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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Nouvelles étrangères

Samedi 24 mai 2008
             La maison de Lialia - Ludmila Oulitskaïa
                (Folio 2€ n° 4045)



Trois petites nouvelles pour raconter le quotidien de gens simples de Moscou, leurs joies, leurs peines, leurs amours, leurs rêves, leur travail, leur vie banale et parfois terne, au moins en apparence. Car méfions-nous des apparences. Elles sont parfois trompeuses. Et les personnages qui peuplent les nouvelles de "La maison de Lialia" sont loin d'être insignifiants, malgré une existence ordinaire.

Commençons par Olga Alexandrovna, dite Lialia. C'est une superbe femme, frivole, intelligente, cultivée, qui aime la vie et - surtout - les hommes. Tous les hommes. Son caractère gai et enjoué fait qu'elle s'entend avec tout le monde autour d'elle, sauf avec sa fille Liéna. Lialia a aussi un fils, Gocha, élevé au milieu des livres, de la culture humaniste héritée de ses parents, tous deux universitaires. Ce garçon possède une vision étrange du monde qui l'entoure. "Il se qualifiait de socialiste
chrétien, étudiait Marx et Saint Augustin, et cette combinaison fantasque avait fait naître en lui un orgueil de snob". 

Lialia, comme Gocha, possède un don, celui de plaire. Ils attirent tout un monde fantasque et original, des adultes cultivés aussi bien que des adolescents révoltés, des camarades de classe de Gocha comme des gamins de leur immeuble, "mais aussi un tas de gens qui passaient là par hasard, sortis d'on ne sait où". Un jour, parmi cet aréopage d'individus peuplant la maison d'Olga apparaît Kaziev, issu du monde du cirque. Lialia, attirée par sa beauté et son charisme, devient sa maîtresse. Dès lors, sa vie en sera complètement bouleversée, au point que même la maison sera désertée. "La maison avait été désertée, comme le rivage après la marée. Seul le nombre exorbitant de tasses et de verres rappelait la masse de gens qui se bousculaient encore ici quelques semaines plus tôt".

Dans "La maison de Lialia" on rencontre aussi Natalia Andréïévna. Elle n'a jamais connu le bonheur familial malgré un mariage tardif et une fuite tout aussi rapide de son mari. En fait, rien n'a jamais vraiment touché Natalia. "[...] elle ne se lamentait pas du tout de sa vie de
célibataire, du moment que ses parents étaient là. Ah ! du moment qu'ils étaient là, ils remplaçaient pour elle toutes les sortes d'amour, depuis l'amour naturel frémissant jusqu'aux amours vénales". Natalia a une vie simple et monotone. Elle travaille au ministère de l'Equipement où elle distribue des courroies toute la journée. Elle s'implique dans le comité du personnel chargé de recueillir des fonds pour les oeuvres sociales.

Le jour où le comité lui demande d'assiter aux funérailles d'un ancien employé oublié de tous, son univers étriqué va être chamboulé. C'est Ivan Léontiévitch qui en sera le catalyseur. "Elle comprit alors que, dès l'instant qu'il s'était assis à côté d'elle à la table du repas funéraire, des relations s'étaient nouées entre eux, d'infime mouvements invisibles les faisaient aller à la rencontre l'un de l'autre".

Enfin, on trouve Goulia dans "La maison de Lialia". La vie de Goulia est une fête permanente, ininterrompue. Toutes les occasions sont bonnes pour festoyer. A commencer par la fête de sa sainte patronne qui a lieu la veille de Noël. Pas une seule fois, depuis son enfance, Goulia n'a
manqué cette célébration. Mais Goulia, dans son appétit de vivre et de profiter des bons moments que l'existence procure à chacun, célèbre aussi son anniversaire, celui de sa mère et de sa soeur, ses mariages successifs, Pâques, les deux Noël et les deux Nouvel An, l'orthodoxe et le catholique, buvant, mangeant, ripaillant, festoyant et chantant des chansons d'auteurs décadents avec son amie et complice de toujours, Véra Alexandrovna. "Goulia se débrouillait pour vire, comme un petit oiseau, retrouvant aussitôt un nouveau mari, jouissant de la fête enragée de l'amour ; elle riait, courait chez ses amies, "jouait les libellules", [...]. Cependant, Goulia continuait de cultiver avec désinvolture les fleurs de la vie".

