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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Romans étrangers

Lundi 30 juin 2008
L'Immeuble Yacoubian - Alaa El Aswany
(Babel n° 843)





Livre_LImmeubleYacoubian.jpg"En 1934, le millionnaire Yacop Yacoubian, président de la communauté arménienne d'Egypte, avait eu l'idée d'édifier un immeuble d'habitation qui portait son nom. Il choisit pour cela le meilleur emplacement de la rue Soliman-Pacha et passa un contrat avec un bureau d'architectes italiens renommé qui dessina un beau projet : dix étages luxueux de type européen classique : des fenêtres ornées de statues de style grec sculptées dans la pierre, des colonnes, des escaliers, des couloirs tout en vrai marbre, un ascenseur dernier modèle [...]". L'immeuble Yacoubian, situé dans le centre-ville du Caire, là-même où l'ancienne intelligentsia égyptienne se concentrait et prenait modèle sur les grandes capitales européennes, est un vrai concentré de cette société, sur fond de vestige du passé et de la grandeur de ce pays.

Parmi les habitants de cet immeuble, riches ou pauvres, croyants ou mécréants, cultivés ou
ignorants, on croise ainsi Zaky bey Dessouki. Sans aucun doute un des plus anciens habitants de la rue Soliman-Pacha. Personnage haut en couleurs, connu pour son élégance, sa cultureAlaaElAswany.jpg occidentale, son train de vie fastueux. Issu d'une grande fortune égyptienne, il aurait pu devenir un personnage bien en vu avec un portefeuille ministériel. Il aurait pu se consacrer à ce qu'il a de plus cher dans sa vie : les femmes. Au lieu de cela, il ressasse l'histoire de son passé illustre, de sa vie d'avant. Avant la révolution qui a bouleversé l'ordre des choses et a renversé les règles sociales établies depuis des décennies. "Si la révolution avait échoué, si le roi Farouk avait arrêté à temps les officiers libres qu'il connaissait tous un à un, la révolution n'aurait pas éclatée et Zaky bey aurait vécu sa véritable vie, celle qui était digne de lui, Zaky bey fils du pacha Abd el-Aal Dessouki. Il serait fatalement devenu ministre, voire président du conseil. Un vie magnifique qui lui correspondait vraiment [...]". Pauvre Zaky bey Dessouki courant après les chimères de son passé aristocratique, tentant de survivre dans ce bourbier social.

Il n'est pas le seul. Taha Chazli, fils du concierge, cherche aussi à se sortir de ce magma infernal qu'est la société égyptienne corrompue. Son rêve : celui de s'élever au-dessus de la condition misérable de son père, méprisé par les habitants de l'immeuble. Devenir officier de police. Depuis l'enfance, il en a fait sa croisade, son crédo. Elève brillant et doué, Taha gêne dans l'immeuble en raison de son ambition.
Egypte_RueduCaire.jpgParce que fils d'un simple concierge sans instruction, Taha se doit de n'avoir aucune prétention. Mais Taha est confiant dans l'avenir. Il sait - lui - qu'un jour il quittera le quartier auréolé de gloire, qu'il épousera celle qu'il aime. Mais le destin est souvent cruel pour beaucoup, lui qui prend un plaisir malsain à briser les idéaux les plus solides. Taha comprendra que - même avec la révolution - l'Egypte est une société dissolue qui ne permet pas à n'importe qui de changer de milieu social. Cela se paye. Au propre comme au figuré. Son seul recours sera la foi dans la religion stricte, embrigadé dans la violence extrémiste.

