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Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers fait de livres et de photos, mes deux grandes passions. Il a été créé pour pouvoir partager, échanger et découvrir des auteurs, des oeuvres que l'on n'aurait peut-être pas eu l'idée de lire pour diverses raisons.

J'espère que vous prendrez plaisir à le visiter, comme je prends plaisir à le faire. Vous pouvez me laisser un petit message sans rapport avec le contenu de mon blog, signalant simplement votre passage ou pour dire un petit bonjour. Vous serez toujours les bienvenus.

Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Nouvelles francophones

Lundi 28 juillet 2008
           Lieux-dits - Michel Tournier
              (Folio 2€ n°3699)


Si l'envie vous prend de faire une balade dans le temps, de voyager dans des villes romanesques pour partir à la rencontre d'auteurs et de musiciens connus et reconnus. Si vous avez envie de visiter des jardins de curé dans la vallée de la Chevreuse ou des châteaux flamboyants, alors je vous invite à partager l'univers de Michel Tournier.

Notre première flânerie nous entraînera à Prague, où Lorenzo Da Ponte attend deux amis - non des moindres - au célèbre Café Alcron, en dégustant un chocolat chaud, du vin de Tokay et des pâtisseries viennoises. Da Ponte attend rien moins que Mozart et Casanova pour discuter de son futur livret d'opéra Don Juan, pièce angoissante d'une Espagne inquisitrice. "Mais nous sommes ici au coeur de la vieille bohême, magique et tendre, le pays des vins dorés et des verres multicolore. Vous Mozart, vous venez de Salzbourg, et nous de Venises. Pourquoi ne ferions-nous pas un Don Juan à l'italienne, mieux à la vénitienne ?".

Après Prague et la Bohême romantique, on prend la direction de Weimar que rien ne prédestinait
à un tel rayonnement intellectuel, avant que deux créateurs de génie ne transformebt cette modeste bourgade en un lieu d'exception. Goethe pour l'écriture et la pensée, Jean-Sébastien Bach pour la musique sacrée et profane. C'est Bach le premier qui a fait de Weimar une ville importante dans l'évolution de sa musique. "Ces années weimariennes furent décisives dans l'évolution de son art : vingt-trois ans - trente-deux ans. C'est la conclusion d'une jeunesse studieuse et l'épanouissement de l'âge adulte".

Goethe, quant à lui, fera venir à Weimar d'autres personnalités éminentes, dont Schiller ou encore Herder. Son amitié avec le duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar sera une réussite exemplaire. Goethe aura un rôle d'animateur des festivités, entre autre. "Ce rôle d'ordonnateur des pompes joyeuses ne lui paraissait nullement indigne de lui, et il se trouvait des prédécesseurs jusque chez Albert Dürer et Léonard de Vinci". Que reste-t'il de Weimar après Bach et Goethe ? Elle aurait pu rester cette petite ville idyllique si l'histoire du 20ème Siècle ne s'en était pas - ombrageusement - mêlée.

Après l'Europe Centrale poétique et l'Allemagne romantique, voici une autre promenade - originale celle-là : celle de son jardin de curé où niche le presbytère dans lequel l'auteur a élu domicile depuis de nombreuses années. Outre les vénérables séculaires qui trônent majectueusement dans son jardin - dont un marronnier géant - se trouve un petit buis malingre. Arbuste indispensable à la vie du presbytère puisqu'il lui fournit les branches pour le dimanche des Rameaux. "L'arbre possède une longévité exceptionnelle, et c'est peut-être ce qui explique son emplacement malencontreux dans mon jardin".

Enfin, c'est la découverte de ses deux châteaux préférés, Breteuil et Mauvières. Le château de Breteuil avec sa grille, son jardin à la française et son parc immense. L'ensemble majestueusement couronné de deux étangs abritant des canards de collection et des cygnes solennels. Et puis, celui de Mauvières. "Il faut avoir l'oeil exercé pour découvrir ses toitures d'ardoises et ses façades roses au milieu des frondaisons. Car le château de Mauvières se cache dans les bois et se laisse volontiers occulter par ses voisins plus imposants, Breteuil d'un
côté, Dampierre de l'autre".

