Des hommes dignes et libres

Publié le par Nanne

Pour l'honneur - Joseph Kessel (Presse Pocket)

"Pour l'honneur" de Joseph Kessel rassemble deux nouvelles qui ont en commun des hommes gardant leurs valeurs morales, malgré les situations vécues. A travers ces nouvelles, on retrouve les sujets qui ont toujours prévalus dans les romans de Joseph Kessel : la fierté, l'honneur, la morale et la beauté intérieure des personnes qu'il a rencontrées ou inventées.

La première nouvelle, "Une balle perdue", nous fait revivre l'insurrection de Barcelone en 1934 et le vieux rêve d'indépendance de la Catalogne. Alejandro, jeune cireur anarchiste, naïf, possède un sens de la dignité que ni le temps, ni les vicissitudes de son existence n'ont altérés. "Il sent qu'un jour allait venir où le peuple n'aurait ni chefs, ni maîtres, où les hommes délivrés de gouvernements et d'entraves, s'aimeraient d'un juste et fraternel amour, où la richesse serait égale pour tous, où les armées disparaîtraient, et les impôts et la misère. Et l'envie et la tristesse. [...]. Cette terre de paradis, l'anarchie la ferait, l'anarchie qui n'était pas haine ou ambition, mais universelle tendresse".

Alejandro, persuadé que la lutte pour ses idées sont nobles et pures comprendra, au moment de la sédition, la vanité de ses convictions et la lâcheté de son ami Vicente, intellectuel bourgeois rattaché à la cause de l'indépendance de la Catalogne. "Alejandro découvrait dans cette nuit rebelle que son ami Vicente, le fort, le savant, l'exalté, ne valait rien [...]. Alejandro avait beau lutter contre une pensée inadmissible, il ne parvenait pas à empêcher qu'elle parvînt jusqu'à sa conscience".

Pour racheter ses faiblesses et celles des siens - anarchistes et révolutionnaires de tous poils - il deviendra un de ces desperados qui lutteront jusqu'au bout pour une cause juste, gardant leur liberté d'esprit et leur indépendance. "L'apprentissage fait par Alejandro de la nature humaine - dénudée tout à coup - avait été trop cruel et trop brusque pour lui laisser quelque remission, quelque espérance".

La seconde nouvelle, "Les Maudru", se situe après l'armistice de 1940. Tancrède, ancien patron pêcheur et fermier reconverti, voue une haine personnelle et farouche contre les alliés anglais. Il est prêt à croire sur parole tous ceux qui disent que la paix est de retour et la guerre définitivement terminée. "Ils n'ont mangé personne. Ils n'ont pas touché aux biens. On ne se plaint pas d'eux à Calais ert à Boulogne. Ils paient bien pour ce qu'ils prennent. Depuis un mois qu'ils tiennent le pays ici, on ne les a même pas vus à la ferme. Et c'était la guerre".

Désiré, le fils de Tancrède et pilote de chasse, n'entend pas arrêter la lutte, car la réddition lui est chose insupportable. Le soir où il entend une voix française sur les ondes de radio Londres incitant à continuer le combat, il décide de rejoindre l'Angleterre avec des camarades pour continuer la lutte.

Au cours d'une mission de reconnaissance au-dessus de la ferme familiale l'avion de Désiré est touché et s'abîme en mer. Le père et le fils, opposés dans leur conception de la résistance à l'occupant, se retrouveront face-à-face. Et Tancrède, le père, apprendra le goût amer et la valeur de la paix de l'occupant au moment des premières répressions locales. Comme Désiré, il choisira la voie de l'honneur.

"Pour l'honneur" est un roman dans lequel Joseph Kessel nous parle de ces hommes rencontrés au cours de ses expériences personnelles. Ces hommes lui sont proches parce qu'ils lui ressemblent étrangement. C'est une part de lui-même que l'on retrouve dans Alejandro ou dans Désiré Maudru. Les trois personnages de ces nouvelles ont en commun de ne pas accepter l'insupportable, l'inadmissible : la lâcheté, la traitrise, la faiblesse. Ils feront tout, jusqu'au bout, pour tenir leurs engagements moraux.

"Pour l'honneur" est un livre fort qui parle d'hommes qui ont su garder leurs valeurs morales intactes face à la peur et à la mort. C'est un roman d'hommes au caractère fier et qui veulent rester debout malgré l'humiliation et la menace. "L'honneur. Mais pas celui qu'inspirent les règles ou les modes d'un temps. Pas l'honneur mondain ou social. Pas l'honneur-convention ou l'honneur-panache. C'est-à-dire l'honneur en fonction des autres. Etabli, mesuré, jugé par les autres [...]. De leur exigence singulière celui qui la porte et la nourrit est le seul témoin et le seul arbitre".

Publié dans Nouvelles francophones

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choupynette 21/03/2007 20:16

Merci pour cette découverte...

Nanne 23/03/2007 08:39

Bonjour Choupynette, c'est vrai qu'avec Joseph Kessel on découvre toujours  un nouvel univers. L'ensemble de ses ouvrages est un vrai bonheur à découvrir et à lire. J'en ai d'autres que je ferai découvrir au fur et à mesure ... pour le plaisir des lecteurs.