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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Petites notes sur ...

Jeudi 5 juin 2008
Marie-Claude Vaillant Couturier ou Maries aux cent visages


J'ai l'ai déjà écrit, mais je récidive une fois encore. J'admire toutes ces femmes - les connues et les inconnues - qui se sont battues sur tous les fronts pour s'imposer en tant que personne à part entière, indépendante, qui ont prouvé qu'elles savaient faire aussi bien que les hommes, qu'elles étaient leurs égales. Certaines ont souvent payé cher leurs engagements politiques, sociaux, moraux ou religieux, parfois de leur vie.

Parmi ces femmes, une dont je souhaiterais vous entretenir a été tout à la fois militante communiste, reporter-photographe, résistante de déportée, témoin au procès de Nuremberg en 1946, élue parlementaire dès 1946, enfin vice-présidente - par deux fois - de l'Assemblée Nationale et commandeur de la Légion d'Honneur en 1995. Et comme toujours, rien ou presque ne prédestinait Marie-Claude Vaillant Couturier à devenir cette femme engagée sur tous les fronts  et dans toutes les grandes causes de son époque.

Née Vogel, son père - Lucien Vogel - est un éditeur, pas des moindres, puisqu'il est le créateur du journal Vu en 1928. Ce magazine sera le premier au monde à donner une large place à l'illustration. Sa mère - Cosette de Brunhoff - n'est autre que la soeur de l'inventeur de Babar. Elle est chroniqueuse de mode. Il était donc naturel qu'elle devienne reporter-photographe à une époque où cette profession se désignait au masculin.
Surnommée la dame au Rolleiflex par l'équipe de Vu, elle est désignée pour réaliser un reportage sur la montée du nazisme en Allemagne en 1933. Marie-Claude réalise clandestinement des clichés sur les premiers camps de concentration du nouveau régime - Oranienburg et Dachau - où sont enfermés les opposants. De ce reportage, il ne restera que quelques photos éparses ; les nazis ayant détruit ses archives pendant la guerre.  De même, Marie-Claude Vaillant Couturier effectuera quelques reportages pour le magazine Regards, dont un sur les Brigades Internationales.

En 1934, elle adhère à la Jeunesse Communiste et fondera - en 1936 - les Jeunes Filles de France avec d'autres militantes, dont Danielle Casanova. 1934 est aussi la rencontre avec celui dont elle portera toujours le nom, Paul Vaillant Couturier. Fondateur de l'Association Républicaine des Anciens Combattants, député communiste, rédacteur en chef de l'Humanité, artiste,
écrivain, poète qui disparaîtra subitement et précocement en 1937. Marie-Claude Vaillant Couturier prendra alors la responsabilité du service photo de l'Humanité.

1939 arrive et le gouvernement français contraint le parti communiste à la clandestinité et à l'interdiction du journal. Qu'à cela ne tienne, Marie-Claude Vaillant Couturier change d'activités. Elle sera chargée de la solidarité aux familles de prisonniers. Immédiatement engagée dans la Résistance, elle participe à des publications clandestines : tracts, pamphlets, parution de l'Humanité clandestine. Mais elle ne se contente pas que cela en assurant la liaison entre le Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France et les Francs Tireurs et Partisans de France (FTPF). Elle ira jusqu'à transporter des explosifs.

Comme tous ces hommes et ces femmes passionnés et engagés dans des causes justes mais
traqués, Marie-Claude Vaillant Couturier sera arrêtée le 9 février 1942, lors d'une rafle contre le parti communiste clandestin. Les compagnons arrêtés avec elle seront fusillés par les nazis. Elle restera cinq mois au secret à la prison de la Santé, avant d'être transférée au Fort de Romainville, jusqu'à son départ en déportation, le 24 janvier 1943.

Marie-Claude Vaillant Couturier et ses compagne de souffrances, de douleurs, de malheurs - dont Danielle Casanova - feront partie du convoi des 31 000. Singulier et atypique, ce convoi sera le premier composé de femmes déportées politiques, résistantes et non-juives, envoyées à Birkenau. Elles seront 230 détenues à entonner La Marseillaise en entrant dans le camp. Elle y restera dix-huit mois, témoin oculaire du génocide des Juifs et des Tziganes. Elle pparticipera au comité clandestin international de la résistance du camp. En août 1944, elle est transférée à Ravensbrück. Ce  camp sera libéré le 30 avril 1945 par l'Armée Rouge. Marie-Claude Vaillant Couturier ne rentrera en France que le 25 juin 1945, préférant se consacrer à ses camarades malades, affaiblis, en attente de rapatriement.

