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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Essais, critiques

Vendredi 19 septembre 2008
        La Pleurante des rues de Prague - Sylvie Germain
          (Folio n°2590)



Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net"Elle est entrée dans le livre. Elle est entrée dans les pages du livre comme un vagabond pénètre dans une maison vide, dans un jardin à l'abandon. Elle est entrée, soudain. Mais cela faisait des années déjà qu'elle rodait autour du livre. Elle frôlait le livre qui cependant n'existait pas encore, elle en feuilletait les pages non écrites et certains jours, même, elle a fait bruire imperceptiblement ces pages blanches en attente de mots".

Ainsi débute les premières apparitions de la Pleurante. On ne sait rien ou bien peu de choses sur elle. Elle erre dans les livres, au gré des rues et des vieux quartiers empreints d'histoires grandes ou petites. Elle est aussi bien mot que bruit ou encore murmure. La Pleurante recueille les âmes des morts qui se sont perdues et vont ça et là, à travers les rues de la ville et à travers le temps infini.

Bien que la Pleurante se fasse rare dans ses démonstrations, dès qu'elle surgit furtivement, ou
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netpour plus longtemps, les lieux gardent sa présence indélébile. "Elle ne s'est montrée que peu de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois sa présence fut extrême. Une vision liée à un lieu, émanée des pierres d'une ville. Sa ville, - Prague. Jamais elle n'a paru ailleurs [...]". A peine apparue, la Pleurante s'évanouit des lieux qu'elle investit. Pour ceux qui la croisent, elle marque leur mémoire à jamais.

La Pleurante n'a pas de visage, pas d'apparence propre, même si elle prend la forme d'une femme sans âge pour ceux qui l'aperçoivent. Elle ne possède pas de visage, parce qu'elle est pluriel. Ses traits renferment les portraits des habitants de Prague et il est à la confluence de toutes les larmes, de tous les chuchotements de la ville, de toutes les douleurs de l'histoire de cette cité. "Ce sont ces larmes d'inconsolés qui bruissent dans le grand corps immatériel de la Pleurante des rues de Prague, et ces inconsolés sont aussi bien des vivants que des morts".

Car la Pleurante de Prague sait ranimer les voix du passé, de l'histoire, des
mots. Dans un tourbillon de vent, elle peut d'un coup faire remonter en surface des voix que l'on croyait définitivement tues, des voix avec des mots détruits, oubliés, endormis, cachés dans les maisons désertées. Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net"Elle recèle tant de noms dans les replis de sa robe effilochée qu'ils pourraient, tous ces noms, former un peuple. Comme les noms gravés sur les murs des mémoriaux".

A Prague, où elle vague parmi les ombres du passé, la Pleurante peut se manifester dans n'importe quel lieu, à n'importe quel instant du jour ou de la nuit. Il n'est pas de saison, pas d'endroits, de places, de carrefours, qui lui soit interdit.

"La Pleurante des rues de Prague" de Sylvie Germain nous invite à revivre l'histoire de Prague, ville magique s'il en est. La Pleurante est l'âme de cette capitale, l'icône de sa vie intellectuelle et l'incarnation de toutes les souffrances - grandes et petites - passées. On suit cette évanescence le long des rues, au hasard des faubourgs, dans les immeubles délaissés, dans les friches, le long du fleuve. On ne saura jamais si cette Pleurante - frêle apparition - est un songe issu de l'imaginaire de cette auteure douée ou une réalité vécue. A-t-elle été vue par ceux et celles qui prennent réellement le temps d'apprendre à connaître Prague ? Nul ne le saura jamais. Et c'est très bien, puisque l'on peut laisser son imagination errer le long des pages et se laisser entraîner dans cette quête effrénée à la recherche de la Pleurante de Prague. Ce dont on est
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net sûr, par contre, c'est que ce livre ne laisse pas indifférent. A mi-chemin entre le roman d'amour pour une ville et de l'essai en prose, "La Pleurante des rues de Prague" est la synthèse des douleurs engendrées par la fin d'un amour, par la disparition d'êtres chers et proches. L'écriture est rare et superbe, comme un poème en prose, aérien. Elle aide à surmonter la tristesse qui se fait jour derrière les mots.
Par Nanne
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Vendredi 20 juin 2008
      La Mémoire courte - Jean Cassou
       (Mille et une nuit n° 314)



