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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Classiques étrangers

Lundi 8 septembre 2008
        Requiem pour un paysan espagnol
          Ramon Sender
- (Babel n°25)




Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net"Il s'attendait à voir arriver la famille. Il était sûr qu'ils viendraient - ils ne pouvaient pas moins faire - puisqu'il s'agissait d'une messe de requiem ; il la dirait pourtant sans qu'on la lui eût demandée. Mosén Millan pensait aussi que les amis du défunt viendrait. C'était bien ce qui faisait hésiter le curé. Presque tout le village avait été l'ami de Paco [...]".

Alors que Mosén Millan s'apprête à dire la messe de requiem pour Paco du moulin, le curé se souvient du jeune homme, et de son baptême. Parmi les centaines célébrés, c'est son baptême qui lui revenait en mémoire. Et particulièrement la richesse des vêtements de l'enfant, - luxe des gens de la terre - ainsi que les personnes nombreuses portant le deuil.

De même que le prêtre attend vainement la venue de la famille pour la messe, il se rappelle que
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netla famille de Paco n'était pas des plus bigotes du village. "[...] ils avaient gardé l'habitude de faire leurs pâques, et deux offrandes à l'église par an, l'une en laine et l'autre en blé, au mois d'août. Ils le faisaient plus par tradition que par dévotion, pensait Mosén Millan, mais ils le faisaient". Aussi, pour tenter d'attirer la famille vers la religion, Mosén Millan se rapprochera du petit Paco en le prenant comme enfant de choeur. Jusqu'au bout, le prêtre aura beaucoup d'affection pour l'enfant et l'adulte.

La prise de conscience de la pauvreté parviendra au jeune Paco le jour où il accompagnera l'ecclésiastique pour donner l'extrême-onction à un paysan pauvre vivant en marge du village, dans des grottes insalubres. Mosén Millan, démuni par le questionnement de cet enfant sensible à la souffrance humaine, lui avoue que - riche ou pauvre - la mort laisse tout un chacun seul et dépourvu. Cela est accru dans la grande misère. Paco tentera bien de s'insurger contre cette idée préconçue, mais en vain. "Paco dit qu'il allait prévenir les gens, pour qu'ils aillent voir le malade et aider sa femme. Il viendrait de la part de Mosén Millan et, ainsi, Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netpersonne ne refuserait. Le curé lui dit que ce qu'il avait de mieux à faire était de rentrer chez lui. Quand Dieu permet la pauvreté et la douleur, dit-il, il a ses raisons".

En grandissant, Paco s'éloigenra un peu plus de Mosén Millan, tout en continuant à aller à la messe et en se confessant. Comme le prêtre s'était souvenu du baptême de Paco, il se remémorera avec la même acuité son mariage. Mais en Espagne comme ailleurs en Europe les temps changent et, - avec elle - la société civile. La république se mettra en place tant bien que mal après le départ du roi. La république porteuse d'espoirs pour des millions d'Espagnols vivant dans le dénuement et sous le joug d'une aristocratie encore toute puissante.

Les élections du village amèneront l'avénement de Paco et de quelques autres réformateurs au Conseil municipal. Ils seront tous résolus à faire avancer la société dans le bon sens et à supprimer les avantages terriens passés. Des meurtriers envahiront le village et feront régner la terreur sur les paysans de la Province. Par l'épouvante, les phalangistes espagnols annihileront toutes les aspirations sociales qu'avait fait naître la Frente Popular. Paco du Moulin n'y survivra pas. Mosén Millan ne l'oubliera jamais, en
attendant - inutilement - la famille pour la messe de requiem.

"Requiem pour un paysan espagnol" de Ramon Sender faitImage hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net revivre l'impact tragique et destabilisateur de la guerre d'Espagne au sein de la société paysanne. Sans jamais vraiment la nommer, tout juste en la sous-entendant avec quelques scènes, l'auteur réussit l'exploit de nous raconter l'essentiel : la peur, la crainte, la souffrance, la délation, la collaboration, la contrainte. Ce livre - un classique de la littérature espagnole - nous entraîne dans les tréfonds de l'âme humaine et des meurtrissures de la société.
Par Nanne
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Lundi 23 juin 2008
Ma première journée en Orient
Lafcadio Hearn
- (Folio 2€ n° 4668)



"Le premier charme du Japon est intangible et volatil comme un parfum. Il commença pour moi avec ma première promenade dans un kuruma qui m'emmena hors du quartier européen de Yokohama vers la ville japonaise. Et je note ici tout ce que je puis me rappeler".