Toujours, Marie-Claude Vaillant Couturier sera celle qui soutient, encourage, aide, maintient
l'espoir en la victoire finale. Et ce, dans chaque camp. Pour maintenir le moral des déportées, elle diffusait les informations recueillies auprès de celles travaillant pour l'administration des camps. Ainsi, elles apprendront le jour même le débarquement en Normandie, et - plus tard - la libération de Paris.

Revenue en France, Marie-CLaude Vaillant Couturier n'arrête pas pour autant son combat. Elle est élue en 1946 députée de la Seine et siège à l'Assemblée Consultative Provisoire. La même année, se tient le procès de Nuremberg. Son témoignage restera dans l'histoire pour sa sobriété. Elle sera la porte-parole du calvaire de tous les déportés. Néanmoins, elle reviendra de ce procès insatisfaite par l'absence des dirigeants de Krupp, Siemens, IG Farben sur le banc des accusés.  Toujours en 1946, elle défendra - devant l'Assemblée Nationale - la notion d'imprescriptibilité de crimes contre l'Humanité, ouvrant la voie à la ratification de la Convention de l'ONU sur ce thème en 1964.

Tout au long de sa mandature législative, Marie-Claude Vaillant Couturier proposera des lois sur la majorité électorale à 18 ans, sur l'égalité des salaires entre hommes et femmes, ou encore pour alléger les procédures d'adoption. Elle n'aura de cesse de défendre la cause des handicapés, des drogués, des familles en difficulté.


Geneviève Anthonioz De Gaulle - autre déportée de Ravensbrück - dira d'elle "Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n'était rien sinon d'être au service de ses camarades". Cette phrase résume, à elle seule, ce qu'a pu être la vie et l'engagement de Marie-Claude Vaillant Couturier.
Par Nanne
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Vendredi 21 mars 2008
        La muse et la résistante engagée


Fichier hébergé par Archive-Host.comJ'aime les femmes qui ont du caractère. Elles sont nos porte-drapeau, nos porte-parole. C'est souvent grâce à ces femmes engagées - moralement, politique ou socialement - que notre société civile a su évoluer et avancer dans le bon sens.

Pas toujours facile d'être une femme au caractère bien trempé. Les hommes nous rappellent sans cesse que nous vivons encore dans une société dominée par l'homme. On le perçoit encore chaque jour. Malgré tout, je me sens proche de la plupart d'entre elles. Malheureusement, elles ont souvent vécu dans l'ombre de grands hommes, dont elles ont été les muses, les inspiratrices ou autres égéries.
Mais surtout, à ma grande honte, je me suis rendue compte que je parlais (très) peu de ces femmes écrivains, artistes, ou journalistes qui ont participé à notre émancipation intellectuelle et sociale. Après Marlène Dietrich et Lee Miller, j'avais envie de vous présenter - ou de vous faire découvrir - une femme-écrivain de grand talent, Elsa Triolet.

Fille de Elena Youlevna Berman, mélomane, et de Youri Alexandrovitch Kagan, avocat décédé en 1915, Elsa grandit à Moscou. Son éducation bourgeoise lui permet d'apprendre le français dès l'âge de six ans. Très jeune, elle commence à fréquenter les milieux intellectuels de la capitale russe. C'est dans les années 1910 qu'elle rencontre le poète futuriste Vladimir Maïakovski, au cours d'une soirée. Elle qui avait commencé des études d'architecture, devient - grâce à sa beauté, à sa culture et à son intelligence - la muse d'un groupe d'écrivains, le groupe futuriste. Elsa présentera Maïakovski à sa soeur aînée - Lili Brick - qui
Fichier hébergé par Archive-Host.com le lui volera et deviendra sa muse et sa compagne de route.

