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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Biographies

Dimanche 3 août 2008
Lou - Histoire d'une femme libre
Françoise Giroud - (Livre de poche n°30072)



Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netIl arrive souvent que l'on soit inspirée dans nos lectures par des articles sur des blogs. Ceux qui nous parlent d'auteurs - hommes et femmes - à l'écriture exceptionnelle et qui nous ont donnés des pages merveilleuses à lire, des poèmes sublimes. C'est en visitant régulièrement le blog d'Antigone et de sa récente rencontre avec Rilke et Lou Andréas-Salomé, que l'idée m'est venue d'en savoir plus sur cette personnalité singulière tout à la fois muse et femme cultivée, intelligente, charmeuse et complexe.

Lou Andréas-Salomé est née à Saint-Petersbourg, dernière enfant après cinq garçons. Inutile de dire que son arrivée est vue comme un vrai cadeau du ciel pour le père - Gustave von Salomé - officier du tsar. Les relations de la petite Lou - qui n'est encore que Louise von Salomé - avec ses frères sont excellentes. "Les cinq frères l'adorent ; joyeux et affectueux, ce sont ses
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net compagnons de jeux, ses compagnons tout court. Toute la vie elle gardera la vision des hommes qu'ils lui ont laissée : des frères".

Adolescente, on la dit très belle jeune fille, grande, mince, longiligne, avec une morphologie presque androgyne qui pourrait laisser suspecter une anoréxie. Lou à dix-sept ans quand elle rencontre son premier amour platonique, le pasteur néerlandais Heinrich Gillot, tuteur des enfants du tsar. Il a quarante et un ans et il est marié. Sa culture ouvrira à Lou les portes de la connaissance philosophique, de la religion. Elle lit Voltaire, Rousseau, Kant, Pascal et d'autres. "Cet entraînement forcené, le fait qu'elle ait assimilé ces connaissances la feront paraître plus tard comme un cas rarissime parmi les femmes de sa génération : une "interlocutrice valable", une vraie partenaire dans les jeux du savoir". Néanmoins, le comportement de Lou vis-à-vis des hommes sera toujours ambivalent. Elle les aime, mais comme autant de pairs intellectuels. Pour autant, Lou refusera longtemps tout contact physique avec eux.

Mais Lou est une amoureuse de la vie et des hommes, malgré son ambiguité. Après le pasteur Gillot, Lou - C'est ce dernier qui la surnommera ainsi - fera la connaissance de Paul Rée, philosophe et ami de Friedrich Nietzsche. Dès cette rencontre, Nietzsche perd définitivement
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.nettout contact avec la réalité. Il veut l'épouser. Elle refuse. C'est la rupture. A la fin de la vie du philosophe, Lou se servira de sa relation passé, de ses écrits et lettres personnelles pour écrire un ouvrage sur Nietzsche. Ce livre sera une référence du genre qui lancera sa carrière littéraire. "Toute sa vie, elle a porté la tache d'avoir "rejeté" Nietzsche. Pas un commentateur ne lui a épargné ce grief récurrent. En fait, ce qu'on ne lui a pas pardonné, c'est d'avoir été une femme capable de comprendre la pensée de Nietzsche et de l'éclairer".

C'est à Berlin que Lou croisera celui qui sera son seul et unique époux, Andréas, dont elle associera le nom au sien, symbole fort de son attirance pour ce personnage atypique. Mais l'amour a ses raisons que la raison ignore et Lou tombera sous le charme de Rainer Maria Rilke en 1897. Quand ils se rencontrent à Munich, elle a trente-six ans. Il en a vingt et un. Le coup de foudre est réciproque. Cette relation leur sera bénéfique par-delà leur rupture, puisqu'ils auront une
influenceImage hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net positive réciproque sur leur travail. Lou acceptera de toujours revoir Rilke, longtemps après leur séparation. Ils s'écriront jusqu'à la mort prématurée du poète.

