Joies et peines de l'existence

Publié le par Nanne

             La maison de Lialia - Ludmila Oulitskaïa
                (Folio 2€ n° 4045)



Trois petites nouvelles pour raconter le quotidien de gens simples de Moscou, leurs joies, leurs peines, leurs amours, leurs rêves, leur travail, leur vie banale et parfois terne, au moins en apparence. Car méfions-nous des apparences. Elles sont parfois trompeuses. Et les personnages qui peuplent les nouvelles de "La maison de Lialia" sont loin d'être insignifiants, malgré une existence ordinaire.

Commençons par Olga Alexandrovna, dite Lialia. C'est une superbe femme, frivole, intelligente, cultivée, qui aime la vie et - surtout - les hommes. Tous les hommes. Son caractère gai et enjoué fait qu'elle s'entend avec tout le monde autour d'elle, sauf avec sa fille Liéna. Lialia a aussi un fils, Gocha, élevé au milieu des livres, de la culture humaniste héritée de ses parents, tous deux universitaires. Ce garçon possède une vision étrange du monde qui l'entoure. "Il se qualifiait de socialiste
chrétien, étudiait Marx et Saint Augustin, et cette combinaison fantasque avait fait naître en lui un orgueil de snob". 

Lialia, comme Gocha, possède un don, celui de plaire. Ils attirent tout un monde fantasque et original, des adultes cultivés aussi bien que des adolescents révoltés, des camarades de classe de Gocha comme des gamins de leur immeuble, "mais aussi un tas de gens qui passaient là par hasard, sortis d'on ne sait où". Un jour, parmi cet aréopage d'individus peuplant la maison d'Olga apparaît Kaziev, issu du monde du cirque. Lialia, attirée par sa beauté et son charisme, devient sa maîtresse. Dès lors, sa vie en sera complètement bouleversée, au point que même la maison sera désertée. "La maison avait été désertée, comme le rivage après la marée. Seul le nombre exorbitant de tasses et de verres rappelait la masse de gens qui se bousculaient encore ici quelques semaines plus tôt".

Dans "La maison de Lialia" on rencontre aussi Natalia Andréïévna. Elle n'a jamais connu le bonheur familial malgré un mariage tardif et une fuite tout aussi rapide de son mari. En fait, rien n'a jamais vraiment touché Natalia. "[...] elle ne se lamentait pas du tout de sa vie de
célibataire, du moment que ses parents étaient là. Ah ! du moment qu'ils étaient là, ils remplaçaient pour elle toutes les sortes d'amour, depuis l'amour naturel frémissant jusqu'aux amours vénales". Natalia a une vie simple et monotone. Elle travaille au ministère de l'Equipement où elle distribue des courroies toute la journée. Elle s'implique dans le comité du personnel chargé de recueillir des fonds pour les oeuvres sociales.

Le jour où le comité lui demande d'assiter aux funérailles d'un ancien employé oublié de tous, son univers étriqué va être chamboulé. C'est Ivan Léontiévitch qui en sera le catalyseur. "Elle comprit alors que, dès l'instant qu'il s'était assis à côté d'elle à la table du repas funéraire, des relations s'étaient nouées entre eux, d'infime mouvements invisibles les faisaient aller à la rencontre l'un de l'autre".

Enfin, on trouve Goulia dans "La maison de Lialia". La vie de Goulia est une fête permanente, ininterrompue. Toutes les occasions sont bonnes pour festoyer. A commencer par la fête de sa sainte patronne qui a lieu la veille de Noël. Pas une seule fois, depuis son enfance, Goulia n'a
manqué cette célébration. Mais Goulia, dans son appétit de vivre et de profiter des bons moments que l'existence procure à chacun, célèbre aussi son anniversaire, celui de sa mère et de sa soeur, ses mariages successifs, Pâques, les deux Noël et les deux Nouvel An, l'orthodoxe et le catholique, buvant, mangeant, ripaillant, festoyant et chantant des chansons d'auteurs décadents avec son amie et complice de toujours, Véra Alexandrovna. "Goulia se débrouillait pour vire, comme un petit oiseau, retrouvant aussitôt un nouveau mari, jouissant de la fête enragée de l'amour ; elle riait, courait chez ses amies, "jouait les libellules", [...]. Cependant, Goulia continuait de cultiver avec désinvolture les fleurs de la vie".

"La maison de Lialia" de Ludmila Oulitskaïa est un livre rempli de personnages d'une grande sensibilité. On comprend leurs histoires, on compatit à leurs douleurs morales, on rit de leurs joies ou de leurs grains de folie, on partage leurs espoirs - parfois déçus - et leurs peines secrètes. Ces trois histoires de femmes en Russie nous touchent parce qu'elles nous ressemblent beaucoup, parce que l'on ressent leur fragilité à fleur de peau. Histoires drôles, subtiles, touchantes, émouvantes, cocasses ou dramatiques, elles nous démontrent que l'optimisme est un sentiment inébranlable  qui nous pousse à avancer, à croire et à espérer.

Publié dans Nouvelles étrangères

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kathel 25/05/2008 22:55

Du même auteur, j'ai beaucoup aimé "Mensonges de femmes" riche en beaux portraits féminins ! 

Nanne 26/05/2008 22:14


Bonsoir et bienvenue, Katel, sur mon blog. Heureuse de t'y trouver. C'est le premier livre que je lis de cette auteure russe et j'en ai déjà prévu d'autres. Mais j'ai repéré celui dont tu me parles
... Il me semble très beau et dans la lignée de "La maison de Lialia". A très bientôt, ici ou là ...


antigone 25/05/2008 15:06

Un livre qui parle des femmes, de la russie, un auteur à découvrir !! Je suis très tentée par ce titre Nanne !! Tout à fait une ambiance qui peut me plaire !!

Nanne 26/05/2008 22:06


Je suis sûre et certaine que cette auteure russe te conviendra à merveille. Elle écrit très bien et de très belles histoires de femmes. Elle est vraiment à découvrir pour son talent et aussi pour
la qualité de son écriture, très optimiste !! Bonne et belle lecture, Antigone.


Moustafette 25/05/2008 10:30

Je suis bien d'accord avec toi, la découverte de cette auteure fut une belle surprise. Elle trace de beaux portraits de femmes. Je lorgne sur son dernier titre.

Nanne 26/05/2008 22:04


J'ai beaucoup aimé ce petit livre qui montre tout son talent de conteuse d'histoires, Moustafette. J'ai acheté un autre livre de cette auteure russe, "De joyeuses funérailles" qui me
paraît être très drôle, malgré le titre :o)) J'ai aussi repéré son dernier titre !!!