Immoral, influent, lubrique et bigot, tel est hadj Azzam nouveau riche de la rue Soliman-Pacha. "Le cheikh millionnaire qui a dépassé la soixantaine n'était trente ans plus tôt qu'un pauvre hère venu de la province de Sohag et débarquant du Caire pour y assurer sa subsistance. [...]. Il avait commencé par cirer des chaussures, puis, pendant une période, avait été garçon de bureau à la librairie Babek". Les mauvaises langues racontent que ses activités commerciales cachent en réalité son trafic de drogues. Aussi, lorsque le hedj Azzam décide de siéger à l'assemblée égyptienne, il accepte de mettre la main au porte-monnaie, parce que rien n'est jamais acquis d'avance, la concurrence rude et prête à tout. Et lorsqu'on reçoit, il faut savoir un jour redonner. C'est ce que le hadj Azzam apprendra à ses dépens.
LeCaire_rue.jpgQue dire de Hatem Rachid, journaliste au journal Le Caire, respecté de la société homosexuelle pour ses origines aristocratiques. Elevé dans un milieu sacralisant les valeurs de démocratie, de liberté, d'égalité, de liberté et de justice, Hatem Rachid vit comme un occidental dans un monde où domine encore des codes moraux et sociaux intrangiseants. Sa laïcité et son avant-gardisme sera sa perte.

"L'Immeuble Yacoubian" d'Alaa El Aswany est un pur moment de grande littérature comme on en lit peu de nos jours. Parce que chaque personnage de cet immeuble pas comme les autres est représentatif de la nature humaine, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses, ses espoirs, ses rêves et la triste réalité de la vie, chacun d'eux est d'autant plus attachant. Tous se battent pour vivre selon leurs envies, leurs souhaits, leurs désirs, et se débattent dans une société à la confluence entre la modernité occidentale et la tradition orientale. C'est un instantané sur la société égyptienne à l'orée du XXIème Siècle. Il faut lire Alaa El Aswany pour se rendre compte qu'il est digne d'une Zola, d'un Dickens pour raconter - par le détail - les grandeurs et les misères de l'âme humaine.
Par Nanne
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Jeudi 26 juin 2008
       Les oreilles du loup - Antonio Ungar
         (Les Allusifs n° 065)

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Bienvenue dans le monde fantasmagorique et onirique d'un enfant pas tout à fait comme les autres, à l'imagination débordante. Libre comme l'air ou comme le vent dans les arbres qu'il habite volontiers. Du haut de son très jeune âge - à trois et à six ans - et de la cîme des arbres sur lesquels il se juche, il observe le monde qui l'entoure, le sien et celui des adultes, de son oeil acéré. Parce que cet enfant se voit, s'incarne en tigre. La ville est tout à la fois la jungle ou la savane, le chaud ou le froid, au gré de son humeur et de sa fantaisie.

Cet enfant à la crinière rousse, portant bretelles et chaussettes jaunes, est un vrai petit rebelle qui refuse la réalité des choses de la vie, à commencer par l'évidence de l'école. Pour être sûr de ne pas y revenir, il est prêt à mettre le feu à une poubelle. "Le feu et moi debout à côté du feu, souriant, avec mes bretelles et mes chaussettes jaunes, avec ma crinière, qui observe les flammes heureux, ont suffi pour convaincre l'homme chauve et blond assis à son bureau. Je n'ai pas eu
besoin de le voir, l'homme. Une femme très grosse, deux femmes très grosses et trois femmes très grosses : du couloir au bureau du surveillant-chef au bus. Et à la maison. On m'a exclu pour toujours. Je ne suis plus jamais l'école".

Dans ses rêves éveillés d'enfant, il revoit l'ombre de son père. Il le retrouve courant dans le jardin, de nuit, frappant sur les vitres. Le fantôme fou de son père réapparaît par instant, images de plus en plus éphémères, jusqu'à disparaître complètement de la vie de l'enfant. Et puis, il y a la mère de cet enfant sauvage et libre. Cette mère qui n'en peut plus de cette vie et tente de fuir la tristesse de son existence, d'oublier la séparation d'avec le père de cet enfant. Sa mère qui porte sa vie comme un seau d'ordures trop lourd pour elle. "Maman est de plus en plus penchée sur son seau d'ordures, là-bas, au-dedans, comme au cours du dernier jour à la campagne. Plus silencieuse, plus défaite, les épaules plus maigres découpées contre la lumière du crépuscule".

