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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Théâtre

Jeudi 14 février 2008
                    Le balcon - Jean Genet (Folio n° 1149)




Fichier hébergé par Archive-Host.com"La révolte gagne aussi les paysans. On se demande pourquoi d'ailleurs. La contagion ? La révolte est une épidémie. Elle en a le caractère fatal et sacré. [...]. Les révoltés en veulent au Clergé, à l'Armée, à la Magistrature, à moi, Irma, mère maquerelle et patronne de boxon".

Alors que la révolte gronde au dehors, que la société est en plein changement, Madame Irma - patronne du Grand Balcon - "[...] la plus savante, mais la plus honnête des maison d'illusions ..." tente de satisfaire les exigences les plus extravagantes de ses clients. Et Madame Irma sait combien tous ses fidèles clients sont tatillons sur les prestations demandées. Ils veulent tous que tout soit plus vrai que nature. C'est la raison pour laquelle elle a nommé son établissement maison d'illusions, afin que chacun y vienne avec ses fantasmes, ses rêves, son scenario. Tout sera fait pour les exaucer. "- [...] chaque putain doit pouvoir affronter n'importe quelle situation. - Je suis une de vos putains, patronne, et une des meilleures, j
eFichier hébergé par Archive-Host.com m'en vante. Dans une soirée, il m'arrive de faire ... - Je connais tes performances ... Mais quand tu t'exaltes à partir du mot putain, que tu te répètes et dont tu te pares comme ... comme ... comme d'une parure, ce n'est pas tout à fait comme lorsque j'utilise ce mot pour désigner une fonction [...]".

Madame Irma observe attentivement ce qui se passe dans chaque chambre, avec chaque client, puisqu'elle a fait poser des oeilletons partout. De son salon privé, elle peut assister à toutes les scènes parce que chaque mur et chaque miroir est truqué. Tout se sait, tout s'entend dans les bordels.

Alors qu'à l'extérieur la situation se dégrade et s'aggrave, bien qu'elle ne soit pas encore désespérée, que la ville est à feu et à sang, que la révolte est à la fois tragique et joyeuse, les clients jouent à l'évêque, au juge, au général. Plus vrais que les modèles, le juge exige des hurlements de la part de sa voleuse, l'évêque désire pardonner des péchés réellement commis. "Je sais bien, moi, messieurs, ce que vous veniez chercher chez moi : vous, monseigneur, par les voies rapides, décisives, une évidente sainteté. [...] Vous, monsieur le Procureur, vous étiez bel et bien guidé par un souci de justice puisque c'est l'image d'un justicier que vous vouliez voir renvoyée mille fois par mes glaces, et vous, général, c'est la gloire militaire, c'est le courage et le fait héroïque qui vous hantaient".

Fichier hébergé par Archive-Host.com"Le balcon" de Jean Genet est - une fois de plus - une pièce très difficile à aborder. Pièce de théâtre dénonçant une société violente, dure, âpre, qui se déroule dans un lieu clos - une maison de tolérance - alors qu'au-dehors tout est bouleversé par une révolte. La situation dans cet endroit feutré n'est pas plus saine à l'intérieur qu'à l'extérieur. Chaque personnage possède et fait ressortir sa violence latente. Elle est prête à se déchaîner, à se lâcher sur l'autre, le plus faible. Ce sont des relations biaisées, les puissants face aux esclaves, ceux qui décident et ceux qui exécutent. Les clients ont tous les pouvoirs face aux prostituées qui n'ont pas d'autre choix que celui de se soumettre à leur plaisir personnel, pervers et - parfois - sadique. C'est une pièce qui déconcerte aussi bien le lecteur que le spectateur, car on ne sait plus où se situe la réalité et quand on verse dans l'irréel, le fantasme de pouvoir ou dans le cauchemardesque.

