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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Documents

Lundi 22 septembre 2008
Paris Portraits - Collectif
(Folio Senso n°4503)




Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net"Partout le marbre, le bronze et la pierre : des tulipes aux carrefours et de l'or sur les dômes, jade et onyx, alpaga et soies aux devantures, les murs n'ont même plus le temps d'être pollués : la Ville Lumière brille comme un sou neuf - aussi vieux que le pont du même nom".

Ville Lumière, certes. Mais ville en cercles concentriques excentrant petit à petit - excluant même - les populations qui ont fait toute la patine des Grands Boulevards : les artisans, les commerçants, les ouvriers, le petit peuple de Paris. Que trouve-t-on aujourd'hui, sur les Grands Boulevards ? Une sociologie quelque peu bouleversée. Des riches - étrangers pour la plupart - qui achètent tout à n'importe quel prix, pour le plaisir pour vivre dans la ville de Louis XIV, celle du Siècle des Lumières.

Anciens faubourgs aristocratiques tombés entre les mains du peuple de Paris, Poissonnière et Saint-Denis cachent de véritables trésors sociaux inconcevables ailleurs dans la capitale. "Où peut-on voir un petit Chinois et un petit Noir marcher, bras
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netdessus bras dessous, au sortir de l'école ? Sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Où un groupe de Juifs orthodoxes, en chapeau noir et manteau long, peut-il croiser des commerçants indiens et musulmans, sous le regard d'un couple de bistrotiers se reposant d'un demi-siècle de limonade ? Sur le boulevard Saint-Denis". Véritable Tour de Babel parisienne, les Grands Boulevards sont la reconstitution des cinq continents. Ici, on passe - sans les problèmes de frontières - du continent africain à la Turquie, de l'Inde au Sri Lanka, de l'Europe Orientale à l'Europe de l'Est. On croise des sikhs, des kurdes, des touaregs, des femmes en boubou qui parlent lingala. On quitte Little Istanbul pour plonger dans Chinatown s'en réellement s'en rendre compte.

Après les Grands Boulevards vus par Claude Arnaud, on glisse subrepticement vers les Batignolles d'Elisabeth Barillé, "refuge des artistes sur le retour, des maîtresses grisonnantes, des coeurs à prendre qui ne le seraient jamais [...]". Visions noir & blanc d'un quartier jadis chanté par Barbara et où ont vécu Zola, Man Ray et
Duchamp. Quartier déclaré commune indépendante par Charles X, les Batignolles conservent son aspect surranné en cultivant encore les artisans d'antan. Les Batignolles, c'est le 22 rue de la Condamine. Première adresse de Man Ray à Paris ; lieu qui a vu naître sous ses toits les photomontages dada. C'est aussi le 54 rue Nollet et son hôtel particulier qui a su abriter Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netNicolas de Staël revenu de Nice en 1943. "Les lieux sont fantomatiques : les meubles, les croquis, le grand piano à queue, rien n'a bougé. Nicolas installe son atelier au salon du rez-de-chaussée à cause des quatre fenêtres, des larronniers et des frênes ...". L'immeuble a, depuis longtemps, disparu au profit d'un immeuble de standing et d'une crèche municipale. Tout se transforme, rien ne se perd à Paris.

On quitte à regret Les Batignolles d'Elisabeth Barillé pour suivre Gérard de Cortanze à Montparnasse. Son Parnasse à lui se situe dans la salle du café de La Coupole avec ses trente-deux piliers décorés par trente-deux peintres. Premier souvenir qui le marquera sa vie durant au point de vouloir y vivre, adulte. Enfant, il avait déjà exploré le quartier Montparnasse en long, en large et en travers, tentant d'y retrouver les fantômes de Chagall, Marie Wassilieff ou encore Marcel Duchamp, amis de sa marraine.