Dans les années 1912-1913, elle devient l'élève de Freud. "[...] bien que Freud n'ait jamais désiré Lou, selon ce qu'il en dit lui-même, et qu'il n'y ait jamais eu entre eux que des relations les plus chastes, on peut dire qu'il l'a tendrement aimée, et aussi qu'il a fait grand cas de son intelligence". Elle suivra les séances de travail du mercredi, réunissant les disciples du maître. Après des débuts comme romancière, Lou poursuivra une carrière de psychanalyste à Göttingen. Elle rendra hommage à Freud à travers un livre hommage qui lui tenait particulièrement à coeur "Ma reconnaissance envers Freud".

"Lou - Histoire d'une femme libre" de Françoise Giroud n'est pas vraiment une biographie au sens académique du terme. L'auteure s'en défend, car elle n'a pas recherché des détails inédits sur la vie de cette femme libre et fantasque. C'est plutôt un document sur sa
vision de la vie et ses relations avec les hommes qui ont jalonné son parcours. On y découvre une femme indépendante socialement, puisque vivant de son travail d'écrivain et Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netd'analyste, mais aussi libre morale et intellectuellement, puisque Lou Andréas-Salomé a toujours vécu comme elle l'entendait et non pas selon les diktats - nombreux - de son époque et de son milieu. C'est un petit livre qui synthétise l'essentiel de la vie de cette femme et muse célèbre et on peut regretter que certains sujets ne soient abordés que trop superficiellement. Il donne toutefois envie d'en apprendre plus sur ce personnage flamboyant.
Par Nanne
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Vendredi 4 juillet 2008
                    Rosebud - Pierre Assouline
                         (Folio n° 4675)




Livre_Rosebud.jpg"Plus de trente ans que je cherche ce Rosebud (bouton de rose) en chacun. Ce petit rien qui nous trahit en nous révélant aux autres. [...]. Un livre, un film ou un tableau, juste un regard parfois de l'autre côté de la table, ou même un sourire entre deux stations de métro, le battement d'ailes d'un papillon un soir d'été peuvent engager une vie". Rosebud, c'est tout et rien à la fois. Un vêtement, un objet, un lieu, un geste. Ou bien encore une simple trace telle une odeur délicate, un parfum, un page d'un livre, voir un mot de cette même page. Pierre Assouline a traqué toutes ces petites choses, détails infinitésimaux dans la vie de quelques grands de notre histoire.

Et de commencer la liste par Rudyard Kipling amateur de Roll Royce, dont une surnommée Duchess. L'auteur du plus célèbre poème en hommage à son fils - John - celui qui nous a enchantés avec "Le livre de la jungle", était un nationaliste forcené incitant les jeunes gens à s'engager lors de la Grande Guerre. Signe pour John Kipling de prouver à son illustre père qu'il existe autrement qu'au travers de son nom,
kipling_Son.jpg aussi brillant soit-il. Ce fils qui disparaîtra, laissant à jamais une béance dans la vie de son éminent paternel. Il ne s'en remettra jamais, et le cherchera en vain, jusqu'au bout gardant un infime espoir de le retrouver, mort ou vif. "Kipling sillonne le Pas-de-Calais dans sa "Duchess" tel un général de l'armée morte. Son fils est partout et nulle part, mais le corps manque toujours. Pas de corps, pas de tombe. Rien sur quoi fixer sa peine. Pas de pierre où s'accouder entre les prières".

Après le confort luxueux de la Duchess de Kipling en quête éternelle d'un fils à jamais perdu, c'est la canne-siège qui nous livre les secrets de son propriétaire, qui n'est autre que Cartier-Bresson. Cet ustensile de marcheur est à lui seul la synthèse du personnage. Celui du regard posé sur le monde ; celui du photographe, du peintre, du dessinateur, de marcheur invétéré, du perpétuel voyageur qu'il fût. Lui qui nous a si souvent fait vibrer, qui nous a offert tant de frissons d'émotions, se laissera submerger devant une toile de Goya. "Il ne remarque rien tant il est bouleversé. [...] Il la fixe et répète : "Il a tout compris, Goya, tout vu, tout dit, tout ..."".