En 1918, pour fuir les terribles conditions de vie post-révolutionnaires et tenter
d'oublier Maïakovski, Elsa quitte la Russie pour épouser un officier français - André Triolet - rencontré deux ans plus tôt à Moscou. En 1920, Elle séjournera à Tahiti, qui lui inspirera son premier roman en 1926, écrit en russe "A Tahiti". Dans le même temps, Elsa Triolet traduira un choix de vers et de proses de Maïakovski. C'est elle qui permettra à ce poète russe d'être reconnu en Occident. Ce mariage-éclair sera suivi d'un divorce tout aussi rapide, puisque le couple se sépare en 1921. La même année, Elsa Triolet se rend à Londres puis à Berlin où elle retrouve sa soeur - Lili Brick - Maïakovski, Vladimir Pozner et Ilia Erhenbourg. En 1924, Elsa Triolet s'installe à Montparnasse, rue Campagne-Première. Ses voisins sont Picabia, Marcel Duchamps et Man Ray. Elle décrira la vie de ce quartier dans un roman intitulé "Camouflage", paru en russe en 1928.

1928, c'est une année à marquer d'une pierre blanche pour Elsa Triolet, puisqu'elle rencontrera celui qui deviendra l'homme de sa vie, Louis Aragon. C'est un ami surréaliste, qui lui présentera Aragon à La Coupole. La vie commune d'Elsa Triolet et de Louis Aragon commence le soir même du 6 novembre 1928. Ils ne se quitteront plus et se marieront en 1939. Tout à la Fichier hébergé par Archive-Host.comfois compagne de route - communiste convaincue, mais jamais adhérente au parti - muse de celui qui lui dédiera ses plus beaux poèmes dont le recueil "Les yeux d'Elsa" en 1942, Elsa Triolet construira une oeuvre propre constituant une réponse à celle d'Aragon. Mais en attendant la gloire, il faut manger tous les jours. Les revenus tirés des oeuvres littéraires de Louis Aragon ne suffisent pas pour maintenir leur train de vie. Dans les années 1930, Elsa Triolet fabriquera des colliers pour les grands couturiers de l'époque. Elle en tirera un livre, "Colliers", qui sera son dernier roman écrit en russe. Parallèlement, elle écrit des reportages pour des journaux russes et traduit également des auteurs russes et français, dont Tchekov et ... Aragon. Elsa Triolet et Aragon se rendront régulièrement en URSS, même si la période 1936-1945 est une parenthèse à leurs voyages. C'est pour Elsa l'occasion de retourner dans son pays d'origine, de retrouver sa langue maternelle, sa culture et sa famille.

Mais la guerre arrive et, avec elle, le temps de l'engagement. Elle se
lance dans la résistance avec Aragon. Pour eux, se sera la zone Sud, à Lyon, Carcassonne, Avignon, Nice et dans la Drôme. Années noires et sombres pour l'Europe entière, ce sont sans aucun doute les années les plus heureuses pour Elsa Triolet qui ne cessera de noircir du papier durant cette période. Ce sera sa résistance à elle. Elle contribue à faire paraître et à diffuser des journaux clandestins,Fichier hébergé par Archive-Host.com "La Drôme en armes" et "Les étoiles". De même, Elsa participera à la fondation des Lettres Françaises et du Comité National des Ecrivains (CNE). Ces années seront riches en romans pour Elsa Triolet. En 1943, elle publie "Le cheval blanc" chez Denoël, son premier vrai roman en français, quête d'un bonheur insaisissable. Elsa Triolet sera la première femme à recevoir le Prix Goncourt en 1944 pour son recueil de nouvelles éditée aux Editions de Minuit, "Le premier accroc coûte deux cents francs". Ce recueil, dont le titre annonçait le débarquement de Provence, retranscrit directement son expérience de la résistance. En 1946, elle assiste au procès de Nuremberg pour Les Lettres Françaises.

Les années d'après-guerre voient l'engagement d'Elsa Triolet se poursuivre. Appartenant au comité directeur du CNE, elle s'attachera à promouvoir la lecture et la vente de livres dans les années 1950 et se battra pour la création des bibliothèques de la Bataille du Livre. De même, Aragon occupant une place prépondérante au sein du parti communiste depuis sa rupture d'avec les surréalistes, Elsa Triolet s'engage - elle aussi - dans la voie politique. Dans les romans de cette époque, elle traite des problèmes politiques et sociaux nés de l'après-guerre. Elle prévoiera la chute inéluctable du communisme dès 1950, alors qu'elle ne critiquera jamais ouvertement le régime soviétique, ses crimes et ses exclusions. Ce n'est qu'en 1957 qu'Elsa Triolet exprimera sa critique contre le stalinisme à travers son roman "Le Monument". En 1963, elle intervient pour que l'ouvrage d'Alexandre Soljénitsyne - "Une journée d'Ivan Denissovitch" - soit traduit et publié en France et pour que l'auteur ne soit pas exclu de l'Union des Ecrivains Soviétiques. Elle soutiendra aussi Sakharov dans son combat.