"La maison de Lialia" de Ludmila Oulitskaïa est un livre rempli de personnages d'une grande sensibilité. On comprend leurs histoires, on compatit à leurs douleurs morales, on rit de leurs joies ou de leurs grains de folie, on partage leurs espoirs - parfois déçus - et leurs peines secrètes. Ces trois histoires de femmes en Russie nous touchent parce qu'elles nous ressemblent beaucoup, parce que l'on ressent leur fragilité à fleur de peau. Histoires drôles, subtiles, touchantes, émouvantes, cocasses ou dramatiques, elles nous démontrent que l'optimisme est un sentiment inébranlable  qui nous pousse à avancer, à croire et à espérer.
Par Nanne
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Mercredi 2 janvier 2008
        Une vie parfaite - Francis Scott Fitzgerald
              (Folio 2€)





Fichier hébergé par Archive-Host.comA lire le titre de ce post, cela va vous donner une idée des deux principaux personnages des nouvelles contenues dans "Une vie parfaite" de Scott Fitzgerald. Deux nouvelles pour raconter toute la tragédie - qui pourrait être comique si elle n'était pas dramatique - de ces jeunes gens qui possèdent tout, ou presque, dans la vie.

Dans "Une vie parfaite", nouvelle éponyme, Basil Lee est devenue une idôle pour ses camarades du College Saint Regis, après un match de football américain mémorable dans lequel il a été un des leaders. "A peine un an plus tôt, il était peut-être le garçon le plus impopulaire de Saint Regis - "Gros malin"".

Sa rencontre avec John Granby - un ancien de Saint Regis - va complètement modifier son comportement. Il est vrai que, jusqu'à présent, Basil s'était plutôt vu comme un personnage trouble, sombre. Ses pensées profondes ne le portaient sur la moralité de la vie. "Il méditait souvent, mais c'étaient d'obscurs réflexions, qui ne portaient jamais sur des questions de morale. La seule véritable influence modératrice dans son propre cas était celle de la peur - peur d'être déchu de la réussite et du pouvoir". John Granby lui parle de son influenceFichier hébergé par Archive-Host.com positive sur les autres, qui peut les inciter à mener une vie saine, honnête, droite. Invité à fêter Thanksgiving chez George Dorsey, un camarade de College, Basil est bien décidé à l'aider à entrer dans le droit chemin.

Au cours d'une soirée au cabaret entre jeunes gens du même monde, Basil refuse de s'amuser, parce que la danse moderne est sévèrement condamnée. Il accepte un tango avec Jobena, mais pas de l'embrasser. Il décide de la convertir à sa stricte morale, et de lui faire fuir la vie légère et futile qu'elle mène. "Peut-être ... peut-être était-elle la fille idéale qu'il épouserait un jour. A cette idée merveilleuse, l'extase s'empara de tout son être. Il imagina les années d'attente, chacun aidant l'autre à mener une vie parfaite, sans jamais embrasser quiconque, ni l'un ni l'autre [...]. Ensuite le mariage, et vivre pour
servir et pour aimer dans la perfection et la gloire". Mais la perfection agace. Jobena le pense hypocrite et égocentrique, ne voyant la vie qu'au travers de la perfection de son existence. C'est cette perception de lui-même qui lui fera prendre conscience qu'un changement dans ses habitudes s'impose.

La deuxième nouvelle - "L'accordeur" - porte bien son nom. Vous allez comprendre pourquoi. Luella Hemple est une femme qui a tout pour elle. Trop tout. Elle est jeune, belle - très belle même -
Fichier hébergé par Archive-Host.commère d'un enfant de trois ans, mariée à Charles qui l'aime et la chérit. Elle ne travaille pas et vit dans un somptueux appartement richement décoré. "L'appartement des Hemple [...] se trouvait dans un de ses palais blancs, impersonnels, qu'on désigne par un numéro, au lieu d'un nom. Ils l'avaient aménagé pendant leur lune de miel, allant chercher en Angleterre les meubles importants, à Florence le "bric-à-brac", à Venise les dentelles et la toile fine des rideaux, et la verrerie multicolore qui jonchait la table quand ils recevaient. Luella avait pris plaisir à choisir les objets. Cela donnait au voyage un aspect utile [...]".