Enfin, notre flânerie nous conduira le long des voies du Canal Saint-Martin dont " [...] le tracé côtoie les gares des deux points cardinaux
qui ne font pas rêver : un "Nord" et un "Est" trop lourds de souvenirs d'envahisseurs et de déports aux camps, si loin des envies de grand large vers l'océan de l'"Ouest" et du "Sud" des mers chaudes dont les effluves remontaient jadis jusqu'à tes berges via l'odeur des denrées importées". Le Canal Saint-Martin n'a jamais eu les faveurs des grands romanciers de son siècle Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netnaissant. Ni Flaubert, ni Balzac ne se sont attardés sur son décor. Seul, Simenon mettait le Canal en scène pour quelques règlements de compte entre proxénètes, prostituées, bandes rivales, apaches, gouapes ou malfrats. Ce canal sublime a quand même su fédérer des armées de libertaires, anarchistes répugnant à s'agréger à un quelconque mouvement et qui ont écrit leurs gazettes et autres pamphlets à l'ombre de ses berges discrètes.

"Paris Portraits", c'est quatre auteurs de notre paysage littéraire et culturel pour une balade romantique dans une ville mystérieuse. Une ville qui ne se dévoile jamais totalement et qu'il nous faut parcourir inlassablement pour dénicher les richesses subtiles qu'elle recèle et cache jalousement, amoureusement, au creux de son architecture urbaine flamboyante. C'est aussi une promenade auditive avec la multitude des accents étrangers venus à la rencontre de la Ville Lumière par les Grands Boulevards. Mais aussi itinéraire olfactif à travers les mille et une senteurs des marchés de quartier déployant leurs trésors d'épices du bout du monde, les fumets délicats des cuisines venues d'ailleurs. C'est le Paris des artistes d'un autre siècle : Rimbaud, Tzara, Monet, Mallarmé ... C'est un livre en forme de récit de voyage où chaque écrivain a mis ses désirs parisiens et ses souvenirs émus d'une ville qui fera encore longtemps rêver.
Par Nanne
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Jeudi 7 août 2008
          Les Disparus - Daniel Mendelsohn
            (Flammarion éditions)



"De ce Shmiel, bien entendu, je savais quelque chose : le frère aîné de mon grand-père qui, avec sa femme et ses quatre filles superbes, avait été tué par les nazis pendant la guerre [...]. C'était là, nous le comprenions tous, la légende non écrite des quelques photos que nous avions de lui et de sa famille, qui étaient désormais rangées soigneusement dans un sac en plastique, à l'intérieur d'une boîte qui se trouvait elle-même à l'intérieur d'un carton dans la cave de ma mère".

L'auteur - enfant - avait souvent entendu parler de cet oncle, de sa famille. Rien de plus. Il savait vaguement comment il avait été assassiné, mais sans pouvoir imaginer ce que cela signifiait réellement. L'entourage racontait - par bribes - des souvenirs épars, son bref séjour à New York en 1913, son retour en Pologne, sa réussite là-bas, au fin fond de l'Europe Centrale. Certaines personnes
comparaient alors l'auteur et cet oncle imaginaire. Parfois, elles pleuraient en le voyant. Et puis, il y a ce grand-père, si loquace, si peu avare des histoires de famille, de tantes et d'oncles venus de la lointaine Europe, d'aïeux perdus dans le Nouveau Monde, et qui restait étrangement silencieux, muet, au sujet de Shmiel et des siens. "[...] et son silence, inhabituel et intense, irradiait le sujet de Shmiel et de sa famille, en les rendant impossibles à mentionner et, par conséquent, inconnaissables".

Enfant curieux, il guettera les moindres murmures, les moindres lambeaux de conversations lâchés sur ce grand-oncle, totalement inconnu. Tantôt caché avec les siens ; tantôt premier sur une mystérieuse liste. "Avec le temps, ces fragments de conversations, que je savais être censé ne pas entendre, ont fini par s'agglutiner pour former des vagues contours de l'histoire que, pendant longtemps, nous avions pensé connaître". C'est à l'adolescence que l'auteur commencera la recherche généalogique des siens. Un trou, une béance, dans cette organisation : oncle Shmiel. Rien le concernant, sur sa femme - Ester -, sur ses quatre filles - Lorka, Ruchele, Frydka et Bronia -. Pas d'anecdotes, pas
d'informations valables. Le vide. Le silence insupportable parce qu'assourdissant et pesant.