Quoi de mieux qu'un kuruma, pousse-pousse tracté par un kuruyama, pour découvrir toutes les beautés de cette ville japonaise ? C'est le moyen de locomotion que choisi Lafcadio Hearn pour profiter au mieux des perspectives de cette ville, de ses rues, des personnes, des maisons et des devantures de magasins. Pour l'occidental qu'il est, sa première impression est que tout est minuscule, miniature, dans ce pays. A commencer par ... les pieds des habitants qui le marquent beaucoup. "Je remarque que les pieds des passants sont petits et beaux : pieds bruns et nus des paysans, ou bien pieds charmants d'enfants portant de minuscules geta, ou encore pieds de jeunes filles dans des tabi immaculés.
[...] Chaussé ou non, le pied japonais a la symétrie antique ; il n'a pas été encore déformé par les infâmes chaussures qui ont abîmé les pieds des Occidentaux".

Après les pieds, c'est la découverte des idéogrammes japonais. Chaque rue est embellie et
peuplée de ces caractères aussi expressifs que peuvent l'être des visages humains. C'est l'imagination qui régit l'art de la calligraphie. Chaque artiste s'efforce de les rendre plus beaux, plus harmonieux que les autres. "Ils ne comprennent qu'un certain nombre de coups de pinceau, mais chacun est tracé avec un art secret et inimitable de la grâce, de la proportion qui lui prête l'aspect de la vie [...]".

Par la grâce de Cha, son kuryama, c'est la révélation - magique et merveilleuse - d'un temple bouddhiste, peuplé de gargouilles, de dragons et des deux lions de Bouddha. Puis, après cette
première rencontre avec la tradition bouddhiste, c'est au tour du temple Shintô. Et c'est la vision, splendide, d'un bouquet de cerisiers japonais. Vision merveilleuse et onirique d'un brouillard de fleurs blanches qui ressemblent à si méprendre à des nuage d'été. Ce sont la grandeur spirituelle et la beauté des lieux qui l'éblouissent le plus l'auteur dans ce sanctuaire. "La majesté des arbres demeurent stupéfiante ; la perpective de l'avenue est grandiose, et les vastes espaces de bosquets et de jardins à droite et à gauche sont encore plus imposants que je ne l'avais cru".

"Ma première journée en Orient" de Lafcadio Hearn est une petite madeleine à la mode de Proust. C'est un petit livre bonheur avec une découverte du Japon comme on ne le verra que trop rarement. C'est un livre poétique écrit par un amoureux
de l'Orient. Il nous raconte son séjour au Japon, en versificateur et en voyageur éternel qu'il est. Son écriture légère permet de faire ressentir toute la beauté, la splendeur et la magie de cette région du monde. C'est un instant d'extase, un ensorcellement de couleurs, d'odeurs, de bruits, de vie auquel nous convie l'auteur à travers ces quelques pages. On se laisse conduire par la main à travers ces ruelles étroites et surpeuplées. On visite avec l'auteur une multitude de temples bouddhistes et shinthoïste, et on partage les joies de ces  dévoilements féeriques et paradisiaques.

Par Nanne
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Samedi 31 mai 2008
Inconnu à cette adresse - Kressmann Taylor
(Livre de poche n° 30111)




"Quatorze ans déjà que la guerre est finie ! J'espère que tu as entouré la date en rouge sur le calendrier. C'est fou le chemin que nous avons parcouru, en tant que peuples, depuis le début de toute cette violence !".

Ainsi parle - ou plutôt écrit - Max Eisenstein, juif américain à son meilleur ami et associé de la galerie d'art Schulse-Eisenstein, Martin Schulse. Parce que Martin Schulse, Allemand, vient de rentrer au pays. Nous sommes en 1932, et chacun est intimement et profondément persuadé que l'Allemagne est devenu un pays démocratique où il fera toujours bon vivre. Martin n'a jamais réussi à s'intégrer dans cette société américaine, malgré la prospérité de leur galerie.

Martin Schulse est optimiste pour ce qui concerne sa nouvelle existence, à Munich. Il a trouvé une somptueuse maison acquise pour un prix dérisoire en raison de la crise économique qui sévit
en Allemagne. Bien que les troubles politiques soient de plus en plus fréquents, ils n'inquiètent pas pour autant Martin. "[...] les troubles politiques sont fréquents, même maintenant, sous la présidence de Hindenbourg, un grand libéral que j'admire beaucoup. D'anciennes relations me pressent déjà de participer à la gestion municipale. J'y songe. Un statut officiel pourrait être tout à notre avantage, localement".

