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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Romans francophones

Dimanche 28 septembre 2008
Laissées-pour-compte - Robert Bober
(Folio n° 4561)


Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net"C'était il n'y a pas très longtemps. Mais c'était il y a bien trente ans. Plus peut-être. Oui, en y pensant cela devait faire un peu plus. Mais à peine puisque c'était dans un temps dont certains se souviennent encore. C'est d'ailleurs par eux que nous est parvenue l'histoire de "Prince de Galles", "Grain de poudre" et "Velours de laine"".

Bienvenue dans l'atelier de M. Albert, rue de Turenne dans le IIIème arrondissement de Paris. Ces trois vestes et les autres confectionnées dans l'atelier doivent leur nom de baptême à Madame Léa - la femme de M. Albert -, qui se charge de nommer chaque vêtement de chaque collection. Et en cette année 1949, la nouvelle collection portera les noms des chansons préférées de Madame Léa.

Seulement, comme chaque année, il arrivait dans la collection que des vestes ne soient jamais vendues, parce que non commandées par les revendeurs. Elles restaient ainsi, accrochées à leur
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netpatère et finissaient leur existence de vestes dans la remise. C'est le cas de nos vestes qui n'attirent pas les regards des clientes. Mais ces trois vestes abandonnées sur leur portant à leur triste sort d'invendues ont un don. Elles se souviennent. Certes, elles ne seront sans doute jamais des modèles convoités. Soit. Mais elles seront dotées d'une voix intérieure leur permettant de se parler, d'échanger et - surtout -, de raconter. ""Prince de Galles", "Grain de poudre" et "Velours de laine" allaient donc débuter dans la vie parlée. Jusque-là, installées dans leur isolement, devenues presque invisibles puisque pesonne ne s'avisait plus de leur présence, elles observaient l'atelier. Des sons leur parvenaient, mais d'où venaient-ils".

Première étape dans leur nouvelle vie : la transformation de l'amertume d'être laissées-pour-compte en un privilège. Car, que deviennent les vestes quittant le confort de l'atelier ? Elles partaient vers une autre vie, inconnue, dans un endroit que tout le monde à l'atelier nommait la rue, la ville et dont aucune ne revenait. Comme elles sont attentives au moindre mot, à la moindre discussion, elles enregistrent toutes les expressions utilisées dans l'ateleir de M. Albert. Paroles d'hier et d'aujourd'hui, d'espoirs, de sentiments et d'existence. Et ces trois vestes, très perspicaces, sont intimement persuadées qu'elles sont désignées pour transmettre l'histoire de ceux qui leur avaient donné la vie. "Elles écoutèrent les histoires qui tenaient compagnie : des histoires de guerre et des recettes de cuisine, des histoires de bal du dimanche et des histoires de ciel bleu et du temps qu'il faisait. Des histoires de mariage, de photographies de vacances à Berck-plage, des histoires de grève et de carnets scolaires et de prix des légumes et la couleur des voitures et celles de l'arc-en-ciel et l'histoire du lapin sortant d'un chapeau".

Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.netAvec l'arrivée de la morte-saison, nos trois vestes connaîtrons les affres de l'émigration et seront emportées par le tourbillon des soldes estivales. Une occasion, pour elles, de partir enfin à la découverte de la ville et de la rue, d'une vie nouvelle et pleine de péripéties, ailleurs qu'à l'atelier. Une vraie vie de veste. Une chance pour elles d'apprendre le monde et se qui se vit à l'extérieur.

Nos trois vestes de "Laissées-pour-compte" de Robert Bober sont aussi vivantes que des personnages de roman. Elles éprouvent des sentiments humains au travers de leurs aventures et de leurs découvertes tels que la joie, la peine, la peur, le plaisir, l'angoisse, l'émotion ou encore la mélancolie. Si elles jouent sur la gamme des sentiments, il n'y a pas que cela dans ce joli roman. Au détour d'une page, d'un paragraphe, on retrouve le décor des music-hall d'avant et d'après-guerre, avec les vedettes de l'époque et leurs airs à la mode. Sans vraiment le vouloir, on se revit l'atmosphère de Bobino, de l'Alhambra, de l'ABC ou du Bataclan.
Image hébergée gratuitement chez www.imagehotel.net On se promène sur les scènes de théâtres parisiennes comme La Renaissance, Le Gymnase, Les Nouveautés ou encore Les Variétés. On passe du registre de Sacha Guitry à celui d'Anton Tchékhov. On assiste à des projections de vieux films dans de non moins vieux cinémas parisiens aux noms surrannés et mythiques, le Max-Lynder, le Rex, l'Astor, le Gaumont-Théâtre.