Commencera, pour l'auteur, une longue et lente enquête qui, tel un chercheur, un passeur de mémoire d'une histoire à jamais anéantie, vont l'amener à combler ce vide sidéral créé par la fin dramatique de Shmiel et de sa famille. C'est par l'existence de lettres de l'oncle Shmiel que Daniel Mendelsohn va débuter ses recherches. Il sait qu'Oncle Shmiel a envoyé plusieurs courriers au grand-père maternel pour essayer de sortir d'affaire sa famille. "Car, lorsque Shmiel s'est assis pour écrire cette lettre, ce lundi de janvier 1939, il avait besoin d'argent pour sauver son camion ; à la fin de l'année, ce serait pour sauver sa vie qu'il supplierait qu'on lui envoie de l'argent. [...] un argent destiné non plus à ses camions ou à des réparations, mais à l'achat de papiers, de déclarations sous serment [...]".

La question - toujours la même - qui reviendra comme une infernale ritournelle, lancinante, angoissante, sera de savoir si la famille a répondu à cet oncle pris dans la nasse de la 2ème Guerre Mondiale ; si chacun a bien tout tenté pour les sauver, les sortir de ce bourbier. Rien ne reste de ces lettres envoyées par ses frères, ses soeurs, ses cousins ou son beau-frère. Jamais l'auteur ne trouvera de justification à ce questionnement terrible. Cette part de culpabilité, son grand-père la portera sa vie durant comme une plaie purulente, impossible à refermer.

Daniel Mendelsohn entreprendra un véritable périple pour retrouver les quelques survivants de ce
schtetl de Bolechow, en Ukraine. Il partira pour l'Australie, l'Europe Central et Iraël. Il ira à Vilnius et à Tel Aviv ou Beer Sheva, à Riga et à Haïfa, à Prague et à Jérusalem, à Vienne, à Stockholm et à Coppenhague pour connaître ce grand-oncle Shmiel et savoir. Toujours, il évitera de porter un jugement sur ce qu'il apprendra des rescapés, des témoins, qu'ils soient Juifs, Polonais ou Ukrainiens. Parce que le jugement, quand on ne connaît pas parfaitement les faits, que l'on n'a pas vécu des situations insupportables où chaque choix entraîne des conséquences pour soi et les autres, est un sentiment trop facile à utiliser.

Les langues se délieront au fur et à mesure des retrouvailles, des rencontres, des amitiés naissantes. Petit à petit, tel un artiste construisant son oeuvre, Daniel Mendelsohn apposera des faits sur chaque prénom, sur chaque visage. Tel un puzzle, les pièces de cette quête se rangeront à leur place pour redonner vie et corps à six destins  tragiquement interrompus.

Difficile de résumer "Les Disparus" de Daniel Mendelsohn et d'en parler, tant l'auteur a mis d'affect dans son récit. On se rend vite compte que cette recherche n'est pas uniquement une volonté de combler un vide dans ses origines, mais de mieux comprendre l'Homme, au sens humaniste du terme. C'est un livre surprenant, construit comme un roman policier, entrecoupé - volontairement - d'extraits de la Torah. Le lecteur peut avoir du mal à admettre ce mode de construction.  Mais Daniel Mendelsohn fait en permanence le parallèle entre la réalité historique et l'histoire de la  Création du Monde ; deux formes d'anéantissement et - en fond - la part de Dieu dans l'oeuvre de la vie et des hommes. Bien plus qu'un énième document sur la Shoah, "Les Disparus" est un ouvrage sur l'humain, ses forces, ses faiblesses, sur ce que nous sommes. Tout Simplement.
Par Nanne
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Jeudi 10 juillet 2008
     Cher pays de mon enfance
      Jean-Pierre Guéno - (Librio 2€ n° 726)


Soixante-deux millions de français et moi, et moi, et moi, pour parodier Jacques Dutronc. Soixante-deux millions de français d'origine ou d'adoption avec un point commun : celui d'avoir vécu pendant des siècles dans un périmètre limité ; celui de nos racines profondes. Et puis, la vie, l'histoire, les événements petits ou grands, ont souvent poussé nos aïeux à migrer de l'intérieur ou vers l'extérieur. Nous sommes tous des déracinés de quelque part, des étrangers pour quelques-uns. Que ce soit du bout de la ville ou du bout du monde.

L'expatriation, française ou étrangère, est toujours source de déchirement avec un passé, une histoire - personnelle ou nationale - une nouvelle langue à apprendre, même si on n'oublie jamais sa langue d'origine. Ainsi Tatiana, dont la famille a fui la Russie devenue communiste après 1917, en fera l'expérience. "Pendant ce court séjour dans la capitale j'ai appris le français, la nouvelle langue qui remplacera ma langue maternelle. Cela me parut simple [...]. Les liens avec ma mère, restée à Moscou, se bornaient à quelques échanges de lettres tout à fait anodines, à
cause de la censure".
 