Sa mère retrouvera le goût de vivre, de rire, de se métamorphoser et même de rajeunir, avec le retour des éclaircies. Ces embellies qui arrivent avec l'homme gros qui remplacera le fantôme son père, qui rit de tout et tout le temps, même quand il semble pleurer. Et cet enfant qui aime sa mère et sa petite soeur qu'il compare à un petit chat, sait et sent qu'à eux trois en se serrant très forts, ils deviendront un rocher indestructible, magique, d'une force incroyable et capable de résister à toutes les tempêtes de la vie et de la nature.

C'est une vie d'errance pour cet enfant, faite d'une alternance de jours sombres, mornes et tristes succédant à des éclaircies parcellaires. Cette errance pour trouver la paix - dans tous les sens du terme - se poursuivra entre la savane et la jungle, les villes, la campagne et la cordillère des Andes.

"Les oreilles du loup" d'Antonio Ungar nous invite à un voyage pour le moins surprenant, onirique et pas toujours merveilleux au pays de l'enfance et de son imaginaire. Drôle d'histoire que celle-ci qui s'assemble à la manière d'un puzzle, au gré des souvenirs de cet enfant. Cet enfant, comme sa petite soeur, sa mère ne sont jamais nommés par leur prénom. Ils ne possèdent aucune identité, comme si cela pouvait être l'auteur lui-même qui raconte son histoire personnelle.

Cet enfant, par son regard de fauve et son esprit aiguisé et cynique n'est pas très éloigné du personnage d'Oscar Matzerath dans "Le tambour" de Günter Grass. Comme lui, il semble refuser
de grandir pour ne pas entrer dans le monde des adultes ; comme lui, il décrit un monde déshumanisé et violent ; (presque) comme lui, il se sert d'un artifice - ici animalier, là instrumental - pour dénoncer les travers d'une société meurtrie par la dictature. Paradoxalement, c'est une livre tout en finesse, à l'écriture aérienne et poétique. C'est ce qui fait toute l'originalité de cette très belle histoire, celle de pouvoir raconter la douleur, la souffrance, la peine, mais aussi la joie, le bonheur, l'espérance dans une seule et même langue, celle de l'enfance retrouvée et tout en légèreté.

Un merci particulier à Babelio, puisque ce livre m'a été envoyé dans le cadre de la 3ème édition de Masse Critique. Sans oublier la maison d'éditions Les Allusifs qui a participé à cette opération et sans qui je n'aurais pas eu la chance de découvrir ce superbe livre.
Par Nanne
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Dimanche 15 juin 2008
       Un Américain en Picardie - Ted Stanger
        (Folio n° 4632)




Livre_UnAmericainenPicardie.jpg"Il imaginait de silencieux villages ancestraux ramassés autour de leurs vieux clochers, de sinueux vignobles, de joyeux paysans lui proposant de goûter leurs spécialités fromagères, un paysage vallonné, où les campagnards menaient une vie sans anicroches, fidèles à la même maison, à la même ferme, aux mêmes amis, et mourant en toute quiétude dans leur terroir. Un monde bien loin de son existence de cadre moyen américain, agitée par les multiples acquisitions de Honeywell. Cette vision le rassurait [...]".

Voilà la vision idyllique de la France, selon Jonathan Bradley, cadre chez H & T, groupe international dont le siège social est basé à Dallas, Texas. Lorsque son big boss lui propose un poste de directeur dans une vague entreprise de robinetterie d'une centaines d'employés - Fabre Frères - il trouve bizarre que H & T ait investi ses capitaux dans une entreprise monastique. Sans doute, a-t-il mal
TedStanger.jpg compris le discours tenu par celui-ci, parce qu'il lui demande - en plus - de quitter Dallas pour Paris. Or, Paris n'est qu'à cent cinquante kilomètres de Dallas, à la frontière de l'Oklahoma. Aussi, lorsque Bradley prend conscience qu'il a confondu Paris-Texas et Paris-France, ce n'est là que le début d'une longue épopée semée d'embûches en tous genres.