Plaisir, le mot est lâché. Le problème chez Luella est que le plaisir est de courte durée. Très vite, l'ennui lui cède le pas. Son fils, qu'elle adore, lui devient insupportable au bout de deux heures. Elle aime Charles, mais se sent incapable de tenir un foyer correctement. Elle ne s'intéresse à rien, ni à la cuisine, ni au rangement. Ce désintérêt a pour conséquence de faire fuir les domestiques et autres nurses. Elle ne culpabilise même pas sur son comportement, ne se sent pas monstrueuse, puisque c'est la vérité.

Charles et Luella n'ont rien en commun. Tout ce qu'il déteste, elle l'adore. "Il ne tient pas au théâtre, déteste l'opéra, déteste danser, déteste les cocktails [...], mais si nous restions à la maison, c'est de moi que j'aurais pitié. Et pour t'avouer une vérité de plus, je préfère qu'il soit malheureux, plutôt que moi". Un soir où elle décide de tout quitter, de partir vivre une nouvelle existence, comme elle en rêve, passionnante et exaltante, son mari lui ramène le Dr Moon. Etrange personnage qui souhaite l'aider à aplanir ses problèmes de couple. A chaque événement de sa banale existence, le Dr Moon sera présent, lui ressassant qu'elle ne peut quitter son mari, lui faisantFichier hébergé par Archive-Host.com toucher du doigt la réalité des choses de la vie et du quotidien. Surprenant Dr Moon, qui sera un peu l'examen de conscience de cette pauvre Luella !!

Une fois de plus, Scott Fitzgerald nous entraîne dans un milieu où tout n'est qu'artifice, superficialité, insouciance. Mais, petit à petit, le décor change, pour se transformer en un quotidien dont la réalité est loin d'être aussi légère, futile, rose et merveilleuse que les rêves. Avec "Une vie parfaite", il nous transporte aurpès de personnages qui n'ont pas - ou plus - le sens des réalités, n'ont plus prise avec le concret des situations et des événements. C'est drôle, grinçant, acéré, cuisant, et tout à la fois monstrueux. C'est excellent. C'est Scott Fitzgerald.
Par Nanne
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Lundi 17 décembre 2007

          Lire aux cabinets - Henry Miller (Folio 2€)




"C'est la première fois que j'ai eu le plaisir de travailler avec un semblant de bibliothèque. Il n'y a sans doute guère plus de cinqu cents volumes en tout, mais, pour la plupart, je les ai choisis. C'est la première fois depuis mes débuts dans la carrière d'écrivain que je suis entouré d'une bonne partie des livres que j'ai toujours eu envie de posséder". C'est ainsi que commence ce petit livre (102 pages) entièrement consacré aux livres, à la lecture, à la création littéraire. Composé de deux nouvelles, la première - "Ils étaient vivants et il m'ont parlé" - raconte les émois d'Henry Miller vis-à-vis des livres en général. Depuis qu'il s'est pris de passion pour la lecture, le jeune Henry Miller n'y a rencontré que des obstacles. Soit que les ouvrages voulus étaient sortis des bibliothèques, soit qu'il n'avait pas d'argent de poche pour se les procurer.

Sa passion le pousse parfois à des excès de correspondance avec les auteurs, les éditeurs et ses propres amis. Il ne peut s'empêcher de garder pour lui un livre qu'il juge réussi. Henry Miller doit en parler, en faire l'éloge et faire corps avec l'ouvrage. "L'expérience qu'a été pour moi cette lecture devient un élément qui prend place dans ma conversation de tous les jours, qui s'intègre à ce que je bois, à ce que je mange [...]. Sans le lecteur enthousiaste, qui est vraiment la contrepartie de l'auteur et très souvent son plus secret rival, un livre mourrait. L'homme qui répand la bonne parole augmente non seulement la vie du livre en question mais l'acte de création lui-même. Il insuffle l'esprit aux autres lecteurs". 