Ou encore Parania, ukrainienne, obligée de quitter pays, parents, frères, soeurs pour s'exiler en France, pour survivre et nourrir les siens restés en Ukraine, vivant dans la misère. "Partir. Elle ne rêve pas, Parania. Pas le temps de rêver. Elle est l'aînée à la maison. La guerre, l'exode en Moravie et la mort du père, c'est lourd. Parania ne veut plus que sa famille pleure. Elle ne veut plus choisir la vie au milieu des morts. Elle veut partir pour donner à vivre".

Beaucoup possèdent un accent prononcé, signe d'une immigration venue d'ailleurs, même si elle est d'une région de France tout simplement. Pour ces enfants, ces adultes, perdus dans leur nouvelle vie, l'apprentissage de la langue sans accent est le symbôle de l'intégration, de l'acceptation par les autres. Et tant pis si la langue de Molière, de Rabelais ou de Racine, tant rêvée, adorée, adulée, est galvaudée, déformée. Seule compte l'adhésion au groupe auquel on
veut à tout prix appartenir.

Le plus souvent, ce qui pousse les hommes et les femmes - jeunes ou plus âgés - c'est l'espoir d'un ailleurs meilleur, plus favorable, moins misérable tout au moins. C'est la grande pauvreté, l'absence d'avenir, la crainte d'un présent sans horizon qui forcent les gens à s'éloigner. Isabel, fille d'ouvriers agricoles portugais contraints de fuir la dictature et le dénuement de leur situation, n'oubliera jamais la honte vécue par le regard d'un enfant la traitant de gitane. "J'ai vu dans ce regard dense, presque palpable, une répulsion pour la petite fille
pauvre que j'étais, une envie de destruction de cette petite chose [...]. Ses yeux et son corps m'excluaient de son espace. Une solitude et une tristesse infinies m'ont habitée pendant des mois, voire toute ma vie. [...]. Je crois que je suis devenue adulte ce jour-là. J'avais huit ans".

Ce qui est vrai pour les étrangers débarquant en France, déracinés, sans attaches, devant tout
reconstruire et laissant derrière eux un passé de tristesse, l'est aussi pour les Français, dans d'autres proportions. Dominique, d'origine corse, a dû quitter sa terre natale, la situation miséreuse de sa famille pour un futur aléatoire. Il a longtemps vécu dans une seule et unique pièce contenant toute la famille et les animaux de la ferme. Des conditions de vie spartiates, sans eau, sans électricité. L'illétrisme aussi. "Certains nostalgiques vous diront : "C'était le bon temps". Je leur réponds : "C'était le Moyen Âge, c'est votre jeunesse que vous regrettez"".

Surtout, que nous soyons des migrants de l'intérieur ou de l'extérieur, nous devons retrouver notre place dans la société, une utilité dans la vie. C'est certainement plus vrai pour les étrangers qui doivent redoubler d'efforts pour se faire accepter par les autres, pour éviter la stigmatisation et perçus comme à l'origine de tous les maux sociétaux. Au milieu de tout cela, il y a ceux - nombreux - en quête de leurs origines secrètes. Ceux qui se cherchent à travers l'histoire générationnelle. Comme Robert, à la recherche de son identité, gagnée, perdue, retrouvée au gré des mouvements de l'histoire. "Un fils de Juifs errants, portant en lui les marques indélébiles de siècles de persécution ? Non, me disais-je : je suis avant tout français".