Fichier hébergé par Archive-Host.comEn 1970, après avoir écrit "Le rossignol se tait à l'aube" Elsa Triolet meurt d'une crise cardiaque. Son cercueil sera exposé dans le hall du journal "L'Humanité". Elle qui disait que sans l'écriture elle n'aurait pas résisté dans tous les sens du terme, nous a prouvé qu'elle avait toujours su combattre sur tous les fronts où régnaient l'injustice, le mensonge, l'exclusion, la haine. Elle a posé le problème de la quête incessante du bonheur et de sa recherche improbable. Elle qui s'est toujours remise en cause et qui a toujours douté de ses qualités, a prêché pour l'espoir et la combativité. "Les bons sentiments ne font pas de bons livres, je sais ça par coeur, mais les bons sentiments ne font pas forcément de mauvais livres".
Par Nanne
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Mardi 25 septembre 2007

              Lee Miller : de la photo de mode 
           à la photo témoignage



Pour la première fois que j'écris des "Petites notes sur ...", je vous propose un portrait ... de femme. Vous aimez la photo, l'art, la mode et l'histoire. Alors, bienvenue dans les mille vies de Lee Miller. Comme on dit des chats qu'ils possèdent sept vies, Lee Miller a été tour à tour mannequin pour les plus grands couturiers, égérie des grands portraitistes photographes, apprentie photographe et maîtresse de Man Ray - alors maître incontesté de la photo surréaliste - correspondante de guerre accréditée par l'armée américaine. C'est elle qui se fera photographier dans la baignoire personnelle d'Hitler, y prenant un bain. Le tout en restant féminine jusqu'au bout des ongles !!

Elle a été l'une des artistes les plus méconnues de son époque. Bien qu'élevée dans un milieu bourgeois américain, son enfance sera jalonnée de moments traumatisants. Elle développera un tempérament rebelle et dépressif. Son père, ingénieur et amateur de photos, la fait poser dès son plus jeune âge pour son portrait puis, plus tard, pour l'étude de nu. C'est sa première approche avec un univers qui va bientôt bouleverser sa vie entière. Sa première rencontre, déterminante pour son avenir, est celle d'avec Madame Kockaskinski, polonaise, qui l'invite à visiter Paris, ville du surréalisme. Ce sera une révélation pour Lee Miller, qui décide de s'inscrire - à son retour - à l'Art Student League où elle apprendra la décoration et l'éclairage de théâtre.

Mais le hasard, ou la chance, ou tout simplement la vie lui sourira une autre fois, à New York. Alors qu'elle s'apprêtait à traverser une rue, un homme - Condé Nast, magnat de la presse féminine - l'empêche de se faire renverser. Saisi par la beauté de cette jeune femme quelque peu androgyne et étonné par son style très européen, il lui propose de devenir mannequin. La voilà sur la route de la gloire, en devenant mannequin de mode pour Schiparelli, Patou ou Chanel. Elle posera pour les plus grands photographes portraitistes de l'époque, qui se bousculent pour cadrer son parfait minois et son regard rêveur. Elle pose pour Horst P. Horst, George Hoyningen-Henne et Edward Steichen. Lee Miller dira d'elle, un jour : "J'étais vraiment terriblement, terriblement jolie, je ressemblais à un ange, mais au fond de moi, j'étais un démon". En 1928, elle sera la première à casser un tabou - de taille - en étant le premier modèle pour une publicité sur ... l'hygiène féminine.

