Cafetiers, de père en fils

Publié le par Nanne

                    
                     Le Café de Camille - Daniel Crozes

                                   (Livre de Poche)




Fichier hébergé par Archive-Host.comLorsqu'Adrien Soulages quitte sa région de l'Aubrac en ce printemps 1889 pour monter à Paris et tenter l'aventure, il se dit qu'il a de la chance. Son petit cousin - Casimir, porteur d'eau et garçon de bain - lui a promis de l'aider à trouver une place. Arrivé à Paris, Adrien est loin d'imaginer la capitale bruyante de la circulation des voitures, du flot des passants, bruissante des insultes et autres jurons des cochers.

Le lendemain de son arrivée, Adrien se présente chez Etienne Rigal, propriétaire d'un établissement de bains à domicile. Le travail est rude et difficile. "Adrien exécuta les tâches les plus rebutantes sans se soucier de l'heure, sans renâcler. Au matin du quatrième jour, il se présenta devant le patron [...] mais monsieur Rigal décida de le garder aux écuries, sous prétexte qu'il n'y avait pas suffisamment de voitures [...]". Mais Adrien est un garçon ambitieux. Il ne veut pas être ouvrier toute sa vie. Casimir lui conseille de travailler dans le charbon, chez un Bougnat. De toute façon, avec l'arrivée de l'eau courante dans les immeubles, le métier de porteur d'eau est condamné à brève échéance.

En attendant, pour se distraire etFichier hébergé par Archive-Host.com oublier les douleurs de son travail harassant, Adrien se rend au bal musette tous les samedis soirs, rue de Lappe. C'est là, entre deux bourrées, qu'il rencontre Camille. "Vêtue de couleurs claires [...], un châle bleu jeté sur ses épaules rondes, elle dansait en marchant. Bientôt, Adrien [...] ne vit plus qu'elle, ses cheveux bruns retenus en chignon par des peignes de corne blonde, ses yeux rieurs, son corps agile [...]". Camille est fille de comptoir dans un café-billard et vient du pays - de Montézic. Ils se fréquentent et décident de se marier au village, comme il est de règle. Camille veut aussi devenie indépendante, être sa propre patronne. Ne plus dépendre de personne, ne plus recevoir d'ordre. A défaut de devenir propriétaires, ils trouvent une gérante de Bougnat - Bois-Vin-Charbon - à la Chaussé-d'Antin, à quelques pas du magasin du Printemps. Une aubaine pour une première affaire, et l'assurance de faire de bonnes affaires. La boutique accapare le jeune couple toute la semaine. "La boutique [...] rivait Camille au comptoir, expédiait Adrien dans les étages. Le client se moquait des heures, menaçait de s'adresser ailleurs si on ne le servait pas sur-le-champ [...]. Plus de
bal-musette ni de promenade".

Fichier hébergé par Archive-Host.com Mais qu'importe ces sacrifices, si cela doit
mener à l'objectif fixé : devenir propriétaire de leur Bougnat. Le travail n'est pas tout dans la vie. En lisant Le Petit Parisien, ils apprennnent que le Grand Café a fait la première projection cinématographique des frères Lumière. Et puis, il y a la naissance des trois enfants. Ils seront mis en nourrice dans l'Aveyron. Avant de voir leur vrai rêve devenir une belle réalité, Camille et Adrien achètent un Café-Charbon au pied de Montmartre. Les fêtards, les artistes de la Butte envahissent le lieu pour siroter une verte. La vie se déroule, simple et heureuse, entourée des clients et parsemée de petits instants de bonheur. "Aux yeux d'Adrien, rien ne valait le comptoir. Autour d'un verre, [...] le client se construisait cent fois le monde mais jamais de la même manière. Dans toute sa richesse, tantôt triste, tantôt gaie, la vie de la rue venait y choir".