Dans "Lieux dits" de Michel Tournier, on part en excurtion à travers le temps, les époques et les continents, mêlant allégrement l'histoire, la nature, la beauté d'un paysage, le souvenir personnel d'un quartier ou d'un lieu particulier. On voyage ainsi, au gré des humeurs de l'auteur, de Prague à Bombay, de Dieppe à Weimar, de la Forêt de la Chevreuse au Japon, de l'Ile Saint-Louis à la Californie. Petites madeleines de Michel Tournier qui se dégustent lentement, savoureusement, comme pour mieux ressentir toute la délicatesse, la beauté et la simplicité des endroits.
Par Nanne
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Vendredi 2 mai 2008
                      Billard blues - Maxence Fermine
                            (Livre de poche n° 30263)




Livre_Billardblues.jpgTrois rendez-vous pour raconter trois univers, dans trois villes mythiques des Etats-Unis, à trois époques différentes balayant le 20ème Siècle. "Billard blues" raconte des histoires sur le billard et le poker sur fond de blues ou de jazz, dans des clubs semi-clandestins ou des casinos pour milliardaires.

Le premier rendez-vous est celui de Billard blues, club de billard et de blues. "Parce que, ici, ce n'est pas la simple arrière-salle d'un club de billard à la noix, non, mais un lieu magique, tout au bout de la route du blues, à Chicago, au Septième Ciel de la musique noire, quelque par dans l'univers infini de la vraie vie, là où la musique se joue à tous les coins de rues ...". Pour bien jouer du blues, il faut avoir connu la mélancolie. La vraie. Le joueur de blues du Billard blues l'a rencontrée dans les années 1930. Pensez donc. Noir, sans diplômes, sans argent. Chicago était sa seule planche de salut pour jouer le blues comme il le ressentait, comme il le vivait. Parce que le blues, c'est la vie. En plus, au Billard blues joue le
hoppe_willie.jpg meilleur champion de billard de tous les temps. Willie Hoppe. Cinquante et une fois champion du monde. Un record. Son jeu était tout en finesse et en rapidité. Hoppe était aussi souple qu'un félin. Ce qui lui permettait d'alinger les points de manière impressionnante et d'avoir la main sur n'importe quel adversaire.

Mais dans les années 1930, le Billard blues était une des plaques tournantes du trafic d'alcools. Prohibition oblige. "Et parmi les têtes d'affiche des truands, le pire de tous était un nommé Al Capone. Un gard plutôt bien charpenté, avec une énorme cicatrice sur la joue qui le faisait surnommer le Balafré". Une partie de billard mémorable s'engagera - un soir - entre Willie Hoppe et Al Capone, sur fond de blues, pour accompagner ses deux monstres. Il faut dire que le musicien est - lui aussi - unique.

Deuxième rendez-vous, au début des années 1960, à New York - sur la 52ème rue - au Jazz Blanc. On part écouter le saxophone magique d'un certain Max Coleman. Coleman, un joueur blanc au pays de la musique noire. "Coleman n'était pas simplement saxophoniste, il était saxophoniste de jazz. Nuance. Son meilleur ami était son saxophone. Son pire ennemi, l'alcool. Mais pour lui, les deux allaient toujours ensemble. Rien d'anormal jusque-là. Plus tu joues, plus tu as soif. Plus tu as soif, plus tu bois".

john-lee-hooker.jpgLa vie de Coleman pourrait se résumer par ce tryptique "Sax, Jazz, Swing". Jamais les uns sans les autres. Dans les années 1960 - comme dans les années 1930 - au Jazz Blanc, on ne rencontrait pas que des musiciens de talent. Il y avait aussi la pègre blanche. Les Irlandais, particulièrement. Maxie-la-Punaise, surtout, y officiait. Il s'était pris de passion pour le jazz. Pas celui de Coleman, mais celui de Diana King. "L'ennui, c'est que Diana était déjà une véritable star, et qu'elle avait passé l'âge de jouer dans des clubs minables pour quelques centaines de dollars". Maxie-la-Punaise mettra tout en oeuvre pour la faire venir en concert au Jazz Blanc. Pour le plus grand bonheur .... de Max Coleman.