"Cher pays de mon enfance" est un recueil de souvenirs en textes, lettres, écrits personnels racontant le brassage, le métissage social et culturel de la France. Qui que nous soyons, d'où
que nous venons, nous portons tous en nous, dans nos bagages mémoriels et génétiques, notre histoire filiale. C'est ce que raconte cet ouvrage. C'est ce que l'auteur - Jean-Pierre Guéno - a voulu nous montrer. On appréhende au plus près tous les écueils rencontrés pour partir, s'arracher de son pays, de sa région, quitter les siens pour vivre et s'enraciner ailleurs. On comprend les angoisses de toutes ces personnes vivant en équilibre précaire pour un avenir aléatoire. Ce livre raconte d'une seule et même voix le déracinement, le souvenir et la renaissance. "L'exil, même s'il est volontaire et assumé, est un sentiment dont on ne guérit jamais. C'est porter en soi un monde qui existe encore quelque part et qui n'est déjà plus tout à fait le même".
Par Nanne
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Mercredi 14 mai 2008
         Mémoires sur la vie privée
         de Marie-Antoinette - Madame Campan
           (Folio 2€ n° 4519)




Livre_MemoiredeMarieAntoinette.jpgIl arrive parfois que votre inconscient vous pousse à chercher à en apprendre plus sur certains personnages malmenés par l'histoire. Personnellement, c'est souvent mon cas. Non que je me fasse l'avocate des causes perdues, mais j'aime bien comprendre pourquoi des personnages ont été détestés et leur vie galvaudée, transformée, dénigrée, ridiculisée. C'est le cas pour la dernière reinde de France : Marie-Antoinette. Aussi, en voyant que les éditions Folio 2€ - dans sa série "Les femmes de lettres" - venait de (re)sortir un extrait des Mémoires de Madame Campan, je me suis dis : "Après tout, pourquoi pas ?".

Les extraits de ce Folio 2€ sont consacrés à la jeunesse de la future reine, depuis la cour de Vienne jusqu'à la naissance de Madame Royale, premier enfant de Marie-Antoinette à Versailles. Lorsque Madame Campan arrive au service de Marie-Antoinette de Habsbourg-Lorraine, celle-ci est déjà rompue à la vie de la
MadameCampan.jpg cour à Versailles. Auparavant, lectrice des quatre filles de Louis XV, elle accède à la charge de femme de chambre de la dauphine et future reine de France. Alors que Madame Campan est une jeune femme intelligente, brillante, cultivée, parlant plusieurs langues, mucisienne, la future reine a eu une éducation plutôt négligée à la cour de Vienne.

Néanmoins, à son arrivée en France pour son mariage avec le dauphin - futur Louis XVI - Marie-Antoinette attire et charme son entourage par sa jeunesse, sa spontanéité et son naturel, à commencer par Louis XV lui-même. " [...] il n'était question que de ses grâces, de sa vivacité et de la justesse de ses réparties. Elle obtient encore plus de succès auprès de la famille royale, lorsqu'on la vit dépouillée de tout l'éclat des diamants dont elle avait été ornée pendant les premiers jours de son mariage. Vêtue d'une légère robe de gaze ou de taffetas, on la comparait à la Vénus de Médicis, à l'Atalante des jardins de Marly".

Seulement, dès son arrivée à la cour de France, la dauphine se retrouve dans une atmosphère pour le moins délétère. Jeune - 15 ans - inexpérimentée et naïve, elle est entourée d'un aréopage de personnes hostiles à l'Autriche et à cette alliance avec la maison impériale. Très vite, des foyers d'intrigues relevant souvent du simple commérage se créent dans le giron de la princesse. Toutes ses actions sont mal interprétées. Sa simplicité avec son personnel, sa gaieté
Koningin_Marie-antoinette.jpgnaturelle deviendront rapidement de véritables crimes de lèse-majesté. C'est essentiellement par des libelles et des chansons populaires que ses ennemis chercheront à l'atteindre dès les premiers jours de son règne. "Ils se hâtaient de la dépopulariser. Leur but était, sans aucun doute, de la faire renvoyer en Allemagne ; et pour y parvenir, ils n'avaient pas un moment à perdre : l'indifférence du roi pour cette aimable et belle épouse était déjà une espère de prodige [...]".

Même au moment de sa première grossesse, en 1778, des pamphlets se répandront dans tout Paris pour la traiter de manière odieuse. Il faut reconnaître que sa grossesse n'arrangera pas sa situation à la cour, puisqu'elle rangera parmi ses ennemis des personnes proches du comte d'Artois, frère de Louis XVI et futur Charles X, seul capable de donner des héritiers à la couronne jusqu'à cette date.

