American dream et bal musette

Publié le par Nanne

Les Crimes de l'accordéon - Annie Proulx (Livre de poche)

Autant vous le dire tout de suite, Annie Proulx m'était totalement inconnue jusqu'à ce que je tombe sur "Les Crimes de l'accordéon". Ce qui a retenu mon attention, en premier lieu, c'est la photo de couverture. Puis le synopsis qui, en quelques lignes, balayait les 633 pages de ce roman picaresque. J'ai donc plongé dans l'univers d'Annie Proulx et de son accordéon vert. Vert comme la couleur de l'espoir et - accessoirement - porte-bonheur pour ceux qui y croient dur comme fer. Car il faut avoir la foi chevillée au corps pour croire que cet accordéon peut porter bonheur en raison de sa seule couleur.

L'histoire commence à la fin du 19ème Siècle, aux confins de la Sicile. Un facteur d'accordéons pauvre rêve de faire fortune avec un accordéon unique, de sa fabrication. "[...] Il se mit à imaginer une autre vie - cette vie inconcevable dans son village hostile, lui semblait tout à fait imaginable dans un pays éloigné qui occupait sa pensée du matin au soir : la Mérique. Il rêvait d'une vie nouvelle, fraîche et comme neuve, de sacs d'argent suspendus dans le futur comme poires dissimulées dans les hautes branches feuillues de l'arbre".

Un beau matin, notre Sicilien débarque à la Nouvelle Orléans avec l'espoir d'ouvrir un magasin de musique et d'animer les bals avec son splendide instrument vert. Il n'aura pas le temps de réaliser son rêve, ni même de l'entrevoir. Au cours d'une rixe anti-italienne, notre facteur d'accordéons rendra l'âme et l'accordéon changera de mains. C'est pour l'instrument, une vie nouvelle qui s'ouvre !!

Après de nombreuses tribulations et autant de propriétaires, l'accordéon est vendu à Beutle, immigrant Allemand du Middle West, pour un dollar symbolique. Il espère ainsi retrouver les accents de son pays d'origine, en jouant de son accordéon lors des fêtes locales. C'est bien mal connaître l'accordéon vert qui est plutôt du genre porte-poisse. "Ce n'était que le début d'une suite ininterrompue de maladies et d'accidents qui semblèrent s'acharner sur les Allemands. Au cours des années suivantes les enfants eurent la diphtérie, la méningite, la fièvre typhoïde, le choléra, la malaria, la rougeole, la coqueluche, la tuberculose et la pneumonie, sans parler des accidents divers dont ils furent victimes : la foudre, morsures de serpent ou engelures".

La carrière de l'accordéon vert ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Après avoir participé à la conquête du Middle West par les Allemands, le voici qui sévit au Texas, dans une famille de Méxicains. Acheté cinq dollars par Abelardo Relampago Salazar à un coiffeur, l'accordéon maudit lachera son propriétaire et sa vie de misère en étant oublié dans un taxi.Trouvé - par hasard - dans le même taxi, l'accordéon vert attérri chez des Français du Maine et de la Louisiane. Il continuera son périple au gré des ventes et des rachats chez des Polonais de Chicago et terminera sa tournée chez des Norvégiens du Minnesota.

Avec "Les Crimes de l'accordéon", Annie Proulx prend le prétexte de la transmission d'un simple accordéon pour nous raconter l'histoire de tous ces immigrants d'Europe qui ont formé et forgé la culture et l'âme des Etats-Unis. Chaque chapitre est indépendant et il est l'occasion d'une rencontre nouvelle et différente de la précédente, avec son histoire singulière, banale, sordide, épique ou picaresque. Utilisant à la fois un voyage dans le temps - du 19ème Siècles à nos jours - et dans l'espace, Annie Proulx nous dévoile un siècle d'immigration aux Etats-Unis avec ses rêves et ses tragédies. Elle en profite pour aborder des thèmes profonds, comme le concept de nationalité, le racisme ou la sexualité. Dans "Les Crimes de l'accordéon" on se rapproche de l'univers de Steinbeck et des "Raisins de la colère" ou des romans de Dos Passos.

Ayant personnellement des a priori sur une certaine littérature américaine, je dois avouer que la lecture des "Crimes de l'accordéon" me faisait un peu peur. Néanmoins, je me suis laissée porter par toutes ces histoires dont le seul point commun était de posséder - à un moment donné - la maudit accordéon vert. J'ai un peu regretté les quelques passages violents ou vulgaires de ce livre que je juge, malgré cela, comme excellent.

Publié dans Romans étrangers

Commenter cet article

Andy Verol 17/03/2007 15:27

Délivré de ses chaines, Andy Verol finit par vomir ses mots, abondamment, partout: http://andy-verol.blogg.org

Allie 15/03/2007 20:52

Il était sur ma LAL, ton billet confirme mon envie de le lire! :))

Nanne 16/03/2007 08:31

Tu as raison de le lire, parce que c'est vraiment un très bon livre, hors quelques passages un peu difficiles à vivre ...