Nouvelle star de la mode, Lee Miller reste nostalgique de Paris et n'oublie pas son séjour de quelques mois dans la capitale française. Qu'à cela ne tienne, Edward Steichen lui fait une lettre de recommandation pour Man Ray, artiste américain exilé à Paris. En 1929, elle débarque au 31 bis rue Campagne-Première, repère et altelier de du chantre de la photo surréaliste, bien décidée à devenir son apprentie. Lui répondant qu'il n'enseignait pas et qu'il partait en vacances, elle lui rétorque : "Je sais et je pars avec vous". Ainsi commence leur relation tant professionnelle qu'amoureuse, dans un Montparnasse déclinant chaque jour davantage. Il se fait Pygmalion, la mettant en scène. Elle le lui rend bien en devenant tout à la fois égérie, modèle, amante et assistante. Elle serait à l'origine de la solarisation, procédé utilisé et prisé des photographes surréalistes. Au bout de neuf mois de vie avec Man Ray, Lee Miller se met à son compte et ouvre son propre studio de photos, 12 rue Victor Considérant. Elle travaillera sur commandes pour les grands couturiers et sur des travaux confiés par Man Ray, qui se consacre de plus en plus à la peinture. Elle réalisera des portraits dans la veine surréaliste. Elle fréquente Picasso et Dora Maar, Paul Eluard et Nusch, Dali et Gala, côtoie Diaghilev. En 1931, elle participe à l'exposition "La publicité par la photographie" à la galerie d'Art Contemporain. La même année, elle incarne la statue parlante dans le film de Jean Cocteau, "Le sang d'un poète".

En 1932, Lee Miller rejoint New York et ouvre "Le studio Miller" et romp avec Man Ray. Celui-ci aura du mal à se remettre de cette séparation. Il créera l'indestructible objet, sorte de métronome avec l'oeil de Lee Miller collé au balancier. Mais avec le crash de 1929 la photo se vend mal, malgré ses connaissances et l'exposition du galériste Julien Lévy, qui a fait connaître Cartier-Bresson aux Etats-Unis. En 1933, son studio noue enfin avec le succès. Mais c'est sans compter sur l'imprévisible Lee Miller qui rencontre un richissime homme d'affaires égyptien, Aziz Eloui Bey. Elle part vivre avec lui au Caire. Avec lui, Lee Miller vivra un conte des Mille et une nuits, parcourant les oasis de Syrie et de Palestine. Elle sera fascinée par ces personnes rencontrées dans le déserts, et les paysages toujours uniques et sans cesse renouvelés. Elle photographiera la vie égyptienne, les villages abandonnés et les sites archéologiques.

De retour à Paris en 1937, Lee Miller rencontre Roland Penrose, artiste surréaliste anglais et collectionneur. Il deviendra son second mari après la guerre. Elle hésitera quelques temps, faisant l'aller-retour entre Londres et le Caire, entre Penrose et Eloui Bey. Finalement, elle quittera ce dernier pour rejoindre Roland Penrose en plein blitz londonien. D'un coup, sa photo passe de la légèreté des starlettes et de la mode au document brut. En 1941, Lee Miller s'inscrit auprès des forces armées américaines et devient correspondante de guerre. Elle travaillera pour Vogue anglais et fera équipe avec David Sherman, reporter photo pour Life. Lee Miller devient ainsi la seule femme correspondante de guerre accréditée défense. Elle suivra les troupes américaines lors du Débarquement à D Day + 20. On les retrouvera de l'Angleterre à l'Europe de l'Est, toujours en première ligne dans les combats de Normandie jusqu'au nid d'aigle en Allemagne, en passant par les plages d'Omaha au siège de Saint-Malo. Elle participera à la libération de Paris, aux combats en Alsace, à la jonction des armées américaines et soviétiques à Torgau, à la libération des camps de Dachau et de Buchenwald. Jusqu'en 1946, Lee Miller témoignera de la reconstruction de l'Europe de l'Est. Bloquée à Vienne, elle rencontre Nijinski et la cantatrice Ingard Seefried qui lui fait visiter l'opéra en ruine. 

Elle cessera toute activité en 1948, après avoir réalisé des portraits d'artistes tels que Picasso, Miro, Man Ray ou Tapies qui restent parmi les plus beaux de la photo du 20ème Siècle. Lee Miller qui s'est souvent trouvée sur le fil du rasoir, a su trouver sur son chemin des personnes qui lui ont permis d'acquérir un savoir artistique et de devenir l'une des femmes photographes les plus talentueuses de son époque.