Ultime rendez-vous, à Las Vegas, paradis et enfer du jeu et des joueurs, ville lumière aux dix millions d'ampoules clignotantes, qui ne s'éteignent jamais. A Las Vegas sévit Davis Dam, le roi du poker. "Un sacré type sorti tout droit du Far West, avec un Stetson vissé sur la tête". Davis Dam était un sacré bon joueur de poker. Un bluffeur, aussi. L'argent lui brûlait les doigts. Au cours d'une partie inoubliable contre Nick Zimmermman, un tour lui permettra de sauver la face et son honneur. "Jouer sa peau : c'était vraiment ça qui plaisait à Davis Dam. Risquer sa vie à tout moment. Atteindre le grand frisson. Pour lui, c'était comme évoluer sur un champ de bataille. Attaquer
sansLasVegas.jpg relâche ou bien attendre l'ennemi embusqué".

"Billard blues" de Maxence Fermine est une longue et belle balade à travers le temps et la musique. On passe du blues des années 1930 au jazz des années 1960, du billard des tripots au poker des casinos. On fredonne, on sifflote, on murmure, on susurre des airs, des paroles et autres rangaines des plus grands joueurs de jazz et de blues. On se prend à s'imaginer dans ces clubs de fond de rues glauques, enfumés des vapeurs bleutées des cigares et cigarettes de contre-bande, sirotant de l'alcool frelaté et prohibé. On en revient de voir Al Capone avec des yeux d'enfant ébahis face au gigantissime Willie Hoppe. On tremble à la table de Davis Dam avec son jeu de poker menteur - roi de l'arnaque et de l'esbrouffe - se demandant s'il repartira sans le sou ou riche à millions. "Billard blues" est digne des meilleurs airs de jazz et de blues, envoûtant et qui reste dans la tête longtemps après la fin de sa lecture.
Par Nanne
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Mardi 4 décembre 2007

     Ah ! Berlin et autres récits - Patrick Besson 
     (Folio)




Patrick Besson a l'art de raconter des histoires sur un ton mordant, cinique et ironique. Il n'y a qu'à lire ses chroniques journalistiques pour s'en rendre compte. Les quatre nouvelles contenues dans "Ah ! Berlin et autres récits" en sont une preuve flagrante. "Ah ! Berlin" ou l'histoire d'un soldat français oisif en vadrouille dans Berlin ouest, du temps où la ville était défigurée par le mur de la honte. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le soldat Nikita Morgenstein ne brille pas par ses états de services à l'armée. En fait, il n'en a reçu que des mauvais. En plus, il est déloyal. D'ailleurs, il est incapable de se concentrer sur une seule et unique chose, même sur une courte période. "Morgenstein avait fait une année de chinois, une année de lettres modernes et une année d'anglais. Maintenant, il faisait une année d'armée. Il arrivait rarement à faire la même chose pendant plus d'une année".

