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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Classiques francophones

Vendredi 18 avril 2008
             La vie devant soi - Romain Gary
                (Folio n° 1362)




Fichier hébergé par Archive-Host.comVoici un classique de la littérature contemporaine française. Tout le monde - ou presque - a lu, lit ou lira un jour ce livre magnifique qui est une ode à l'amour intergénérationnel, à la tolérance entre les peuples, à la vie et à l'espoir, même dans des situations désespérées.

C'est l'histoire de Madame Rosa, ancienne prostituée, et de Momo, jeune garçon de dix ans ou de quatorze ans peut-être - il ne l'a jamais vraiment su lui-même - mis en pension chez elle, parce que fils "d'une mère qui se défend". Madame Rosa est de confession juive, Momo est arabe. "Madame Rosa était née en Pologne comme Juive mais s'était défendue au Maroc et en Algérie pendant plusieurs années et elle savait l'arabe comme vous et moi. Elle savait aussi le juif pour les mêmes raisons et on se parlait souvent dans cette langue".

Depuis qu'elle ne peut plus se défendre, Madame Rosa élève plusieurs enfants de l'Assistance publique, tous fils de prostituées, de toutes les origines et de toutes confessions. Elle n'est pas
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Mais ce qui inquiète le plus Momo, c'est l'état de santé de Madame Rosa. Pensez, une vieille femme atteinte par la limite d'âge, qui doit grimper six étages de son taudis de Belleville à pieds alors que son état se détériore. "Il faut dire qu'on était dans une sale situation. [...]. L'escalier avec ses six étages était devenu pour elle l'ennemi public numéro un. Un jour, il allait la tuer, elle en était sûre. Moi je savais que c'était plus la peine de la tuer, il y avait qu'à la voir. Elle avait les seins, le ventre et les fesses qui ne faisaient plus de distinction, comme chez un tonneau".

Bien sûr, comme souvent chez les hommes - même chez les plus jeunes - Momo trompe de temps en temps Madame Rosa. Comme dans tous les couples,
Fichier hébergé par Archive-Host.comcela permet de mettre un peu de piment dans les sentiments. Mais il le fait simplement dans sa tête, pour se changer les idées.  Et puis, il doit penser à son avenir, Momo, même s'il ne veut surtout pas plaquer la vieille Madame Rosa pour une plus jeune. Tiens, en parlant d'avenir, Momo hésite entre devenir le plus grand proxynète du monde - comme M. N'Da Amédée - et le plus grand flic de la Terre. " [...] et avec moi personne ne verrait plus jamais une vieille pute abandonnée pleurer au sixième étage sans ascenseur".

Petit à petit, malgré la bonne volonté de Momo pour maintenir Madame Rosa chez elle, le docteur Katz - qui la suit - lui explique que son état de santé nécessite une hospitalisation pour la maintenir en vie. Madame Rosa demandera à Momo de ne pas la laisser partir à l'hôpital. Elle veut mourir chez elle. A l'hôpital, elle subira des sévices pour l'empêcher de mourir. " [...] ils ont un truc qui s'appelle l'Ordre des Médecins et qui est exprès pour ça. Ils vous en font baver jusqu'au bout et ils ne veulent pas vous donner le droit de mourir parce que ça fait des privilégiés". Momo fera tout pour exaucer son dernier voeu. Il ira jusqu'à demander à M. Waloumba - cracheur de feu, marabout et éboueur - de venir chasser les mauvais esprits qui avaient envahi Madame Rosa. Mais même la médecine au noir ne pourra pas grand chose pour la pauvre Madame Rosa. Qu'à cela ne tienne, Momo la gardera chez elle et la
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"La vie devant soi" de Romain Gary, alias Emile Ajar - Goncourt 1975 - est un vrai chef d'oeuvre dans l'immense liste des ouvrages de cet auteur prolixe. On ressort de ce livre transformé, heureux et - presque - soulagé de savoir que l'espoir existe toujours, quelque soit la situation. C'est un livre sur la vieille et sur la peur de la déchéance, thème récurrent chez Romain Gary. Mais c'est aussi un livre plein de fantaisie, de drôlerie, de pitrerie, d'humour, de tolérance envers l'Autre et de générosité. C'est un ouvrage pour nous aider à comprendre le fossé qui peut exister entre les générations, et tout ce qui peut les rapprocher. Enfin, c'est un livre sur l'amour, le vrai, le grand, l'unique, celui qui est au-delà de la différence et de la mort.
Par Nanne
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Jeudi 15 novembre 2007