"L'homme est avant tout mémoire, qui lui explique son passé et l'éclaire sur le choix de son avenir, bref dessine son destin. Il le sait bien, le poète en prison, dépouillé de tout sauf de sa mémoire, et qui se reconstitue par coeur. De même en est-il des peuples qui agissent selon le cours de leur mémoire collective et font leur histoire. Et l'homme écrit ses mémoires, qui sont aussi celles de son temps et de son peuple".

Cet essai sur la notion de Résistance est écrit en 1953 par Jean Cassou, alors que se pose la question de l'amnistie des collaborateurs du régime de Vichy. Dans cette étude, Jean Cassou - poète, écrivain, fondateur du musée d'Art moderne et un des premiers résistants - pose la question cruciale, fondamentale sur la part de responsabilité des peuples dans les régimes mis en place. Selon lui, il est impératif qu'une nation se pose la question de son implication dans les grands moments de l'Histoire dès que les circonstances l'imposent. Selon lui, le comportement de la population est la caractéristique principale d'une nation. Et de prendre l'exemple - mais est-ce un hasard ? - de l'Allemagne. "Un peuple tout entier ramassé dans l'affirmation de son trait le
plus pervers, en l'occurence le sadisme. Mais peut-être ce peuple n'a-t-il que des traits pervers, peut-être est-il tout perversité. On inclinerait à le croire, tant il a mis de fureur et d'unanimité à se vouloir race, c'est-à-dire à marquer sa différence".

Selon l'auteur, les Allemands auraient pu imposer un gouverneur à la France vaincue. Au lieu de cette contrainte, la France a préféré récupérer un vieux maréchal, vainqueur de Verdun, flattant notre débâcle honteuse comme une victoire, faisant ainsi vibrer une corde particulièrement sensible de nos défauts : la bêtise. Et le plus grand des crimes commis par un peuple et son régime reste l'inertie. Pire encore que la lâcheté, elle est le consentement et l'acceptation silencieuse de tout ce qui se fait, s'organise. Mais pour Jean Cassou, les vrais responsables sont encore à chercher ailleurs. "Mais je prêtends que plus responsables encore, et plus ignominieux dans la responsabilité, ont été les autres, les tièdes, les vagues complices qui s'en lavaient les mains, ceux du laisser passer, laisser faire, ceux qui ont accepté Vichy, comme ça, comme tout le monde, et en somme c'était tout le monde, puisque c'étaient toujours les autres et que les autres laissaient faire les autres en disant : bagatelle ! Bagattelle pour un massacre. Ils disaient aussi que la France allemande ça vaut mieux que la France juive".

Heureusement, face à l'inertie, à l'attente et à la passivité, voire à la collaboration franche et ouverte, est mis en exergue la notion, l'essence même de la Résistance. Pour l'auteur, La
Résistance est un bloc ; elle a été une révolte intérieure, personnelle et morale de chaque individu, de chaque groupe engagés. Tous ont soutenus la Résistance pour des raisons diverses et variées : politiques, morales, religieuses. Pour chaucn d'eux, l'expérience de la Résistance a été unique et une. Elle est devenue un style de vie, une autre façon d'exister, d'être - différemment - et de s'inventer une nouvelle histoire. Cette période, par son caractère unique, a été tout à la fois iréelle et hétérogène, voire quasiment incommunicable. Pour certains, la Résistance a été une aventure ; pour l'auteur : un bonheur !!

Et par-delà les vivants, il y a aussi les autres : ceux qui ont tout donné, jusqu'à leur vie. Ceux-ci ont été jusqu'au bout de leur engagement, le payant de leur vie : "Tous les morts, tous, jeunes et vieux, hommes, femmes, enfants, savaient ce qui se passait. Car il s'était passé quelque chose. Il s'est passé quelque chose et il s'est trouvé un certa in nombre d'hommes pour le voir et le savoir, et qui pour cette science irréfutable ont donné leur vie". Un immense regret pour cet auteur : que la Résistance soit passée de la pensée à la réalité vraie mais que celle-ci n'est pas perdurée au-delà de la Libération, que ses espoirs en une autre Société ne se soit pas concrétisée.