De même, dès qu'un titre de livre contient le mot "confession", Henry Miller se sent aimanté par celui-ci. Par contre, certaines confessions célèbres dans la littérature classique n'ont jamais trouvé grâce à ses yeux. Henry Miller a bien essayé de lire "Les confessions" de Rousseau, sans jamais pouvoir le terminer. Il regrette que les classiques soient imposés aux jeunes lecteurs comme base de la connaissance et de la lecture. Selon lui, il serait sans doute plus judicieux de familiariser les jeunes avec les bons ouvrages de leur époque. La découverte des auteurs classiques doit être un plaisir - non une contrainte - qui doit se faire seul, en fonction de ses goûts personnels.
Henry Miller confesse que, bien avant l'écriture, la lecture représentait à la fois une volupté et un dangereux passe-temps. "Quand je regarde en arrière, il me semble que la lecture n'était rien de plus qu'un stupéfiant, qui stimulait d'abord, mais qui me déprimait et me paralysait ensuite".

"Lire aux cabinets" - seconde nouvelle - est plus axé sur les lieux de lecture accessibles au tout venant. Quel autre lieu commun, isolé et (relativement !!) tranquille nous offre un temps aussi précieux pour lire sans être dérangé, que les cabinets de toilette ? Enfant, Henry Miller s'est adonné aux joies de la lecture aux cabinets pour y dévorer ... les classiques interdits. En discutant avec des amis, il s'est ainsi rendu compte que la lecture aux toilettes pouvait être futile. "Ce que les gens emmènent pour lire aux cabinets, ce sont les digests, les magazines illustrés, les feuilletons, les romans policiers ou les romans d'aventure, tout le rebut de la littérature". Mais pas seulement. Certains lecteurs impénitents emportent de vrais pavés dans ces lieux d'aisance et s'y installent pour de vrais moments de lecture ; d'autres ne lisent que des ouvrages légers ; beaucoup tournent simplement les pages ... pour rêver et s'évader.
Henry Miller fait l'apologie de la lecture dans tous les lieux possibles, quels qu'ils soient, particulièrement dans les transports en commun, debout, dans des positions inconfortables et pressé par d'autres voyageurs.

"Lire aux cabinets" d'Henry Miller est un instant jubilatoire qui nous invite à partager les goûts littéraires et l'intimité d'un auteur mondialement connu pour ses ouvrages sulfureux. Aux fils des pages, on apprend comment il a découvert les joies de la lecture et aimé les livres. Il se dévoile tout en pudeur, en nous distillant des anecdotes et des souvenirs d'enfance et de jeunesse sur la littérature.

"[...] à mon sens, les raisons pour lesquelles nous lisons : un, pour nous délivrer de nous-mêmes ; deux, pour nous armer contre les dangers réels ou imaginaires ; trois, pour nous "maintenir à niveau" de nos voisins, ou pour les impressionner, ce qui revient au même ; quatre, pour savoir ce qui se passe dans le monde ; cinq, pour notre plaisir, ce qui veut dire stimuler et élever nos activités et pour enrichir notre être".

Par Nanne
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Samedi 6 octobre 2007

            La moustache du pape - David Shahar 
                    (Folio 2€)



De David Shahar, je ne savais rien de rien, n'ayant jamais lu cet auteur. Lorsque je suis tombée sur "La moustache du pape", je me suis dit que c'était là une double occasion : celle de lire un écrivain inconnu pour ce qui me concerne, découvrir Jérusalem et sa population pour le moins pittoresque. Eh bien, je dois reconnaître - qu'une fois de plus - le hasard a bien fait les choses. En trois nouvelles, l'auteur nous fait partir à la rencontre de ce peuple bigarré, cosmopolite et original. 