Cette oeuvre de Jean Genet m'a laissée quelque peu dubitative et décontenancée. Je reconnais avoir été partagée entre l'envie de continuer sa lecture pour en connaître laFichier hébergé par Archive-Host.com conclusion, et le désir prégnant de l'arrêter tant je me sentais agressée par l'écriture de cette pièce. Je dois reconnaître qu'il m'a été difficile d'apprécier toute la subtilité du "Balcon" et sa représentation de la société avec ses jeux de pouvoirs entre les personnages, son organisation et sa structuration. Ce qui est dommage ... surtout que j'ai d'autres pièces de Jean Genet prévues !!!
Par Nanne
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Samedi 22 décembre 2007

                         L'archipel Lenoir - Armand Salacrou 
                               (Livre de poche)




Le grand-père Lenoir - des liqueurs du même nom - est un solide gaillard encore vert et à l'esprit vif. Aussi, lorsqu'il a vu la jeune Liliane - fille de Delahalle, ancien ouvrier agricole et ivrogne notoire - dans son jardin, en jupe courte, courbée en deux, son sang n'a fait qu'un tout. "Je la voyais de dos. C'est là que j'ai reçu le coup de poing. Après elle s'est redressée, s'est retournée, m'a reconnu, m'a souri, mais j'étais étourdi. Je suis rentré et je n'en n'ai plus dormi. Alors, je l'ai fait convoquer".

Ces dix minutes d'égarement valent à Paul-Albert Lenoir une convocation chez le juge d'instruction de Pont-L'Evêque. Il est accusé par le père de la jeune fille d'outrages à la pudeur et de violences. Inutile de dire que dans le monde feutré de la bonne bourgeoisie c'est le scandale assuré. D'envisager même un procès coûterait très cher au prestige de la famille Lenoir, à son nom et à sa réputation d'intégrité. Sans compter sur les journaux, qui feraient leurs choux gras de cette vulgaire affaire de moeurs sur plusieurs colonnes. Avec les maîtres chanteurs, pour couronner le tout. "- Eh bien, pour faire taire les journaux, menacez-les de rompre nos contrats de publicité. Pour la liqueur Lenoir, nous leur donnons sept millions par an. Un pareil budget de publicité ne se trouve pas sous les pieds d'un cheval. - Et dans l'avenir, nous serons toujours en état d'infériorité pour discuter un contrat avec quelque journal que ce soit".

C'est la raison pour laquelle la famille Lenoir - au grand complet - se retrouve ce 3 juillet 1935 au château des Lenoir dans le Calvados. L'objectif de ce conseil de famille est de trouver une solution pour éviter le scandale. En attendant, Bobo - prince Boresku et cousin par alliance - est intervenu pour empêcher la prison au patriarche. L'inspecteur de police a accepté un répit d'une nuit avant d'exécuter sa mission. Mais une fois le délai passé, les ennuis vont recommencer. Imaginer legrand-père, menottes aux mains, emmené en prison, est inenvisageable. Il faut trouver une solution, radicale. Et vite. Une fois encore, c'est Bobo qui va trouver l'idée de génie : faire disparaître l'aïeul. Sa mort entraînerait la fin de l'action judiciaire. "- Résumons-nous : le procès est inévitable et vou voulez l'éviter ? - Voilà ! - Alors, la solution est simple. - Simple ? - Elle évite le procès et M. Lenoir n'ira pas en prison. - Vous êtes magnifique ! Là, Bobo est magnifique. - Quelle est cette solution ? - C'est la mort de M. Paul-Albert Lenoir".

Cette ultime solution n'est qu'un pis-aller. Chacun souhaitant que le cher grand-père passe l'arme à gauche avant le procès, pour éviter la honte. D'ailleurs, Hotense - sa belle fille - lui avoue que le docteur Bouchon lui a menti sur son état de santé. En fait, ses jours sont comptés. Rien n'y fait, le grand-père veut vivre, avec ou sans déshonneur familial. Il est prêt à partir au bagne, sans se soucier de la honte vecue par la famille. Au milieu des plaintes, des gémissements de chacun, des rancoeurs, des égoïsmes de tous, un coup de feu retentit, annonçant la fin de l'aïeul. D'un coup, toute la famille est éplorée ... et soulagée de cette disparition inopinée et tombant à point nommée.

