La légende de Frau Dietrich

Publié le par Nanne

Marlene Dietrich - Jean Pavans (Folio biographies 24)

"Marlene Dietrich, on ne s'en rend peut être pas encore assez compte, est la personnalité féminine qui aura dominé ce 20ème siècle qui fut en politique dans le monde occidental celui de l'hitlérisme, en art celui du cinéma, et en sociologie celui de la libération féminine. Dans chacun de ces domaines, Marlene Dietrich a joué un rôle important. [...]. Marlene Dietrich est devenue un mythe. Y était-elle prédestinée ? La vie, le destin, les mythes tiennent souvent à peu de choses". J'avoue une fascination particulière pour cette artiste que je juge être l'une des plus belles femmes du 20ème siècle, avec Greta Garbo, Marylin Monroe. Elle possède à la fois la beauté d'un physique parfait, et un charme érotique indéniable, dont sa voix rauque est l'une des composantes.

Née berlinoise, d'une père officier militaire et coureur de femmes, Maria Magdalena Dietrich - surnommée Lena ou Paul par sa mère qui souhaitait un garçon - créera le pseudonyme de Marlene par la contraction de son prénom, dès 1914. Celle qui n'est pas encore Marlene, mais déjà une adolescente à la beauté envoûtante, multiplie les flirts avec les hommes, et fait une cour passionnée aux femmes. Toute sa vie, Marlene Dietrich jouera sur le registre de son charme ambigu et androgyne. "Et son allure androgyne en frac masculin, si chargée d'impact érotique et railleur pour son lancement aux Etats-Unis, en 1930, n'est pas une nouveauté de "Morocco". Elle l'exhibe dans les fêtes berlinoises, et une remarquable photo [...] fixe son charme équivoque [...]".

Très jeune, Marlene étudie le violon, au point de vouloir faire une carrière de musicienne. Ce rêve sera abandonné après un accident de la main. Qu'à cela ne tienne, elle deviendra donc actrice. En 1925, la MGM lance une jeune actrice de dix-neuf ans : Greta Garbo. La Paramount, son concurrent direct, cherche qui pourrait égaler cette dernière en beauté et en talent. C'est Joseph Von Sternberg, réalisateur allemand travaillant aux Etats-Unis, qui va découvrir Marlene Dietrich dans un cabaret berlinois, et faire d'elle le mythe qu'elle deviendra. Ils tourneront ensemble sept chefs d'oeuvre du cinéma hollywoodien de l'entre-deux-guerres, dont celui qui lancera Marlene Dietrich L'ange bleu. "Marlene Dietrich sera donc la complice, la comparse, la collaboratrice idéale, en étant révélée par "L'ange bleu" à son propre pouvoir érotique, ou plus exactement à sa capacité d'irradier visuellement ce pouvoir". C'est avec un naturel et une aisance époustouflants que Marlene Dietrich tiendra le rôle de Lola Lola, face à un acteur allemand de renommée internationale : Emil Jannings. Les rapports entre les deux acteurs ne seront pas de tout repos.

Marlene Dietrich est confirmée dans sa gloire future par accueil du public fait à L'ange bleu, lors de sa sortie officielle. Aussi étrange que cela puisse paraître, Marlene Dietrich n'a jamais eu l'ambition de devenir une star, mais elle était fascinée par le processus de la création. Une fois sa position de star assurée, Marlene Dietrich décide de faire venir sa petite fille aux Etats-Unis, passant outre à l'opposition des studios, qui refusaient de la voir star et mère. C'est lors d'un séjour en Angleterre, en 1934, qu'elle est approchée par l'ambassadeur d'Allemagne pour représenter le régime nouvellement en place. Pour ménager les susceptibilités et éviter de graves problèmes à sa famille, Marlene Dietrich impose comme condition de ne travailler qu'avec Joseph Von Sternberg, né Juif. Il s'ensuivra une campagne de calomnies qui durera jusqu'aux années 1960.

En 1937, pour consolider son refus du nazisme, elle demande la nationalité américaine, qui lui sera accordée le 6 juin 1939. Elle participera au comité d'accueil des rescapés du nazisme, juifs ou non, faisant des tournées pour vendre des bons de guerre. Marlene Dietrich s'investira à fond dans l'effort de guerre. "Plus que jamais, elle fait épanouir sa double nature, idéale et terre à terre, présente et distanciée, virile dans la séduction, féminine dans l'abnégation [...]".

En 1944, Marlene Dietrich s'engage dans les USO (United Service Organizations) - Théâtre aux Armées. Elle part pour l'Afrique du Nord où elle rejoindra Jean Gabin, l'un de ses grands amours. Puis sera envoyée en Italie. C'est à cette époque qu'elle adopte et adapte une chanson d'origine allemande - Lili Marlene - devenant ainsi l'hymne des soldats, alliés et ennemis. En 1945, elle revient en Allemagne et retrouve sa soeur Liesel à Bergen Belsen - le camp de concentration - où le mari de celle-ci dirigeait le cinéma et la cantine de l'armée. Dépitée, déçue, Marlene Dietrich niera désormais jusqu'à l'existence de cette soeur qui s'est fourvoyée avec le Parti.