Heureusement, Marie-Antoinette n'aura pas que des détracteurs, mais aussi de fervents admirateurs. De plus, elle est dotée d'un caractère bon, généreux, altruiste. "[...] bonne et patiente jusqu'à l'excès dans les détails de son service, elle appréciait avec indulgence toutes les personnes qui lui étaient attachées, s'occupait de leur sort et même de leurs plaisirs". Outre ce caractère généreux, Marie-Antoinette sera une reine résolument moderne. En arrivant à
Marie_antoinette_Pianoforte.jpg Versailles, elle trouvera une cour enchâssée dans un protocole rigide et immuable depuis des décennies. Elle commence par éloigner la comtesse de Noailles, sa Dame d'Honneur, chargée de lui apprendre les us et coutumes de la cour de France. La reine la surnommera "Madame Etiquette". De même, elle abolira la cérémonie - désuète - de son habillage et déshabillage. Ce protocole, trop pesant pour elle, sera dépoussieré dès son accession au trône pour le rapprocher de celui de la cour de Vienne, plus simple. "La volonté de substituer successivement la simplicité des usages de Vienne à ceux de Versailles lui fut plus nuisible qu'elle n'aurait pu l'imaginer".

Grâce au "Mémoires sur la vie privée de Marie-Antoinette" de Madame Campan on découvre un document historique d'une valeur inestimable. Mais ne nous leurrons pas, Madame Campan est très proche de la reine et le restera jusqu'au bout et au-delà, ce qui empêche une certaine objectivité sur les évènements et la personnalité - complexe - de Marie-Antoinette. Néanmoins, pour ceux et celles qui ont envie de savoir comment vivait la cour de Versailles sous Louis XVI, ses fêtes, ses joies, ses peines, ses intrigues permanentes, ses jeux d'influence et de pouvoir, cet extrait est un
VigeeLebrun_Marie-antoinette.jpgexcellent document de base. Cette reine tant décriée, détestée, soupçonnée de trahison parce que autrichienne, a été une personne visionnaire et d'une grande modernité, en avance sur son époque. Trop sans doute. L'aristocratie n'était pas prête à céder quelques-uns de ses privilèges acquis au long des siècles passés. Marie-Antoinette a cru pouvoir faire avancer la société française et calquer ses réformes sur celles de son pays d'origine, l'Autriche. Ce qui ne lui sera jamais pardonné.
Par Nanne
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Vendredi 9 mai 2008
          Dans la peau d'un Noir - John H. Griffin
             (Folio n° 809)



Livre_Danslapeaudunnoir.jpg"Dans le Sud, nous avions beau vivre côte à côte, toute communication entre les deux races avait simplement cessé d'exister. En fait, chacune ignorait tout de l'autre. Le Noir du Sud ne dira jamais la vérité au Blanc. Depuis longtemps il sait que, s'il dit une vérité déplaisante au Blanc, le Blanc le lui fera payer cher. La seule façon possible de combler le gouffre entre nous, me semblait-t-il, était de devenir un Noir. Je décidai de le faire".

Pour mieux comprendre les conditions de vie de la population noire aux Etats-Unis, à la fin des années 1950, John Howard Griffin décide de devenir Noir. Grâce à un traitement dermatologique réalisé avec l'aide d'un médecin, J.H. Griffin va se transformer en un autre homme. Dès lors, il va connaître les craintes, les doutes, les frayeurs des Noirs qu'il côtoie
tous les jours. "La transformation était complète et bouleversante. Je m'attendai à me trouver déguisé, ceci était tout autre chose. J'étais emprisonné dans le corps d'un parfait étranger, peu attirant et àJohnHowardGriffin.jpg qui je ne me sentais lié en rien. Tout ce qui pouvait subsister de John Griffin antérieur était anéanti. Ma personnalité elle-même subissait une métamorphose tellement totale que j'en éprouvai une détresse profonde".

Sa lente descente dans l'enfer du quotidien d'un homme noir
commence à Rampart Street, quartier noir de la Nouvelle Orléans. La vérité lui saute aux yeux, lui éclate au visage comme une bombe à retardement. La saleté, le désordre, les escroqueries et autres affaires véreuses, les obscénités sont le lot journalier de ses habitants. John Griffin prendra très vite conscience de sa nouvelle qualité d'homme noir en se faisant agresser verbalement par une femme âgée et blanche et physiquement par un jeune garçon. "Le mot "nègre" s'associait aux vibrations de la cloche et martelait mon cerveau encore et encore. "Hé là, Nègre, vous n'avez pas le droit d'entrer là. Hé là, Nègre, vous n'avez pas le droit de boire là. Nous de voulons pas de clientèle Nègre". Et puis les épithètes que ce garçon avait employées : Affiche_Blacklikeme.jpgMonsieur le déplumé, vieux pelé, merdeux (une pareille chose se serait-elle produite si j'avais été blanc ?)".