Mais il y a un problème. Celui qui devait procéder à la fin du grand-père - Adolphe, le gendre - n'a été revu par personne. "- Tu dois chercher Adolphe ... maintenant que ... - ... Que le plus dur est fait. Pauvre Adolphe ! Dans quel état de nerfs doit-il être ? - Mets-toi à sa place ! - Je l'admire ! - Mais le premier contact ... avec nous ... - Dès son entrée, nous devons tous l'embrasser - en silence ...". La réapparition - au matin - du grand-père va engendrer tout un tas de quiproquos. Certains croiront voir un fantôme. Le château des Lenoir deviendrait - grâce à cette présence éphémère - un lieu historique comme les châteaux de la noblesse. Tous les membres de la famille profiteront de cet épisode malheureux pour rendre leurs comptes aux uns et aux autres, pour se lancer des vérités à la face, pour tenter de favoriser leurs intérêts personnels.

"L'archipel Lenoir" d'Armand Salacrou est une pièce légère et cynique, une satire sociale et amère de la société contemporaine. En lisant cette pièce, on revisite toute la panoplie des défauts humains, de l'égoïsme à l'intérêt privé, des reproches personnels aux rancoeurs sur le passé. Une partie des membres critiquant l'autre de tenter d'usurper le nom des Lenoir et de détourner la fortune familiale. D'autres accusant certains de lâcheté vis-à-vis de la vie. Enfin, c'est une pièce joyeuse, où l'on rit, où l'on reconnaît parfois des situations vécues.

"Vous ne trouvez pas que nous sommes tout à fait comme de petites îles, bien séparées, vivant chacun pour soi. Enfin, comme il y a beaucoup de petites îles, cela forme un archipel. L'archipel Lenoir".

Par Nanne
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Lundi 15 octobre 2007

                 La Folle de Chaillot - Jean Giraudoux 
                     (Livre de poche)





Le moins que l'on puisse dire, c'est que "La Folle de Chaillot" - expression passée dans le langage populaire pour désigner un personnage hors norme - porte bien son nom. Voici une pièce posthume de Jean Giraudoux que l'on peut qualifier de baroque. L'humour et la satire de la société y sont présents tout au long de cette pièce féerique, voire onirique.

Imaginez quatre personnages aussi originaux que dissemblables qui se retrouvent à la terrasse de Chez Francis, place de l'Alma. Il y a là le baron Jean Hippolythe Tommard, vendeur de ses propriétés familiales à des amies, périodes entrecoupées de rédactions de versions pour les élève du lycée Janson. Le président Emile Durrachon dont "les rapports avec la gloire me laissant affamé, humilié, haillonneux, je me retournai vers ces visages inexpressifs et sans nom que j'avais remarqués postés au milieu de la foule dans un guet insensible. Ma fortune était faite". Roger Van Hutten - prospecteur - qui ne possède pas de nom. Il s'est décidé à vivre sans identité. Enfin, Georges Chopin, fils d'une mère pauvre et malhonnête à laquelle il voue toute son existence. Il a ainsi passé sa vie à expulser les pauvres gens de leur logement.

Ces quatre pendards sont bien décidés à mettre Paris en coupe réglée. Car la nouvelle reine du monde s'appelle prospection pétrolifère. Elle est mère nourricière de la Société Anonyme et enfante des millions pour ceux qui savent l'exploiter. Et les sous-sols de Paris sont des gisements bruts et inexplorés. A tel point que, même l'eau du café de Chaillot à un arrière-goût de pétrole. Mais pour que le rêve devienne une douce réalité et devenir de substantiels bénéfices, faut-il vider la ville des fantoches qui la peuplent. "Et voyez ! Voyez, du quartier même qui est notre citadelle qui compte dans Paris le plus grand nombre d'administrateurs et de milliardaires, surgir et s'étonner, à notre barbe, ces revenants de la batellerie, de la jonglerie, de la grivèlerie, ces spectres en chair et en os de la liberté de ceux qui ne savent pas les chansons [...]. Notre pouvoir expire là où subsiste la pauvreté joyeuse, la domesticité méprisante et frondeuse, la folie respectée et adulée. Car voyez cette folle ! le garçon l'installe avec les grâces de pied, et dans qu'elle ait à consommer, au meilleur point de la terrasse".