Par Nanne
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Mardi 14 août 2007

                        De la bourgeoisie au 
                        communisme révolutionnaire


Je vous ai déjà dit toute la passion que j'éprouve pour l'Allemagne et sa culture, son histoire et ses artistes. Dernièrement, pour ma liste ABC, j'ai acheté un livre d'Erich Maria Remarque - "L'Obélisque noire" - dont la couverture était ornée d'un dessin de George Grosz : Dehors et Dedans. Vous allez encore vous demander quel est cet artiste dont je vais vous parler !! Quasiment inconnu, ou presque. Pas si sûr. Je suis même sûre que vous connaissez un certain nombre de ses peintures, tellement caractéristiques de son style au graphisme heurté, violent, caricatural, cruel et cynique et qui illustrent dossiers et documents traitant de l'histoire de l'Allemagne de 1918 à 1933.

George Grosz fût successivement dessinateur caricaturiste, peintre allemand, puis américain. Né à Berlin en 1893, sa jeunesse se déroulera dans l'Allemagne de Guillaume II. Il poursuit des études artistiques à l'Académie Royale de Dresde, puis à Berlin. Son premier dessin est publié en 1910. Sa haine pour le militarisme prussien et outrancier de l'époque, du nationalisme, du clergé et de la bourgeoisie - dont il est issu - lui serviront de thème pour croquer ses contemporains. Bien qu'il semble manifester une sympathie pour le milieu ouvrier et les chômeurs - ayant renié son milieu et la religion - il est plus attiré par la littérature et sa rebellion interieure. 

La 1ère Guerre Mondiale transforme son antimilitarisme en antinationalisme. En 1916, par refus du nationalisme germanique et par amour pour l'Amérique, il transforme son prénom Georg en George et son nom, Gross en Grosz. Il décidera de ne s'exprimer qu'en anglais par provocation. 

Dès 1914, bien qu'étant apolitique, il s'engage comme volontaire. Réformé en 1915, pour raisons de santé, il sera réincorporé en 1917 et transféré dans divers centres hospitaliers où il finira la guerre. "Cette époque que j'ai vécue dans le carcan du militarisme était une défense perpétuelle - et je sens que tous les actes que j'accomplissais alors me dégoûtaient du plus profond de moi-même", dira-t-il de cette époque. Les dessins de cette période montrent des champs de bataille avec leurs cortèges de destructions, de morts, d'horreurs. Il ne sera pas le seul à peindre la monstruosité de la vie des tranchées. Les dessins de George Grosz seront proches de ceux d'Otto Dix ou de Max Beckmann.

En 1918, l'union des artistes du Novembergruppe se créé à Berlin, influencée par la révolution d'octobre en Russie. George Grosz y adhère et défend la révolution soviétique. La même année, il devient membre du KPD - le parti communiste allemand. L'écrasement des mouvements spartakistes et des Conseils de Bavière par les sociaux-démocrates, aidés de l'armée et des corps francs, radicalisera davantage ses dessins. Cela lui vaudra de nombreux démêlés avec la justice, pour insultes envers l'armée impériale avec un recueil "Gott mitt uns" en 1921, pour outrage aux bonnes moeurs et trouble à l'ordre public avec "Ecce Homo", où il décrivait la vie privée de la bourgeoisie.


Entre-temps, le mouvement Dada naît en 1916 à Zurich, représentant le nihilisme total. Il arrive à Berlin en 1918, et George Grosz sera l'un de ses premiers représentants. C'est au sein de ce mouvement artistique que Grosz poussera la provocation à son paroxysme. Il réalise avec John Heartfield un photomontage, Dadamerika. George Grosz est nommé Propagandada lors d'un meeting Dada.  En 1920, il organise avec John Heartfield la première Foire Internationale Dada. 174 oeuvres sont présentées. Max Ernst et Otto Dix y exposent leurs oeuvres. La galerie sera fermée par la police et condamné à une forte amende.

En 1922, lors d'un séjour en Union Soviétique, où il rencontrera Lénine, George Grosz dresse un bilan désastreux du pays et de ses conditions de vie. Il quittera le parti communiste en 1923, tout en continuant à collaborer à l'organe de presse de celui-ci. Il croque des bourgeois repus et obscènes, des militaires arrogants et vulgaires. En 1926, pour dénoncer la condamnation à mort des deux anarchistes italiens Sacco et Venzetti, George Grosz dessine une statue de la Liberté ensanglantée brandissant une chaise électrique. En 1928, Erwin Piscator met en scène "Les aventures du brave soldat Chvéïk" de Jaroslav Hasek. George Grosz dessine un recueil de dessins, projeté en arrière-scène. Cela lui vaudra une peine de prison de deux mois et 2 000 marks d'amende pour blasphème. On y voyait un Christ crucifié avec un masque à gaz et des bottes militaires. La légende disait "Ferme-la et continue à servir".