Alors que Martin est tout à son bonheur d'avoir retrouvé sa patrie d'origine, Max - quant à lui - craint l'arrivée de cet Adolf Hitler au pouvoir pour la communauté juive en général et pour sa jeune soeur Griselle, en particulier. Il demandera à son ami et frère de le rassurer sur la situation actuelle de l'Allemagne, sur les rumeurs de persécutions, de violences faites aux Juifs. Max lui adjure de dire la vérité. De son côté, Martin commence à croire qu'Hitler est un bienfait pour l'Allemagne. Bien sûr, il se pose quelques questions sur son équilibre psychique. "Mais je m'interroge : est-il complètement sain d'esprit ? Ses escouades en chemises brunes sont issues de la populace. Elles pillent, et elles ont commencé à persécuter les Juifs. Mais il ne s'agit peut-être là que d'incidents mineurs". Mais surtout, les Allemands
espèrent à nouveau.

Evidemment, Martin Schulse deviendra membre actif du Parti et se sent enthousiaste quant à la nouvelle politique. Même s'il se demande quelle peut être la personnalité réelle d'Hitler, il garde confiance en l'avenir. "Et je me rallie à lui. Non, comme tu le suggères, parce que, submergé par un courant, je ne peux faire autrement, mais par libre choix. [...] Je ne m'interroge pas sur la finalité de notre action : elle est vitale, donc elle est bonne. Si elle était mauvaise, elle ne susciterait pas autant d'enthousiasme". Et contrairement à ce que croyait Max, Martin n'est pas un libéral. Il ne l'a jamais été. Il a toujours été un patriote allemand. Rien d'autre. De toutes façons, il lui ordonne de ne plus lui écrire chez lui, mais via la banque parce qu'il ne veut plus rien avoir à faire avec les Juifs.

Max Eisenstein entendra et comprendra très bien ce nouveau comportement de son ami. Seulement, l'amitié a, elle aussi, ses limites. Elle sera atteinte quand il s'apercevra que Martin
Schulse est devenu un parfait membre du parti national socialiste. Dès lors, un machiavélique guet-apens entraînera Martin Schulse à sa propre perte.

"Inconnu à cette adresse" de Kressmann Taylor est un pur chef d'oeuvre de la littérature américaine. Grâce à l'élaboration de cette correspondance fictive, le lecteur assiste à la fanatisation lente mais sûre de la population allemande. Le ver est dans le fruit ; le fruit finira par  pourrir. C'est une description, via l'échange épistolaire, de la métamorphose de la société allemande, de l'acceptation de l'inacceptable, de l'intolérable, au nom d'une cause considérée comme juste mais transitoire.

"Inconnu à cette adresse" fait frémir le lecteur, à plus d'un titre. C'est un instantané sur une tragédie tout à la fois personnelle et collective, celle de l'Allemagne nazie. Mais c'est aussi et surtout l'histoire d'une trahison personnelle et intime d'un homme vis-à-vis de celui qu'il considérait comme un frère.
Par Nanne
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Mercredi 23 avril 2008
            Le Joueur d'échecs - Stephan Zweig
               (Stock La Cosmopolite)




Livre_Lejoueurdechecs.jpgLes passagers d'un paquebot de luxe amarré dans le port de New York en partance pour Buenos Aires voient leur embarquement à bord quelque peu bouleversé par l'arrivée impromptue d'un invité de marque interviewé et photographié par un attroupement de reporters, avides de scoop en tous genres. D'abord surpris, puis intrigués, les passagers apprennent que Mirko Czentovic - champion du monde d'échecs - embarque sur le même paquebot. "Czentovic était devenu tout d'un coup l'égal des maîtres les plus célèbres de l'échiquier, comme Aljechin, Capablanca, Tartakower, Lasker ou Bogoljubow".

Le petit monde fermé des grands maîtres de l'échiquier ne comprenant que des philosophes, mathématiciens et autres intelligences supérieures, a vu arriver en son sein un être rustre, lourdaud, taciturne, incapable d'aligner trois mots cohérents aux journalistes. "Il avait un jeu lent, tenance, imperturbable, et ne relevait jamais son large front, penché sur l'échiquier. Mais la sûreté de sa
tactique était indiscutable".