Le prospecteur décide de faire sauter le pavillon de l'ingénieur qui refuse, depuis vingt ans, tout permis de prospection pour Paris et sa banlieue. C'est le jeune Pierre - qu'ils tiennent par un chantage odieux - qui doit s'acquitter de cette tâche. Son suicide raté apprend à Aurélie - la Folle de Chaillot - que le monde n'est pas aussi beau qu'elle se l'imagine. Pierre lui apprend le funeste dessein de ces quatre escrocs, leur décision de détruire non seulement Chaillot, mais Paris. Ils sont à la recherche de pétrole, et sont prêts à créer "de la misère. De la guerre. De la laideur. Un monde misérable". 

Qu'à cela ne tienne, la Folle de Chaillot décide de purger la ville de tous ces profiteurs et de les supprimer purement et simplement. "Qu'avez-vous, tous, à vous lamenter, au lieu d'agir. Vous pouvez tolérer cela, un monde où l'on ne soit pas heureux, du lever au coucher ! Où l'on ne soit pas son maître ! Seriez-vous lâches ! Puisque vos bourreaux sont des coupables, il n'y a qu'à les supprimer". Elle les appâtera avec l'annonce d'un jaillissement de pétrole. Pour les faire disparaître à jamais, l'Egoutier de la ville de Paris lui divulguera le secret d'une oubliette menant aux égoûts. Si la descente est aisée, la remontée est impossible. Pour faire les choses dans les règles, le Chiffonnier servira d'avocat de la défense pour les-dits accusés. Il prendra fait et cause pour les riches, expliquant que - grâce à l'argent - on peut tout se payer. Il défendra si bien leur cause, que la Folle de Chaillot décidera de leur disparition irrémédiable.

"La Folle de Chaillot", tout comme "Intermezzo", est une satire féerique sur la société et tout ce qui ne fonctionne pas. Par l'humour, Jean Giraudoux nous présente tous les travers de la société : l'argent facile, les bénéfices énormes, la fortune à faire au mépris des habitants, les tentatives d'escroquerie. Au final, comme dans de nombreuses pièces de Giraudoux, c'est le bien qui triomphe toujours sur le mal. Les voleurs, les esprits étriqués sont punis par leur propre croyance. En lisant Jean Giraudoux, on s'ouvre une parenthèse onirique et merveilleuse, qui laisse notre imagination voguer au-delà de la réalité, même après la fin de la lecture.

Par Nanne
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Jeudi 16 août 2007

                 Boulevard Durand - Armand Salacrou 
                      (Livre de Poche)


"Or ton histoire, Durand, qui fut vivante recommence à vivre tous les jours, à toutes les heures, à travers le monde, sous de nouveaux costumes, dans d'autres villes, avec de nouveaux visages [...]. On honore ton souvenir, tout en conduisant d'autres hommes à la mort, dont nos enfants, à leur tour, salueront la mémoire". 

"Boulevard Durand" d'Armand Salacrou est une pièce que je qualifierai de sociale. Elle nous raconte l'histoire - vraie - de Jules Durand et des revendications des ouvriers du port du Havre, chargés de débarquer le charbon à quai. Jules Durand, secrétaire du Syndicat des Ouvriers Charbonniers du port du Havre, est un idéaliste porté par le refus de la souffrance des hommes en général, et des ouvriers en particulier. Il a décidé de ne pas courber l'échine devant les dirigeants et hommes de pouvoir, mais de vivre la tête haute et de lutter pour le progrès, qui doit être le devoir de chacun. "Refuser de partager la souffrance des autres, c'est admettre cette souffrance, la justifier et devenir responsable de cette souffrance".

Jules Durand, qui s'affirme anarchiste révolutionnaire est inscrit à la Ligue des Droits de l'Homme "pour y défendre la dignité de l'homme". Il décide d'organiser une grève générale suite à l'annonce de travailler le dimanche, sans augmenter la paye de 20 sous. Compte tenu des conditions de travail pénibles des ouvriers charbonniers et de leur extrême pauvreté, ceux-ci votent la grève à l'unanimité. Roussel, homme de confiance du directeur - Buggenhart - propose de briser la grève avec des hommes à sa solde. Il faut reconnaître qu'il a la tête de l'emploi, Roussel. "Car, en plus, il a une tête de faux témoin catholique. Les faux témoins catholiques ont une bassesse dans le regard, une molesse dans la bouche ...". Il réussira à recruter des hommes pour continuer le déchargement, grâce à une Coopérative de déchargement. Parmi ces Jaunes, se trouve Capron, ouvrier syndiqué et voisin de Jules Durand.