      Siegfried et le Limousin - Jean Giraudoux 
       (Les cahiers Rouges)




Alors que l'auteur du roman était plongé dans sa lecture quotidienne de la Frankfurter Zeitung, un passage d'article l'interpelle. Il est frappé pas ces articles qu'il semble connaître. "J'avais de bonnes raisons pour être frappé par ces phrases : je les connaissais. Je l'ai avait lues voilà dix ans, un jour qu'elles étaient nouvellement nées et françaises, dans un récit dont l'auteur était mon ami Forestier, disparu pendant la guerre". Seulement ces lignes identiques - ou presque - sont écrites en allemand et signées par un mystérieux SVK, leur nouvel auteur. Ce plagiat en règle se poursuit encore quelque temps, jusqu'à ce que l'auteur se décide à écrire une lettre ouverte à SVK, via le journal allemand. Sans conséquences, puisque les pillages continuent. Qui est donc ce SVK qui se permet d'usurper non seulement l'oeuvre de Forestier - disparu dans les tranchées - mais aussi les articles de l'auteur ?

Seul, un homme peut l'aider à résoudre cette énigme que l'auteur n'ose envisager. C'est le comte Zelten, son camarade allemand, connu avant la guerre. Lui pourra l'aider à percer ce mystère. D'ailleurs, il ne tarde pas à lui apprendre ce qui se dit sur SVK en Allemagne. "C'est ce que nous appelons chez nous un juriste poétique. Il vit à l'écart et se consacre, paraît-il, à une critique de la Constitution de Weimar. Il est hors de doute qu'il agit de bonne foi". C'est une première piste. Bien mince et ténue. Dès son retour à Munich, Zelten lui apporte des précisions qui vont mettre l'auteur sur la piste réelle de SVK, et confirmer ses soupçons. Il aurait été trouvé sur un champ de bataille, agonisant, inconscient et sans mémoire. Il a fallu tout lui réapprendre - dont sa langue maternelle - l'allemand. 

C'est la cousine de Zelten - Eva Von Schwanhofer - infirmière sur le front qui l'a connu à l'hôpital de Sassnitz. SVK se trouvait dans la salle des soldats inconscients et atteints à la tête. Toutes les nationalités y étaient représentées. Eva, parlant plusieurs langues, était chargée de leur redonner leur nationalité d'origine en fonction de leurs cris, de leurs râles. C'était l'Europe du malheur et de la souffrance qui se trouvait concentré dans cette salle commune. "J'ai vu Siegfried arriver le 4 mars 1915. Cette date est porté sur son livret, à la place de sa naissance ... - Et la nationalité des plaintes de Siegfried, à quoi l'avez-vous reconnue ? - Que voulez-vous dire ? - Je sais où l'on a ramassé Siegfried. C'est dans un bois où se battaient la légion étrangère et un régiment mi-allemand mi-autrichien. Toutes les nations du monde, ou à peu près, et même les neutres, ont laissé des blessés sur ce terrain. A quoi avez-vous reconnu que Siegfried était allemand ?". C'est Eva qui lui a donné le prénom de Siegfried et l'a baptisé Kleist en souvenir du plus grand poète allemand, tué par une balle.

En attendant, l'auteur veut être sûr que Siegfried Von Kleist n'est ni plus, ni moins que son ami d'enfance Forectier, perdu depuis dix ans. Lorsque SVK émet le souhait d'apprendre le français, notre auteur se propose de lui donner des cours. Une occasion inespérée de l'approcher régulièrement et de vérifier ses doutes. Il se rend compte qu'il a conservé les tics à la lèvre et aux mains, ainsi qu'une manie de connaître la superficie exacte des pays du monde. Plus de doute. Forestier et Siegfried Von Kleist ne sont qu'une seule et même personne. Reste à lui faire retrouver son passé, le vrai, le seul, celui de son enfance en France et dans le Limousin. L'unique solution, ce sont des rédactions lui rappelant des épisodes marquant de sa vie. "Je choisis donc une rédaction qui me permit de lui parler de ces ruisseaux limousins dont l'humidité baignait encore son cerveau et je lui fis un tableau semblable à ceux des écoles, mais avec sa vraie petite ville, en y logeant certains épisodes de sa vie même [...]".

