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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Histoire, Politique, Société

Jeudi 2 octobre 2008
Poste restante : Alger - Boualem Sansal
(Folio n° 4702)




Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netIl arrive parfois que les intellectuels - politiquement engagés ou pas - soient exaspérés envers leurs compatriotes. Généralement, ils le font savoir d'une manière où d'une autre. Cela prend alors la forme d'un article plus ou moins virulent, d'un pamphlet à l'humour acéré ou d'un livre, voire d'un exil dans les cas extrêmes. Boualem Sansal, quant à lui, a décidé d'écrire une longue lettre à ses semblables, citoyens algériens, à ses frères et soeurs de coeur, à ses amis et aux autres, sur ce qui les lie, les divise, les différencie, les rassemble, sur leur histoire, leur religion, en un mot sur leur pays : l'Algérie.

Mais que reste-t-il aujourd'hui de l'Algérie, de son passé fastueux, riche de tous ses métissages, de ses confluences culturelles ? Evoquer ce pays aujourd'hui, c'est rappeler la peur, la terreur, la fuite en avant. "[...] elle est là, au coeur du monde, c'est un grand et beau pay, riche de tout et de trop, et son histoire à de quoi donner à réfléchir : mille peuples l'ont habitée et autant de langues et de coutumes, elle a bu aux trois religions et fréquenté de grandes civilisations, la numide, la judaïque, la carthaginoise, la romaine, la byzantine, l'arabe, l'ottomane, la française [...]".

Pourtant, au départ, tout allait dans le bon sens, celui de la bonne marche vers la démocratie et le droit, vers l'ouverture. Le rêve devenait - presque -, une belle et solide réalité et non plus 
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net seulement un voeu pieux. Renverser la dictature du FLN, oublier le parti unique et potentat. Entrer de plein pied dans le giron des états de droit garant des libertés publiques et privées. Au lieu de cela, tout le monde a confondu vitesse et précipitation. L'auteur qui croyait bien connaître ses concitoyens, sur le bout des doigts, dans les moindres détails, leurs qualités et leurs défauts, ne les pensait pas versatiles. Il ne pouvait les concevoir contradictoires. Lors du référendum du 29 mai 2005, 98 % des Algériens ont voté pour l'amnistie des terroristes. Et adieu les rêves de République !!

Aux mille raisons du malaise qui ravagent l'Algérie, Boualem Sansal - un brin poil à gratter -, répond constantes nationales, dont l'amnistie des terroristes et de leur scommanditaires fait partie intégrante. Et que trouve-t'on dans le panier de crabe des constantes nationales ? Tout d'abord la notion d'identité. Une vérité imparable : le peuple algérien serait arabe. "Cela est vrai, mes frères, à condition de retirer du compte les Berbères (Kabyles, Chaoui, Mozabites, Touaregs, etc ..., soit 80 % de la population) et les naturalisés de l'Histoire (mozarabes, juiffs, pieds-noirs, Turcs, coulouglis, Africains ... soit 2 à 4 %). Les 16 à 18 % restants sont des arabes, personne ne le conteste". Sauf que les algériens ne sont pas que cela. Ils rassemblent toutes les langues des peuples colonisés et celles des colonisés, et leurs racines culturelles proviennent du monde entier.

Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netA ce phénomène identitaire, se surajoute la question - délicate -, de la religion et de son emprise dans la société. En instituant l'islam religion d'Etat, l'Algérie impose une façon de croire et réduit le spectre des autres confessions présentes dans le pays. Tout ce qui n'est pas musulman ne peut pas être. Aussi, pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être, une seule solution viable : la laïcité. Gage d'impartialité dans le droit de croire ou non, de pratiquer le culte de son choix, parce que la laïcité est mère de démocratie. Ne parlons même pas de la langue. Sans doute devrait-on parler des langues officielles dans un pays en pleine balkanisation.

Et Boualem Sansal de prévenir le lecteur sur la place de l'Algérie dans le concert mondial. Malgré les discours lénifiants des hommes politiques sur le poids du pays dans l'économie internationale, il n'y a pas d'illusions à avoir. Le pays se meurt à petit feu. "Il ne faut pas se leurrer, notre cher pays n'est plus ce qu'il était, ni ce que l'on nous en dit, il est classé parmi les derniers : les Etats non libres, corrompus, bureaucratiques, désorganisés, instables, dangereux, infréquentables".