Cartier_Bresson.jpgAprès l'intense chagrin de Kipling pleurant son fils aimé et l'humilité de Cartier-Bresson devant Goya, son maître, c'est Paul Célan et sa montre qui ne le quittait jamais qui nous est dévoilés. Lui, le poète de langue allemande qui s'exprimait parfaitement dans la langue de Molière. Sa montre qui est le seul lien qui l'unit à son passé, à son histoire, à ses parents massacrés. C'est tout ce qu'il a pu sauver des ruines de son existence d'avant. Avant le chaos. "La montre-bracelet s'accroche au corps jusqu'à en faire partie. Il ne l'attache pas autour du bras de l'écriture mais autour du bras du coeur, le bras des phylactères, aux lanières enroulées pour la prière du matin, le bras qui s'achève par le doigt de l'alliance".

Jean Moulin, impérissable incarnation de la Résistance, toujours représenté de son écharpe autour du cou comme un emblème de la clandestinité. Son premier geste de résistant avant l'heure, avant le grand saut dans l'Histoire, sera sa tentative de suicide dès 1940. Qui s'en souvient ? Surtout, pourquoi un tel acte de désespoir, lui qui a connu un abîme de souffrance sous la torture ? Peu importe, mais déjà le refus d'abdiquer devant l'oppression de l'envahisseur. Par cette action qui lui donne l'étoffe du
Jean_Moulin.jpg héros sans rien demander, il démontre au monde que le suicide n'est en rien une honte. Et tant pis s'il est loin de la perfection dans sa vie, dans son quotidien de préfet. Il a montré que la liberté avait un prix et qu'il était prêt à en payer le prix fort. "Jean Moulin n'en a pas honte. C'est nous qui, aujourd'hui, avons honte pour lui, nous qui lui mettons une écharpe en privilégiant cette photo à l'exclusion des autres".

Tous ont leur rosebud. De Lady Diana Spencer à Pierre Bonnard, cloîtré dans son mutisme parce
que le silence pèse parfois plus que certaines paroles, en passant par Picasso lié à une nouvelle de Balzac par la grâce d'une rue du VIème arrondissement de Paris.

Rien ni personne n'est oublié dans "Rosebud" de Pierre Assouline. Justement sous-titré "Eclats de biographies", ce livre est un recueil de détails inaccessibles au plus grand nombre d'entre nous et permettant de
réellement percevoir une parcelle de la personnalité profonde de chaque personne disséquée par Pierre Assouline. Comme toujours dans les ouvrages de cet auteur, le talent et la qualité de l'écriture sont aux rendez-vous et on se Pierre_Assouline.jpgdélecte de ses fragments qui ont une place centrale dans l'existence de chacun d'eux. "Rosebud" nous parle de ces instantanés fondamentaux qui les dévoile au public. Un détail quand même sur ce livre. On a parfois du mal à trouver le fil conducteur entre les chapitres construits comme autant de biographies. On se perd dans la profusion des détails, dans les allusions de l'auteur, très cultivé. On a du mal à comprendre où il souhaite nous amener. C'est dommage, car "Rosebud" reste quand même un bon livre qui nous apprend beaucoup après l'avoir refermé.
Par Nanne
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Dimanche 2 mars 2008
                       Vive la sociale ! - Gérard Mordillat
                                       (Points n° 1383)



Fichier hébergé par Archive-Host.com"Je suis le dernier des Mohicans, le dernier vrai parisien. J'ai toujours vécu dans le XXe arrondissement, comme avant moi mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père et le père de celui-ci. Belleville et Ménilmontant sont mes quartiers de noblesse. Depuis cinq générations, la famille loge au 6ème étage d'un immeuble gris, au carrefour de deux rues dont l'une porte le nom d'un psychiatre. En se penchant à la fenêtre, on peut voir : à gauche, le rocher du zoo de Vincennes, à droite la basilique du Sacré-Coeur, devant, le four crématoire du Père-Lachaise ... Que serait Paris sans le XXe arrondissement ?".

Qu'on se le dise et le répète, le XXe arrondissement de Gérard Mordillat n'est pas un quartier comme les autres. C'est un état d'esprit. Les personnages de cet arrondissement sont tous pittoresques, à commencer par sa famille. La grand-mère paternelleFichier hébergé par Archive-Host.com - veuve de guerre - posant pour des cartes postales ; le grand-père maternel jouant du cornet à pistons dans l'orchestre du cirque Barnum ; des oncles maternels et paternels rejetant tout et n'importe quoi en vrac : les curés, l'armée, la police, les propriétaires et les cons. Sans compter ses propres parents. "Papa était communiste, mon frère socialiste, maman anarchiste. Il semblait normal que je sois un peu des trois".