Bien évidemment, les choses ne seront pas aussi simple que cela. S'y mêleront des personnes dont l'intérêt est de conserver secrète l'identité et la nationalité de Siegfried, pour le bien être et la stabilité de l'Allemagne. On ira jusqu'à menacer de mort l'auteur, si celui-ci venait à troubler Siegfried dans sa vie ou son travail.

"Siegfried et le Limousin" de Jean Giraudoux a écrit ce roman en 1922. Pour cet intellectuel, germanophone et germanophile, ce livre est un plaidoyer pour une Allemagne cultivée, intellectuelle, raffinée. Au travers de cet ouvrage - qui prend pour prétexte l'amnésie due à une blessure de guerre - Jean Giraudoux en profite pour nous montrer l'Allemagne de Goethe et de Weimar, de Dürer et de Louis II de Bavière. Tout ce qui peut servir à donner une autre vision de l'Allemagne - celles des tranchées et de la revanche - se retrouve dans "Siegfried et le Limousin". Livre magnifiquement écrit, de manière poétique, bien qu'un peu suranné dans son style, il est parfois un peu difficile d'accès en raison des allusions et des références culturelles qui s'y trouvent. Il n'en reste pas moins que "Siegfried et le Limousin" fera connaître Jean Giraudoux comme grand auteur de théâtre avec la pièce "Siegfried" en 1928, et influencera fortement Jean Anouilh pour son "Voyageur sans bagage".

Par Nanne
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Jeudi 26 avril 2007

Au Bonheur des Dames - Emile Zola (Livre de poche)

Après "Le ventre de Paris" où Emile Zola racontait la vie trépidante des Halles, avec ses avalanches de nourritures, de victuailles, de mangeailles et ses querelles entre les Gras - bourgeois repus et artisant enrichis - et les Maigres - ouvriers qui s'usaient à faire vivre cette machine infernale sise au coeur même de Paris - me voilà repartie pour un tour dans l'univers implacable de la société du Second Empire, introduction d'un 20ème Siècle industriel et capitaliste. Le souci, dès que l'on lit un ouvrage de Zola, c'est de prendre un risque : celui de crouler sous les descriptions, les détails, les dénombrements minutieux, comme passés sous un microscope à balayage électronique. On y voit de l'infiniment grand à l'infiniment petit. C'est la base même du mouvement naturaliste, dont Zola est à l'origine. Certes. Il n'empêche que l'on peut parfois ressentir une certaine lassitude en ayant l'impression de lire des passages identiques en permanence. Hormis ce léger défaut, "Au Bonheur des Dames" est certainement le roman de la série des Rougon Macquart le plus optimiste avec un heureux dénouement. Chose assez rare chez Zola pour être souligné, ce dernier préférant voir le verre à moitié vide dans chaque situation !!

L'histoire est classique. Denise, jeune fille pure de Valognes, se retrouve orpheline avec - à sa charge - ses deux frères, Jean et Pépé. Ce qui la pousse à monter à Paris est la honte, plus que le manque d'argent où l'ambition. Honte de l'attitude de Jean, aîné des deux frères, qui passe plus de temps à courir la gueuse et à avoir des ennuis, qu'à parfaire son apprentissage d'ébéniste. Pour cela, elle reprend contact avec son oncle Baudu, marchand drapier à la capitale, dans l'espoir d'un emploi Au vieil Elbeuf, magasin de celui-ci. Malheureusement, Denise arrive au mauvais moment. En effet, le magasin prospère de son oncle est réduit à peau de chagrin et est mangé - petit à petit - par le Bonheur des Dames, de Mouret, comme la plupart des petits commerces du quartier. "Autrefois, quand le commerce était honnête, les nouveautés comprenaient les tissus, pas davantage. Aujourd'hui, elles n'ont plus que l'idée de monter sur le dos des voisins et de tout manger. Voilà ce dont le quatier se plaint, car les petites boutiques commencent à y souffrir terriblement. Ce Mouret les ruine".