"Laissées-pour-compte" est un livre rafraîchissant, gai, coloré et optimiste alors qu'il raconte des
histoires que l'on subodore difficiles, dures, éprouvantes pour la plupart des personnes humaines du roman. Tout n'est que supposé, instillé sans jamais être clairement affirmé. C'est un roman rempli d'humanité, de chaleur et de souvenirs émouvants. Et on se prend à fredonner quelques chansons entre les pages ...
Par Nanne
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Mardi 2 septembre 2008
               Effroyables jardins - Michel Quint
                  (Folio n°3982)




"Plus que tout, j'ai détesté les augustes. Plus que l'huile de foie de morue, les bises aux vieilles parentes moustachues et le calcul mental, plus que n'importe quelle torture d'enfance. A dire au plus près l'exact du sentiment, au temps de mon innocence, j'ai éprouvé devant ces hommes raccommodés à la ficelle, écarquillés de céruse, ces grotesques, le vertueux effrois des puceaux croisant une prostituée peinte, selon l'idée imagée et sommaire que je m'en fais, ou la soudaine suée des rosières découvrant au parterre fleuri un nain de jardin obscène, ithyphallique". Cette phobie du clown, cette névrose de l'auguste, c'est à son père - institeur - que le conteur la doit. Toutes les occasions étaient bonnes pour troquer sa blouse grise de maître d'école contre celui d'amuseur de quartiers, de fêtes de Noël, d'anniversaires et autres réjouissances populaires.

Même sa mère revendiquait haut et fort son statut de femme de clown. Elle défendait cette place comme on arbore la médaille du Mérite Agricole ou la médaille du Combattant. Son fils, lui, n'en pouvait plus de cette mascarade familiale. "Pour
moi, oui; le sacrifice existait, la sortie obligatoire me pesait, il me faudrait encore ruser, me démarquer nettement des miens en ne leur adressant plus la parole tant que durerait le numéro, trahir". C'est le cousin Gaston, "Un bon à rien dont ma mère plaignait le sort. Un James Cagney efflanqué, blond cranté [...]", qui délivrera le jeune garçon de la malédiction de l'auguste, de l'ensorcellement du clown. Cet oncle qui lui révèlera un épisode inconnu, tout à la fois tragique et comique, datant des années vert-de-gris et lumières plombées.

Les restrictions, l'humiliation et par-dessus tout les gens du coin qui tâchent de garder la tête haute malgré tout. Pour Gaston et son père, la résistance ils y sont entrés comme on va au bal du samedi soir, pour passer un moment, pour s'amuser pour oublier la morosité du quotidien. Sauf que pour l'occupant, la résistance ne comptait pas pour du beurre. On ne rigolait pas avec les actes de terrorisme. Le lendemain de leur exploit local, Gaston, son père, Henry et Emile - deux innocents - sont pris comme otages. "Et tu ne devineras pas : loi du 14 août donc et, comme les copains de Paris à cause de Fabien, nous v'là otages à cause du transfo explosé ! Si fait ! Si dans trois jours les auteurs de l'attentat s'étaient pas livrés, on y passait. Pour de bon cette fois ! ".
Les voilà fait comme des rats. Pris dans la nasse, ou plutôt dans un trou de glaise aux parois glissantes. Comment tenter une évasion dans des conditions pareilles ? En plus, leur gardien Allemand, leur seul et unique surveillant avait le comportement d'un illuminé, d'un simple d'esprit. "Il nous regardait croupir, comme ça, d'en haut, les mains aux genoux. Et tout d'un coup, tu sais pas, il nous a fait une grimace ! Une grosse, une de gosse, les yeux tout riboulés, et la bouche bouffée en cul de dindon ! On en est restés comme deux ronds ! ". C'est grâce - ou à cause - de ce gardien atypique que le père, instituteur respecté, deviendra un auguste pour exorciser cette grande frayeur.