Dès sa naissance, la "solidarité socialiste" s'est imposée d'elle-même. Le père l'a déclaré sous le nom de Mao, hommage au grand Timonier. L'employé de mairie le changera en Maurice? Par réaction, la famille le surnommera "Momo". Chez Maman Cube, sa nourrice, Momo entend parler pour la première fois de Jésus, du Paradis et de l'Enfer ? Momo ne croit pas à ces calambredaines. "Pour moi le monde était simple, partagé entre les cocos et les cathos, et les filles qui constituaient une catégorie à part". Momo ira - tout au long de sa vie - de découvertes en engagements
Fichier hébergé par Archive-Host.comsociaux. A douze ans, il découvre les grands boulevards. A quatorze ans, les Champs Elysées. C'est un autre monde qui s'ouvre à lui. Plus grand. Plus riche. Pas nécessairement plus beau puisque, toujours, il reviendra dans son XXe arrondissement. Il participera à son niveau - et non sans fierté - à la grande cause de l'école laïque, sous une banderole "La girafe au zoo, Debré au poteau". Autre combat, autre temps avec Mai 68. Momo accèdera à la postérité dans le quartier grâce à une échauffourée au Quartier Latin. Il sera filmé par la télé avec Pater et Vantou - ses inséparables comparses - alors qu'ils entonnaient li'Internationale le poing levé. "Le lendemain, nous étions fêtés dans le quartier et fichés à la préfecture. Parisiens, polyglotes et révolutionnaires, le complot international, c'était nous".

A propos de la télé, son arrivée dans l'univers de Momo a transformé son quotidien. Désormais, ses parents se chamaillaient pour les programmes télé. Seule la lecture des programmes devenait le juge impartial,
apte à trancher les querelles familiales. "Mes parents ne se disputaient plus pour la politique, la religion, les services de vaisselle ; ils se disputaient désormais pour savoir s'il fallait, oui ou non, couper la télé dès que le grand Charles y apparaissait, s'il fallait conserver aux films leurs titres originaux ou prendre le titre français [...]. Plus ilsFichier hébergé par Archive-Host.com se disputaient, plus ils perdaient le fil de l'histoire qu'ils voulaient suivre et ils se disputaient de plus belle, accusant l'autre d'être incapable de se taire".

En choisissant délibérément de lire un livre de Gérard Mordillat je savais ce que j'allais y trouver. Surtout dans "Vive la sociale !". Et j'ai été servie. C'est un livre qui sent bon les choses simples de la vie, le passé heureux même s'il n'est pas opulent, le bonheur de partager le peu que l'on possède et tout ce que l'on n'aura jamais, mais qui ne manquera jamais à personne. C'est un livre jubilatoire, plein de joie, d'humour, d'amour, de plaisir sur l'enfance d'un auteur qui a su garder une âme libre. Il nous invite à vivre son quartier, de Belleville à Ménilmontant le temps de sa lecture. On a juste envie d'y rester ... après.
Par Nanne
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Jeudi 24 mai 2007

   Il fait beau à Paris aujourd'hui - Fred Uhlman (Stock Cosmopolite)

Bon d'accord. Une fois encore je n'ai pas fait preuve d'une originalité extrême pour le titre de ce post. Mais, que voulez-vous, c'est le seul qui me soit venu à l'esprit à la lecture de l'autobiographie de Fred Uhlman. Remarquez, en y pensant bien, cela rappelle les phrases sibyllines que Radio Londres envoyaient aux résistants pour les alerter d'un risque, les prévenir d'un parachutage, leur confirmer une opération de sabotage. J'ai préféré paraphraser un roman de Klaus Mann qui traîte d'un sujet similaire, à savoir la fuite en avant de tous ceux et celle qui ne voyaient en Hitler que le début d'ennuis beaucoup plus graves et inquiétants, et préféraient être des étrangers en transit ailleurs que de futurs martyrs dans leur pays. L'avenir leur a prouvé qu'ils avaient eu du nez, de l'intuition, un sixième sens ...

