Jeudi 23 août 2007
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Le bonheur en Allemagne ? Michel Tournier
(Folio
4366)
"Franchement, je me félicite d'être né en 1924, la même année, rappelons-le, que Paul
Newmann, Charleton Heston, Marlon Brando, Charles Aznavour et Roland Petit, un fameux cru en vérité. Avoir vingt ans en 1944, quand la guerre est terminée, quand l'Europe n'est qu'un tas de
ruines fumantes, certes, mais ouverte tout grande à toutes les promesses de reconstruction et de création, quel beau cadeau du destin !".
Michel Tournier est un auteur que j'apprécie pour la plupart de ses oeuvres, et nous avons en commun le même amour pour l'Allemagne. Dans "Le bonheur en Allemagne ?", il nous fait part
de ses sentiments pour un pays qui a été tout à la fois notre pire ennemi durant de longues décennies, et notre meilleur allié depuis 1945. Les temps et les personnes changent !
Issu d'une famille de germaniste, dès sa petite enfance, Michel Tournier effectue des séjours prolongés au pays de Goethe et de Kant. S'il aime ce pays, il en va tout autrement concernant
la langue, pour laquelle il éprouve les pires douleurs de l'apprentissage. La fin de la guerre lui
permet de partir faire ses études de philosophie à Tübingen. "L'Allemagne n'était qu'un
monceau de ruines, et d'ailleur elle n'existait plus comme Etat. Elle se réduisait à quatre "zones d'occupation" gouvernés chacune par un gouvernement militaire - américain, soviétique, anglais
et français. Nous étions une dizaine d'étudiants français, parmi lesquels Claude Lanzmann et pour peu de temps Gilles Deleuze".
Avec le regard tendre que lui inspire ses réflexions personnelles, Michel Tournier revient sur la notion de couple franco-allemand. Si, pour lui, l'action
politique est de domaine réservé de la France, la production intellectuelle - quant à elle - est le pré carré de l'Allemagne. L'une compense l'autre depuis l'Ancien Régime et la Révolution.
"Le corps et l'âme. Telles semblent être la France et l'Allemagne en ces soixante années mémorables et fondatrices. La France agit sans penser, l'Allemagne pense sans agir".
De même, il constate que les vertus dont se targuent ces deux pays sont celles qui leur font - souvent - défaut dans la réalité. Ainsi, les prétentions d'ordre, de méthode, d'efficacité et de
travail dont se vantent les allemands, ne sont pas toujours aussi réelles que cela. On est parfois surpris de voir les magasins fermés le samedi, jour d'affluence en France !! Les français ne
sont pas plus épargnés. Eux qui revendiquent l'esprit, la finesse, la légèreté, sont des qualités que l'on rencontre dans les oeuvres allemandes, qu'elles soient musicales, littéraires ou
artistiques.
Pour ce pays qui a vécu - parfois par ricochet - tous les affres de l'histoire, depuis la honte de l'Armistice de 1918 et ses conséquences économiques, en passant
par l'échec de la
République de Weimar et le contrecoup de la crise de 1929, la montée du national-socialisme et l'amer défaite de 1945 sur un champ de ruines, puis la scission du pays en deux, son destin
est d'aller au paroxysme de tout.
"Le bonheur en Allemagne ?" est une agréable balade dans un pays souvent mal connu - voire même - encore méconnu de la plupart d'entre nous. On a trop souvent une image réductrice d'une
certaine Allemagne, revêche, querelleuse, agressive, parfois violente. C'est s'attarder sur une infime part de son histoire et la regarder sous un prisme déformant. Heureusement pour nous,
l'Allemagne n'est pas que cela. C'est aussi la patrie des plus grands philosophes, de grands musiciens classiques et de non moins grands auteurs.
"En vérité, l'Allemagne continue à me valoir - comme du temps de mon enfance, de ma jeunesse, de mon âge mûr - des tristesses et des joies, des blessures et des
fleurs, des pertes irréparables et des richesses immenses".
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