Comment est né le Stradivarius

Publié le par Nanne

Les violons du roi - Jean Diwo (Folio n° 2374)

L'auteur de ce roman nous invite ici à pénétrer un monde très fermé, très secret : celui de la lutherie. "Les violons du roi" raconte l'histoire d'une poignée d'artisans de talent installés à Crémone et qui vont transformer le violon des ménétriers en instrument royal. Ils vont faire passer le violon des obscures cours de fermes aux cours flamboyantes de l'aristocratie européenne, du commun au précieux.

C'est à Crémone, patrie originelle du violon, que nous entraîne "Les violons du roi" et partir à la découverte de la bottega de Niccolo Amati, petit-fils d'Andrea Amati et inventeur de l'instrument. Niccolo Amati, dont les apprentis - prestigieux - se nomment Jacob Stainer, Andrea Guarneri et Antonio Stradivari qui bouleversera l'histoire de la musique et du violon.

Dans cette bottega crémonaise le Maître et les élèves ne vivent que par la musique et pour la musique. Y viennent les plus célèbres et les plus célébrés des violonistes italiens de l'époque, à commencer par Benvenuti. "Avec une aisance prodigieuse, il improvisait, ornementait des thèmes baroques [...]. Comme des perles de couleurs différentes, il enfilait arpèges, gammes et doubles cordes."

Mais cela n'est qu'une introduction à la musique baroque. "Les violons du roi" nous raconte la longue, riche et prolifique vie d'Antonion Stradivari, le plus grand de tous les luthiers. Stradivari qui observe son monde avec les yeux d'un enfant surdoué qu'il a été. Il est avide de comprendre, d'étudier, d'analyser, pour faire mieux, plus beau, plus puissant, plus fin que les violons de son Maître. Il est impatient de créer ses propres instruments, de leur apposer son étiquette personnelle, symbole de son indépendance.

Sa rencontre avec Arcangelo Corelli, autre surdoué de la musique baroque italienne, sera déterminante dans la célébrité des stradivarius. Corelli qui réussira à faire pleurer la reine Catherine de Suède de bonheur en jouant de son stradivarius au cours d'un concert à Rome. "Le concert s'acheva sous les ovations, et la reine, heureuse come un enfant dont on avait satisfait les caprices, couvrit Corelli d'éloges [...]."

Antonio Stradivari qui recevra des commandes pour ses violons, et autres instruments à cordes, de tous les grands des cours d'Europe. Le grand-duc de Toscane, Cosimo III de Médicis, lui commandera un intero concerto, un ensemble de concert complet. Ses violons étaient réclamés par les cours d'Autriche, d'Allemagne, de France et d'Espagne. "Le luthier de Crémone était déjà connu des princes allemands, grands amateurs de musique, il devint célèbre chez les compositeurs qui, parallèlement aux Italiens, développaient l'art subtil du contrepoint et préparaient dans les châteaux des princes l'avènement d'une autre musique."

Avec la consécration des stradivarius et autres violons de renom, c'est toute la musique baroque qui éclôt dans les provinces italiennes. A Rome, "la ville la plus mondaine et la plus mucisienne du monde", les oeuvres de Corelli étaient jouées dans les salons des aristocrates. Les princes et les mécènes entretenaient les vistuoses-compositeurs qui vivaient de leurs largesses pour composer des symphonies qui allaient faire la renommée de la musique baroque italienne. L'Eglise trouvait là un nouveau moyen de glorifier Dieu.

Simultanément à la vie prospère et ardente d'Antonio Stradivari, on assiste à la montée d'un autre virtuose de l'archet, Antonio Vivaldi. "Quand ce n'était pas le père qui répétait, c'était le fils, Antonio Lucio, qui jouait avec une ardeur rythmique surprenante, sans la regarder, la musique d'un concerto dont il venait en quelques instants de lire les notes sur le papier." Jamais, les deux maîtres de la musique baroque ne se rencontreront. Vivaldi ne jouera jamais sa musique enchantée et sacrée accompagnée d'un stradivarius.

Avec "Les violons du roi", la musique baroque retentie dans les salons mondains, dans les chapelles, dans les salles de concert, petites ou grandes et fait corps et âmes avec la vie des luthiers. Le roman défile comme une sarabande ininterrompue et sépanouie à travers toute l'Italie resplendissante de la Renaissance. On suit, en filigranne, les événements de cette époque : les guerres que se font les grandes puissances sur la terre italienne écartelée, objet de convoitise, mais aussi celles des princes et des ducs locaux. On découvre les arcanes d'un pouvoir encore et toujours corrompu, les moeurs libertines d'une certaine bonne société, l'émancipation et la liberté de vie des femmes érudites.

Si le roman est, en lui-même, classique dans le fond et dans la forme, c'est mine de connaissance sur l'histoire de Stradivari et de ses violons. Les stradivarius qui ensorcèlent encore aujourd'hui ceux qui les jouent pour le plus grand plaisir de ceux qui les écoutent.

Publié dans Romans francophones

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Nicolas 10/01/2010 23:12


Magnifique roman. Ton billet est tout aussi réussi. Il réussite bien à évoquer les merveilles de ce livre.


Alicia 27/09/2007 21:17

Bonsoir Nanne.C' est bien que tu aies pu arranger les problèmes des commentaires.Cette oeuvre me plairait probablement, car j' aime beaucoup la musique baroque, et m' intérresse d' assez près à la lutherie, ayant un luthier dans mon entourage.A bientôt.

Nanne 28/09/2007 20:57

Si tu aimes la musique baroque, particulièrement celle de Vivaldi, si le monde de la lutherie t'intéresse, alors il faut absolument que tu lises "Les violons du roi", il est fait pour toi. Jean Diwo y raconte la vie fantastique, longue et passionnante du plus grand des luthiers de tous les temps Antonio Stradivari, le prince des luthiers, celui qui a inventé le violon parfait. Ce livre est un véritable petit bonheur à lire pour y découvrir la musique de cette époque, la vie des artisans d'art de Crémone (pas seulemen), Venise et l'Italie. Je suis sûre que tu ne regretteras pas cette lecture passionnante et foisonnante d'anecdotes. Tu as beaucoup de chance d'avoir un luthier dans ton entourage.C 'est un métier rare et magnifique. Je t'envie vraiment. A bientôt.