Nouvelles parisiennes (2)

Publié le par Nanne

Le vin de Paris - Marcel Aymé (Folio n° 1515)

Voici les quatre dernières nouvelles tirées du recueil de Marcel Aymé.

Dermuche

Avec "Dermuche", c'est le repentir face à un crime qui efface le geste. Compte tenu de l'époque, on ne peut s'empêcher d'y voir une allusion à la justice d'après-guerre. Dermuche, être dépourvu d'âme, est jugé et condamné à mort pour avoir assassiné trois rentiers et volé un plat à musique. Régulièrement visité par l'aumonier de la prison, Dermuche se prend de passion pour l'innocence du petit Jésus.

"C'est une âme d'enfant dans un corps de déménageur, il a tué les trois petits vieux sans y mettre de malice, comme un enfant ouvre le ventre de sa poupée ou lui arrache les membres. C'est un enfant qui ne connaît pas sa force, et rien qu'un enfant, et la preuve, c'est qu'il croit au petit Jésus." La main divine, dans son infinie bonté, lui rendra son aspect enfantin, redonnera la vie aux trois rentiers et effacera, de ce fait, son geste criminel.

La fosse aux péchés

Certainement la nouvelle la plus délirante et la plus onirique du "Vin de Paris". Ludovic Martin, professeur de pureté, est tenté par le diable. "Le professeur vendit son âme pour le veau d'or, de la grosseur d'un caniche, mais qui pesait deux cents kilos. Comme j'étais son meilleur élève, il prit sur lui de vendre aussi la mienne. Le diable ne lui en donna que dix-huit kilos d'or [...]."

Nanti de cette richesse, ils embarquent sur un bâteau avec d'autres passagers. Des scènes orgiaques se produisent. Une tempête diabolique engloutie ce beau monde et les entraîne en enfer, pour expier tous leurs péchés. Destinés à subir tous les tortures de l'enfer, un pasteur arrive à leur secours pour les délivrer.

Après avoir lutter contre l'incarnation des sept péchés capitaux, nos pénitents sont rejetés vers des rivages plus sereins. "Si vous voulez vous garder des mauvaises tentations, ne haïssez pas le péché, mais familiarisez-vous avec le péril." Telle est la conclusion.

Le faux policier

Martin, modeste comptable de profession, décide de mettre un peu de beurre dans ses épinards. A ses moments perdus, il endosse la fonction de policier, pour rétablir l'ordre des choses et extorquer de l'argent - pas toujours bien gagné - à des gredins. Epris de justice, Martin les assassine aussi parfois. "Il connut des jours enivrants, tel ce samedi après-midi où il égorgea un trafiquant du noir, un maréchaliste et une mauvaise femme qui s'était donnée à un militaire allemand sous l'occupation."

Un beau jour, sa maîtresse décide de changer l'apparence de Martin et de lui raser la moustache, attribut de sa silhouette de policier. C'est finalement cela qui le perdra !

La bonne peinture

Lafleur, peintre montmartrois, réalise une peinture "si riche, si sensible, si fraîche, si solide qu'elle constituait une véritable nourriture et non pas seulement pour l'esprit, mais aussi pour le corps". Cette découverte bouscule ses petites habitudes et le rend célèbre dans le monde entier. L'Etat s'empare de l'affaire et décide de nationaliser le peintre pour nourrir une population aigrie par cette pénurie de nourriture.

Et l'on voit apparaître une période d'art efficace. A tel point que le marché noir s'effondrera. Des sculpteurs, des poètes, des musiciens, par leur ardeur au travail, leur vigueur, leur chaleur vont faire naître une période d'abondance. "La nation tout entière, délivrée de ses plus noirs soucis, renaissait à la vie et à la jeunesse éternelle, travaillant, jouant, chantant."

Publié dans Nouvelles francophones

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article