Et l'aventure commence dès sa descente d'avion, par la prise de contact avec l'ancien propriétaire de Fabre Frères, M. Fabre de Beauvais. Outre la barrière - quasi infranchissable - des subtilités de la langue française et du milieu social, Bradley se heurte à des recommandations quelque peu incongrues concernant le personnel de la société. "- Ne vous laissez pas faire ! Surtout, pas de concessions. Si jamais vous cédez, ils ne vous laisseront jamais tranquille. Ils n'ont que deux mots dans leur vocabulaire : "toujours" et "plusé. Vous me comprenez ? - Oui, je crois ... - Dites-moi. Savez-vous ce qu'est le code du travail ? les RTT ? Avez-vous entendu parler de l'Urssaf ? - Non, répondit Bradley, et il pensa : Miss Bennett ne m'a jamais appris ces mots-là".

Et ce n'est qu'un début. Sur les lieux de Fabre Frères, Bradley débarque dans un monde totalement méconnu de l'Américain moyen et texan : celui de la vieille Europe avec des bâtiments ancestraux à la décoration digne du meilleur goût des années psychdéliques. De toutePicardie-Champsdecolzaenfleurs.jpg façon, H & T a annoncé la couleur avant son départ. L'objectif de Bradley est de transformer l'usine pour la rendre rentable, réduire tous les coûts de production et la revendre avec une plus-value. Dont acte. "Oui, il remettrait l'entreprise Fabre Frères sur les rails du profit, coûte que coûte, en élaborant des solutions qui conviendraient tout autant à Honeywell qu'au personnel de l'usine. Il allait travailler d'arrache-pied pour y parvenir, parce qu'il savait pertinemment que le travail était le seule solution aux problèmes du monde des affaires. Travailler, travailler encore et toujours travailler, c'était son credo, sa religion".

Une première prise de contact avec les ateliers en compagnie de l'ingénieur de Fabre Frères lui permet d'entrevoir l'ensemble des difficultés à venir, dont celle du dialogue social avec les syndicats. Dès son arrivée, c'est en délégation qu'ils lui font part de leurs revendications, y mêlant allégrement la politique expansionniste de Washington, la guerre en Irak et les horreurs de Guantanamo, ainsi que les subventions indirectes du Pentagone à Boeing. Mais qu'est-ce que tout cela a à voir avec la fabrication de robinets et autres mitigeurs ? Petit à petit, Bradley abordera d'autres aspects - beaucoup plus inquiétants - de Fabre Frères. A commencer par l'état catastrophique des finances. Outre les problèmes de compréhension monétaire entre
Bradleydallas.jpg qui parle en milliers d'€uros et la comptable en anciens francs - aboli depuis plus de cinquante ans - c'est surtout la réalité concernant la situation financière de l'entreprise qui donne des suées au nouveau directeur. Elle se trouve à des années-lumière de la rentabilité. Seule solution, rapide et expéditive, réduire les coûts salariaux en licenciant du personnel.

Aussi, lorsque Bradley annonce l'état des pertes et les proposition de réformes aux syndicats, c'est une véritable levée de boucliers. "Le personnel s'opposa farouchement à chaque proposition de réforme. Lorsqu'il mit en avant des horaires plus flexibles, Jojo évoqua l'article 212-6. Ce type était capable de citer des extraits entiers du code du travail, comme l'aurait fait un prédicateur avec le Nouveau Testament". Mais quand Bradley menace de fermer Fabre Frères si les pertes se poursuivent, c'est une grève qu'il déclenche. La première grève de sa vie professionnelle. Il en sera presque reconnaissant aux Français de cette expérience unique pour un Américain.