De ce fait, Mirko Czentovic se sent l'homme le plus important du monde. Imbu de sa personne et
Piecesdechecs.jpg de sa réussite éclatante face à des esprits éclairés, il en est devenu puant de présomptuosité. De plus, il ne possède aucun sens du ridicule. Rien ne le touche. Ce personnage inculte et antipathique au plus haut point aiguise l'intérêt du narrateur, au point de vouloir le rencontrer à tout prix. Mais comment approcher un homme se refusant à tout contact, hormis pour une partie d'échecs ? Si ce n'est pour lui proposer une partie avec quelques amateurs !!!

Aussitôt dit, aussitôt fait. Une partie est organisée dans les règles de l'art - au fumoir - entre amateurs et le roi Czentovic. Ni une, ni deux, les six joueurs plus que moyens ne font pas longtemps le poids face à un Czentovic supérieur et sûr de lui. "Ce qui nous était désagréable, c'était seulement la suffisance avec laquelle Czentovic nous faisait sentir de façon trop évidente sa supériorité". C'est alors que la providence intervient sous la forme d'un spectateur, inconnu de tous les passagers. Il explique à quelques-uns comment parer et anticiper les coups du maître pour le battre. Sa précision, sa rapidité de calculs sont déconcertantes.  Cet inconnu, qui dit ne pas avoir joué depuis plus de vingt-cinq ans, refuse de faire une nouvelle partie. Dès cet instant, son comportement suscite curiosités et questions des uns et des autres sur ce personnage capable de détrôner la suprématie de Mirko Czentovic.

Fumoir_Paquebot.jpg
C'est le narrateur qui percera le mystère de cet homme, hors du commun. "Son nom, qui me fut aussitôt familier, était celui d'une vieille famille autrichienne très considérée ; je me souvins qu'un très proche ami de Schubert l'avait porté, ainsi qu'un des médecins du vieil empereur". Avocat de formation, M.B. s'occupait des intérêts des couvents et des membres de la famille impériale en Autriche et à l'étranger. Cela lui vaudra d'être mis à l'isolement le plus absolu par la gestapo, pour lui extorquer les renseignements voulus. Pas de tortures physiques, pas de coups, pas de privations, hormis la pire des choses : le néant, le vide spatial et temporel. "A attendre, attendre et attendre, les pensées tournaient, tournaient dans votre tête, jusqu'à ce que les tempes vous fassent mal. Il n'arrivait toujours rien. On restait seul. Seul. Seul". Entre isolement et interrogatoires, M. B. tentera d'échapper à la folie qui le guette et à la peur de parler, de dire ce qu'il savait, d'inventer ce qu'il ignorait. Il réussira à échapper à ses bourreaux psychologiques en déployant des facultés insoupçonnables d'adaptation, à la limite du non-retour.

"Le Joueur d'échecs" de Stephan Zweig est un livre terrible - presque terrifiant - qui raconte comment une personne psychologiquement équilibrée,
Joueurdechecs.gif intelligente, culitvée peut sombrer dans la folie pure et ne pas en revenir indemne. Cet ouvrage nous ramène aux expérimentations nazies - et plus largement à celles des dictatures - sur la torture morale, la pression psychologique, l'isolement absolu qui mènent inexorablement les victimes aux confins de la schizophrénie, de l'obsession ou de la monomanie au risque de ne jamais pouvoir reprendre contact avec la réalité des choses. A la fin du "Joueur d'échecs", je me suis demandée quels pouvaient être les réels impacts a posteriori de ce type de torture morale. Sans réellement vouloir trouver la réponse, par peur de la connaître ...
Par Nanne
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Mardi 22 janvier 2008
                       L'ami retrouvé - Fred Uhlman
                                      (Folio n° 1463)




Fichier hébergé par Archive-Host.com"Il entra dans ma vie en février 1932 pour n'en jamais sortir. Plus d'un quart de siècle a passé depuis lors, plus de neuf mille journées fastidieuses et décousues, que le sentiment de l'effort ou du travail sans espérance contribuait à rendre vides, des années et des jours, nombre d'entre eux aussi morts que les feuilles desséchées d'un arbre mort".