Avec "La demande en mariage" c'est la vie du pauvre Pinick qui est mis en avant. Il est affublé d'une mère juive - Springe - remplie d'amertume et de nostalgie pour les beaux jours d'antan, sous domination turque, où tout se trouvait pour pas cher, même le personnel. En plus d'être avare, elle déteste les polonais, plus que tout autre. Pinick a un léger problème de santé, il est pris de saignements de nez dès qu'il est en situation de faiblesse. Pour lui, c'est un sacrilège que de se sentir faible et d'avoir besoin d'aide. "Il devait être l'homme fort, l'appui, le pilier central d'un monde s'écroulant tout autour. Cet effondrement du monde pesait sur lui depuis des années". Seulement, Pinick a une excuse. Sa mère. Elle vit dans des craintes matérielles permanentes depuis la fuite de son mari en Amérique. Elle a toujours eu peur que les chèques venant des Etats-Unis n'arrivent plus, que les locataires de sa maison ne payent plus leur loyer, que mari lègue tous ses biens à une moins que rien, et goyim de surcroît. Une vraie teigne, Springe, qui va même jusqu'à exploiter sa propre soeur, Gittel. A défaut de devenir la cuisinière personnelle du gouverneur britannique, elle deviendra la bonne à tout faire de Springe, contre un cagna servant de chambre au fond de la cour, des vêtements usés et un peu de nourriture.

Lors du retour de Pinick est Etats-Unis, Springe l'accuse d'avoir gaspillé son argent en cadeaux futiles et inutiles. Les études ne sont pas tout, il lui faut trouver du travail rapidement de façon à ne pas entamer son petit capital mis de côté. Il s'exécute aussitôt, comme un enfant obéissant face à sa mère autoritaire. La directrice du bureau de traduction pour lequel Pinick travaille l'invite un soir à dîner. Il ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec sa mère. " [...] il fut obliger de s'avouer qu'il existait une ressemblance entre la mère et Melle Simon en dehors de leur haine pour les Polonais. [...] Quelque chose d'intolérable et qui, pourtant exigeait et appelait la compassion. Melle Simon était une femme qui ne pouvait susciter aucun sentiment d'amour". A nouveau, Pinick sera pris de saignements de nez et d'une crise de fou rire lorsqu'il tentera de la demander en mariage. Il s'enfuiera, comme son père auparavant, et partira à la recherche de sa propre vie.

"La moustache du pape" est à la confluence de la réalité et du conte biblique. C'est l'histoire de la transformation physique et morale de Gabriel Louria. Celui-ci possède une moustache magnifique, "moustache de salon, bien soignée, bien taillée, et limitée à un élégant carré". Gabriel Louria est fasciné par le charme des religieuses du couvent. Il reste en extase devant le cloître et la cour intérieure où se promènent les soeurs. Par une belle journée chaude et ensoleillée, il rencontre soeur Mary-Ann, jeune religieuse anglaise aux superbes yeux bleus. Il lui propose de l'accompagner à l'hôpital où elle travaille. Cette rencontre transformera notre homme profondément. Il donnera l'impression d'un dénuement complet, d'une étrangeté inconnue jusqu'alors. "Le chapeau avait disparu et ne devait plus orner le chef de Gabriel Louria ni ce jour, ni les jours de cet été-là, ni les jours des étés à venir [...]. Outre cette disparition, il y avait un autre changement plus fondamental, plus profond, plus essentiel. Je restai perplexe un moment avant d'en découvrir la nature : la moustache ! Cette moustache carrée qui faisait saillie comme un cube noir collé à sa lèvre supérieure avait elle aussi disparu ce jour-là, complétement, à jamais". Qu'a-t-il bien pu arriver à Gabriel Louria pour que s'opère un tel bouleversement dans son existence ? La moustache a touché la croix de soeur Mary-Ann, entraînant le mélange des âmes ! Aussitôt, celui-ci promet à Jésus de se raser la moustache afin que tout le monde soit libéré de ce sacrilège. Ainsi fut fait !!!

Enfin, avec "La nécromancienne", on fait un voyage intérieur, dans les rêves de l'auteur, leurs significations, le langage avec les morts et l'au-delà. L'auteur se bat pour son âme qu'il croit être attaquée par des morts. Il a le sentiment que personne, autour de lui, ne peut le comprendre et l'aider dans sa lutte quotidienne, peu commune. "Dès l'instant où l'âme d'un homme est attaquée, il a le droit et le devoir de se battre, pour elle, pour son âme - de frapper l'agresseur et de le chasser. Dieu m'est témoin que c'est ce que j'ai fait. J'ai combattu pour mon âme - pour ce qui, à mes yeux, était "mon âme" - nuit après nuit pendant des semaines".

