela, il jouait à tout à la fois. Au lieu de jouer des rôles, il jouait avec la vie. Ce dernier trait, sans aucun rapport avec sa fin future, se devinait au premier coup d'oeil. Et c'était ce qui vous rivait à lui". Cette fascination qui ira jusqu'à un sentiment de dévalorisation pour ses propres oeuvres et l'envie d'arrêter la littérature à tout jamais.

Avec "Sauf conduit", Pasternak est allé au-delà de la simple autobiographie, parfois un peu difficile à lire et à comprendre. Il a exprimé - et sublimé par les mots - toute sa conception sur l'art présent, dès son plus jeune âge, dans sa construction intellectuelle. C'est écrit de façon poétique, lumineuse, sans fioritures ni lourdeurs. C'est un bonheur à lire par la flamboyance des mots. La vie de Boris Pasternak est une suite ininterrompue de notes de musique et de mots pour former un poème musical, une sonate cristalline et légère.

Publié dans Essais - critiques

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céline 24/01/2007 12:41

Moi qui voulais me lancer dans la littérature russe tôt ou tard... Adjugé vendu pour Pasternak!

Nanne 25/01/2007 09:11

Je pense que c'est un bon auteur pour commencer la littérature russe ... Tu peux aussi lire Tolstoï qui est, à mon goût, le meilleur auteur du 19ème Siècle.