Hans Schwarz, avocat new yorkais d'origine allemande, s'est toujours appliqué à oublier sa langue maternelle, à ne plus lire aucun auteur allemande, évite - autant que possible - de rencontrer des Allemands. Non pas qu'il les déteste. Il tente simplement d'oublier un passé douloureux. Mais le passé est toujours là, dans un coin, à vous guetter et prêt à refaire surface. C'est ce qui lui arrive un jour, lorsqu'il reçoit un courrier de son ancien lycée de Stuttgart - le Karl Alexander Gymnasium - remonté de son histoire antédiluvienne.

Tout commence le jour où un nouvel élève arrive dans la classe de Hans Schwarz. Ce qui le frappe et l'impressionne chez ce jeune garçon de seize ans, ce sont tout à la fois son élégance naturelle, la délicatesse de ses gestes, son attitude courtoise envers les autres lycéens, mais aussi sa descendance.
Fichier hébergé par Archive-Host.com Car cet élève n'est pas comme les autres, même si le Karl Alexander Gymnasium est un établissement réputé et bien fréquenté. Cet élève est Conrad Graf von Hohenfels, aristocrate allemande de haute lignée. Pour Hans, cette rencontre est comme un coup de foudre, une passion, un attirance. Lui qui n'a jamais eu d'amis dans sa vie, décide que Conrad sera le premier. "Il n'y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l'amitié, pas un seul que j'admirais réellement, pour qui j'aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d'une confiance, d'une abnégation et d'un loyalisme absolus".

Pour se faire remarquer de Conrad, il se prend d'intérêt pour les cours en se manifestant dès qu'il a quelque chose de pertinent à dire. Cela a au moins pour objectif d'attirer l'attention de ses professeurs et du Caviar, petite confrérie de jeunes snobs persuadés de leur supériorité sociale et intellectuelle. C'est la collection de pièces grecques qui
Fichier hébergé par Archive-Host.comva rapprocher Hans et Conrad. Petit à petit, ils deviennent inséparables. Ils se trouvent des passions communnes pour la poésie, la littérature, l'art, le théâtre, l'opéra ... et les filles, qu'ils imaginent comme des êtres suprêmes. La classe, d'abord étonnée et abasourdie, se fait à cette nouvelle amitié. "Etonnée au début, toute la classe prit bientôt notre amitié pour argent comptant, sauf Bollacher, qui nous surnomma "Castor et Pollack", et le Caviar, qui décida de nous à l'écart".

Rien - ou presque - ne vient perturber cette amitié idéale, s'il n'y avait ces rumeurs de conflits politiques entre nazis et communistes. Mais tout cela est loin, là-bas, à Berlin. Stuttgart est une ville paisible, calme et ordinaire, à l'écart des tupitudes de quelques agités. Cependant, si Hans prend plaisir à inviter Conrad chez lui pour partager des instants d'amitié unique et d'échanges, l'inverse ne se produit pas. Ou bien, s'il se produit, c'est en l'absence des parents de Conrad. Très vite, Hans comprend qu'il y a des barrières les séparant à jamais. Non pas sociales, mais plutôt morales, religieuses. Hans est Juif, assimilié certes, mais Juif quand même. En 1932, c'est presque déjà une tare imparable. La mère de Conrad - Polonaise - se refuse à parler à un Juif, fût-il le meilleur ami de son fils. Et puis, la tempête s'amorce. Les parents de Hans décident de l'envoyer aux Etas-Unis. Ils ne reverra jamais ni Stuttgart, ni ses parents, ni Conrad.

"L'ami retrouvé" de Fred Uhlman est sans aucun doute un des plus beaux livres sur l'amitié
Fichier hébergé par Archive-Host.com jamais écrit. C'est un livre pur, sensible et fort à la fois. On y retrouve l'idéal de l'amitié et le romantisme de ce sentiment que l'on connaît souvent aux premières heures de l'adolescence. Hans s'est trouvé dans Conrad. Conrad s'est reconnu chez Hans. L'osmose est parfaite. Aucune viloence, aucun ressentiment, pas de haine ni de rancoeur pour cette Allemagne qui lui a donné le plus beau et qui lui a pris le merveilleux.

"L'ami retrouvé" est une petite pépite de la littérature, un joyau de l'écriture que je relis très souvent, rien que pour le plaisir de me replonger dans ces paysages envoûtants. Comme l'a écrit Arthur Koestler dans la préface : "Il n'y a là rien de la fureur wagnérienne : c'est comme si Mozart avait écrit "Le Crépuscule des dieux".
Par Nanne
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