Le p'pa et la m'am de Daniel

Publié le par Nanne

                Paulette et Roger - Daniel Picouly
                          (Livre de Poche n° 15416)





Fichier hébergé par Archive-Host.com"Je serre contre mon ventre ce qui me fait office de parachute de secours : une valise en bois. Celle du grenier des parents. A l'intérieur, il y a un trésor. Les archives de la familles, mieux rangées qu'un casier d'imprimeur. Photos, lettres, médailles, porte-bonheur, cartes routières, un boussole. Tout ce qui peut m'aider dans ma mission".

5 novembre 1943. St Stephen House, Londres. Bureau du général De Gaulle. Une demande incongrues vient de lui être faite de la part d'un jeune garçon qui paraît avoir entre douze et treize ans. Il souhaite être parachuté dans le Morvan, à Vauzelles .... sur l'histoire de ses parents. On est en pleine Occupation allemande et cet enfant ne naîtra qu'en 1948, soit cinq ans plus tard. La raison de sa requête ? Son père - le p'pa - vient d'être arrêté par les Allemands pour sabotage. Il veut retrouver ce p'pa - martiniquais originaire de Tarbes - et la m'am. "Regarde le tableau : déjà neuf enfants,
veuve, sept ans de plus que lui, pas la plus belle du canton, ni la plus riche, qui fait tout brûler [...]". Le voilà donc parti à la recherche de ses parents, de leur histoire personnelle et commune. Il suit la trace de la m'am grâce à l'odeur de brûlé. CeFichier hébergé par Archive-Host.com parfum, c'est sa signature à elle. Typique de la m'am. Plus qu'une odeur, plus qu'une senteur, c'est son épice personnelle, son orient, sa marque de fabrique. Elle en met partout, dans la maison, dans la cuisine.

Il cherche la maison familiale, à Vauzelles. Manque de chance, il a perdu l'adresse. C'est normal qu'il n'en ait pas de souvenir. Il n'y a jamais eu de photos de cette satanée maisonnée. "Ne me soufflez pas. Je le sais. Rue ... non ! avenue ... Je ne la retrouve pas ! [...] Une sale manie, dans cette famille, de ne pas vouloir photographier les maisons où on habite. C'est pourtant simple de se faire des souvenirs". La cité-Jardin de Vauzelles. C'est là qu'habite la m'am avec ses neuf enfants. Une cité de cheminots où tout le monde se connaît, s'entraide, parce que tout le monde travaille aux Ateliers. C'est un vrai village, cette cité-Jardin, peuplé d'irréductibles français. Les premiers résistants de la régions, c'est la cité-Jardin qui les a vus naître. Les Allemands n'ont jamais rien pris, parce que personne n'a jamais trahi. De
Fichier hébergé par Archive-Host.comtoute manière, il y avait peur de soldats à Vauzelles. Ce n'était pas vraiment la guerre. "Pas de soldats, de patrouille, de bottes qui sonnent sur le pavé, de talons qui claquent [...], de panneaux en allemand, "Feldgendarmerie", "Propaganda Staffel", "Feldpost", de chants en colonne. "Ca, on dira ce qu'on veut, mais ils chantaient drôlement bien, les boches"".

D'ailleurs, il n'y a pas que le p'pa qui fait de la résistance. La m'am aussi, à son niveau, selon ses possibilités, avec le linge de maison. A la fenêtre, entre voisines, un drap bleu, une couverture blanche, un tapis rouge. Et voilà un drapeau français !! Ni vu, ni connu. Aux yeux et à la barbe de l'occupant, qui ni voit que du feu, même en passant dans la rue. Et le p'pa qui fera trembler de peur son futur rejeton pas encore né et qui tient mordicus à vivre !!! Quelle idée il a eu, ce p'pa, de s'être porté volontaire pour désarmorcer une bombe anglaise quand il était prisonnier desFichier hébergé par Archive-Host.com Allemands. Une bombe anglaise, ça ne tombe jamais où elle doit exploser. C'est normal, comme tout ce qui est anglais. On en parlera encore longtemps après la fin de la guerre de cette bombe aussi bruyante que les ronflements du p'pa. Elle alimentera bien des converstations au cours des repas familiaux. "On en avait assez parlé de cette bombe à la maison. Pendant des années. Surtout de son sifflement. "Un peu comme ton père quand il souffle". On parlait tellement d'elle, certains soirs, que j'avais l'impression qu'elle prenait la place du pot-au-feu sur la table".

Point d'orgue de cette mission pas comme les autres pour un enfant en devenir, le mariage des parents - le 25 octobre 1941 - jour de l'anniversaire du p'pa. La cérémonie, prévue à quinze heures à la Mairie de Vauzelles, prendra du retard. Le p'pa n'est jamais à l'heure. Pour rien, même pour "marier la m'am". Mais le 25 octobre 1941 est un anniversaire particulier : le p'pa vient d'avoir vingt et un ans, sa majorité. Il dira oui à la m'am pour la vie sous le portrait de Marianne, vite réapparue le temps de la cérémonie civile, aussi vite disparue pour laisser place à un maréchal Pétain disposé de travers.

Fichier hébergé par Archive-Host.com "Paulette et Roger" de Daniel Picouly est un livre tendre, émouvant, drôle et léger comme le sont les histoires d'enfant. On vit avec lui les aventures du p'pa dans la résistance. Chez lui, rien ni personne n'est mauvais. C'est une vision du monde des adultes, de leurs misères, de leurs souffrances, de leurs espérances et leurs joies à travers les yeux d'un enfant. Ce grand enfant qu'est Daniel Picouly a le soleil à l'âme et dans le coeur. Il nous le fait partager dans ses écrits et c'est un vrai moment de plaisir et d'émotion.

Publié dans Romans francophones

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loulou 17/03/2008 20:01

il est dans ma PAL depuis un certain temps-dédicacé en plus-car j'ai rencontré D. Picouly, (très sympathique) lors du Festival Etonnants Voyageurs à ST Malo :)

Nanne 17/03/2008 20:15

Tu as une extraordinaire, Loulou, d'avoir rencontré un auteur que j'apprécie depuis très (très) longtemps ;o))) En fait, depuis "Le champs de personne" .... A travers ses livres, transpire sa sympathie et sa générosité, ainsi que son humour !!!! "Paulette et Roger" est un ouvrage à lire car c'est un très bel hommage à ses parents.

Mireille 17/03/2008 08:39

Je note ce titre. J'aime bien le style de Picouly.

Nanne 17/03/2008 20:17

Mireille, tu ne regretteras pas de lire "Paulette et Roger". C'est un livre plein de joie de vivre, de bonheur simple, de soleil et d'espoir comme Daniel Picouly sait remplir ses livres. Personnellement, j'ai beaucoup aimé cet ouvrage.