Un soir, en sortant de son travail, Capron se prend de querelle avec des ouvriers grévistes ivres sur le port. Sa mort précipitera l'arrêt de la grève, que Jules Durand décrêtera. "Aussi je déclare qu'il est aujourd'hui impossible de poursuivre un mouvement de libération humaine en traînant le cadavre d'un de nos frères derrière nous. La grève est donc terminée. De toutes nos revendications, aucune ne sera satisfaite. Nous serons aussi malheureux qu'avant, avec, en plus, les dettes à payer. Le travail reprendra demain à l'aube".

Après tout, la mort d'un ouvrier est chose courante en 1910 et n'aurait pas déclencher un tel battage médiatique à l'époque si Roussel et les armateurs n'y avaient vu une occasion de discréditer un homme dont l'idéalisme, la droiture, l'honnêteté n'inquiétaient. "L'Affaire Durand" commence en 1910, et se terminera en 1918, par sa réhabilitation. En attendant, Roussel déploiera tous les moyens - dont de faux témoignages et le chantage - pour faire condamner Jules Durand. Le verdict ne se fera pas attendre. Il sera condamné à mort pour meurtre avec préméditation. "Attendu que le jury, a déclaré Durand, coupable d'avoir provoqué le crime par dons, promesses, menaces, abus d'autorité, machinations et artifices, avec préméditation et guet-apens, condamne Durand Jules, à la peine de mort. Le condamné aura la tête tranchée sur l'une des places publiques de la ville".

Aussitôt, un mouvement de solidarité internationale entre les ouvriers des grands prots se mettra en place pour demander sa grâce. De même, Jean Jaurès et Anatole France interpèleront le gouvernement de l'époque, et exigeront la liberation immédiate de Jules Durand, innocent. Les hommes qui avaient décidé de le briser, de la réduire au silence définitif, réussiront leur funeste travail. Comme tous les idéalistes, les personnes droites et justes dans leur comportement, Jules Durand ne supportera pas cette injustice qui s'est - un jour - abattu sur lui et sa famille.

Avec "Boulevard Durand", on revit l'un des épisodes les plus importants de la lutte ouvrière et du combat pour l'amélioration des conditions de travail. Cette pièce n'est pas un drame, encore moins une comédie. C'est une chronique écrite à partir de documents que l'auteur a collecté dans les archives de la ville du Havre, de témoignages de ceux et celles qui ont connu Jules Durand, mais aussi - et surtout - des souvenirs d'enfance d'Armand Salacrou. C'est ce qui donne à cette oeuvre toute son intensité, toute sa force, toute sa puissance et sa grandeur.

Par Nanne
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Lundi 21 mai 2007

       Intermezzo - Jean Giraudoux (Livre de Poche)

Le moins que je puisse dire concernant la lecture d'"Intermezzo" de Jean Giraudoux, c'est que j'ai été surprise par le sujet de cette pièce dans le répertoire de cet auteur jugé sérieux. Je la qualifierais de pièce onirique avec un sens de l'humour et de la dérision que l'on imagine mal chez cet écrivain. Et pourtant, force est de constater que, dans "Intermezzo", les disciples du rationalisme, de la rigueur scientifique et de l'application des principes administratifs ne sont pas épargnés. Loin sans faut, surtout lorsqu'il s'agit d'expliquer des phénomènes paranormaux et spectraux !! Il faut situer le lieu de cette pièce pour comprendre l'histoire elle-même. Nous sommes en 1933, dans un petit village du Limousin, pays de coutumes ancestrales où les jeteurs de sort, les envoûteurs, les sorcières, les thaumaturges en tous genres pullulaient et terrifiaient une population crédule. 

Depuis quelques temps, le village est retourné par d'étranges phénomènes, dont l'apparition d'un spectre, que l'on dit grand avec un beau visage. Le maire, aussitôt alerté de la nouvelle, a réuni un comité chargé d'élucider le mystère pour remettre les choses à leur place et faire revenir le calme parmi ses concitoyens. Outre le maire, le droguiste et le contrôle des Poids et Mesures, s'est invité à la chasse au spectre l'inspecteur d'Académie à la réputation sulfureuse. "- Je parlais de l'Inspecteur. Pourquoi l'avoir convoqué de Limoges ? Il passe pour brutal, les esprits n'aiment pas les butors. - C'est qu'il est venu de lui-même. C'est qu'il entend se déranger lui-même pour combattre tout ce qui surgit d'anormal ou de mystérieux dans le département. Dès qu'un phénomène inexplicable se manifeste dans la faune, la flore, la géographie même de la région, l'Inspecteur survient et ramène l'ordre".