C'est en se rendant au Café Mörhing que la vie de Morgenstein va être bouleversée, lorsque Andréa - serveuse au café - rentre dans son existence. Il tentera tout pour séduire la jeune berlinoise qui restera complètement hermétique à ses assauts d'amoureux transi. "Morgenstein n'avait jamais aimé personne comme il aimait cette fille. En quelques heures, elle avait chassé la lourdeur de sa vie. Rentrer au Quartier eût signifié quitter une piste de danse pour aller s'enfoncer dans des sables mouvants [...]. Il demanda à Andréa si elle le cacherait chez elle, au cas où il déserterait". Dépité d'avoir été éconduit, il trouve refuge chez Hélène, amie d'Andréa et française. Il comprend d'un coup que sa désertion va entraîner certaines conséquences sur le cours de sa vie, qu'il ne pourra pas revenir en France et - surtout - que l'ancien Morgenstein est mort sur le quai du train militaire qui devait le ramener à sa caserne. C'est un nouvel individu, angoissé et sans identité, qui vient de naître. Mais voilà que Jacques Morgenstein - le père, richissime bijoutier - vient en aide à son rejeton en lui proposant une filière pour fuir, muni d'une malette d'argent remplie de trente millions en coupures diverses ... qui disparaîtra entre temps avec son contenu. 

Après Berlin, direction New York, avec "Katiouchka", où les frères Kundera - aucun lien avec le philosophe - doivent donner une série de concerts au Carnegie Hall. Si Bronilav se considère comme un virtuose du piano, son frère - Vladimir - est persuadé qu'il aurait mieux réussi en faisant de la peinture sur soie ou en confectionnant des goulasch, plat local. "C'est la raison pour laquelle je fus l'un des premiers à essayer de le décourager de se rendre à New York pour y donner un concert. Ce qui pouvait passer pour de l'habileté auprès de notre public national ou en Europe serait considéré outre-Atlantique comme une offense grave à la mémoire de Mozart ou de Beethoven, les deux victimes préférées de mon frère aîné". 


C'est donc accompagné de Vladimir que Bronilav se rend aux Etats-Unis pour une série de concerts. A l'aéroport JFK, Vladimir constate la disparition de son frère. Panique générale et angoisse de l'attachée de presse du Carnegie Hall, Catherine Flakenberg, chargée de les chaperonner. Pourquoi cette soudaine disparition d'un frère qui a toujours été délégué de quelque chose dans leur pays ? Pour une femme ? Pour de l'alcool ? Même si celui-ci réapparaît, elle sera de courte durée. Bronislav sera assassiné quelques heures plus tard dans le Bronx. " - Vous le reconnaissez ? me demanda l'officier de police. - Même pas à l'odeur. - C'est votre frère. - Peut-être. - Il avait ses papiers. - Que faisait-il dans le Bronx ? - Demandez-le lui. - Ce n'est pas drôle. L'officier referma froidement l'espèce de frigo dans lequel reposait celui qui avait été longtemps l'honneur pianistique de notre nation".
Pourtant, un petit homme avec un canotier à la Maurice Chevalier aurait vu monter Bronislav dans une limousine. Et si tout cela n'était qu'un meurtre maquillé ?

Les deux dernières nouvelles nous entraînent entre Paris et Berlin grâce à deux enquêtes du commissaire Bartillot. "Le 2ème couteau" se passe dans le monde feutré de l'édition. Lorsque Gaston Cooper apprend la mort de Sandra Gamelin, tuée dans les sous-sols de chez Lipp, celui-ci est persuadé que c'est aussi la mort de sa propre maison d'édition. Jérôme Bernotte, son conseiller littéraire, savait que Sandra voulait changer d'éditeur. De là à supposer qu'un tueur à gage a été engagé pour la supprimer, il n'y a qu'un pas. Pour le commissaire Bartillot, la question est avant tout de savoir pourquoi Sandra Gamelin voulait changer d'éditeur. Simple et stupide, mais essentiel. Et si, dans la série de crimes se succédant, il y avait un lien de cause à effet ? Et si dans l'énigme du meurtre de Sandra, il n'y avait qu'une sordide histoire de plagiat ou de "nègre" qui aurait mal tournée ? 