"
Un Américain en Picardie" de Ted Stanger est une satire douce amère que le monde de l'entreprise en France, et plus largement sur la société française, vue par un Américain. Journaliste à Paris depuis 1993 pour différents magazines et journaux Greve.jpgaméricains, Ted Stanger fait le tour de nos habitudes de contestataires permanents, de personnages ubuesques et pleins de contradictions. Il nous montre la France administrative et paperassière. Pour une simple démarche, tout prend un temps infini. Il compare le fonctionnement - parfois sclérosant - des entreprises françaises à celui des Etats-Unis. Un monde nous sépare, fait d'incongruité, d'incompréhension, de cultures et d'adaptation aux situations économiques et sociales différentes. C'est un ouvrage très drôle, parfois cynique, où chaque événement est tourné en dérision. Un regret, toutefois. Il aurait peut-être gagné s'il n'avait pas été écrit comme un roman.
Par Nanne
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Dimanche 13 avril 2008
     La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier
         (Folio n° 3648)



Fichier hébergé par Archive-Host.comC'est par la guilde de Saint-Luc que le père de Griet - artiste céramiste devenu aveugle après l'explosion de son four - apprend que Vermeer est à la recherche d'une servante pour son atelier de peinture. "Ton père ayant entendu dire que ton nouveau maître cherchait une servante pour faire le ménage de son atelier sans rien déplacer, il a soumis ton nom en pensant qu'en sa qualité de directeur de la Guilde, et compte tenu des circonstances, Vermeer nous viendrait sans doute en aide".

Nous sommes à Delf, petite ville des Pays-Bas, au 17ème Siècle, et la douce et jeune Griet s'apprête à se mettre au service des Vermeer pour aider ses parents, dans le besoin depuis l'accident tragique du père. Elle va devoir faire face aux femmes qui trônent dans cette maison du quartier papiste, elle la protestante. A commencer par Tanneke - la gouvernante - qui perçoit Griet comme une menace potentielle sur ses prérogatives. Mais il y aussi Catharina, l'épouse de Vermeer, ainsi que Cornelia - l'une des six enfants du couple - à la personnalité versatile et perfide. Enfin, Maria Thins, la belle-mère de Vermeer, qui supervise toute la maisonnée.
Fichier hébergé par Archive-Host.com "Catharina, Tanneke et Cornelia étaient d'humeur changeante, mais, en général, elles me laissaient faire mon travail en paix. Peut-être fallait-il voir là l'influence de Maria Thins. Cette dernière avait, en effet, décidé, pour des raisons connues d'elle seule, que j'étais utile à la maisonnée et les autres, enfants y compris, avaient suivi son exemple".

Ce qui marque le plus la jeune Griet le jour de son arrivée chez Vermeer est la quantité de tableaux dans toutes les pièces de la maison, jusque
dans la cave qui lui servira de chambre. Elle qui n'en n'a presque jamais vu dans sa vie en sera impressionnée. En visitant la maison, Griet aperçoit une pièce dont la porte est fermée à clé. Le silence qui y prévaut lui indique de suite que c'est bien là l'atelier du peintre. Elle ressent immédiatement cet endroit comme une sorte d'île à l'abri des confusions du quotidien. "Cette pièce était en ordre, elle semblait exempte de la confusion de la vie quotidienne. On la sentait différente des autres pièces, on se serait presque cru dans une autre maison".

Fichier hébergé par Archive-Host.comCependant, cette prérogative de pouvoir aller et venir dans l'atelier de Vermeer pour y faire le ménage sans déplacer l'ordre des objets est sujet de jalousie de la part de Tanneke. En effet, Griet est la seule femme de la maison - avec Maria Thins - à être autorisée à pénétrer dans l'atelier du maître. Elle réussira néanmoins à l'amadouer, à l'apprivoiser, en trouvant toujours les mots justes pour flatter son amour propre.