Fred Uhlman, tout le monde le connaît pour - au moins - un seul et unique roman : "L'ami retrouvé". Avec "Il fait beau à Paris aujourd'hui", il nous raconte sa vie, qui ressemble étrangement à celle de Hans Schwarz. De là à voir Fred Uhlman dans Hans Schawrz, il n'y a qu'un pas. Vite franchi.

Fred Uhlman est né à Stuttgart dans une famille juive, intégrée et bourgeoise. Son enfance, paisible et heureuse, entourée de parents qui se détestent cordialement et passent leur temps à se chamailler pour des riens, lui fait néanmoins découvrir la notion d'antisémitisme. C'est en entrant au jardin d'enfants et à l'école privée de Herr Stäbler qu'il devient un parfait petit antisémite. "J'étais le seul élève juif et mon père décida que payer un rabbin pour m'enseigner la religion était gaspiller de l'argent. "Jésus ne peut faire de mal", disait-il. C'est ainsi que, pendant trois ans, je reçus une éducation chrétienne. A l'encontre de mon père, Herr Stäbler était tout à fait sérieux en matière de religion. Tous les matins, il jouait de l'orgue et parlait de Crucifixion avec une passion telle qu'il fit de moi un vrai petit antisémite". Son entrée au Gymnasium Eberhard-Ludwig lui fait fréquenter toutes les catégories sociales. Il y rencontrera Constantin Von Neurath, fils du futur ministre des Affaires Etrangères sous Hitler. Fred Uhlman poursuit des études classiques, sans avoir vraiment de perspectives d'avenir, contrairement à ses camarades de classe. "Ils semblaient n'avoir ni doutes, ni hésitations, ni craintes. Moi seul était perpétuellement dans la lune. Je vivais dans un rêve".

La fin de la Première Guerre Mondiale est vécue comme une honte, une horreur, un mensonge, lui qui se considérait d'abord comme un Allemand. Sa condition de Juif n'était qu'un accident de naissance. "Je me rappelle encore les sentiments que j'éprouvais alors : saisissement, horreur, et une colère sauvage contre le gouvernement, le Kaiser et toute la vieille génération, parents et professeurs tout aussi bien, qui, je le sentais, nous avaient raconté des mensonges et étaient responsables de la guerre".

A travers tous les bouleversements qui vont suivre les conditions de l'Armistice, Fred Uhlman se décide à devenir avocat. Après ses études, il décide de jouir de la vie avec la paix enfin assurée et la stabilisation de la République de Weimar. Ses premiers dossiers juridiques concernent surtout des règlements de compte entre ivrognes, à grands coups de chopes à bière, de braconnage et autres menus larcins. Les élections de 1930 voient l'apparition de députés nazis et la grande désillusion de Fred Uhlman concernant ses compatriotes. "Je n'avais pas cru que des millions d'Allemands, qui citaient Goethe et Schiller et dépeignaient si fièrement leur pays comme un pays de poètes et de penseurs, pourraient se laisser séduire par un tel méli-mélo d'absurdités, la "diarrhée d'idées confuses" d'un Hitler". Le jour où il reçoit comme message "Il fait beau à Paris aujourd'hui", Fred Uhlman décide de fuir, pour vivre. Il ne reverra jamais plus ni ses parents, ni sa soeur Erna, ni le Stuttgart d'avant-guerre. Direction Paris, ville lumière, ville des artistes. Il fera du Dôme son quartier général. Pour survivre dans un Paris qui commence à recevoir toute la misère d'Europe fuyant son funeste destin et le retardant - pour certains - de quelques années seulement, Fred Uhlman se fera peintre poète, vendeur de poisssons exotiques.

Après son séjour parisien, il part pour la Costa Brava - Tossa del Mar - en 1936. Le village est rempli de réfugiés allemands ayant trouvé un coin de paix. Mais, là encore, la guerre menace. Au cours de son séjour ibérique, Fred Uhlman rencontrera l'amour, sous les traits de Diana Croft, fille d'un parlementaire anglais. Au lieu d'un engagement dans les Brigades Internationales, il partira rejoindre sa belle dans les brumes de Londres. Mais la guerre le poursuit, même en Angleterre. Des tribunaux sont créés pour vérifier la loyauté des étrangers et débusquer les espions. Dêchu de sa nationalité, il est interné dans un camp pour réfugiés politiques. Il y rencontrera tout un assemblage d'individus divers et variés, allant de personnes âgées ne parlant que le yiddish à une collection complète de professeurs d'université prestigieuses et de renom international. A sa sortie, Fred Uhlman s'engage dans la défense passive et reprend ses activités de peintre naïf.