"La Mémoire courte" de Jean Cassou est un pamphlet pour le moins virulent, acide, acéré, incisif,
cynique même. C'est une réponse à un écrit de Jean Paulhan, autre résistant et écrivain. L'auteur se libère d'un poids : celui de dire - à tous les Français - leur lâcheté, a priori  et a posteriori, alors que certains collaborateurs revenaient de leur exil en France sans jamais avoir été inquiétés. Le procès de la conscience  collective n'a jamais été réalisé selon lui, qu'il considère comme supérieur à tout autre forme de jugement. Il revient aussi sur le rêve d'une société nouvelle, issue des aspirations des organisations et mouvements de Résistance et formalisées au sein du Comité National de la Résistance. "La Mémoire courte" heurte parfois le lecteur, car cet essai nous revèle tel que les Français se sont vraiment comportés et non pas comme ils auraient aimé être. Ce livre est une dure réalité de notre Histoire et nous rappelle que le devoir de mémoire est - encore - un acte de résistance comme les méfaits du temps. Cet ouvrage est à rapprpcher du documentaire de Marcel Ophuls, "Le Chagrin et la Pitié".
Par Nanne
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Lundi 5 novembre 2007

                       Vienne 1900 - Michael Pollak (Folio)




"En 1900 Vienne n'a depuis longtemps déjà, plus de palce centrale parmi les capitales européennes. Face à Paris, à Londres et même à Berlin, Vienne est en 1900 une métropole européenne en voie de provincialisation. Parmi les grandes puissances, la position de l'Autriche-Hongrie est secondaire sans être encore reléguée au statut d'une puissance périphérique. Vienne joue ainsi le rôle d'une métropole à la marge de celles "où les choses se passent"".

Vienne est une ville au charme incontesté, mais suranné. A la confluence d'un empire immense qui s'étend des frontières de l'Occident à celles de l'Orient, elle a toujours donné l'impression d'être une capitale aux pieds d'argiles. Et du point de vue artistique, l'Autriche accuse un retard important dans la production littéraire, au milieu du 19ème Siècle. L'autre capitale germanophone - Berlin - symbolise, dès cette époque, le dynamisme, l'avenir. Paris est invoquée par les artistes viennois comme un modèle, entre traditions et modernité. 

Pour être reconnus et diffusés, les auteurs autrichiens n'ont souvent d'autres choix que celui de se faire imprimer dans les grandes villes allemandes : Leipzig, Iéna ou Berlin. "[...] les écrivians viennois se sentent en même temps dominés sur le marché allemand pour lequel ils doivent produire. [...] ils doivent soit se contenter du marché local, soit s'adapter aux moeurs qui régissent l'accès à un système de production et de diffusion qui les assimile à une communauté linguistique, sans reconnaître leurs différences culturelles spécifiques". Dans ce particularisme autrichien, Richard Wagner - en se faisant le chantre du pangermanisme - va jouer un rôle de diviseur du milieu culturel artistique et intellectuel viennois.

Mais ce bouillonnement intellectuel et les problèmes de diffusion provoquent malgré tout une flambée des organes de presse, comme moyens d'expression. La Neue Freie Presse, journal le plus important dans lequel se retrouveront toutes les grandes plumes littéraires autrichiennes, va transcrire et représenter la pensée de l'opinion publique en cette fin 19ème. La presse va développer un genre nouveau et particulier, permettant à de nombreux écrivains de se faire connaître du grand public : le feuilleton. Il faut savoir qu'avant l'explosion du journalisme et la fin de la censure de l'empire, la plupart des écrivains officiels étaient des fonctionnaires, souvent de souche aristocratique et liés à la cour. Ils seront à l'origine de la conception de l'art pur qui produit en fonction de ses idées. "Dans une tradition qui fait d'abord de la littérature un instrument de propagande et d'éducation, le théâtre reste le genre privilégié de tous les écrivains. Ceci vaut en particulier pour les écrivains-fonctionnaires venus de la haute bourgeoisie [...]". La lutte des cates qui prévaut dans la société, existe aussi dans le milieu intellectuel et artistique. La création de Cercle de bistrot - préfigurant les cafés littéraires viennois -permet de rapprocher les écrivains-fonctionnaires et les auteurs populaires exclus de la haute société. 