Mais, petit à petit, sa nouvelle vie et les changements dans son quotidien éloignent Griet de ses parents. En revenant chez eux les dimanches, elle s'aperçoît que tout lui devient étranger dans la maison familiale. Surtout, Griet si pure et si fraîche, a perdu de son innocence et de sa pureté d'âme en apprenant à mentir à tout le monde et en rêvant secrètement de Vermeer. "Je n'aimais pas penser à lui avec femme et enfants. Je préférais l'imaginer seul dans son atelier. Ou pas seul, mais juste avec moi".

Au fur et à mesure du temps qui passe, Vermeer va introduire Griet dans son univers pictural, lui qui faisait à peine attention à elle. Il la chargera de préparer les couleurs pour ses futurs tableaux et lui apprendra le nom de chacune d'elles. Grâce au peintre, Griet sort de la banalité de son quotidien fait de lessives, de repassages, de ménages, de courses, pour aider Vermer dans son travail en lavant les substances pour les
débarrasserFichier hébergé par Archive-Host.com de leurs impuretés et leur faire rendre tout l'éclat de leur colori. Elle prend goût à sa nouvelle fonction, secrète.

Son travail auprès des enfants de la maison, les relations particulières qu'elle tisse avec Vermeer et l'amour qui naît entre Griet et Pieter - le boucher attitré de la famille - pourrait la combler d'aise. Seulement la rumeur enfle et se répand dans Delf, au marché d'abord, puis dans toute la ville. Il se dit que Vermeer va peindre le portrait de Griet. Cela ne la gênerait pas vraiment si Vermeer ne lui imposait comme condition de devoir porter les perles d'oreilles de Catharina. Griet en connaît les conséquences, Catharina ne faisant que tolérer sa présence. Si, en plus, Vermeer peint le portrait de la servante avec ses boucles d'oreilles, Catharina explosera et sa colère sera violente.

"La jeune fille à la perle" de Tracy Chevalier est un livre sur la pureté de l'innocence, sur la beauté intérieure et sur l'humilité. Il nous démontre que ces sentiments généreux peuvent être pervertis et entraîner le sacrifice des gens simples et bons comme l'est la jeune Griet. Elle qui pensait n'être que la servante d'un grand peintre de renommé, va devenir objet de convoitise, de
Fichier hébergé par Archive-Host.comjalousie, de méchanceté. Griet tentera bien de conserver son âme de jeune fille et sa morale protestante par tous les moyens, mais la tentation sera toujours présente, sous diverses formes, matérielles et spirituelles. Sa seule chance de salut sera la fuite définitive vers un monde qui lui ressemble et où elle trouvera - enfin - sa vraie place.

Ecrit sur le mode de la narration, à la première personne, c'est un livre qui nous fait vivre l'âge d'or de la peinture hollandaise. C'est beau, descriptif mais parfois un peu lent, figé, comme peuvent l'être les paysages des Pays-Bas.
Par Nanne
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Mercredi 2 avril 2008
      L'envoyé extraordinaire - William Golding
          (Folio 2€ n° 4445)




Fichier hébergé par Archive-Host.comLorsqu'un homme à l'allure négligée se présente devant César en personne, empereur d'un Empire décadent, pour lui présenter ses nouvelles inventions géniales, dont un bateau à vapeur, ce dernier se demande ce qu'il va bien pouvoir faire de cet  olibrius. Cet homme, c'est Phanocle, fils de Myron d'Alexandrie, bibliothécaire adjoint de son état. En déballant la maquette de son bateau génial pour l'époque, César ne peut s'empêcher de lui demander s'il souhaiter jouer aux petits bateaux avec l'empereur.