Avec "Effroyables jardins" Michel Quint rend un très bel hommage à son propre père, ancien résistant, germanophile et germanophone et - par-delà - à tous ceux et celles qui se sont engagés dans cette aventure sans réellement mesurer les risques encourus. Entrés en résistance parfois en dilletantes, les personnages de ce court récit en ressortiront transformés et grandis, muris moralement. Une fois de plus, on tombe sous le charme de l'écriture de Michel Quint, tout à la fois tendre, drôle, subtile et poétique.
Par Nanne
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Vendredi 29 août 2008
    Le maître des âmes - Irène Némirovski
    (Folio n°4477)




Livre_Lemaitredesames.jpgNice, 1920. Dario Asfar, jeune médecin vit dans la grande précarité de l'époque. Lui qui avait cru acquérir l'honneur en France, ne récoltait que la honte et le mépris de ses origines, mélange d'italien, de grec et de levantin. "Il se haïssait de ressembler à tous ces marchands de tapis, de lorgnettes, de cartes postales obscènes qui trainaient déjà depuis la place Masséna jusqu'à la promenade des Anglais. Cette vie d'aventures, d'expédients, certes, c'était le lot de ceux qui lui avait été destiné dès l'enfance, comme à eux, à cette racaille levantine, ses frères. N'était-il donc en rien différent d'eux ? Comme il leur ressemblait par les traits du visage, par l'accent, par sa maigre échine, ses yeux brillants de loup".

Pour nourrir sa femme et son enfant, le docteur Asfar acceptera de procéder à un avortement clandestin sur la belle-fille de sa concierge russe - Elinor - une aventurière américaine. Malgré tout, l'argent tarde à arriver pour le docteur Asfar qui se morfond sur sa situation de métèque, d'étranger, de refoulé. Il est êrsuadé que son destin est
IreneNemirovski.jpg celui d'un vaurien, d'un charlatan. Le docteur Dario Asfar se croit maudit, comme ses ancêtres, condamné à vagabonder tel le Juif errant. En faisant appel à un ancien patient - Ange Martinelli - maître d'hôtel  dans un palace de la Côte d'Azur, le docteur Asfar se voit recommander une certaine clientèle qui paye mieux que ces exilés russes ou d'Europe Centrale échoués à Nice. Au lieu de l'éducation et du savoir, le docteur Asfar ne rencontrera en France que le mépris. "Oui, vous tous, qui me méprisez, riches Français, heureux Français, ce que je voulais, c'était votre culture, votre morale, vos vertus, tout ce qui est plus haut que moi, différent de moi, différent de la boue où je suis né !".

Mais la roue tournera et le docteur Asfar verra son avenir assuré lors de sa rencontre avec Philippe Wardes, richissime homme d'affaires. En le guérissant d'une pneumonie, le docteur Asfar sait désormais que sa réussite sociale dépendra de ce patient capricieux, vivant aux bords de la folie. Il comprend vite que pour gagner beaucoup d'argent, une seule solution : manipuler les âmes de personnes fragiles, les maintenir dans une dépendance permanente de sa méthode. Dévier la psychanalyse naissante. Oser devenir un imposteur pour une clientèle riche, bourrée de remords et cherchant à se déculpabiliser. "Ah ! si j'osais ... Ce qu'il leur faut, c'est un confesseur, c'est quelqu'un pour
Promenade-des-Anglais_Affiches.jpgconnaître leurs sales secrets, les écouter et les renvoyer avec un te absolvo, leur permettre surtout de s'assouvir sans remords ... Les doper ! Voici ce qu'il faut, pensa-t-il [...]".

Sa méthode innovante, sa hâblerie, le conduira ves les sommets de la société. Treize ans après ses débuts difficiles, le docteur Asfar est réputé. Il est en vogue, il coûte cher et ses patientes se l'arrachent. Il se grisera se cette réussite sociale, synonyme - pour lui - d'intégration. Il se saoûlera de son ascension sociale en dépensant de l'argent, beaucoup d'argent. Cette course effrénée à la recherche de la prospérité l'entraînera sur des chemins dangereux.

Initialement paru dans Gringoire sous la forme de feuilleton, "Le maître des âmes" d'Irène Némirovski aborde un sujet prédominant dans la France des années 1930 : celui de l'immigration d'Europe Centrale et Orientale, paria sur le
continent européen et - bientôt - dans le monde entier. Mais ce qui surprend surtout  dans ce roman, c'est le peu d'ampathie que l'auteur trouve à son personnage. Elle en fait un être veule, lâche, traître, se plaignant en permanence de la précarité de sa situation. Fort avec les faibles, veule avec lesDiseuse_aventure.jpg riches. Irène Némirovski ne trouve aucune excuse à ce misérable docteur Asfar. Il cumule toutes les tares sociales, même s'il est un médecin doué, psychologue et qui perçoit très vite les besoins de ses patients. Au fil de cette lecture du "Maître des âmes", on en vient à détester le docteur Asfar, à lui souhaiter le pire. Irène Némirovski nous dépeint une société mondaine mérisant et méprisable, qui fait et défait les fortunes et les carrières.
Par Nanne
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Vendredi 22 août 2008
Un petit homme de dos - Richard Morgiève
(Pocket n°10607)




Livre_Unpetithommededos.jpg"Il nous a toujours dit qu'il a débarqué au Havre en 1938 et qu'il venait de Liverpool, via Brême et Varsovie. D'après lui il était interprète et n'avait d'autre ambition que celle de vivre tranquillement. A l'en croire, boire un café au lait le matin et terminer la journée en jouant aux cartes, c'était suffisant pour le rendre l'homme le plus heureux du monde. Toutefois, ce sage philophose, ce Candide n'est pas le personnage que nous avons connu, le bandit merveilleux qui m'a donné la vie. Tout le problème est là".