Au centre de cette société civile et intellectuelle se situe la communauté juive viennoise. Les intellectuels juifs vont s'engager dans la voie politique de la sociale-démocratie, dont Sigmund Freud, Gustav Mahler et d'autres. Elle sera l'héritière des valeurs intellectuelles libérales autrichiennes, bien qu'à cette époque la notion d'antisémitisme n'existe pas encore. Pour le désigner, le terme mangeur de Juifs est utilisé. Mais chaque artiste juif a conscience que si l'empire éclate - ce qui ne saurait tarder, vu les revendications nationalistes des uns et des autres - la communauté sera menacée au-delà de sa seule identité sociale. Les divisions internes vont empêcher une réaction unanime qui aurait pu rétablir un sentiment d'identité. "Ce problème d'identité est particulièrement aigu parmi les étudiants et intellectuels qui avaient souvent été les plus fervents défenseurs de la culture germanique, une attitude que l'antisémitisme rend problématique. A la difficile gestion d'une double identité autrichienne et allemande s'ajoute celle d'être juif". C'est Théodore Herzl - journaliste couvrant l'Affaire Dreyfus pour la Neue Freie Presse - qui prendra conscience de l'ampleur du drame qui se prépare et créé le Sionisme politique.

Le début du 20ème Siècle coïncide avec une tentative de renouveau politique de l'empire, de plus en plus fragilisé.  L' art moderne est vu comme le ciment symbolique de l'unité artistique et national. L'avant-garde intellectuelle et artistique se regroupe au sein du Jung Wien. Le changement est surtout marqué dans la production théâtrale. Après un déclin du théâtre populaire, celui-ci redevient un lieu de vie culturelle viennois. De même, la nomination de Gustav Mahler comme directeur d' Opéra inaugure une décennie glorieuse. La critique ne s'y trompe pas, qui exalte la naissance d'un art autrichien. "Dans les journaux, la critique viennoise exlate l'éclosion d'un art véritablement autrichien, cosmopolite, opposé aux nationalismes. A travers l'exploration psychologique, cet art est appelé à créer un homme nouveau, à inventer l'âme autrichienne". 

"Vienne 1900" de Michael Pollak peut apparaître - pour de nombreux lecteurs - comme un livre sec, aride, difficile à aborder. Or, malgré les apparences, il n'en est rien. L'auteur a voulu présenter une capitale européenne peu - ou pas - connue pour sa production artistique et intellectuelle. Elle a vécu dans l'ombre d'une autre capitale - Berlin - centre de la culture de langue allemande, qui l'a privée de ses éléments les plus brillants. A travers cet essai, on perçoit toute la complexité d'une capitale provinciale, au coeur même d'un empire instable et aux revendications multiples de la part des états le composant.

Vienne a néanmoins été un des berceaux de la modernité et de la fécondité intellectuelles, à commencer par la psychanalyse de Freud, le Sionisme de Herzl, les ouvrages de Stephan Zweig ou d'Arthur Schnitzler, la poésie de Rilke, la musique de Mahler ou encore les peintures de Klimt.

 

 

Par Nanne
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Jeudi 23 août 2007

   Le bonheur en Allemagne ? Michel Tournier 
   (Folio 4366)


"Franchement, je me félicite d'être né en 1924, la même année, rappelons-le, que Paul Newmann, Charleton Heston, Marlon Brando, Charles Aznavour et Roland Petit, un fameux cru en vérité. Avoir vingt ans en 1944, quand la guerre est terminée, quand l'Europe n'est qu'un tas de ruines fumantes, certes, mais ouverte tout grande à toutes les promesses de reconstruction et de création, quel beau cadeau du destin !".