Dès lors, pour nourrir sa petite famille et vivre à Paris dignement, Denise n'a plus qu'une alternative : travailler au Bonheur des Dames. Bien mal lui en prend. Embauchée au pair, sans appointements fixes et donc au pourcentage sur les ventes qu'elle réalise en journée, Denise est la risée de ses camarades, qui la persécutent. "Après deux mois de patience et de douceur, elle ne les avait pas désarmées. C'étaient des mots blessants, des inventions cruelles, une mise à l'écart qui la frappait au coeur. [...] On l'avait longtemps plaisantée sur son début fâcheux, les mots de "sabot", de "tête de pioche" circulaient, celles qui manquaient une vente étaient envoyées à Valognes, elle passait enfin pour la bête du comptoir". Le monde du commerce est intransigeant à qui ne sait pas vendre, et comme Denise est mise au ban de son rayon par l'ensemble des employées, elle est contrainte de travailler la nuit pour s'assurer un maigre complément. C'est ce qui la perdra et la fera mettre à la porte du Bonheur des Dames. Elle connaîtra le dénuement et la misère, se rendra compte du pouvoir immense des grands magasins sur la masse des clientes extasiées devant autant de produits perpétuellement renouvelés.

"C'était la femme que les magasins se disputaient par le commerce, la femme qu'ils prenaient au continuel piège de leurs occasions, après l'avoir étourdie devant leurs étalages. [...] En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, il devenaient un terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaientau coup de folie de la mode, toujours plus chère". Elle vivra l'angoisse des petits commerçants, sans cesse étranglés par la concurrence et les dettes. Elle assistera - impuissante dans sa bonté - à l'expropriation des petits et des faibles, pour faire croître les gros et les forts. C'est tout un quartier, toute une vie populaire et besogneuse que Denise verra se transformer sous ses yeux effrayés. Bien sûr, les puissants finiront par gagner au tournant de ce 19ème Siècle finissant, mais Denise reviendra au Bonheur des Dames, forte et sûre d'elle et assurée de son pouvoir sur les êtres et les situations.

"Au Bonheur des Dames" est sans aucun doute un des rares romans de Zola où l'amour pur et désintéressé triomphe de tout, de la bêtise ambiante, des ambitions de chacun, de la situation économique et de la position sociale des personnages. Cependant, on voit l'avènement d'un capitalisme agressif pour la concurrence et impitoyable pour le personnel. Cette description est criante de vérité et de réalisme. On voit les prémices d'association entre le capital financier et le commerce, les débuts de l'actionnariat des grands groupes, l'origine de la publicité au tout-venant, la mise en place de la vente au pourcentage pour chaque vendeur. Les bases de notre future société de consommation de masse sont jetées dans le livre. Dans le magasin de Mouret, on croise aussi bien l'aristocrate des quartiers chics que la nourrice de province, la bourgeoise des faubourgs que l'ouvrière des quartiers miséreux. C'est une ère nouvelle qui s'ouvre et les attire toutes : celle du culte du corps de la femme et de la beauté.

Mais surtout, un embryon de mesures sociales est mis en place pour l'ensemble des salariés. "[...] le sort des vendeurs était amélioré peu à peu, en remplaçant les renvois en masses par un système de congés accordés aux mortes-saisons, enfin on allait créer une caisse de secours mutuels, qui mettrait les employés à l'abri des chômages forcés, et leur assurerait une retraite. C'était l'embryon des vastes sociétés ouvrières du 20ème Siècle". Bref, le "Bonheur des Dames" est un roman économique de son époque, voire même avant-gardiste, comme Zola l'a été en son temps.

Par Nanne
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Mercredi 6 décembre 2006

Le ventre de Paris - Emile Zola (Folio n° 3708)

"Le ventre de Paris" de Zola est le roman naturaliste par excellence. Pour l'auteur, "l'idée générale est le ventre, la bourgeoisie digérant, ruminant, la bête broyant le foin au râtelier, la bedaine pleine et heureuse se ballonnant au soleil."