"Poste restante : Alger" est une longue missive d'un auteur amoureux passionné de son Algérie. Il essaie d'ouvrir les yeux de ses compatriotes, de leur déciller l'esprit sur la situation de l'Algérie. C'est un pamphlet politique et social qui mêle
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netsubtilement ironie mordante et rappel de l'histoire de l'Algérie. Telle une Cassandre du 21ème Siècle, Boualem Sansal n'a de cesse de prévenir sur un avenir qu'il pressent pessimiste, coincé que se situe le pays entre intégrisme religieux, chômage endémique, bureaucratie omnipotente et société de passe-droit. Même si l'on sourit devant les travers vus par le petit bout de la lorgnette, on ne peut s'empêcher d'avoir peur pour les intellectuels algériens souvent mis à mal par les réactionnaires de tous bords, pour la majorité des habitants obligés de se plier aux lois d'une minorité qui terrorise et impose leur vision de la société. C'est engagé, c'est réaliste et c'est à lire pour mieux comprendre ce qui se passe pas si loin de chez nous, juste de l'autre côté de la Méditerrannée.
Par Nanne
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Samedi 28 juillet 2007

                 Le devoir de mémoire - Primo Levi 
                            (Mille et une nuits éditions)


"[...] le survivant doit être fidèle, jusque dans le moindre détail, à son propre rôle ; il doit être témoin au plein sens du terme [...], il ne doit donc parler que de ce qu'il a vu ou vécu, sans concession aucune pour ce qu'il a entendu ou appris de ses camarades. Témoin direct. Ainsi, et ainsi seulement, devient-il impossible de contester l'histoire proprement incroyable du Lager : le témoin ne peut être réfuté ; il peut répondre :"J'y étais, j'ai vu"".

Personne ne cherche à contester le rôle de témoin, de celui qui a vu et vécu le Lager : Primo Levi. Tout le monde (ou presque) a lu - à un moment ou à un autre - "Si c'est un homme", témoignage direct, écrit presque au lendemain de sa libération et un des premiers ouvrages sur la vie concentrationnaire. C'est un peu réduire ce grand écrivain humaniste qu'était Primo Levi, et le renvoyer à ce livre mondialement connu, traduit, édité et lu sur presque tous les continents. Heureusement pour nous, lecteurs avides d'excellents livres de quelque nature que ce soit, Primo Levi ne se résume pas uniquement à ce seul ouvrage. Loin de là. J'ai dans mes piles de livres "Maintenant ou jamais" et d'autres, dont je vous parlerai plus tard. Non, là c'est du "Devoir de mémoire" dont je veux vous entretenir. D'abord, c'est un inédit sous la forme d'un entretien entre l'écrivain italien et Federico Cereja, professeur d'histoire contemporaine à la faculté de Sciences Politiques de Turin.

Au cours de cette rencontre, Primo Levi revient sur son expérience concentrationnaire à Monowitz, annexe d'Auschwitz. Ce qui l'a frappé était la dyarchie existant dans cette partie du camp. Les déportés dépendaient à la fois de l'administration d'Auschwitz (les SS) et de l'industrie allemande (IG Farben pour ce qui le concernait), installée à demeure. Il est évident que les intérêts des uns étaient inversement proportionnels à ceux des autres. Primo Levi est resté persuadé de devoir sa survie à sa formation de chimiste. "Le Lager de Monowitz avait été, je l'ai su récemment, payé, financé, construit même par l'IG Farben ; ils voulaient leur Lager. Et il se passait des faits paradoxaux : l'industrie, l'IG Farben, ne tenait absolument pas à ce que nous soyons tués, elle tenait à ce que le travail ne soit pas entravé, et je suis pour une part probablement redevable de ma survie à ma qualité de chimiste. Je ne sais pas et ne saurai jamais s'ils m'ont sauvé de la sélection d'octobre parce que j'étais chimiste, ce bruit a couru, car je faisais partie du personnel permanent de l'usine". Mais le travail n'est pas tout dans cet univers inhumain. La résistance a bel et bien existé dans cette partie du camp. Elle se trouvait aux mains des communistes - les plus anciens internés - qui avaient droit de vie ou de mort sur cette population en ayant accès au registre d'état civil. Ils leur étaient facile de changer un nom sur une liste et de sauver ou de faire disparaître un déporté. Là encore, une certaine forme de sélection se faisait parmi les internés.

