Casse-pieds et tête à claques

Publié le par Nanne

        Une vie parfaite - Francis Scott Fitzgerald
              (Folio 2€)





Fichier hébergé par Archive-Host.comA lire le titre de ce post, cela va vous donner une idée des deux principaux personnages des nouvelles contenues dans "Une vie parfaite" de Scott Fitzgerald. Deux nouvelles pour raconter toute la tragédie - qui pourrait être comique si elle n'était pas dramatique - de ces jeunes gens qui possèdent tout, ou presque, dans la vie.

Dans "Une vie parfaite", nouvelle éponyme, Basil Lee est devenue une idôle pour ses camarades du College Saint Regis, après un match de football américain mémorable dans lequel il a été un des leaders. "A peine un an plus tôt, il était peut-être le garçon le plus impopulaire de Saint Regis - "Gros malin"".

Sa rencontre avec John Granby - un ancien de Saint Regis - va complètement modifier son comportement. Il est vrai que, jusqu'à présent, Basil s'était plutôt vu comme un personnage trouble, sombre. Ses pensées profondes ne le portaient sur la moralité de la vie. "Il méditait souvent, mais c'étaient d'obscurs réflexions, qui ne portaient jamais sur des questions de morale. La seule véritable influence modératrice dans son propre cas était celle de la peur - peur d'être déchu de la réussite et du pouvoir". John Granby lui parle de son influenceFichier hébergé par Archive-Host.com positive sur les autres, qui peut les inciter à mener une vie saine, honnête, droite. Invité à fêter Thanksgiving chez George Dorsey, un camarade de College, Basil est bien décidé à l'aider à entrer dans le droit chemin.

Au cours d'une soirée au cabaret entre jeunes gens du même monde, Basil refuse de s'amuser, parce que la danse moderne est sévèrement condamnée. Il accepte un tango avec Jobena, mais pas de l'embrasser. Il décide de la convertir à sa stricte morale, et de lui faire fuir la vie légère et futile qu'elle mène. "Peut-être ... peut-être était-elle la fille idéale qu'il épouserait un jour. A cette idée merveilleuse, l'extase s'empara de tout son être. Il imagina les années d'attente, chacun aidant l'autre à mener une vie parfaite, sans jamais embrasser quiconque, ni l'un ni l'autre [...]. Ensuite le mariage, et vivre pour
servir et pour aimer dans la perfection et la gloire". Mais la perfection agace. Jobena le pense hypocrite et égocentrique, ne voyant la vie qu'au travers de la perfection de son existence. C'est cette perception de lui-même qui lui fera prendre conscience qu'un changement dans ses habitudes s'impose.

La deuxième nouvelle - "L'accordeur" - porte bien son nom. Vous allez comprendre pourquoi. Luella Hemple est une femme qui a tout pour elle. Trop tout. Elle est jeune, belle - très belle même -
Fichier hébergé par Archive-Host.commère d'un enfant de trois ans, mariée à Charles qui l'aime et la chérit. Elle ne travaille pas et vit dans un somptueux appartement richement décoré. "L'appartement des Hemple [...] se trouvait dans un de ses palais blancs, impersonnels, qu'on désigne par un numéro, au lieu d'un nom. Ils l'avaient aménagé pendant leur lune de miel, allant chercher en Angleterre les meubles importants, à Florence le "bric-à-brac", à Venise les dentelles et la toile fine des rideaux, et la verrerie multicolore qui jonchait la table quand ils recevaient. Luella avait pris plaisir à choisir les objets. Cela donnait au voyage un aspect utile [...]".

Plaisir, le mot est lâché. Le problème chez Luella est que le plaisir est de courte durée. Très vite, l'ennui lui cède le pas. Son fils, qu'elle adore, lui devient insupportable au bout de deux heures. Elle aime Charles, mais se sent incapable de tenir un foyer correctement. Elle ne s'intéresse à rien, ni à la cuisine, ni au rangement. Ce désintérêt a pour conséquence de faire fuir les domestiques et autres nurses. Elle ne culpabilise même pas sur son comportement, ne se sent pas monstrueuse, puisque c'est la vérité.

Charles et Luella n'ont rien en commun. Tout ce qu'il déteste, elle l'adore. "Il ne tient pas au théâtre, déteste l'opéra, déteste danser, déteste les cocktails [...], mais si nous restions à la maison, c'est de moi que j'aurais pitié. Et pour t'avouer une vérité de plus, je préfère qu'il soit malheureux, plutôt que moi". Un soir où elle décide de tout quitter, de partir vivre une nouvelle existence, comme elle en rêve, passionnante et exaltante, son mari lui ramène le Dr Moon. Etrange personnage qui souhaite l'aider à aplanir ses problèmes de couple. A chaque événement de sa banale existence, le Dr Moon sera présent, lui ressassant qu'elle ne peut quitter son mari, lui faisantFichier hébergé par Archive-Host.com toucher du doigt la réalité des choses de la vie et du quotidien. Surprenant Dr Moon, qui sera un peu l'examen de conscience de cette pauvre Luella !!

Une fois de plus, Scott Fitzgerald nous entraîne dans un milieu où tout n'est qu'artifice, superficialité, insouciance. Mais, petit à petit, le décor change, pour se transformer en un quotidien dont la réalité est loin d'être aussi légère, futile, rose et merveilleuse que les rêves. Avec "Une vie parfaite", il nous transporte aurpès de personnages qui n'ont pas - ou plus - le sens des réalités, n'ont plus prise avec le concret des situations et des événements. C'est drôle, grinçant, acéré, cuisant, et tout à la fois monstrueux. C'est excellent. C'est Scott Fitzgerald.

Publié dans Nouvelles étrangères

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Commenter cet article

Daniel Fattore 24/09/2008 23:10

... et c'est une bonne (re)prise de contact avec cet auteur, surtout à deux euros! J'avais lu Gatsby le Magnifique dans ma folle jeunesse, mais sans avoir été spécialement touché. A revoir donc.Notez qu'il aurait eu son anniversaire aujourd'hui; comme je viens de terminer la lecture du recueil "Une vie parfaite", je ne pouvais manquer d'en parler, ici - si vous me permettez cette publicité clandestine: http://fattorius.over-blog.com/article-23110502.html

Nanne 26/09/2008 17:38


Toute l'oeuvre de Fitzgerald est à redécouvrir pour le talent de cet auteur incontournable.


praline 11/01/2008 14:53

Ses romans m'ont plus touchée que ses nouvelles.

Nanne 14/01/2008 19:03

C'est vrai que Scott Fiztgerald est plus connu par ses sublimes romans que par ses nouvelles. Mais, elles reflètent un ensemble de sentiments que l'on ne retrouve pas toujours dans ses romans. Cela dit, Praline, je vais bientôt présenter un roman de cet auteur que j'apprécie particulièrement o)))