Lorsque Florent, échappé du bagne de Cayenne à la suite de sa participation au coup d'Etat du 2 décembre 1851, revient à Paris en toute clandestinité, c'est pour y vivre à nouveau sa vie paisible d'auparavant. Du moins, s'en est-il persuadé. Pour mieux se fondre dans la société, il reprend contact avec son demi-frère, Quenu, devenu un prospère charcutier aux Halles de Paris. Quenu, qui a pris pour femme la Belle Lisa, fille aînée des Macquart.

Si son frère accueille Florent à bras ouverts comme un parent qu'il croyait avoir définitivement perdu, Lisa voit dans ce retour comme un danger pour son commerce et sa vie tranquille. Par les relations qu'elle entretient avec le personnel des Halles, Lisa obtient une place d'inspecteur à la marée pour Florent. Ce travail, imposé par la force des choses, va à l'encontre de ses convictions politiques et morales profondes, lui le défenseur des valeurs républicaines. Cet emploi va enfermer Florent, dans un calvaire et un malaise infinis.

Dès lors, il devient l'objet de toutes les sournoiseries, de toutes les matoiseries, de toutes les suspicions. Les poissonnières des Halles, bien décidées à le mettre au pas, ne lésineront sur aucune vexation quotidienne pour le faire craquer. "Chaque jour, ce fut une invention nouvelle. L'inspecteur ne suivait plus les allées que l'oeil aux aguets, comme en pays ennemi. Il attrapait les éclaboussures des éponges, manquait de tomber sur les vidures étalées sous ses pieds, recevait les mannes des porteurs dans la nuque. Même, un matin, comme deux marchandes se querellaient, et qu'il était accouru, afin d'empêcher la bataille, il dut se baisser pour éviter d'être souffleté sur les deux joues par une pluie de petites limandes, qui volèrent au-dessus de sa tête [...]."

Mais voilà que ses vieux démons reviennent le hanter, s'emparer de lui. Florent devient l'ami de Gavard, opposant politique fortuné, qui le met en contact avec des adversaires de l'Empire. Ils passent leurs soirées chez Lebigre, marchand de vins. Là, entre eux, ils refont le monde à leur image, se construisant une société idéale. Florent, à nouveau pris dans la tourmente, anime cette société secrète qui rêve d'une nouvelle révolution. "Gavard, à partir de ce jour, fut persuadé qu'il faisait partie d'une société secrète et qu'il conspirait. Le cercle ne s'étendit pas, mais Logre promit de l'aboucher avec d'autres réunions qu'il connaissait. A un moment, quand on tiendrait Paris dans la main, on ferait danser les Tuileries."

Florent tentera bien d'amener Quenu à ses opinions. Seulement, le monde des Gras et celui des Maigres ne sont pas fait pour se mélanger, encore moins pour se comprendre et se compléter. Leurs intérêts sont trop divergents.

C'est la Belle Lisa "au grand calme repu", qui dénoncera Florent à la Police d'Etat, de crainte qu'il ne vienne destabiliser son univers mou et opulent. Elle ne sera pas la seule à oser ce geste. Arrêté, il sera de nouveau envoyé au bagne de Cayenne. Pour la plus grande joie des harangères des Halles et de tous les gras du quartier. "Puis tout déborda, les gorges s'étalèrent, les ventres crevèrent d'une joie mauvaise [...]. Enfin, le grand maigre était emballé, on n'aurait plus toujours là sa fichue mine, ses yeux de forçat. Et toutes lui souhaitaient bon voyage [...]."

En lisant "Le ventre de Paris", j'ai cru faire une indigestion, tant la nourriture se déverse tout au long des pages. On a l'impression d'un monstre énorme et difforme qui engouffre et régurgite quotidiennement ses tonnes de légumes et de fruits frais, ses quartiers de viandes saignantes, ses kilos de poissons, ses meules de fromages, ses mottes de beurre.