Sur le plan humain, le déporté - et Primo Levi le premier - a très vite compris qu'il lui fallait abolir toutes formes de sentiment. L'hébétude devenait la règle, le seul salut quotidien et l'unique espoir de survie dans un monde qui n'en était plus un, où toutes les valeurs étaient bouleversées. "Il faut songer que dans les conditions où il était plongé, le déporté ne possédait pas notre sensibilité et notre émotivité. Il était hébété, et cette hébétude assurait son salut, car elle lui permettait de tenir jusqu'à la fin de la journée en ne se préoccupant que des réalités immédiates et quotidiennes, et en refoulant le reste". L'absence de sentiments humains allait jusqu'à la disparition de la solidarité entre internés, plus encore entre anciens et nouveaux arrivés. Ces derniers étaient vus comme des gêneurs, des concurrents. C'était une bouche supplémentaire à nourrir et du supplément en moins permettant de maintenir ses forces plus longtemps. Primo Levi se souvient de sa difficulté à s'intégrer, parce que Juif et italien. Italien, ne comprenant ni l'allemand, ni le polonais, langues "officielles" dans l'univers concentrationnaire. Ainsi, les italiens ne représentaient qu'un pour cent des détenus du Lager. Paradoxalement, c'est son amitié avec un certain Alberto qui lui a permis de survivre à l'enfer. Parce que Juif et laïc, il a été rejeté par ceux d'Europe Centrale parce que ne parlant pas yiddish.

Aussi étrange que cela puisse paraître, Primo Levi s'est enrichi durant son expérience
concentrationnaire et a eu le sentiment de mûrir. "... et même s'il y avait des facteurs régressifs, de contrainte, prévalait [...] la curiosité, l'intérêt scientifique, anthropologique, pour un mode de vie complètement différent, et tout cela se révélait un facteur d'enrichissement et de maturation". En cela, il s'opposera à la théorie de Bruno Bettelheim sur la régression infantile pendant cette période d'enfermement.

Au final, "Le devoir de mémoire" est un texte sur le monde concentrationnaire vu par un rescapé. Certes, Primo Levi n'est pas n'importe quel survivant. Comme Jorge Semprun, Elie Wiesel, Pierre Vidal-Naquet, Germaine Tillon ou Geneviève Antonioz-de Gaulle, il a pu se libérer de ses peurs, de ses angoisses par la parole, par l'écrit, par la transmission de son expérience personnelle. Il a ainsi indirectement témoigné pour tous ceux qui n'ont pas pu, ou pas osé parler, préférant garder leurs traumatismes, de peur de se sentir à nouveaux exclus, à part, parce que miraculeusement épargnés. "Le devoir de mémoire" est un plaidoyer contre l'oubli. Car oublier, c'est mourir une seconde fois.

Par Nanne
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Mardi 5 juin 2007

Paroles du jour J - Lettres et carnets du Débarquement, été 1944 - Jean-Pierre Guéno (Librio)

"Nous sommes allés hier visiter le cimetière anglais. C'est très impressionnant. Il y avait beaucoup de soldats inconnus. Il y en avait un où il y avait écrit qu'il avait donné sa vie pour les autres. C'est beau [...]. Je crois nous revoir tous un jour mais si la vie nous sépare, qu'un souvenir reste en nous, comme un petit nuage blanc qui voguera sur le monde". Jackie Landreaux (18 janvier 1945).

Soixante-trois ans déjà. Votre histoire n'a pas pris une ride. Mais elle est perfide, l'histoire. Elle vous a pris bien plus : votre jeunesse, vos espoirs, vos idéaux, vos illusions, vos rêves d'avenir. En une nuit et un jour, elle a fait de vous - presque encore adolescents, à peine sortis des jupes de vos chères mères - des adultes. Elle vous a envoyés par-delà la vie, le quotidien, le commun et la banalité. Vous avez été catapultés dans l'histoire avec un grand H ; de celle dont la mémoire s'empare pour ne plus la lâcher, pour la perpétuer au long des générations, de plus en plus lointaines.