Alors qu'il se trouve chez son ami d'enfance - Saül Haïmdjan, cordonnier de son état - notre homme entend l'expression "tirer des sorts". C'est une question de tiroirs que les sorcières sont censées tirer ; un pour le futur avec ses bonnes et mauvaises nouvelles ; l'autre pour le passé grâce à l'esprit des morts. Sur les conseils avisés de son ami, il se rend chez Clarissa Uberlander, psychothérapeute et nécromancienne. C'est un drôle de monde qui va lui être révélé, un monde caché. Lors de la séance, outre notre auteur et la nécromancienne, se trouvent Saül et Michael Temess, qui sert de quatrième larron. La séance de spirtisme ne sera pas de tout repos, notre homme ne pouvant se concentrer. Pourquoi ? "Mais mes pensées refusaient de se concentrer et s'en retournaient à la question obsédante : le visage de Temess d'où m'était-il connu ? Je combattis autant que possible cette distraction et voici que parvint à mes oreilles un petit ronflement soprano. J'entrouvis mon oeil gauche et surpris Temess déjà plongé dans le sommeil des justes".

David Shahar nous entraîne dans les dédales des rues et des âmes de la Jérusalem éternelle, multiculturelle et multicutuelle. Avec "La moustache du pape", on visite chaque recoin de cette ville légendaire pour y apercevoir des personnages réels ou spectraux, haut en couleur, qui font la particularité de celle-ci et sa complexité aussi. C'est un livre poésie sur une ville lumière avec ses habitants aussi uniques et extraordinaires que peut l'être Jérusalem.

Par Nanne
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Samedi 22 septembre 2007

    Les bas-fonds du rêve - Juan Carlos Onetti 
    (Folio 2341)


Bienvenue dans l'univers onirique et fantasmagorique de Juan Carlos Onetti et à Santa Maria, ville de province et imaginaire, dans laquelle se déroule la plupart des nouvelles de ses "Bas-fonds du rêve". Treize nouvelles pour raconter le quotidien, la misère, la tristesse, la pitié, la médiocrité et les petites joies du peuple des rues de Santa Maria. Santa Maria, c'est peut-être Buenos Aires ou encore Montevideo. Lieux magiques, mythiques ou minables où se jouent, se chantent et se dansent le tango. Carrefour des échoués du monde et de la vie, en quête d'une hypothétique fortune, d'une nouvelle vie, d'une autre identité. 

"L'album", première des treize nouvelles, où le narrateur aperçoit les allées et venues d'une femme dans les rues de Santa Maria, portant une valise et afflublée d'un manteau de fourrure, malgré la chaleur et l'humidité du coin. Elle va et revient sans cesse et sans but, entre la ville et le port, errant comme une âme en peine. Le narrateur a l'impression qu'elle n'attend rien, ni personne et qu'elle n'éprouve aucun sentiment. De leur rencontre improbable et de leur amour passager, le narrateur apprécie particulièrement les histoires que la femme lui racontent concernant son passé. Mensonge ? Réalité ? Qu'importe. Mais il a peur de perdre toutes ces histoires qui le font rêver et sortir de son trou de province. "[...] que la seule peur que j'avais au fond, c'était de perdre la crapuleuse guinguette de Naples où elle faisait l'amour sur un air de mandoline, l'atelier de Sao Paulo où elle aidait un homme simiesque et contrit à corriger l'architecture des zones chaudes et des zones tempérées. Non pas peur de la solitude, mais peur de perdre une solitude que j'avais habitée avec un sentiment de puissance, une sorte de bonheur que les jours à venir ne pourraient jamais compenser, ni remplacer". Comme tous les bateaux amarrés à quai, en partance pour d'autres ports du bout du monde, la femme part un jour sans laisser d'adresse. Elle part comme elle est arrivée, aussi évanescente, aussi discrète. Elle laisse derrière elle une lettre et une malle, sans importance. Le narrateur apprend le nom de cette inconnue - Carmen Mendez - et découvre, par la même occasion, un album de photos la concernant, rendant ainsi réelles les histoires qu'elle s'était inventée en le rencontrant.