George Grosz est sans aucun doute l'artiste qui a le mieux pressenti l'arrivée du nazisme en Allemagne. Au cours d'une conversation avec Thomas Mann George Grosz prédit en 1933 "qu'Hitler ne tiendrait pas six mois, mais six ans ou même dix ans [...]". Il émigre aux Etats-Unis juste avant l'arrivée des nazis au pouvoir. Il sera le premier à se voir retirer la nationalité allemande et ses oeuvres trouveront une place de choix dans l'exposition sur l'art "dégénéré" en 1937.

Son talent de caricaturiste est très apprécié aux Etats-Unis. Déjà, en 1932, il avait été invité à enseigner à L'Art Students League de New York. Il y restera jusqu'en 1936, puis créera la Sterne-Grosz School. Son admiration pour les Etats-Unis l'empêchera d'être critique. Son oeuvre deviendra plus traditionnelle, plus calme et plus sereine. Toutefois, George Grosz continue ses dessins sur l'actualité. Bien qu'ayant pris la nationalité américaine, les dessins de George Grosz railleront quand même les moeurs de son pays d'adoption. En 1958, il réalise une série de collages grotesques sous le titre "Cookery School", dans lequel il fustige la société de consommation américaine. Cette oeuvre est une anticipation du Pop'Art. La même année, il est nommé membre de l'Académie des Beaux-Arts de Berlin Ouest. Il décide de revenir définitivement en Allemagne en 1959. Il y décède la même année.

Certains critiques d'art voyaient en Grosz un antimoderniste, l'antithèse d'un Picasso, d'un Matisse ou d'un Brancussi, ces représentants de l'art moderne. George Grosz, dessinateur cruel, cynique et témoin de son époque ? Ou bien moraliste ?

Par Nanne
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Vendredi 18 mai 2007

             Entre littérature et esthétisme païen

Je me dois de vous faire un aveu : j'apprécie la littérature érotique. J'en vois que cela risque de heurter, de choquer, de gêner, de déranger. Il n'empêche, je l'assume. Mais rassurez-vous, je ne vais pas transformer mon blog sur les livres en blog pour adultes avertis. Encore que cela aurait le mérite de doper le BR de celui-ci. Non, cela ne m'intéresse pas. Ce qui m'attire le plus dans cette littérature particulière est ... le charme et la sensualité qui se dégagent de certaines oeuvres érotiques. Le style d'écriture, les mots utilisés, les métaphores employées pour décrire des situations amoureuses peuvent être très poétiques, et ouvrir aux lecteurs des horizons oniriques infinis.

Beaucoup de grands auteurs - passés à la postérité - ont écrit des textes ou des poèmes érotiques. Parmi eux, on compte Apollinaire avec ses célèbres "Onze mille verges" ou encore son "Journal d'un Don Juan" ; mais aussi Guy de Maupassant avec ses "Récits grivois et autres contes" ou "La maison Tellier" sur l'atmosphère des maisons closes en province. La liste est encore longue et non exhaustive. Celui dont je voudrais vous parler est Pierre Louÿs, passé maître dans l'art de la littérature et de la poésie érotiques.

Né à Gand en Belgique, Pierre Louÿs étudie à l'Ecole alsacienne de Paris. Il y rencontre André Gide, qui deviendra l'un de ses amis. Très tôt attiré par le monde des lettres, il commence à rédiger ses premiers textes érotiques à 18 ans. Dans le même temps, il se lie au mouvement littéraire du Parnasse, dont il fréquente les poètes emblématiques : Leconte de Lisle et José-Maria de Hérédia, dont il épousera la cadette - Louise - à 19 ans. Par la suite, il évoluera vers l'école symobliste. Ces deux mouvements lui donneront le goût de la sensualité païenne et celui de la beauté.