La dernière, "Bernotte et Bartillot", c'est l'association de ceux-ci pour retrouver la trace de Lionel Tessier, fils d'une amie commune. L'enquête les ménera en Allemagne où le corps de celui-ci sera retrouvé à Heilderberg. Sombre et nébuleuse intrigue qui conduiront nos deux compères jusqu'à Berlin, au sein d'une bande de jeunes illuminés à la recherche d'un gourou les guidant dans leur quête d'absolu.

C'est le premier livre de Patrick Besson que j'ai lu, je n'ai donc pas le recul nécessaire pour dire s'il est meilleur ou moins bon qu'un autre ouvrage. Toutefois, j'ai passé un bon moment, avec des crises de fous rires jusqu'aux larmes. Ce qui est déjà un signe. Le seul reproche que je puisse faire à ce recueil, c'est le côté alambiqué de la dernière nouvelle. Elle se tord, se contortionne, s'emmêle parfois avec des lourdeurs. On a du mal à adhérer à la fin, peu crédible. C'est dommage. Car l'ensemble est bon, drôle, grinçant et qui donne envie de lire d'autres livres de cet auteur. Ce dont je ne me gênerai pas de faire à l'occasion !!

Par Nanne
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Vendredi 23 novembre 2007

             Ida - Irène Némirovsky (Folio 2€)



Deux nouvelles pour raconter l'illusion de l'existence de deux femmes. Deux nouvelles, pour deux destins douloureux de femmes à la vie diamétralement opposées.

La première nouvelle - "Ida" - est l'histoire d'une meneuse de revue, dont la vie tourne autour des strass, paillettes, plumes d'autruches et bouquets d'admirateurs. "Elle apparaît au faîte d'un escalier de trente marches d'or, comme cinq ou six autres femmes, tous les soirs, dans les music-halls de Paris, elle descend entre les grils nues, coiffées d'un chaperon de roses, qui tiennent à la main, chacune, un parasol d'or [...]. C'est une femme, qui, depuis longtemps, n'est plus jeune [...]". Ida Sconin éblouit, obsède Paris qui l'admire. Elle n'est pas aimée, mais elle le sait et - surtout - elle fait recette. Encore. Ida barre la route aux plus jeunes danseuses, aux dents longues, pressées en haut de l'affiche. Chacune guette sa place. Chacune attend l'instant où elle trébuchera, où l'âge ne fera plus illusion.

Mais Ida se sent jeune et prête à tous les nouveaux challenges, dont la nouvelle saison qui sera encore le symbole de toute sa splendeur, de toute son énergie, de sa beauté éternelle. Seulement, Ida vit dans l'illusion. Elle doit faire des efforts quasi surhumains, s'imposer des souffrances physiques pour arriver à un bien piètre résultat. "Elle se sent triste. Car elle a beau farder son visage, taillader ses seins et ses joues, masser son front, effacer tous les jours les rides, qui, toutes les nuits, inlassablement, se reforment, elle ne peut s'empêcher que son âme, par moment, s'essouffle et se fatique plus vite que son corps". Pour faire tenir ce corps, ce coeur qui vieillit plus qu'elle ne le voudrait, elle double, triple la dose de véronal. Au moins, avec le sommeil, les rides n'apparaîtront pas trop.

Mais voilà le jour de la grande première du nouveau spectacle "Femmes 100 / 100". La foule se presse, mais moins pour Ida que pour une très jeune femme, Cynthia, danseuse nue. Ida comprendra soudain que l'heure de vérité à sonner, que la désescalade est arrivée. Elle prend conscience qu'elle est une femme vieillie qui exagère le trait de l'éternelle jeunesse.

"La comédie bourgeoise" - deuxième nouvelle - nous emporte dans une petite ville de province, proche des villes de campagne avec ses maisons basses, tristes, sa petite bourgeoisie bien pensante et bigote. La vie s'y déroule, aussi bien réglée qu'un coucou suisse. Madeleine, fille du patron de l'unique usine de la ville, se prépare pour un dîner chez tante Cécile. Une jeune homme y est invité - Henri Bertrand - jeune ingénieur plein d'avenir. Le but de ce dîner était - bien évidemment - la rencontre des deux futurs tourtereaux. D'ailleurs, le mariage serait excellente chose, puisque Henri deviendrait l'associé de son futur beau-père. Et puis, il vient d'une excellente famille. Les parents de Madeleine ne souhaitent que le bonheur de leur unique fille. 