Dans "Il fait beau à Paris aujourd'hui", on assiste au préliminaire de "L'ami retrouvé". Il y a de nombreuses similitudes de lieux, d'atmosphères, de sentiments, de faits. C'est plus une autobiographie destinée à exorciser une culpabilité dont il n'a pu se déparer : celle de n'avoir pu sauver ni ses parents, ni sa soeur de la catastrophe annoncée, qu'une hagiographie racontant comment il a sauvé sa propre existence. "Si j'ai écrit ce récit de ma vie, ce n'est pas parce que j'avais à rendre compte de faits exceptionnels, mais parce que c'est l'histoire d'un homme moyen et de son époque, un homme qui, pris dans l'un des ouragans les plus furieux de l'histoire, a survécu à un désastre qui a englouti des continents entiers et des millions d'êtres meilleurs mais moins fortunés que lui". Tout est dit.

Par Nanne
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Vendredi 6 avril 2007

Marlene Dietrich - Jean Pavans (Folio biographies 24)

"Marlene Dietrich, on ne s'en rend peut être pas encore assez compte, est la personnalité féminine qui aura dominé ce 20ème siècle qui fut en politique dans le monde occidental celui de l'hitlérisme, en art celui du cinéma, et en sociologie celui de la libération féminine. Dans chacun de ces domaines, Marlene Dietrich a joué un rôle important. [...]. Marlene Dietrich est devenue un mythe. Y était-elle prédestinée ? La vie, le destin, les mythes tiennent souvent à peu de choses". J'avoue une fascination particulière pour cette artiste que je juge être l'une des plus belles femmes du 20ème siècle, avec Greta Garbo, Marylin Monroe. Elle possède à la fois la beauté d'un physique parfait, et un charme érotique indéniable, dont sa voix rauque est l'une des composantes.

Née berlinoise, d'une père officier militaire et coureur de femmes, Maria Magdalena Dietrich - surnommée Lena ou Paul par sa mère qui souhaitait un garçon - créera le pseudonyme de Marlene par la contraction de son prénom, dès 1914. Celle qui n'est pas encore Marlene, mais déjà une adolescente à la beauté envoûtante, multiplie les flirts avec les hommes, et fait une cour passionnée aux femmes. Toute sa vie, Marlene Dietrich jouera sur le registre de son charme ambigu et androgyne. "Et son allure androgyne en frac masculin, si chargée d'impact érotique et railleur pour son lancement aux Etats-Unis, en 1930, n'est pas une nouveauté de "Morocco". Elle l'exhibe dans les fêtes berlinoises, et une remarquable photo [...] fixe son charme équivoque [...]".

Très jeune, Marlene étudie le violon, au point de vouloir faire une carrière de musicienne. Ce rêve sera abandonné après un accident de la main. Qu'à cela ne tienne, elle deviendra donc actrice. En 1925, la MGM lance une jeune actrice de dix-neuf ans : Greta Garbo. La Paramount, son concurrent direct, cherche qui pourrait égaler cette dernière en beauté et en talent. C'est Joseph Von Sternberg, réalisateur allemand travaillant aux Etats-Unis, qui va découvrir Marlene Dietrich dans un cabaret berlinois, et faire d'elle le mythe qu'elle deviendra. Ils tourneront ensemble sept chefs d'oeuvre du cinéma hollywoodien de l'entre-deux-guerres, dont celui qui lancera Marlene Dietrich L'ange bleu. "Marlene Dietrich sera donc la complice, la comparse, la collaboratrice idéale, en étant révélée par "L'ange bleu" à son propre pouvoir érotique, ou plus exactement à sa capacité d'irradier visuellement ce pouvoir". C'est avec un naturel et une aisance époustouflants que Marlene Dietrich tiendra le rôle de Lola Lola, face à un acteur allemand de renommée internationale : Emil Jannings. Les rapports entre les deux acteurs ne seront pas de tout repos.