En 1892, il compose un sonnet à Mallarmé pour ses 50 ans. Un an auparavant, Pierre Louÿs avait fondé la revue La Conque, où seront publiées les oeuvres des auteurs parnassiens et symbolistes : Mallarmé, Leconte de Lisle, Verlaine, Gide, Paul Valéry. Il y éditera ses premiers vers érotiques, avant de la réunir dans le recueil "Astarté" en 1893, sous la forme de poèmes lyriques grecs et de courtes pièces d'un érotisme léger.

En 1894, il publie un deuxième recueil resté célèbre en raison de sa supercherie littéraire : "Les Chansons de Bilitis". En effet, Pierre Louÿs fait passer ses poèmes pour une traduction grecque d'une poétesse de l'âge lyrique, contemporaine de Sappho. Ce recueil de poèmes en proses est marqué par les influences du Parnasse hellénisant et du symbolisme, avec un goût prononcé pour la sensualité, le bucolique et l'érotisme élégant. Ces poèmes vont inspirer certains musiciens, dont Claude Debussy, qui composera un accompagnement pour trois des chansons de cette anthologie : "La flûte de Pan", "La chevelure", "Le tombeau des Naïades". 

Son premier roman "Aphrodite", de moeurs antiques est édité en 1896. Il est l'expression de la beauté formelle. Ce roman séduit par son aspect licencieux, sa description de la volupté et son esthétisme rappelant les auteurs parnassiens. Il a reçu un succès d'estime dans le milieu littéraire ainsi qu'auprès du grand public, grâce à un article louangeur de François Coppée. "Aphrodite" sera adaptée pour la scène lyrique en 1906.

En 1898, il rédige "La femme et le pantin" qui se situe à l'époque contemporaine. C'est sans doute le chef d'oeuvre et le roman le plus connu de Pierre Louÿs. Il a pour cadre l'Espagne et le thème en est l'amour sensuel. Roman à très forte intensité dramatique, il y met en scène une femme fatale et décrit les ravages de la passion sur un homme. L'écriture en est dépouillée, avec une atmosphère complexe et tortueuse. En voulant libérer le corps par une sensualité détachée de sentimentalisme, Pierre Louÿs adopte une attitude de moraliste. Ce roman inspirera deux réalisateurs, et non des moindres : Joseph Von Sternberg qui tournera en 1935 "The Devil is a woman" avec Marlene Dietrich, ainsi que Luis Bunuel avec "Cet obscur objet du désir" en 1977, joué par Carole Bouquet.

En 1901, "Les aventures du roi Pausole" voit le jour. Conte satirique libertin, c'est un livre de libertinage inspiré des conteurs galants du 18ème Siècle. Mais dès le début du 20ème Siècle, Pierre Louÿs rencontre des difficultés financières. Il éprouve beaucoup de mal à publier et à écrire. De ce fait, il donne des recueils d'articles et des nouvelles, préalablement publiées dans les journaux. C'est vers 1917 qu'il compose ses plus beaux textes, "Isthi" - publié sans nom d'auteur - "Poétique" et surtout son chef d'oeuvre lyrique le "Peviligium mortes" en 1916, resté longtemps inédit. Tout au long de sa vie, Pierre Louÿs a écrit un très grand nombre de Curiosa, doublant systématiquement ses oeuvres publiées d'une version érotique. Ses textes, souvent ironiques, reprennent sous une forme coquine, des oeuvres sérieuses. 

Mais Pierre Louÿs était aussi un bibliophile qui possédait plus de 20 000 volumes. Il avait une connaissance approfondie de la littérature ancienne. Il a d'ailleurs publié plusieurs articles sur ces questions et a réalisé des milliers de fiches sur ces thèmes.

Ami des lettres, écrivain, poète, musicien, critique, linguiste, esthète, érotomane, dandy, photographe, il a été l'ami de Debussy, Gide, Apollinaire, Sarah Bernhardt, Paul Valéry, François Coppée, Mallarmé ... Jusque dans sa correspondance avec Paul Valéry, Pierre Louÿs restera toujours l'esthète païen de sa jeunesse, cultivant beauté et amour.

Quelques ouvrages :

Astarté - 1891

La Chanson de Bilitis - 1894

Aphrodite - 1896

La femme et le pantin - 1898

Les avantures du roi Pausole - 1901

Isthi - 1917

Trois filles de leur mère - 1926

Par Nanne
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