Le meurtre de Jean Jaurès, la mobilisation générale et le début de la Grande Guerre vont marquer un temps d'arrêt dans les ambitions de Camille et Adrien. La vie se déroule morne, triste, sans teint. Avec la guerre, le café n'est fréquenté que par desFichier hébergé par Archive-Host.com clients ayant dépassé l'âge de la mobilisation, par les planqués ou par les petits vieux venant s'installer au chaud. S'amuser devient indécent alors que les hommes sont au front, se font tuer. Mais voilà bientôt le retour de la vie et de la paix. Les femmes ont pris goût à la liberté et à l'indépendance. "Depuis peu, parce que les chauffeuses d'omnibus s'aventuraient sur les avenues ou les postières distribuaient le courrier, on s'habituait à voir une femme sortir seule dans la rue, boire un thé à la terrasse d'un bar en compagnie d'une amie, l'une et l'autre coiffée d'un chapeau en gage de vertu".

Enfin, Camille et Adrien découvrent leur grand bonheur. Situé boulevard Saint-Germain, ils dénichent un café au décor de rêve avec des banquettes de cuir, un comptoir en tétain, un poêle en faïence. Adrien le baptisera Le Café de Camille. C'est Aurélien - leur fils - qui reprendra les rênes du Café de Camille. Sa réputation deviendra telle que les députés en feront leur cantine. Paul Ramadier - député de l'Aveyron - sera le premier d'entre eux. Et la vie du Café de Camille continuera son existence, au gré des vicissitudes de l'Histoire.

Fichier hébergé par Archive-Host.com"Le Café de Camille" de Daniel Crozes retrace l'existence des aveyronnais, auvergnats montés à Paris pour y survivre. Si certains d'entre eux ne resteront que de simples cafetiers, d'autres créeront des lieux uniques, aux noms magiques et symboliques tels que Le Flore, La Brasserie Lipp, La Coupole, ou encore La Closerie des Lilas. C'est un bel hommage à tous des hommes et femmes montés à la capitale et qui ont su créer une communauté forte, sorte de "Bistrocratie" et qui ont essaimé partout dans Paris.

Publié dans Romans francophones

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Florinette 11/01/2008 10:46

Je l'ai lu il y a quelque temps de cela, à sa sortie je crois et je m'en souviens encore très bien et le simple fait de lire ton article, j'ai retrouvé toutes les sensations ressenties lors de cette lecture !!

Nanne 14/01/2008 19:01

Merci Florinette d'avoir retrouvé les sensations que tu as éprouvées lors de la lecture de ce roman. Cela me prouve que je ne me suis pas trompée dans mes propres ressentis o))) J'ai trouvé cet ouvrage très beau et très simple, loin de certains livres trop pompeux. Je crois que je relirai d'autres livres de Daniel Crozes ...

freude 10/01/2008 17:51

Ca me tente bien ! C'est vrai que tes illustrations sont sympas.

Nanne 10/01/2008 21:55

Merci beaucoup, Freude. Je crois que tu prendras plaisir à lire ce livre attachant, simple et beau. Il transporte le lecteur dans un monde à part, passé mais heureux. Il est vraiment très facile à lire et très agréable aussi ...

marie 10/01/2008 08:18

Illustrer tes articles est une belle idée,  c'est beau et ça donne envie.. J'ai vu ce bouquin en librairie, et la couverture pleine de nostalgie est attirante .. Bonne journée !

Nanne 10/01/2008 21:53

Merci Marie pour ce compliment. Ce livre est simple et beau à la fois. C'est vrai que j'ai été attiré par la beauté de sa couverture, et sa lecture m'a vraiment surprise agréablement. Le livre est, lui aussi, plein de nostalgie pour des lieux et une époque révolues. C'est vraiment un livre-plaisir à lire en toute simplicité o)) A très bientôt ...

yueyin 10/01/2008 07:57

Une très belle histoire smeble-t-il qui me tente bien... J'ai beaucoup aimé tous ces lieux magiques même si comme moustafette je n'y vais plus trop par les temps qui courrent ;-)

Moustafette 07/01/2008 21:30

J'aime bcp l'avant dernière photo et cette histoire me tente bien moi qui ne mets plus les pieds au bistrot .

Nanne 10/01/2008 21:41

Les photos sont magnifiques, moi qui adore découvrir les vieux bistrots dans des quartiers pittoresques. Ce livre est une belle surprise par son histoire simple qui raconte la vie de gens simples qui ont créé des lieux de rencontres extraodinaires. C'est un auteur local paru aux Editions du Rouergue. J'aime beaucoup ce genre de livres qui raconte la vie d'autrefois dans les régions françaises.