En traversant les mers et les océans, les continents parfois, vous nous avez offert le plus beau des cadeaux. Par vos sacrifices, vos peurs, vos cris, vos larmes, vous nous avez rendu notre fierté : le droit de vivre à nouveau debout, en hommes et femmes libres.

Bien sûr, avant d'arriver à ce jour tant attendu, tant espéré, tant rêvé pour des millions d'Européens, il y avait eu des précédents. A commencer par le catastrophique débarquement de Dieppe en août 1942, ou de l'opération Tigre, ultime répétition du débarquement, en avril 1944. Et à chaque fois, les mêmes mots qui vous reviennent en bouche, comme une éternelle prière destinée à un hypothétique Dieu sensé vous préserver du pire. Ainsi, Robert Boulanger - jeune québécois - qui envoie une lettre à ses parents, leur demandant pardon pour toute la peine et l'angoisse causées par le passé. "J'en profite pour vous demander pardon pour toute la peine que j'ai pu vous causer, sur lors de mon enrôlement. Si je reviens vivant de cette aventure, et si je reviens à la maison, à la fin de la guerre, je ferai tout ce que je pourrai pour sécher tes larmes, maman, je ferai tout en mon pouvoir afin de vous faire oublier toutes les angoisses dont je suis la cause". Robert Boulanger ne reviendra jamais à la maison, laissant ses parents, ses frères et soeurs désemparés, confondus dans la peine et la tristesse. Il repose en paix au cimetière canadien de Dieppe. Il était le plus jeune des combattants et venait de fêter ses 18 ans.

Puis vint le jour J. Destination la terre de France. Les plages normandes, avec leurs drôles de nom de code : Sword, Juno, Gold, Omaha, Utah. Que savaient-ils de la France ces GI's, ces tommies, ces canadiens - lointains cousins acadiens - sans parler de tous les autres : norvégiens, hollandais, belges, polonais, tchèques, australiens, grecs, et tant d'autres encore ... Et les français. Ceux qui avaient décidé de se battre autrement. "Pour eux, la France n'est pas un drapeau, mais une maison, une lande, une mère, une fiancée ou la barque dans un monde en paix".

Bien sûr, il y a l'angoisse, la peur au ventre, celle qui vous pousse à vomir, qui vous empêche de dormir, de penser à autre chose qu'à la mort, aux siens une dernière fois. Vous vous êtes rattaché à l'espoir de la prière ; un dernier Pater, un dernier Ave, avant le grand saut dans l'inconnu, le brouillard, la folie meurtrière. Robert Capa l'a bien écrit juste avant le débarquement sur Omaha : "Attendant la première lueur du jour, les deux mille hommes se tiennent debout dans un silence total ; et quelle que soient leurs pensées, ce silence ressemble à une prière". Mais il n'est pas seul à vivre cette attente, pire que tout. Alfred Birra, capitaine qui débarquera à Utah Beach l'écrira à sa femme. "Il n'y a pas beaucoup d'hommes qui dorment en cette nuit du 5 juin ... la plupart d'entre nous sommes assis, occupés à parler, à jouer aux cartes, à boire du café et à faire le genre de choses que font les hommes quand ils sont anxieux, un peu effrayés, et qu'ils ne veulent pas le montrer [...]. Comment décrire le sentiment d'angoisse qui vous étreint dans ce genre de situation". Rien que ces deux témoignages nous donnent une idée de la tension qui existait en chacun d'eux.


Et d'un coup, tout explose, tout se romp, tout saute, tout vole en éclats, tout part en morceaux : les hommes, le matériel, les barges, les âmes, les peurs, les angoisses. Tout se mélange, les corps et le sable, le sang, la terre et l'eau. Pour ceux qui ont posé les pieds sur la terre de France, sur les plages, c'est une sensation de fin du monde. Omaha - bloody Omaha - devient un enfer pour ces soldats innocents, jetés par vague dans la nasse. Tous ceux qui auront débarqué sur ce bout de plage ne pourront jamais oublier cette irréalité, ce cauchemar vivant et permanent. William Marshall, futur ingénieur de 19 ans, la décrira comme la pire de toutes les plages. "La boucherie d'Easy Red est pire que tout. Des cadavres, que la mer a rejetés au bord des dunes, [...] abandonnés sans dignité [...]. Ils représentent tous les échelons de service, depuis le simple soldat jusqu'au grade le plus élevé ; ils illustrent l'adage suivant lequel, dans la mort, tous sont égaux. La mort ne fait pas de discrimination, c'est le plus grand niveleur qui soit".