Marlene Dietrich est confirmée dans sa gloire future par accueil du public fait à L'ange bleu, lors de sa sortie officielle. Aussi étrange que cela puisse paraître, Marlene Dietrich n'a jamais eu l'ambition de devenir une star, mais elle était fascinée par le processus de la création. Une fois sa position de star assurée, Marlene Dietrich décide de faire venir sa petite fille aux Etats-Unis, passant outre à l'opposition des studios, qui refusaient de la voir star et mère. C'est lors d'un séjour en Angleterre, en 1934, qu'elle est approchée par l'ambassadeur d'Allemagne pour représenter le régime nouvellement en place. Pour ménager les susceptibilités et éviter de graves problèmes à sa famille, Marlene Dietrich impose comme condition de ne travailler qu'avec Joseph Von Sternberg, né Juif. Il s'ensuivra une campagne de calomnies qui durera jusqu'aux années 1960.

En 1937, pour consolider son refus du nazisme, elle demande la nationalité américaine, qui lui sera accordée le 6 juin 1939. Elle participera au comité d'accueil des rescapés du nazisme, juifs ou non, faisant des tournées pour vendre des bons de guerre. Marlene Dietrich s'investira à fond dans l'effort de guerre. "Plus que jamais, elle fait épanouir sa double nature, idéale et terre à terre, présente et distanciée, virile dans la séduction, féminine dans l'abnégation [...]".

En 1944, Marlene Dietrich s'engage dans les USO (United Service Organizations) - Théâtre aux Armées. Elle part pour l'Afrique du Nord où elle rejoindra Jean Gabin, l'un de ses grands amours. Puis sera envoyée en Italie. C'est à cette époque qu'elle adopte et adapte une chanson d'origine allemande - Lili Marlene - devenant ainsi l'hymne des soldats, alliés et ennemis. En 1945, elle revient en Allemagne et retrouve sa soeur Liesel à Bergen Belsen - le camp de concentration - où le mari de celle-ci dirigeait le cinéma et la cantine de l'armée. Dépitée, déçue, Marlene Dietrich niera désormais jusqu'à l'existence de cette soeur qui s'est fourvoyée avec le Parti.

La guerre terminée, Marlene Dietrich va commettre quelques erreurs de jugement pour sa carrière, chose rare pour être soulignée. D'une part, elle refuse de mettre dans son répertoire international Les feuilles mortes de Prévert et Kosma, écrite pour elle à l'origine. D'autre part, elle repousse le rôle de la Princesse dans Orphée de Jean Cocteau. Hormis quelques films de plus ou moins bonne qualité, Marlene Dietrich se consacrera à des tours de chant dans le monde entier. Lors de sa tournée en Israël, elle est ovationnée lorsqu'elle chante en allemand, tabou jusqu'alors sur scène. En 1975, alors qu'elle se produisait sur scène à Sydney, Marlene chute au moment du salut et se casse le fémur. Cet accident qui l'immobilise pour de longues semaines met un terme à sa longue et belle carrière.

Désormais, elle vivra en recluse dans son appartement parisien de l'avenue Montaigne. Elle écrira des poèmes en anglais, en allemand et en français, les trois langues des pays qu'elle affectionnait.

Comme un dernier salut, une dernière élégance, elle décède le 6 mai 1992, veille de l'ouverture du Festival de Cannes dont l'image officielle était une photo sublime de Marlene Dietrich dans "Shanghaï Lili", film de Joseph Von Sternberg.

Cette biographie nous raconte l'histoire d'une femme à la personnalité puissante, qui a forgé sa légende et qui a lutté pour préserver ses idéaux. Jean Cocteau disait d'elle "que son nom commençait comme une caresse et se terminait comme un coup de fouet". C'est une biographie captivante et riche de détails, particulièrement pour les lecteurs cinéphiles, qui retrouveront Marlene Dietrich au travers de ses plus grands films. On l'entend même parfois fredonner ses chansons, si belles, si puissantes. Mais, il faut dire que j'ai beaucoup d'imagination !!!

Par Nanne
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