Avec ce roman écrit en 1873, on sent toute la révolte de Zola pour une société qui se mécanise et se déshumanise, dominée plus que jamais par le système des castes, des classes sociales. Les bourgeois - les Gras - s'opposent aux Maigres - les ouvriers, les employés. A cette époque, la révolution industrielle avec la machine, le modernisme, happe, phagocyte les employés. Ceux qui engraissent ne veulent rien partager avec les autres. Chacun son monde.

"Le ventre de Paris" raconte les prémices de la société moderne et celui de la lutte des classes. A (re)lire pour son étonnante modernité.

Par Nanne
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Mercredi 11 octobre 2006
  • Filibuth ou la montre en or - Max Jacob (Imaginaire Gallimard)

Voilà une montre trépidante. Cette montre ne tient pas en place. Elle glisse de main en main, passe d'un propriétaire à un autre, traverse un continent pour aller vers un autre, sans jamais s'arrêter pour souffler un peu, remontée qu'elle est comme un coucou suisse.

"Filibuth ou la montre en or" raconte l'histoire d'une superbe montre en or achetée chez Breguet en 1804 par Bastien Lafleur. On la retrouve dans les années 1920 chez une concierge au 105 rue Gabrielle à Montmartre, Rose Lafleur. "La rue Gabrielle n'est pas un quartier moderne. Ses villas à terrasses lézardées semblent construites pour le repos : des travailleurs bien pauvres les habitent".

Rose Lafleur n'est pas vraiment un personnage fréquentable. "Mme Lafleur ne vaut pas cher, d'abord elle boit, c'est une ivrognesse, ensuite c'est une personne relativement sale et désordonnée, on peut le dire sans exagération, en 3ème lieu, elle ne connaît pas la valeur des objets ni la mesure, il en résulte qu'elle en perd un grand nombre. Elle n'a pas honte de sortir le soir pour courir les rues". Il faut dire que Rose Lafleur a hérité de cette montre impatiente à la mort de "Père", petit-fils de Bastien et - accessoirement - employé du gaz.

On peut dire qu'elle est désirée cette montre. Par la famille Lafleur d'abord. Alfred Lafleur, fils aîné de Rose Lafleur, la volera à sa mère. Il la mettra au Mont de Piété pour survivre. Par l'oncle Georges, ensuite. Frère du défunt propriétaire de la montre et tuteur des enfants Lafleur. Il se considère comme l'héritier légitime de cette extravagante montre. "Il était poli, prudent, réservé. Son esprit était correct, grave, petit, mince, propre, clair, habile comme sa personne". Par des pendards, enfin. A la suite de multiples péripéties, la montre cavaleuse est convoitée par une bande de malandrins parisiens en mal de bonnes fortunes. Elle attérri chez Léonce Sancoin, cafetier de son état."Les bras agiles de Léonce qui frottaient le comptoir étaient plus expressifs que son regard qui accueillait le client".

Elle échoue sur le bureau d'un juge d'instruction où elle servira d'appât à un réseau d'espionnage austro-français. De Montmarte à la Chine, de Marseille au Japon, la montre vivra mille vies aux rythmes remuants de chaque propriétaire éphémère.

Elle servira à des séances d'hypnotisme à Venise, jouera sur les planches du théâtre San Théodoro "Madame Sans Gêne", sera avalée par un cochon et remarquée par Aristide Briand. Elle reviendra à Montmartre chez Rose Lafleur pour être offerte en cadeau de mariage à son fils aîné.

Après autant de rebondissements, on pourrait penser que la montre en or souhaite se calmer un peu. Pas du tout. A force d'être désirée par tous ceux qui l'approchent, la montre écartelée entre tant de convoitises de la part des uns et des autres, finira tristement.

Max jacob prend prétexte de la course à la montre pour décrire des personnages cocasses et truculents vivant des situations insolites. On y retrouve toute la gouaille, la chaleur, le pittoresque d'un Paris populaire de l'entre deux guerre. C'est un roman sans dessus, ni dessous, où tout se mélange agréablement ; un roman hors du commun qui allie conte moral et poésie fantasque pour le bonheur du lecteur. Un lecteur qui retrouve avec "Filibuth ou la montre en or" toute la verve, la sagacité des oeuvres de Max jacob.

 Site de Max Jacob

Par Nanne
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