Mais La Nouvelle Orléans est un des Etats du Sud les plus évolués, parce que plus cosmopolite avec une population essentiellement catholique. Un Blanc peut être poli et respectueux vis-à-vis d'un Noir sans nécessairement passer pour un Philonègre, comme dans d'autres Etats. Toutefois, il y a un problème de cohésion au sein même de la communauté noire. Au lieu de s'unir pour défendre leurs droits fondamentaux, John Griffin constate une différence marquée entre les Noirs très foncés et les métisses, mieux considérés. "[...] je réalisai que toutes les personnes compétentes à qui j'avais pu parler, grâce au lien rassurant de notre couleur identique, avaient admis la dualité du problème du Noir. D'abord la discrimination que les autres lui font subir. Ensuite celle, encore plus pénible, qu'il s'inflige à lui-même [...]".

Le périple de John Griffin se poursuivra dans l'Etat du Mississippi pour mieux appréhender la situation des Noirs, dans un autre contexte. Alors qu'à La Nouvelle Orléans le mélange des communautés est homogène, dans l'Etat du Mississippi la distance séparant les Blancs et les Noires est exponentielle. Là-bas, la communauté noire se regroupe pour se protéger d'une menace permanente aussi invisible que prégnante. Griffin sera saisi pa
MartinLutherKing.jpgr cette crainte et cette terreur palpable planant sur ces personnes au point de lui rappeler les frayeurs de l'Europe hitlérienne. Partout où il ira, John Griffin se heurtera à des refus permanents pour boire, manger, travailler. Vivre, uniquement et simplement.

La poursuite de son parcours se fera en Alabama. Là encore, une autre atmosphère, différente
des deux précédents Etats. Ici, le désespoir cède le pas à la résistance passive. A quoi cela est dû ? A l'influence de personnalités comme le Révérend Martin Luther King. "Dans un climat de prière, le mot d'ordre est résistance pacifique à la discrimination. Ici le Noir a pris une position bien déterminée. Il ira en prison, supportera n'importe quelle humiliation, mais il ne renoncera pas à ses revendications".

L'expérience de John H. Griffin s'achèvera le 14 décembre 1959. Elle aura durée neuf semaines. En redevenant le vrai Griffin - Blanc - il retrouve des gens charmants, aimables, agréables à vivre, serviables et souriants. Ses problèmes en tant qu'homme de couleur disparaissent par miracle. Mais son retour à la vie antérieure ne sera pas aussi simple. Il recevra des menaces de la part de personnes qui le rejetteront parce que ne comprenant pas la portée de son initiative. Inutile de parler des ségrégationnistes, membres du KKK et autres Anti_KKK.jpgracistes des Etats du Sud.

"Dans la peau d'un Noir" de John Howard Griffin est une enquête impressionnante et une expérience rare pour être signalée. A une époque où le seul fait de naître Noir aux Etats-Unis vous condamnez à n'être qu'un citoyen de 2nd zone, un homme - blanc - de Mansfield dans le Texas, a osé devenir Noir pour vivre et comprendre leur quotidien. Il fallait une bonne dose de courage et de volonté pour tenter une telle immersion. Le résultat est un livre époustouflant sur la condition de la population noire dans le Sud des Etats-Unis, juste avant les changements politiques et sociaux de ce pays. C'est un livre bouleversant de réalisme et de justesse avec  une analyse pertinente de la situation. C'est un ouvrage qui aide à comprendre les rancoeurs, les désillusions, les difficultés des exclus, quelles que soient leurs origines. C'est un ouvrage que chacun devrait avoir dans sa bibliothèque et dans un coin de sa mémoire. Pour ne pas oublier.

"J'étais singulièrement triste de quitter cer univers noir auquel je m'étais associé si longtemps - c'était comme si je fuyais ma part de souffrance et de peine".
Par Nanne
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