Un jour de 1942, Stephane Eugerwicz débarque à la Cour des Miracles, ancien palace du fond de l'Ardèche reconverti en gîte pour réfugiés Polonais. Ce petit bonhomme par la taille n'avait peur de rien ni de personne. Pour assurer son avenir et devancer le destin, il avait apporté avec lui une vraie petite fortune dans ses bagages. Ce petit Polonais de 1,68 m à l'incroyable bagou,
RichardMorgieve.jpg bonimenteur à souhait a les dents longues. C'est la guerre partout. Il décide de gagner de l'argent, beaucoup d'argent et très vite. Dans le repère de la Cour des Miracles, Stephane Eugerwicz lève une armée de traîne-savates pour l'aider à se remplir les poches. "Ils se prétendaient tous princes, ducs ou millionnaires, ne vous y trompez pas, les citoyens de la Cour des Miracles n'étaient pour la plupart qu'un ramassis de traîne-savates et d'éleveurs de poux. C'est parmi ces brebis galeuses que mon père recruta ses seconds [...]".

C'est à un bal organisé par les Polonais échoués en Ardèche qu'Andrée et Stephane se rencontrent et tombent fous amoureux l'un de l'autre. Ainsi débute ce qui sera l'histoire d'amour, de vie et de folie furieuse des parents du conteur, Mietta. Parallèlement à cette grande histoire romantique à souhait, la petite entreprise commerciale du père se développera à une vitesse incroyable. Elle avait le privilège de faire manger cette foule bigarrée oubliée là. Cette période trouble va se trouver à l'origine de la fortune et du malheur paternels. "Juif ou pas, il avait
Ardeche.jpglancé une OPA sur le noir et toutes les nuits, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, courant par monts et par vaux, heureux comme un poisson dans l'eau, il vidait ses poches pour mieux les remplir".

L'entreprise paternelle continue de croître grâce au marché noir avec l'occupant pressé d'assurer ses arrières. Mais comme Stephane Eugerwicz est un redoutable commerçant, ce qu'il prend d'un côté, il le rend de l'autre au centruple.
Après le marché noir avec l'occupant, ce sont des affaires sérieuses avec les Américains. "Mon père se révéla être un stratège de l'épicerie fine, un Napoléon de la lentille. Mais bien sûr le beurre au détail n'était qu'une façade qui dissimulait aux yeux des curieux l'objet du culte paternel : Sa Majecté le Noir. Et le noir avec les Américains c'était bien mieux que le noir avec les Allemands". En 1945, la Libération arrivant, le paternel se range dans l'épicerie fine. C'est le temps des changements de vie. Le temps des enfantsBonbons.jpg qui naissent et qui remplissent la maison. Parce qu'Andrée veut beaucoup de petits Polonais. C'est aussi le temps des déméngagements, au gré des réussites et des échecs commerciaux de la famille Eugerwicz.

Après l'épicerie fine, ce sera au tour de la confiserie. Et comme son père voyait les choses en grand, et que la confiserie ne paraissait pas à la hauteur de cet ambitieux petit homme, il rachètera une fabrique de bonbons. Et pour recycler tout cet argent gagné au marché noir, Stephane Eugerwicz aura l'idée génialissime d'ouvrir une société de vente par correspondance, Vento. Véritable caverne d'Ali Baba, Vento vendait tout le matériel récupéré à la Libération.