Michel Tournier est un auteur que j'apprécie pour la plupart de ses oeuvres, et nous avons en commun le même amour pour l'Allemagne. Dans "Le bonheur en Allemagne ?", il nous fait part de ses sentiments pour un pays qui a été tout à la fois notre pire ennemi durant de longues décennies, et notre meilleur allié depuis 1945. Les temps et les personnes changent !

Issu d'une famille de germaniste, dès sa petite enfance, Michel Tournier effectue des séjours prolongés au pays de Goethe et de Kant. S'il aime ce pays, il en va tout autrement concernant la langue, pour laquelle il éprouve les pires douleurs de l'apprentissage. La fin de la guerre lui permet de partir faire ses études de philosophie à Tübingen. "L'Allemagne n'était qu'un monceau de ruines, et d'ailleur elle n'existait plus comme Etat. Elle se réduisait à quatre "zones d'occupation" gouvernés chacune par un gouvernement militaire - américain, soviétique, anglais et français. Nous étions une dizaine d'étudiants français, parmi lesquels Claude Lanzmann et pour peu de temps Gilles Deleuze". 

Avec le regard tendre que lui inspire ses réflexions personnelles, Michel Tournier revient sur la notion de couple franco-allemand. Si, pour lui, l'action politique est de domaine réservé de la France, la production intellectuelle - quant à elle - est le pré carré de l'Allemagne. L'une compense l'autre depuis l'Ancien Régime et la Révolution. "Le corps et l'âme. Telles semblent être la France et l'Allemagne en ces soixante années mémorables et fondatrices. La France agit sans penser, l'Allemagne pense sans agir". 

De même, il constate que les vertus dont se targuent ces deux pays sont celles qui leur font - souvent - défaut dans la réalité. Ainsi, les prétentions d'ordre, de méthode, d'efficacité et de travail dont se vantent les allemands, ne sont pas toujours aussi réelles que cela. On est parfois surpris de voir les magasins fermés le samedi, jour d'affluence en France !! Les français ne sont pas plus épargnés. Eux qui revendiquent l'esprit, la finesse, la légèreté, sont des qualités que l'on rencontre dans les oeuvres allemandes, qu'elles soient musicales, littéraires ou artistiques.

Pour ce pays qui a vécu - parfois par ricochet - tous les affres de l'histoire, depuis la honte de l'Armistice de 1918 et ses conséquences économiques, en passant par l'échec de la République de Weimar et le contrecoup de la crise de 1929, la montée du national-socialisme et l'amer défaite de 1945 sur un champ de ruines, puis la scission du pays en deux, son destin est d'aller au paroxysme de tout.

"Le bonheur en Allemagne ?" est une agréable balade dans un pays souvent mal connu - voire même - encore méconnu de la plupart d'entre nous. On a trop souvent une image réductrice d'une certaine Allemagne, revêche, querelleuse, agressive, parfois violente. C'est s'attarder sur une infime part de son histoire et la regarder sous un prisme déformant. Heureusement pour nous, l'Allemagne n'est pas que cela. C'est aussi la patrie des plus grands philosophes, de grands musiciens classiques et de non moins grands auteurs. 

"En vérité, l'Allemagne continue à me valoir - comme du temps de mon enfance, de ma jeunesse, de mon âge mûr - des tristesses et des joies, des blessures et des fleurs, des pertes irréparables et des richesses immenses".

Par Nanne
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Lundi 19 février 2007

L'Affaire 40 / 61 - Harry Mulisch (Arcades Gallimard)

"On ne m'a pas demandé de faire ce reportage, j'ai proposé de le faire, l'affaire Eichmann me concerne plus que je n'en ai conscience ; ce lien va au-delà d'un quelconque lien thématique avec d'autres ouvrages que j'ai écrits ou que j'écrirai : à travers mon travail, elle me guide dans ma quête d'une réponse".