Autant dire que ce Savonarole de département est fermement d"cidé à résoudre le problème, et dans les meilleurs délais. Il a la certitude que le bourg est hanté, que toutes les situations anormales qui résonnent la nuit et réveillent la population, que les apparitions chargées d'effrayer certains administrés ne peuvent appeler que le crime et le sang. Or, c'est le contraire qui se produit : que du bonheur, du positif, de la joie, de la légèreté, de la liberté. "[...] Nous avons tiré l'autre dimanche notre loterie mensuelle, c'est le plus pauvre qui a gagné le gros lot en argent, et non le gagnant habituel [...]. Cette semaine, nous avons eu deux décès : les deux habitants les plus âgés, qui, par-dessus le compte, était le plus avare et la plus acariâtre. Pour la première fois, le sort nous débarrasse, le hasard frappe à coup sûr".

Les demoiselles Mangebois, filles d'un juge de paix et secrétaires de l'oeuvre des Trousseaux sont, quant à elles, persuadées que la seule et unique coupable de la venue de ce fantôme est la douce et tendre Isabelle. Institutrice remplaçante, Isabelle fait la classe aux petites filles dans la nature pour leur apprendre les choses de la vie, la beauté de la nature. Elle croit au spectre espère en lui et en ses conseils pour rendre le village parfait.


L'inspecteur, qui n'est pas homme à faire des concessions, convoque Isabelle et constate que ses méthodes éducatives ne correspondent pas aux règles de l'administration. Le refus d'Isabelle de punir ses élèves et de voir dans le zéro la note de l'infini et - par association - la meilleure note, pousse celui-ci à la révoquer pour faire revenir l'ordre et la discipline. "[...] Vous aurez un tableau noir, désormais ! Et de l'encre noire ! Et des vêtements noirs ! Le nois a toujours été dans notre beau pays, la couleur de la jeunesse ... [...]. Un mois de de discipline et l'on ne pourra plus les distinguer les unes des autres ...[...]". 

Même si la ville trouve son compte de la présence du spectre qui se trouve être en état de délire poétique, l'inspecteur est bien déterminé à liquider tout ce qui est étrange, bizarre, suspect. Il décide de tendre divers guet-apens au fantôme et à Isabelle pour faire disparaître tout ce beau monde irrationnel. Mais tout son attirail ne servira à rien. L'inspecteur aura beau trouver des trésors d'ingéniosité, en appeler aux forces de l'ordre pour attraper le spectre et le
renvoyer dans son monde, il se couvrira plus de ridicule que d'honneur. C'est la malice et l'habileté du droguiste et l'amour sincère du contrôleur pour Isabelle qui la sauveront et la ramèneront à la vie, humaine et normale. "Il ne s'agit pas de la ramener à elle, mais de la ramener à elle". Après ce retour à la vie, plus forte que l'attirance de la mort, le village reprendra son train-train quotidien. Les choses reprendront leur place initiale. Et l'inspecteur repartira à la chasse d'autres spectres, dans d'autres villages du Limousin.

"Intermezzo" est une pièce qui, à travers l'humour et la dérision, oppose le rationalisme bureaucratique au rêve d'une jeune fille qui ne souhaite que le bonheur pour elle, son village, et les enfants qu'elle éduque. Jean Giraudoux joue sur la notion d'intermède, d'entre-deux. On alterne la réalité administrative sous la forme de l'inspecteur, froid et rigoureux, et l'imaginative Isabelle. Entre les deux, les personnages se sentent un peu perdus, pris qu'ils sont entre l'étau du pragmatisme et l'onirisme.

Malgré la date de création, "Intermezzo" est une pièce à (re)découvrir, pour nous faire rire et voyager par l'esprit, ce qui est chose rare.

Par Nanne
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