Avec "Jacob et l'autre", autre nouvelle du livre, c'est la mise en lumière d'un ancien champion déchu - Jacob Van Oppen - qui met la moitié de la petite ville en transe. En effet, tout Santa Maria - ou presque - se retrouve au Cinema Apolo pour assister à l'événement du moment : défier l'ancien champion du monde de boxe trois minutes pour gagner les cinq cents pesos prévus. Jamais personne, dans les autres villes, n'a osé défier cet ancien champion. Jamais, sauf à Santa Maria, où une jeune femme présente son fiancé pour relever le défi. La somme servira pour leur mariage. Le prince Orsini, impresario de Jacob, rend visite au fiancé, fort comme un Turc. Se sentant impressionné par le personnage, il comprend que cette fois, la défaite est à leur portée. C'est un combat sans espoir. Jacob a 50 ans, perclu de rhumatismes, rongé par l'alcool. Il propose un marché de dupes au Turc. "Mais tout peut s'arranger. Par exemple ... supposons que vous montez sur le ring. Vous évitez de mettre le champion en colère, parce que ce serait fatal pour notre plan. Vous montez sur le ring, vous admettez dès la première étreinte que le champion s'y connaît et vous vous laissez renverser, proprement, sans une égratignure". Devant le refus catégorique de la jeune femme, qui tient à son argent, Orsini promet un combat à la loyale. En tentant de prendre la fuite. Peine perdue, car le champion veut prouver qu'il n'est pas fini et peut gagner les matches proposés. Au jour prévu, la rencontre prévue a lieu. Mais, comme souvent dans la vie, les choses ne se passent jamais comme on les avait imaginées. "Je ne comprenais pas ce qui se passait, et je restai sans comprendre pendant la demi-minute exactement que dura la lutte". Nous sommes dans le Sud et le sang y est vif et chaud, surtout quand l'alcool frelaté et bon marché coule à flots. La salle s'échauffe à coup de jets de bois et de bouteilles vides sur le ring. La police devra intervenir afin que la foule hystérique ne casse le cinéma. Mais surtout, la fiancée du Turc s'en prendra à ce pauvre malheureux, lui crachant dessus, le tapant et l'insultant pour son échec. Drôle de monde !!!

Enfin, je vous parlerai de Montès et de sa femme, Kirsten, danoise dans "Esbjerg, sur la côte". Montès se souhaitait qu'une seule et unique chose : faire plaisir à sa femme, lui permettre de revenir sur les traces de son enfance, là-bas, loin, très loin, au Danemark. Pour cela, il faut de l'argent - trois mille pesos - pour le voyage. Montès ne les a pas. Il décide de dissimuler les paris qu'il prend pour son chef de tripot et d'encaisser les gains, jusqu'à la somme prévue. Pas un peso de plus. Ayant perdu la somme et n'ayant pas les moyens de rembourser les joueurs et son chef, tout en ayant le courage d'aller avouer le vol, celui-ci lui propose de faire du supplément - gratuitement - pour son compte. De toute façon, il n'a pas le choix. Le rêve de voyage pour Kirsten ne se réalisera pas. Elle continuera d'aller sur le port, voir les bateaux aller et venir. "Elle lui dit qu'elle allait au port, à toute heure, pour voir les bateaux qui partaient vers l'Europe. Il eut peur pour elle et voulut lutter contre cette manie, il voulut la convaincre que c'était pire que de rester à la maison. Mais Kirsten continua à dire d'une voix naturelle que ça lui faisait du bien, qu'elle continuerait à se rendre au port pour voir appareiller les bateaux, pour faire un geste de la main [...] et qu'elle irait autant de fois qu'elle le pourrait". 

Je pourrais continuer à vous raconter des histoires d'amours ratées ou finies, des histoires de vengeance, des coups de gueule et des coups d'éclat, des mensonges éhontés, des petites misères et des grands malheurs. Je préfère vous dire qu'en lisant "Les bas-fonds du rêve" de Juan Carlos Onetti, on entend la voix unique des chanteurs de tango, la mélodie mélancolique, langoureuse et pathétique des airs de bandonéon.

Par Nanne
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