J'ai souvent l'occasion de dire que rien n'est dû au hasard. Dans ce sens, je suis entièrement d'accord avec la phrase d'Harry Mulisch. Je connaissais - comme beaucoup de lecteurs - cet auteur néerlandais. Je dois dire que j'apprécie particulièrement sa plume trempée dans l'acide, son ironie mordante. Mais ce qui m'attire le plus dans ses livres, c'est la profondeur même de ses réflexions, la méticulosité de ses recherches, la précision de ses remarques. Bref, c'est un auteur contemporain que j'admire réellement et incontournable dans notre paysage littéraire.

Seulement, pour "L'Affaire 40/61", force m'a été de constater que cet essai m'a - quelque peu - secoué. Le sujet en lui-même n'est déjà pas évident à aborder. Quand se surajoute un questionnement moral - inévitable dans ce cas - sur la notion du mal, cela devient une lecture introspective. A mon tour, j'ai cherché dans la vie d'Harry Mulisch le lien entre la 2ème Guerre Mondiale - si présente, voire prégnante tout au long de son oeuvre - et son histoire personnelle, intime. "L'Affaire 40/61" n'est pas un essai gratuit, forfuit ou anodin. On ne suit pas le procès Eichmann en 1961 parce que c'est le procès du siècle. Harry Mulisch a vécu un réel déchirement dans sa vie, entre une mère juive et un père collaborateur. Ce procès et ses réflexions pourraient résumer l'histoire de sa vie.

"L'Affaire 40/61" est l'occasion pour l'auteur d'une réflexion sur la personnalité d'Eichmann, sur son antisémitisme, sur sa place dans le processus de la Solution finale. Reviennent en boucle les questions sur l'antisémitisme supposé ou réel du personnage. Harry Mulisch nous apprend qu'Eichmann éprouvait de la fascination pour la communauté juive. "Rien n'indique qu'il haïssait les Juifs. Le meurtre n'est pas nécessairement lié à la haine. Peut-être voulait-il les haïr, peut-être les haïssait-ils parce qu'il les aimait. Peut-être est-ce ce mécanisme qui conduit le plus inexorablement au crime".

Comment, dès lors, comprendre et analyser le comportement d'un individu dont le nom évoque à lui seul le mécanisme de la Shoah ? Aucun n'a réussi à percer le mystère d'un personnage à la fois compliqué dans ses comportements et complexe dans ses modes de pensée. Il est l'incarnation de l'homme-machine, celui qui fonctionne grâce à un serment donné qui ne se reprend jamais et qui va jusqu'au bout de sa logique. "Cet homme parfaitement malléable, strictement insensible à la corruption et extrêment dangereux est l'opposé du "rebelle". Il est exactement le contraire de celui qui ne veut pas entrer dans les rangs. Il est la machine toujours fiable. Il est l'homme qu'il faut, là où il faut".

Au cours de ses observations, Harry Mulisch associera Eichmann à une maladie dont chacun doit faire avec, à défaut de pouvoir en guérir. L'invisibilité de l'individu, l'anonymat de sa situation, lui ont permis d'acquérir un pouvoir aussi étendu que celui d'un ministre. Mais la réflexion d'Harry Mulisch s'élargira au fur et à mesure de l'analyse de ce procès hors du commun. Même si le sens de celles-ci tourne autour de l'interrogation du mal, ses questions abordent les notions d'inhumanité, de bestialité et d'humanité au cours de la conférence de Wannsee qui a scellé le but ultime de la Solution finale. De même, l'éducation n'est - pour lui - en rien une barrière contre la barbarie, puisque la plupart des membres de l'équipe d'Eichmann étaient des juristes, souligne-t'il !!!

Eichmann, être amoral et mécanisé, proche d'un autiste dans ses comportements, est devenu l'incarnation du Mal par son procès. Inconsciemment, sans s'en rendre compte, on en a fait un mythe : celui du Mal absolu dans sa banalité. Au final, "L'Affaire 40/61" est complémentaire de l'essai d'Hannah Arendt "Eichmann à Jérusalem", dans les questions et les réponses qu'il tente d'apporter et sur la signification des actes de tous ceux qui ont "simplement obéi".

Par Nanne
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