Mais tant va la cruche à l'eau qu'elle se casse. Ce que la guerre lui donnera, la Libération et une amitié véreuse lui reprendront. Il perdra en un rien de temps tout ce qu'il avait gagné. Jusqu'à devenir l'ombre de lui-même. La fin de son père, aventurier, flambeur, haut en couleurs, bavard, sera celle d'un homme amputé de l'amour unique de sa femme adorée.
Confiserie.jpg"Un petit homme de dos" de Richard Morgiève nous raconte une belle et grande histoire d'amour avec des personnages hors du commun. Le père est un caratère étonnant et détonant, fort en gueule, baratineur, instable et royal. Richard Morgiève nous entraîne dans le sillage de cet homme dont personne ne sait rien, ou peu de chose. On sent à travers son écriture tout l'attachement de l'auteur pour cette personnalité qui pourrait être son propre père, pour Andrée - si douce, si tendre, si simple - à qui il donne le même destin que sa mère. Beaucoup d'analogies dans ce livre qui mêle subtilement le réel et la fiction. On se demande si "Un petit homme de dos" ne raconte pas tout simplement l'histoire d'amour des parents de Richard Morgiève. Un bel hommage pour un livre superbe.
Par Nanne
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Mardi 19 août 2008
     Sans titre de noblesse - Raymond Devos
      (Livre de poche n°30749)



Livre_Sanstitredenoblesse.jpgLe baron Louis Charles Maximilien de La Touche et son épouse sont les heureux propriétaires d'un château en ruines. Le fait est que - ruines ou pas - ils y vivent comblés. Seul, manque à leur bonheur, un héritier mâle. Et comme le bonheur n'arrive jamais seul, c'est dans la crèche du petit Jésus de l'église du Sacré Coeur de Charleville que le miracle va se produire. L'occasion, inespérée, pour la baronne de devenir mère et de donner un successeur à son époux. "Mes hommages, chère baronne ! Voilà, j'irai droit au but. Désirez-vous toujours un enfant ? Elle répondit que, comme elle n'en avait jamais eu, elle ne savait pas ce que c'était mais qu'elle était prête, pour l'amour de son cher Louis, à en adopter un ! - J'ai ce qu'il vous faut ! Oui, baronne ! Une occasion à saisir tout de suite ! - Le genre ? Masculin ! Oui ! Il est beau comme un Dieu ! - S'il a des références ? Euh ... non ! ... - C'est un sans-papiers ! Oui ! - Sans domicile fixe ! - On l'a déposé dans la crèche de mon église, à côté du petit Jésus ... - Eh bien, il est carrément tombé du ciel".

La baronne, très pieuse, avait insisté pour que le divin
enfantRaymond_Devos.jpg porte le prénom de Jésus. Après négociations, et pour éviter toute confusion de genre, cet enfant miraculeux se prénommera Clément, comme son ancêtre. C'est Amédée, le majordome, qui sera chargé de son éducation. A commencer par l'histoire de France et des différents rois Louis. Si cet apprentissage ne pose pas de problèmes, cela se corsera avec la Révolution. "Voyant qu'il ne s'intéressait que moyennement à l'Histoire de France, le baron la lui enleva et lui offrit à la place celle de la Suisse, parce que pays neutre et pays d'origine de la nurse. Contrairement à toute prévision, l'histoire de la Suisse l'enchanta, l'envoûta ...".

Outre Amédée, à l'imagination débordante, ce château recèle des personnages pour le moins pittorresques. A commencer par Joseph le jardinier passant son temps à pourchasser des voleurs surnaturels de ses outils de travail. "A tel point qu'il passait son temps à les surveiller, l'arc à la main et la flêche encochée. C'était sa principale activité ...". On compte aussi, parmi les amis du baron, une bande d'iconoclastes sangsues qui vivent sur son dos, bien qu'issues de la vieille noblesse. Tout cela coûte une vraie fortune au baron. Fortune qu'il est loin de posséder.

Chateau_ruines.jpgLa vie du baron Clément de La Touche est une sorte de cirque permanent, picaresque et farfelu. Noble désargenté, il n'en possède pas moins le sens du dérisoire. Les ennuis se suivront et ne se ressembleront pas, donnant du piment à son existence, peu banale. Le jour où le baron apprend de la bouche même du curé du Sacré Coeur qu'il ne possède pas une once de sang bleu, qu'il est un enfant trouvé, le baron voit rouge et devient fou au point d'être interné. Il cherchera à savoir qui il est et d'où il vient ; qui sont ses vrais parents.

"Sans titre de noblesse" de Raymond Devos est un petit livre dont le seul objectif est de nous faire passer un moment agréable, le temps de sa lecture. Et on peut dire que c'est plutôt réussi. Les chapitres du livres sont autant de sketches que l'on peut lire - presque - indépendamment les uns des autres. On y retrouve toute la verve de Raymond Devos, avec des contrepétries, des dialogues absurdes et clownesques, des situations ubuesques. La fin est un véritable feu d'artifice à l'image des prouesses scéniques de cet auteur savoureux.
Par Nanne
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Ephéméride

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