Ce qui peut être paradoxal, c'est que - malgré toute l'horreur et la confusion - la vie reprend toujours le dessus. Plus forte que toutes les dévastations, les anéantissements, certains trouvent le courage, la force de voir le bon côté des événements. Edward Rhodes Hargreaves, des services médicaux anglais, compare le verger dans lequel il se trouve pour la nuit à ceux du Kent. Il trouve le temps de décrire le paysage - presque de carte postale - dans lequel il évolue. "La campagne avoisinante est parsemée de petits villages. Dans chacun d'eux, il n'est pas rare de trouver une ou deux maisons de campagne adorables". Un instant de rêve, dans un monde de haine, de douleurs et de violence. Il ne sera pas le seul à voir l'aspect insolite de ces journées tout à la fois épiques, picaresques et barbares. Jean-Paul Gagnon, soldat canadien, cantonné à Banville apercevra une hirondelle qui lui rappellera son Canada. L'hirondelle, oiseau porte bonheur !! D'autres verront des fleurs sur le bord des routes, parmi les traces d'obus, les maisons détruites. Tout pour retrouver une vie normale, dans un monde chamboulé, tourneboulé, chambardé, désorganisé, désordonné, transformé. 

Evidemment, ceux qui tirent leur épingle du jeu, ce sont les enfants. Ils courent après ce qui porte un uniforme allié, en quête de chocolat, de bonbons, chewing gum, cigarettes et autres friandises. Tout le monde sympathise avec tout le monde, malgré les destruction. C'est la Libération. La vraie, la seule et unique. Chacun sait que l'autre apporte la Paix dans ses bagages. Cela rapproche et créé des liens, indissolubles. Mais elle aura un coût, cette Paix. Nous le savons tous, par l'histoire racontée dans nos familles, par nos parents, nos grands-parents.

Nous savons ce nous leur devons : tout ou presque. La liberté de dire tout haut notre pensée sans risque, sans peur ; la démocratie retrouvée ; la paix depuis plus de soixante ans. Mais surtout, la réconciliation avec nos meilleurs ennemis - les Allemands. Soixante ans que les gens visitent les plages, les cimetières, les lieux des batailles, pour toujours se rappeler qu'un jour - un jour enfin - ils sont venus. "Il est très touchant de voir la façon dont ils prennent soin des tombes de nos soldats [...]. Sur chaque tombe, un vase de fleurs fraîches placé là par un civil ..." (Edward Rhodes Hargreaves - 25 juillet 1944). Il en est ainsi depuis 63 ans !!

Une autre façon de rendre hommage à nos Alliés de toujours, en chansons et en vidéo (Blog de Martine).

Par Nanne
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Mardi 2 janvier 2007

La fermeture - Alphonse Boudard (Robert Laffont éditions)

Je vous ai déjà avoué que j'aimais fureter chez les bouquinistes, à la recherche de livres que je n'aurais peut-être pas eu l'idée d'acheter pour les lire. Pour "La fermeture" d'Alphonse Boudard, c'est la couverture qui m'a attirée, à grands coups d'oeillades incitatives. Elles me disaient qu'avec le sujet du livre, j'allais découvrir un monde totalement inconnu jusqu'alors : celui des maisons closes, des lupanars, des salons mondains, des claques ... La liste est longue en synonyme, parfois imagée !!

Je me suis laissée tenter par cette couverture aguichante portant la signature de Dubout (j'adore ses caricatures d'époque !!!). Le style d'Alphonse Boudard est, pour moi, synonyme de la truculence des scenarii de Michel Audiard et des films qui vont avec.

Pensant passer un simple bon moment de lecture, sans réflexions ni méditations profondes, j'en ai profité pour apprendre certaines choses sur l'histoire de ces lieux, parfois très bien fréquentés, mais pas toujours recommandés par les bonnes moeurs et la morale !! Pénétrons (sans aucune allusion !!) dans ses temples de l'amour tarifé, pour savoir ce qu'il s'y tramait.