Enfin, il faut prendre une décision pour la date des fiancailles et celle du mariage. Le tout en fonction de l'état de santé de la grand-tante Moulins qui ne tiendra plus bien longtemps. Tout tourne rond, jusqu'au jour du mariage. Apparaît une pauvre fille, qui vient perturber le ronron de cette vie de province engoncée dans ses traditions puritaines. Elle vient faire du scandale. "C'est une femme jeune, assez modestement vêtue, l'air excessivement las et surexcité. Henri veut l'entraîner, la faire taire. [...] - Mademoiselle, mademoiselle, cet homme est mon amant depuis trois ans ! Il m'avait promis le mariage ! [...] Elle crie, gesticule. Madeleine, muette, semble frappée de stupeur".

De ce mariage conventionnel naîtront deux enfants. Conséquence logique de cette union préfabriquée. Henri trompera sa femme avec des ouvrières de l'usine. Il faut bien passer le temps en province. La vie de Madeleine se déroulera ainsi, dans la platitude de son rôle d'épouse bourgeoise et modèle. Toujours les mêmes rituels, immuables, depuis l'époque de sa propre mère. Le fils succèdera au père comme, avant lui, son père avait succédé à son beau-père. Madeleine se pliera à toutes les cruautés de la vie, les acceptera.

Avec "Ida" on retrouve encore tout ce qui fait le style et l'ambiance de "Suite française". Une fois de plus, Irène Némirovsky dépeint - presque jusqu'à la la caricature, mais sans jamais céder à la facilité - deux vies de femmes à qui rien n'a été épargnée, ni la difficulté d'être, ni le malheur, ni la tristesse de leur sort, ni les choix cruels à devoir faire. C'est une peinture amère de la vie, telle qu'on la trouve aux hasards des destins de chacun.

Par Nanne
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Mercredi 2 mai 2007

Une page d'histoire et autres nouvelles - Romain Gary (Folio)

Qu'il soit Emile Ajar, auteur de "La vie devant soi", ou Romain Gary, l'écrivain de "L'éducation européenne" ou des "Racines du ciel", on peut dire de l'un comme de l'autre que c'est un auteur de grand talent, au style poétique, à la fois drôle et cruel. D'autre part, je vous ai déjà dit tout le bien que je pensais de la collection Folio à 2 €. Et bien, je persiste cette fois-ci encore et je signe pour "Une page d'histoire et autres nouvelles". Cinq nouvelles - extraites des "Oiseaux vont mourir au Pérou" - pour raconter la névrose et la détresse humaine. Chaque nouvelle montre une facette de nous-mêmes - pauvres humains - à la fois victimes et coupables de nos rêves, de nos croyances, de nos espoirs, mais aussi de nos cauchemars, de nos peurs, de nos désenchantements. On voit les personnages se battre et se débattre pour résister à l'aliénation, aux manies de toutes sortes, aux psychoses, aux vices qui les tourmentent.

Dans "Le luth", le comte de N. est ambassadeur à Istanbul, avec l'ambition d'être - un jour prochain - nommé à Rome, consécration de sa carrière diplomatique. En attendant, il consacre une partie de ses journées à visiter les mosquées, en homme pieux et croyant, et dans les souks, pour le plaisirs des yeux et ... des mains. "[...] l'après-midi, il errait longuement parmi les mosquées, dans les souks, s'attardant chez les marchands d'objets d'art et d'antiquités ; il restait des heures en méditation devant une pierre précieuse au à caresser, de ses doigts longs et fins, qui paraissaient faits pour ce geste, une statuette ou un masque, comme pour essayer de leur rendre vie".