En fait, Phanocle est un savant méconnu et méprisé qui vit dans son monde, celui de l'élément et de la forme. Il a été raillé, insulté, persécuté et accusé de pratiquer la magie noire, même de perdre son temps. Il s'est heurté à des empêchements, des obstructions de haut en bas de la hiérarchie de l'Empire avant d'arriver devant César pour lui proposer ses services. "On avait entravé ses projets. La bateau [...] était la dixième merveille, il ne comprenait pas les hommes, mais avec ce vaisseau, l'Empereur serait plus illustre qu'Alexandre".


Tout le monde prend Phanocle pour un fou, à commencer par César lui-même. Ce que souhaite
Fichier hébergé par Archive-Host.com ce génial savant, c'est de changer la face du monde grâce à toutes ses inventions et autres trouvailles censées améliorer le quotidien de ses correligionnaires. Peu convaincu par son bateau à vapeur, Phanocle à l'idée lumineuse de présenter à César une autre de ses inventions : le cuit-vapeur. D'un coup, César prend intérêt à ce nouveau procédé de cuisson unique pour - enfin - manger de la viande cuite comme il l'aime. "- Et la saveur, Phanocle ! Elle sera renfermée ! Toute la merveilleuse intention du comestible sera conservée par magie ! Il se leva et se mit à arpenter la loggia. - Nous goûterions enfin la viande pour la première fois ...".

Certes, l'autoclave est une belle idée pour un fin gourmet comme César. Mais il n'y a pas que cela dans la vie d'un Empire. Il y a les complots pour s'arroger le pouvoir par la force. Et pour
contrer les vélléités des adversaires potentiels, rien de tel qu'un bateau de guerre à vapeur avec canons et explosifs. Phanocle veut de l'argent pour son Amphitrite. César est d'accord, à condition de lui procurer sa cocotte-minute. "- [...] Fabrique ton bateau et ton boum-boum. Mais d'abord ... la marmite à pression".

Fichier hébergé par Archive-Host.comLe pauvre Phanocle et son Amphitrite ne seront pas au bout de leur peine. Les esclaves, ne comprenant pas l'utilité d'une telle machine infernale, la saborderont. "Nous avons vu son bateau se mouvoir sans rames ni voiles, et contre le vent ? A quoi serviront les rameurs ? Phanocle poussa un cri. - Mon navire vous aurait rendu votre liberté ! [...] - Je préférerais être esclave chez un petit propriétaire que régner en enfer sur tous les fantômes des hommes". Un officier de la Légion romaine aura la même réflexion concernant la machine à foudre. "Avec celle-ci, plus besoin de soldats, ni d'armures, ou de costumes d'apparât".

César demandera à Phanocle de continuer à inventer pour le bien de l'humanité, mais autre chose. Pourquoi pas une boussole pour se diriger sur les mers et les océans. Mais l'imagination débordante d'un Phanocle ne s'est pas arrêtée à ces quelques objets. Il découvrira son ultime trouvaille, la plus belle, la plus aboutie et celle qui ravira des populations entières pour les générations à venir.

J'ai bien cru ne jamais venir à bout de "L'envoyé extraordinaire" de William Golding tant le sujet
Fichier hébergé par Archive-Host.comme paraissait biscornu, alambiqué, quelque peu tordu et parfois incompréhensible. J'ai toujours eu beaucoup de mal avec les histoires futuristes, parce que je n'arrive pas à me concentrer sur ce genre de lecture. Néanmoins, comme je suis une acharnée et que je n'aime pas me sentir battue - surtout par un livre - je l'ai repris bien décidée à terminer les 121 pages de ce livre. Heureusement pour moi. Si le milieu de "L'envoyé extraordinaire" m'a profondément énervée tant l'histoire semblait confuse, la fin m'a enchantée. Elle finit par un feu d'artifice de délire, de fantaisie avec un humour typiquement britannique. C'est un conte philisophique cynique et cruel sur le pouvoir et les méfaits des avancées censées améliorer les conditions des hommes et qui arrivent (parfois) trop tôt.
Par Nanne
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