
"Plus de trente ans que je
cherche ce Rosebud (bouton de rose) en chacun. Ce petit rien qui nous trahit en nous révélant aux autres. [...]. Un livre, un film ou un tableau, juste un regard parfois de l'autre côté de la
table, ou même un sourire entre deux stations de métro, le battement d'ailes d'un papillon un soir d'été peuvent engager une vie". Rosebud, c'est tout et rien à la fois. Un vêtement, un
objet, un lieu, un geste. Ou bien encore une simple trace telle une odeur délicate, un parfum, un page d'un livre, voir un mot de cette même page. Pierre Assouline a traqué toutes ces petites
choses, détails infinitésimaux dans la vie de quelques grands de notre histoire.
aussi brillant soit-il. Ce fils qui disparaîtra, laissant à
jamais une béance dans la vie de son éminent paternel. Il ne s'en remettra jamais, et le cherchera en vain, jusqu'au bout gardant un infime espoir de le retrouver, mort ou vif. "Kipling
sillonne le Pas-de-Calais dans sa "Duchess" tel un général de l'armée morte. Son fils est partout et nulle part, mais le corps manque toujours. Pas de corps, pas de tombe. Rien sur quoi fixer sa
peine. Pas de pierre où s'accouder entre les prières".
Après l'intense chagrin de Kipling pleurant son fils aimé et l'humilité de Cartier-Bresson devant Goya,
son maître, c'est Paul Célan et sa montre qui ne le quittait jamais qui nous est dévoilés. Lui, le poète de langue allemande qui s'exprimait parfaitement dans la langue de Molière. Sa montre qui
est le seul lien qui l'unit à son passé, à son histoire, à ses parents massacrés. C'est tout ce qu'il a pu sauver des ruines de son existence d'avant. Avant le chaos. "La montre-bracelet
s'accroche au corps jusqu'à en faire partie. Il ne l'attache pas autour du bras de l'écriture mais autour du bras du coeur, le bras des phylactères, aux lanières enroulées pour la prière du
matin, le bras qui s'achève par le doigt de l'alliance".
héros sans rien demander, il démontre au monde que le suicide n'est en rien une honte. Et tant pis s'il est loin de la
perfection dans sa vie, dans son quotidien de préfet. Il a montré que la liberté avait un prix et qu'il était prêt
à en payer le prix fort. "Jean Moulin n'en a pas honte. C'est nous qui, aujourd'hui, avons honte pour lui, nous qui lui mettons une écharpe en privilégiant cette photo à l'exclusion des
autres".
délecte de ses fragments qui ont une place
centrale dans l'existence de chacun d'eux. "Rosebud" nous parle de ces instantanés fondamentaux qui les
dévoile au public. Un détail quand même sur ce livre. On a parfois du mal à trouver le fil conducteur entre les
chapitres construits comme autant de biographies. On se perd dans la profusion des détails, dans les allusions de
l'auteur, très cultivé. On a du mal à comprendre où il souhaite nous amener. C'est dommage, car "Rosebud" reste quand même un bon livre qui nous apprend beaucoup après l'avoir
refermé.| Novembre 2008 | ||||||||||
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