L'origine de ces maisons est aussi ancienne que celle de la vie. Ou peut s'en faut. Des distérions de la Grèce antique fondés par Solon au lupanaria de Rome, du bordeau du Moyen Age au cagnard de la Renaissance, les maisons closes ont toujours existé et, avec elles, ceux qui les font tourner de main de maître. Ainsi, on apprend que le truand souteneur se nommait à l'origine maquignon, par analogie à ceux qui vendaient déjà les bestiaux !! Ce terme deviendra maque, et nous arrivera déformer jusqu'à représenter une brochette de poissons diverse et variée.

Ces temples de l'amour et de Priape ont toujours eu leur utilité dans la société. Ils appartenaient au paysage social, au même titre que l'église ou le café du commerce. "Temples de la sexualité à une époque où le mariage était sacré, ça permettait aux messieurs d'aller se déborder l'inconscient, de réaliser leurs petits ou gros fantasmes ... aux jeunes gens de s'éduquer ... aux militaires dans les villes de garnison de se changer de l'atmosphère fétide de la chambrée. Ils participaient de l'ordre social apparemment très solide avec l'église catholique et le privilège des bouilleurs de crus."

Bien sûr, il ne faut surtout pas être dupe. Ces endroits ont toujours été des lieux où les filles - souvent issues de milieux très défavorisés - étaient exploitées par tous. Le système était impitoyable et on ne leur faisait grâce de rien. En fait, elles devenaient taillables et corvéables à merci. Tout était comptabilisé dans cette économie de l'amour.

De même, l'ordre règne en maître. Malgré l'utilisation - galvaudée - du bordel pour désigner le désordre ou une joyeuse pagaille, cela ne correspondait en rien à l'organisation des maisons de tolérance. Pourquoi ? O plutôt, grâce à qui ? La sous-maque. Tel l'adjudant de compagnie, elle supervise tout. "Rien ne devait lui échapper ... elle chronométrait les étreintes. Elle fouinait partout, fouillait les piaules ... les moindres recoins où les filles pouvaient se mettre à gauche quelques picaillons ... quelques piecettes. Il fallait immédiatement qu'on la redoute ... qu'on la haïsse ! [...] Elle supportait tout, l'envie, un certain mépris de la part des clients ... la sévérité du taulier."

Evidemment, il en est de cet univers comme dans d'autres, on constate qu'il y a des classes, des standings différents. A côté des maisons d'abattage où les filles pouvaient faire plus de soixante-dix passes par jour, on trouvait des maisons de luxe, dont les noms sont arrivés jusqu'à nous : le Chabanais, le One two two, le Sphinx. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce sont ces maisons fréquentées par toute l'aristocratie européenne, par tous les hommes politiques et par ceux qui étaient en vu dans la société de l'époque, qui ont précipité la fermeture de ces endroits. Souvent pour une seule et unique raison : elles ont participé - de près ou de loin - à la collaboration durant les heures noires de la 2ème Guerre Mondiale. A tel point que certaines maisons, renommées, vont devenir les cantines des membres de la Carlingue, la gestapo française.

Alphone Boudard profite de "La fermeture" pour faire un rappel sur le passé de Marthe Richard, celle qui sonnera le glas de toute une époque. Personnage trouble qui voulait se faire passer pour un 1er Prix de bonnes moeurs, elle réussira à faire oublier son passé de petite prostituée et de grande mythomane en demandant au Conseil municipal de paris la condamnation des maisons et la destruction des fichiers sanitaires et des archives de la prostitution.

"La fermeture" est un document instructif, en dépit du sujet qu'il aborde. Il permet au lecteur curieux de pousser les portes de lieux définitivement fermés, disparus, abrogés. On découvre aussi bien les splendides salons raffinés du Chabanais que les lugubres intérieurs du Panier fleuri, assomoir du sexe et qui n'avait de fleuri que le nom.

On s'étonne des pratiques étranges de certains clients, parfois pervers sexuels, qui venaient assouvir leurs vices. Rien, ou presque rien, n'est épargné au lecteur. Et puis, il y a le langage imagé et fleuri d'Alphone Boudard qui donne un côté canaille rétro et tout son vrai charme à ce petit livre sur une histoire pas comme les autres .... mais qui a souvent cotoyé la grande histoire.

