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Je vous dis à très bientôt, ici ou là ....


Mardi 2 septembre 2008 2 02 09 2008 20:29
               Effroyables jardins - Michel Quint
                  (Folio n°3982)




"Plus que tout, j'ai détesté les augustes. Plus que l'huile de foie de morue, les bises aux vieilles parentes moustachues et le calcul mental, plus que n'importe quelle torture d'enfance. A dire au plus près l'exact du sentiment, au temps de mon innocence, j'ai éprouvé devant ces hommes raccommodés à la ficelle, écarquillés de céruse, ces grotesques, le vertueux effrois des puceaux croisant une prostituée peinte, selon l'idée imagée et sommaire que je m'en fais, ou la soudaine suée des rosières découvrant au parterre fleuri un nain de jardin obscène, ithyphallique". Cette phobie du clown, cette névrose de l'auguste, c'est à son père - institeur - que le conteur la doit. Toutes les occasions étaient bonnes pour troquer sa blouse grise de maître d'école contre celui d'amuseur de quartiers, de fêtes de Noël, d'anniversaires et autres réjouissances populaires.

Même sa mère revendiquait haut et fort son statut de femme de clown. Elle défendait cette place comme on arbore la médaille du Mérite Agricole ou la médaille du Combattant. Son fils, lui, n'en pouvait plus de cette mascarade familiale. "Pour
moi, oui; le sacrifice existait, la sortie obligatoire me pesait, il me faudrait encore ruser, me démarquer nettement des miens en ne leur adressant plus la parole tant que durerait le numéro, trahir". C'est le cousin Gaston, "Un bon à rien dont ma mère plaignait le sort. Un James Cagney efflanqué, blond cranté [...]", qui délivrera le jeune garçon de la malédiction de l'auguste, de l'ensorcellement du clown. Cet oncle qui lui révèlera un épisode inconnu, tout à la fois tragique et comique, datant des années vert-de-gris et lumières plombées.

Les restrictions, l'humiliation et par-dessus tout les gens du coin qui tâchent de garder la tête haute malgré tout. Pour Gaston et son père, la résistance ils y sont entrés comme on va au bal du samedi soir, pour passer un moment, pour s'amuser pour oublier la morosité du quotidien. Sauf que pour l'occupant, la résistance ne comptait pas pour du beurre. On ne rigolait pas avec les actes de terrorisme. Le lendemain de leur exploit local, Gaston, son père, Henry et Emile - deux innocents - sont pris comme otages. "Et tu ne devineras pas : loi du 14 août donc et, comme les copains de Paris à cause de Fabien, nous v'là otages à cause du transfo explosé ! Si fait ! Si dans trois jours les auteurs de l'attentat s'étaient pas livrés, on y passait. Pour de bon cette fois ! ".
Les voilà fait comme des rats. Pris dans la nasse, ou plutôt dans un trou de glaise aux parois glissantes. Comment tenter une évasion dans des conditions pareilles ? En plus, leur gardien Allemand, leur seul et unique surveillant avait le comportement d'un illuminé, d'un simple d'esprit. "Il nous regardait croupir, comme ça, d'en haut, les mains aux genoux. Et tout d'un coup, tu sais pas, il nous a fait une grimace ! Une grosse, une de gosse, les yeux tout riboulés, et la bouche bouffée en cul de dindon ! On en est restés comme deux ronds ! ". C'est grâce - ou à cause - de ce gardien atypique que le père, instituteur respecté, deviendra un auguste pour exorciser cette grande frayeur.

Avec "Effroyables jardins" Michel Quint rend un très bel hommage à son propre père, ancien résistant, germanophile et germanophone et - par-delà - à tous ceux et celles qui se sont engagés dans cette aventure sans réellement mesurer les risques encourus. Entrés en résistance parfois en dilletantes, les personnages de ce court récit en ressortiront transformés et grandis, muris moralement. Une fois de plus, on tombe sous le charme de l'écriture de Michel Quint, tout à la fois tendre, drôle, subtile et poétique.
Par Nanne - Communauté : Litterature - Publié dans : Romans francophones
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