La guerre terminée, Marlene Dietrich va commettre quelques erreurs de jugement pour sa carrière, chose rare pour être soulignée. D'une part, elle refuse de mettre dans son répertoire international Les feuilles mortes de Prévert et Kosma, écrite pour elle à l'origine. D'autre part, elle repousse le rôle de la Princesse dans Orphée de Jean Cocteau. Hormis quelques films de plus ou moins bonne qualité, Marlene Dietrich se consacrera à des tours de chant dans le monde entier. Lors de sa tournée en Israël, elle est ovationnée lorsqu'elle chante en allemand, tabou jusqu'alors sur scène. En 1975, alors qu'elle se produisait sur scène à Sydney, Marlene chute au moment du salut et se casse le fémur. Cet accident qui l'immobilise pour de longues semaines met un terme à sa longue et belle carrière.

Désormais, elle vivra en recluse dans son appartement parisien de l'avenue Montaigne. Elle écrira des poèmes en anglais, en allemand et en français, les trois langues des pays qu'elle affectionnait.

Comme un dernier salut, une dernière élégance, elle décède le 6 mai 1992, veille de l'ouverture du Festival de Cannes dont l'image officielle était une photo sublime de Marlene Dietrich dans "Shanghaï Lili", film de Joseph Von Sternberg.

Cette biographie nous raconte l'histoire d'une femme à la personnalité puissante, qui a forgé sa légende et qui a lutté pour préserver ses idéaux. Jean Cocteau disait d'elle "que son nom commençait comme une caresse et se terminait comme un coup de fouet". C'est une biographie captivante et riche de détails, particulièrement pour les lecteurs cinéphiles, qui retrouveront Marlene Dietrich au travers de ses plus grands films. On l'entend même parfois fredonner ses chansons, si belles, si puissantes. Mais, il faut dire que j'ai beaucoup d'imagination !!!

Publié dans Biographies

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Commenter cet article

Francine 29/07/2009 21:14

Claude Nougaro disait, à propos de Marlène Dietrich, dans une de ses chansons: "Aussi douce que Marlène, aussi vache que Dietrich".

Florinette 10/04/2007 19:00

Oui, elles ont pensé à moi et j'espère que pour toi ce fut la même chose !!! Je te rassure tout de suite j'ai également une voix de crécelle ! ;-o)

Florinette 07/04/2007 10:58

Merci pour ce formidable article sur Marlène Dietrich !!! je commence déjà à fredonner "Lili Marlene" !
Bon week-end de Pâques Nanne !
Bizzzz

Nanne 09/04/2007 08:29

Je chanterais bien avec toi, Florinette, mais je suis une vraie crecelle. Comme il fait beau et bon, je ne voudrais surtout pas être à l'origine d'une prochaine tempête de pluie et de vent. Bon week end de Pâques à toi aussi, en espérant que les cloches pensent à toi !!!

Moustafette 07/04/2007 09:43

C'est curieux cette phrase de Cocteau, j'aurais dit l'inverse, le bébut de ce prénom je le trouve dur et la fin est douce, mais bon, je vais pas ergoter avec ce maître !!!! Une vie passionnante, surtout en ce début de XX eme siècle, encore une femme de la trempe de Colette, Marguerite, Joséphine etc...
Bon week-end et bonnes photos!
Beat, tu as un site ? Et tu ne le dis pas, mais le lien ne fonctionne pas ,GRRRR !  

Nanne 09/04/2007 08:32

Curieuse, je ne pense pas. Je crois qu'il parlait surtout de son nom Dietrich. Avec un accent allemand, cela donne une intonation à la fois douce et dure, un peu comme le caractère de Marlene Dietrich. Cela dit, c'est une des femmes que j'admire pour son engagement, son charme et son professionnalisme. Bon week end à toi, bon oeufs de Pâques ... Oui, Beat, dis-nous si tu as un site ...

beat 06/04/2007 20:39

je viens juste de découvrir ton blog , je suis remontée jusqu au mois d octobre , ça m a beaucoup plus , ma PAL  va encore s aggrandir  , à bientot car je te mets dans mes favoris

Nanne 06/04/2007 21:01

Bienvenue sur mon blog, Bea. Je suis ravie que mes lectures te plaisent. Elles sont là pour cela. J'espère te revoir souvent sur ce blog pour que l'on puisse échanger des idées sur des livres lus ou à lire.

Nanne 06/04/2007 21:01

Bienvenue sur mon blog, Bea. Je suis ravie que mes lectures te plaisent. Elles sont là pour cela. J'espère te revoir souvent sur ce blog pour que l'on puisse échanger des idées sur des livres lus ou à lire.