Par Nanne
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Jeudi 19 octobre 2006

D'où vient Adolf Hitler ? - Tentative de démythification - Lionel Richard (Autrement)

"Au 20ème Siècle, le pouvoir nazi fût la plus perverse et la plus efficace entreprise de destruction de l'homme et des valeurs humaines. Sa base reposait sur des principes systématiques de négation, d'exclusion, d'anéantissement [...]. Adolf Hitler n'en est pas l'inventeur. Il les a mis en application."

Tel est le 1er paragraphe de l'avant-propos de cet ouvrage dont l'auteur a décidé d'explorer la vie de l'homme qui a bouleversé celles de millions d'autres et qui a embrasé le monde. C'est un paragraphe en forme d'avertissement pour le lecteur. En effet, Lionel Richard tente de trouver des explications - rationnelles et cohérentes - à ce qui a été le comportement politique d'Adolf Hitler.

Que l'on ne s'y trompe pas. Il n'y a rien dans ce livre qui vienne confirmer l'hypothèse d'un suppôt de Satan ou d'un séide de savant fou, même si certains ont conjecturé des rapports étroits avec des sciences occultes. Lionel Richard l'annonce dès le début du livre. "[...] Il n'est pas plus issu des chaudrons de l'enfer que d'une généalogie fantasmagorique. Il n'est pas né de Satan, et ses parents ne l'ont pas formé, ni les écoles qu'il a fréquentées, à la destruction de tous ceux qui pouvaient le gêner dans son action."

Qui donc était Adolf Hitler ? Comment est-il parvenu au pouvoir ? Surtout, comment s'est élaborée sa conscience politique, faite de racisme, d'antisémitisme, d'antidémocratisme, d'intolérance envers de nombreux groupes sociaux, haineuse, vitupérante et violente ? Contrairement à ce que l'on peut penser de ce genre de sujet, on apprend beaucoup de choses en parcourant ce livre. Ce n'est pas une énième biographie d'un dictateur qui a entraîné dans son sillage le malheur, la désolation, la destruction, une indicible souffrance et renversé l'ordre des choses.

A la lecture, on s'attendrirait presque sur l'enfant Adolf, sur ce qu'il a été, sur ce qu'il a vécu durant ses premières années. Il y est décrit comme ordinaire, calme, studieux et aimant sa mère Klara, qui lui cède tout en retour. "Aucune agressivité particulière n'est décelable chez lui, et il n'a aucune difficulté relationnelle avec ses parents, ses frères et soeurs, ses maîtres, ses camarades, [...] pas plus qu'il ne se manifeste par des éclats intempestifs de violence, de haine, de destruction." Les problèmes commencent avec l'adolescence qui se passe à Vienne et n'est guère flamboyante. Cette adolescence qui se soldera par son échec à l'entrée de l'Ecole des Beaux Arts. Cela marquera le début de ses rancoeurs contre la Société.

Son tournant politique s'effectuera après la Grande Guerre. C'est à partir de 1918 qu'Adolf Hitler prend conscience de l'impact de ses discours et façonne son futur personnage de leader charismatique et mystique. C'est sur les restes d'une armée allemande alors en plein chaos et désemparée, encadrée par des officiers venus de l'aristocratie prussienne, antisémites et anti-républicains que se forgera l'idéologie Nationale-Socialiste développée par Adolf Hitler. "La droite et l'extrême-droite nationaliste de Bavière ont découvert le porte-parole de leurs rancoeurs contre les institutions républicaines, de leurs frustrations, de leurs fantasmes."

Celui-ci comprendra vite la force d'orateur et le pouvoir de propagandiste qu'il possède sur les foules fanatisées. Cette idéologie prendra racine et s'encrera dans la société allemande grâce au soutien inconditionnel de certains milieux (politique, économique, religieux, militaire ...), malgré les appels désespérés d'une fraction de la population, lucide et épouvantée par les conséquences de sa prise de pouvoir.

Ce livre est une piqûre de rappel sur l'un des événements les plus dramatiques du 20ème Siècle. Il nous montre comment un homme ordinaire et banal, que rien de prédestinait à cette vie, sans intérêt et transparent, peut se transformer en un monstre capable de fanatiser, d'endoctriner des foules jusqu'au délire et de les envoyer à la mort pour assouvir sa soif de revanche.

Par Nanne
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