 

Ses mains qui l'obsèdent et ne lui laissent pas un instant de répit, faisant naître des sens nouveaux et des voluptés inconnues jusqu'alors chez l'ambassadeur. Pour conjurer ce sort, le comte - au détour de chez Ahmed l'antiquaire du souk - l'initie à la magie musicale ... du luth arabe, Al oûd. "Le comte promenait ses doigts sur l'instrument. Une note s'éleva, tendre, plaintive, un peu ambigüe, à la fois un reproche et une supplique de continuer. Il frôla encore une fois les cordes, et sa main resta suspendue dans l'air, comme la note, aussi longtemps qu'elle". Mais cette quête des sens par l'apprentissage du luth a une autre vocation beaucoup plus lascive et érotique. Le tout sera d'éviter le scandale pour conserver sa respectabilité.

"Noblesse et grandeur" - autre nouvelle - relate les "exploits" militaires de Kopfff, soldat allemand envoyé en Roumanie. Ce pauvre pantin fanatique d'Hitler, prêt à mourir pour la grandeur de l'Allemagne - accessoirement bègue - sera le jouet des Christianu père et fils, madrés paysans roumains. Ceux-ci cherchent à se venger de Fédor, riche paysan du village. Une fois le châtiment accompli, les Christianu passeront du bon côté. "Ils ont profité de Kopfff pour régler des comptes personnels. A présent, c'est fini. L'honneur est sauf. Justice est rendue. Ils n'ont aucune envie d'être mélés à ce qui va suivre. Ils veulent se retirer, avec armes et bagages, pendant qu'il en est encore temps". La fin de Kopfff ne sera pas à la hauteur de ses espérances. Loin de là.

D'autres nouvelles se suivent, aussi diverses et variées les unes que les autres. Mais celle qui a ma préférence reste "Le faux", histoire d'oeuvres d'art et de collectionneurs ... passionnés. S... , collectionneur d'art et esthète, est bien décidé à se battre pour prouver l'existence d'un faux Van Gogh acheté par Baretta, petit épicier napolitain, devenu le roi de l'industrie alimentaire en Italie.

Son amour de la beauté, de la pureté esthétique, le rend intransigeant quant à l'authenticité des chefs d'oeuvre du monde entier. Il en fait son principe, en tire son honneur d'homme de goût, son cheval de bataille de connaisseur. La preuve, son plus beau chef d'oeuvre n'est autre que ... sa femme. "S ... était amoureux, sincèrement et profondément, mais ceux qui se targuaient de bien le connaître et qui se disaient d'autant plus volontiers ses amis qu'ils le critiquaient davantage, ne manquaient pas d'insinuer que l'amour n'était peut-être pas la seule explication de cet air de triomphe qu'il arborait depuis son mariage et qu'il y avait dans le coeur de cet amateur une joie un peu moins pure : celle d'avoir enlevé aux autres un chef d'oeuvre plus parfait que tous ses Vélasquez et ses Gréco". Malheureusement, à être trop sûr de soi et de sa connaissance en art, on finit par être trompé - un jour - par la marchandise convoitée. C'est ce que S ... apprendra à ses dépens. Il éliminera l'oeuvre d'art qui dépareille sa collection personnelle, pour continuer à vivre dans le beau, l'esthétique, le parfait.

L'ensemble des nouvelles qui forment "Une page d'histoire" rassemble des personnages souvent malheureux et esclaves de leur folie, de leur désespoir, de leur divagation. Ils errent, comme autant d'âmes en peine, au milieu d'un monde trop réaliste, trop dur ou trop violent, sans se rendre compte qu'ils se battent contre des chimères et qu'ils s'enlisent et s'enfoncent jusqu'au point de non-retour. C'est tout à la fois beau, cruel et poétique.

Par Nanne
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